.
-

Les langues > Langues indo-pacifiques
Les langues papoues
 
Les langues papoues correspondent à un vaste ensemble de familles linguistiques parlées principalement en Nouvelle-Guinée, dans les îles voisines de l'Indonésie orientale (Moluques du Nord) et dans certaines zones du nord de l'Australie. Ce terme n'implique pas une parenté génétique entre toutes ces langues : il s'agit d'une étiquette pratique regroupant toutes les langues de la région qui ne sont ni austronésiennes ni australiennes. Leur diversité est immense : plus de huit cents langues distinctes, souvent parlées par de petits groupes, parfois quelques centaines de locuteurs seulement. Le relief montagneux, les vallées isolées, les forêts denses et une longue histoire de peuplement fragmenté ont favorisé la diversification linguistique. Cette dispersion géographique a créé de véritables archipels linguistiques, où des langues de familles différentes se côtoient parfois sur quelques kilomètres.

Certaines familles sont relativement bien établies, comme la famille Trans-Nouvelle-Guinée, qui constitue l'un des ensembles les plus vastes avec plusieurs centaines de langues parmi lesquelles l'enga, le huli ou le dani. D'autres groupes sont beaucoup plus restreints, parfois constitués d'une ou deux langues seulement, et leur classification reste débattue. La morphologie varie fortement : on trouve des langues très agglutinantes, d'autres plus isolantes, et certaines qui utilisent des systèmes élaborés de préfixes et suffixes marquant les relations grammaticales. Le marquage de la personne sur le verbe, les systèmes de temps-aspect-modalité et les constructions ergatives sont fréquents, mais non universels.

La phonologie des langues papoues se caractérise souvent par des inventaires consonantiques riches et des systèmes vocaliques relativement simples. Les occlusives prénasalisées, les séries contrastées de consonnes glottalisées ou aspirées, ainsi que des distinctions fines dans les consonnes coronales sont courantes dans plusieurs régions. Certaines langues possèdent des tonalités ou des systèmes de hauteur mélodique, mais ce trait reste minoritaire.

Les systèmes pronominaux jouent un rôle essentiel dans l'étude des relations génétiques potentielles entre langues papoues. Les pronoms personnels constituent souvent des indices plus stables que le vocabulaire ordinaire, et une partie des comparaisons historiques repose sur l'identification de modèles pronominaux partagés. Par exemple, dans plusieurs langues de Trans-Nouvelle-Guinée, on retrouve des racines pronominales similaires pour la première et la deuxième personne. Toutefois, ces parallèles restent parfois difficiles à interpréter en raison du contact prolongé entre groupes voisins.

Le multilinguisme et les contacts linguistiques sont des facteurs déterminants dans la dynamique papoue. Les échanges commerciaux anciens, les alliances et les conflits ont entraîné de nombreux emprunts lexicaux, convergences grammaticales et créations de zones linguistiques intermédiaires. Dans certaines régions, la proximité avec des langues austronésiennes a façonné des langues papoues qui partagent des structures syntaxiques ou des traits phonologiques avec leurs voisines océaniques, au point de brouiller les frontières entre familles.

Les langues papoues reflètent également des conceptions spécifiques de la catégorie et de la référence. Beaucoup d'entre elles possèdent des systèmes complexes de classificateurs nominaux, basés sur la forme, la consistance, l'usage culturel ou la position spatiale. Les démonstratifs et les particules directionnelles sont particulièrement développés, souvent liés à la topographie montagneuse : la langue encode non seulement la position d'un objet mais aussi son orientation par rapport à des pentes, vallées ou cours d'eau.

Toutes ces langues sont intimement liées aux identités locales. Elles servent de marqueurs d'appartenance clanique et de frontières sociales. Toutefois, plusieurs sont menacées, notamment dans les zones urbaines ou côtières où les langues véhiculaires, telles que le tok pisin ou l'indonésien, gagnent en importance. Malgré cela, certaines langues papoues restent très vivantes, parlées par des dizaines de milliers de locuteurs et transmises activement aux jeunes générations.

L'étude des langues papoues demeure un domaine en plein développement, en partie parce que de nombreuses langues restent peu décrites ou seulement documentées par des notes de terrain fragmentaires. Les recherches actuelles combinent linguistique historique, typologie, travail ethnographique et outils numériques pour mieux comprendre la diversité linguistique exceptionnelle de cette région.

Les langues de Trans-Nouvelle-Guinée

Les langues dites de Trans-Nouvelle-GuinĂ©e (TNG) constituent un vaste ensemble  comptant plusieurs centaines de langues papoues parlĂ©es principalement en Papouasie-Nouvelle-GuinĂ©e et dans les rĂ©gions montagneuses de Papouasie occidentale. Ce regroupement hypothĂ©tique d'abord par Stephen Wurm dans les annĂ©es 1970, repose sur des ressemblances lexicales et morphologiques que la recherche contemporaine réévalue constamment. Certaines langues jadis incluses en ont Ă©tĂ© retirĂ©es, tandis que d'autres continuent d'ĂŞtre examinĂ©es. MalgrĂ© ces incertitudes, le regroupement reste l'une des propositions les plus significatives pour dĂ©crire la diversitĂ© linguistique de Nouvelle-GuinĂ©e.

La gĂ©ographie accidentĂ©e de la Nouvelle-GuinĂ©e a largement contribuĂ© Ă  l'extrĂŞme fragmentation linguistique de cet ensemble. Des vallĂ©es isolĂ©es, des chaĂ®nes montagneuses abruptes et des systèmes sociaux localisĂ©s ont limitĂ© les migrations et favorisĂ© la diversification interne. Il en rĂ©sulte une mosaĂŻque de langues souvent parlĂ©es par quelques centaines ou quelques milliers de locuteurs, chacune ayant dĂ©veloppĂ© des traits particuliers. Certaines branches, telles que les langues des Hautes-Terres, comptent parmi les sous-groupes les mieux reprĂ©sentĂ©s et les mieux documentĂ©s, tandis que d'autres ne sont connues que par de maigres donnĂ©es recueillies au siècle dernier. 

La phonologie varie fortement d'une langue à l'autre, mais plusieurs tendances générales se dégagent. Les inventaires consonantiques sont en général de taille modérée, dominés par des oppositions simples de lieu et de manière d'articulation, tandis que les systèmes vocaliques tendent à être relativement réduits, souvent composés de cinq voyelles. Le contraste de longueur vocalique demeure courant dans plusieurs sous-groupes. La présence de tons est rare, contrairement à d'autres régions du monde, même si certaines langues présentent des distinctions d'accent ou de hauteur dérivées de phénomènes historiques.

Le lexique des langues de Trans-Nouvelle-Guinée est profondément enraciné dans la vie matérielle et rituelle des sociétés de Nouvelle-Guinée. Les champs sémantiques liés à l'agriculture traditionnelle, notamment l'igname et la culture du taro, jouent un rôle important, ce qui nourrit l'hypothèse selon laquelle l'expansion préhistorique de proto-locuteurs aurait été accompagnée d'une diffusion de techniques horticoles. Toutefois, le contact linguistique intensif caractéristique de la région a généré de nombreux emprunts, rendant parfois difficile la distinction entre héritage commun et diffusion aréale.

Caractéristiques générales de langues de Trans-Nouvelle-Guinée.
Les langues de Trans-Nouvelle-GuinĂ©e partagent un ensemble de tendances typologiques qui, bien qu'elles ne soient pas universelles, constituent un profil gĂ©nĂ©ral reconnaissable dans une grande partie de la famille. 

La plupart adoptent un ordre des mots en sujet-objet-verbe (SOV), ce qui entraîne un usage intensif de postpositions au lieu de prépositions. Les modificateurs précèdent souvent le nom, mais cet ordre peut varier selon les domaines sémantiques et les familles locales. Les langues affichent fréquemment une structure syllabique simple avec un nombre limité de consonnes, un système vocalique généralement restreint à cinq voyelles et une phonologie dépourvue de ton dans la plupart des branches, bien que certaines aient développé des systèmes d'accent ou de hauteur secondaire. La prosodie reste toutefois plus dépendante de l'accent lexical que d'oppositions tonales fonctionnelles.

Un trait commun important concerne les pronoms personnels : de nombreuses langues possèdent des formes correspondant approximativement Ă  na pour la première personne et ga ou ya pour la deuxième personne. Ces formes sont centrales dans la reconstruction comparative du proto-Trans-Nouvelle-GuinĂ©e et constituent l'un des indices fondamentaux de la parentĂ© historique entre les groupes. 

La morphologie nominale est peu développée dans de nombreux sous-groupes, mais certaines familles possèdent des traits distinctifs : systèmes de genre ou de classification nominale, distinctions entre possession aliénable et inaliénable, ou encore marquage optionnel de l'animé. Les pluriels lexicaux sont fréquents, et la pluralité peut être exprimée de façon analytique, par des particules ou par des modifications phonologiques. Les démonstratifs sont souvent complexes et distinguent des nuances fines de distance ou de visibilité.

La morphologie verbale constitue le domaine le plus développé et le plus diversifié. Beaucoup de langues marquent la personne du sujet sur le verbe, certaines marquent également la personne de l'objet, et quelques-unes expriment même des distinctions de genre ou de nombre via les affixes verbaux. Les systèmes verbaux comportent souvent plusieurs séries de préfixes et de suffixes exprimant l'aspect, le mode, la direction du mouvement, la valence verbale et l'orientation spatiale. Le temps grammatical est généralement moins marqué que l'aspect ou la modalité : de nombreuses langues privilégient les distinctions accompli/inaccompli, perfectif/imperfectif, ou réel/irréel plutôt que des temps strictement chronologiques.

La dérivation verbale joue un rôle central, permettant de modifier la valence : causatifs, applicatifs, réciproques et détransitivants sont courants. Ces processus peuvent être marqués par des affixes spécifiques ou par la modification interne de la racine. Les verbes sériels sont présents dans plusieurs branches, permettant de combiner des actions ou de préciser un trajet, une manière ou un résultat sans recourir à des subordonnées.

La subordination grammaticale repose souvent sur la nominalisation : les propositions relatives, conditionnelles ou temporelles sont fréquemment exprimées au moyen de formes verbales nominalisées qui précèdent l'élément principal. Cette structure orientée vers la gauche contribue à une syntaxe parfois dense mais régulière, où les relations logiques sont exprimées par une chaîne de constituants modifiés successivement.

Les systèmes d'accord peuvent être très complexes, notamment dans les familles où le verbe encode non seulement le sujet mais aussi l'objet, la direction, la transitivité et parfois un marquage d'évidentialité. Cependant, d'autres sous-groupes présentent des systèmes minimalistes, soulignant la diversité interne de la famille.

L'expression du discours et de la pragmatique repose souvent sur des particules ou sur des modifications aspectuelles ou modales du verbe, plutôt que sur des marqueurs indépendants. Les interrogatives, les impératifs et les formes polies sont fréquemment marqués par des suffixes verbaux ou par des particules finales.

Classification interne des langues de Trans-Nouvelle-Guinée.
La classification interne des langues de Trans-Nouvelle-Guinée reste partiellement hypothétique et sujette à révision, mais plusieurs ensembles sont généralement reconnus comme noyaux plausibles de la famille (notamment les groupes enganiques, chimbu-wahgi, kainantu-goroka ou binanderean). Ils se fondent sur des correspondances pronominales, des innovations phonologiques partagées, des parallèles morphologiques et certains traits lexicaux. La structure suivante s'inspire des regroupements les plus fréquemment retenus dans la littérature récente, tout en reflétant les incertitudes inhérentes à la classification des langues papoues.

Langues enganiques.
Le groupe des langues d'Enga, ou enganiques, représente l'un des sous-ensembles les plus solides. Elles sont parlées dans les hautes terres centrales de Papouasie-Nouvelle-Guinée et se distinguent par des systèmes verbaux complexes, où le verbe marque de façon régulière la personne du sujet et parfois de l'objet. L'ordre des mots est strictement en sujet-objet-verbe, et la morphologie nominale reste relativement simple. L'enga, le huli et l'iIpili sont les langues majeures, avec des communautés numériquement importantes.

Langues du groupe chimbu-wahgi.
Les langues du groupe chimbu-wahgi, situées également dans les hautes terres, présentent un ensemble de cognats pronominaux typiques (souvent na et ga) et partagent un ensemble d'innovations lexicales qui les placent solidement dans le cœur trans-néo-guinéen. Leur morphologie verbale est moins lourde que celle des langues enganiques, mais elles possèdent un marquage aspectuel riche et des systèmes de possession complexes. Elles sont souvent parlées dans des vallées étroites conduisant à une forte diversité interne.

Langues du groupe kainantu-goroka.
Le groupe kainantu-goroka, localisé dans la région orientale des hautes terres, se distingue par une structure grammaticale relativement homogène et par un ensemble de correspondances lexicales anciennes. Les langues de Kainantu et de Goroka ont tendance à avoir des inventaires consonantiques légèrement réduits, mais une morphologie verbale hautement structurée. Elles montrent des innovations communes dans les domaines des pronoms, des marqueurs de temps et des systèmes de démonstratifs.

Langues binanderean.
Les langues binanderean, parlées dans les régions côtières et pré-montagneuses de la province d'Oro, comptent parmi les groupes côtiers les mieux associés à Trans-Nouvelle-Guinée. Leur forte cohésion lexicale, leur morphologie verbale partagée et leur structure syntaxique robuste en font un ensemble reconnu. Elles se caractérisent par la présence de systèmes verbaux marquant non seulement la personne mais aussi l'orientation ou la direction de l'action.

Langues finisterre-huon.
Les langues finisterre-huon occupent les chaînes montagneuses du nord-est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Leur classification au sein du Trans-Nouvelle-Guinée varie selon les analyses, mais de nombreux chercheurs les considèrent comme appartenant à la famille en raison de parallèles pronominaux et lexicaux. Elles ont des systèmes verbaux fortement préfixés, une morphologie riche marquant sujets et objets, et des structures syntaxiques relativement uniformes malgré la dispersion géographique.

Les langues madang.
Les langues madang forment un ensemble vaste et diversifié, comprenant de nombreuses branches internes. La validité de ce regroupement comme unité trans-néo-guinéenne est discutée, mais plusieurs sous-groupes en partagent les traits caractéristiques. Certaines langues montrent des correspondances avec le noyau pronominal proto-TNG, tandis que d'autres présentent une histoire fortement influencée par le contact, rendant la reconstruction plus incertaine. Les caractéristiques communes incluent une morphologie verbale dérivationnelle variée et des inventaires phonologiques de taille moyenne.

Langues zau méridionales.
Les langues zau méridionales, anciennement appelées langues d'Ok, constituent un groupe important dans la partie occidentale de la Nouvelle-Guinée. Elles sont l'un des sous-groupes les plus cohérents de l'aire papoue occidentale. Leur morphologie verbale est réputée pour ses systèmes d'accord complexes, incluant des distinctions de nombre et parfois de genre, ainsi que des séries pronominales innovantes. Elles offrent également de riches systèmes de modalités verbales et de marqueurs d'évidentialité.

Langues asmat-kamoro.
Les langues asmat-kamoro, parlées dans les marécages et zones côtières méridionales de Papouasie, sont parfois rattachées à Trans-Nouvelle-Guinée bien que leur proximité avec le noyau central reste débattue. Leur morphologie nominale inclut des oppositions de possession aliénable et inaliénable, tandis que leur système verbal montre des affixes complexes d'aspect et de voix. Les correspondances pronominales partielles les rapprochent néanmoins de la famille élargie.

Les langues kiriwina-goodenough.
Les langues du groupe kiriwina-goodenough, parlées sur les îles Trobriand et dans les archipels voisins, sont connues pour leur morphologie verbale réduite mais leur lexique partage des parallèles importants avec le proto-trans-nouvelle-guinéen. Leurs structures syntaxiques sont relativement simples, avec des marqueurs de possession clairs et un système de classificateurs développé. Leur isolement géographique suggère une appartenance ancienne au complexe trans-néo-guinéen.

Autres groupes de langues.
Plusieurs groupes supplémentaires, comme les langues d'Angan, d'Eleman, de Goilalan, de Duna-Bogaya ou encore certaines familles des hautes terres méridionales, sont régulièrement associés à Trans-Nouvelle-Guinée, bien que leur position exacte varie selon les analyses. Certains possèdent des systèmes pronominaux proches du proto-type, tandis que d'autres montrent des innovations partagées dans les marqueurs verbaux ou le lexique fondamental.

 Les autres familles de langues papoues

Le autres familles de langues papoues  forment un ensemble dispersĂ© dans toute la Nouvelle-GuinĂ©e et ses archipels voisins. Beaucoup sont de petite taille, certaines ne regroupant que quelques langues, mais plusieurs ensembles rĂ©gionaux se distinguent par des caractĂ©ristiques cohĂ©rentes qui permettent de discerner des affinitĂ©s internes malgrĂ© la grande diversitĂ© typologique.

Langues de la région Bird's Head.
Dans l'extrĂŞme nord-ouest de la Nouvelle-GuinĂ©e, les familles de la rĂ©gion de Bird's Head (la TĂŞte d'Oiseau, Ă  l'extrĂ©mitĂ© occidentale de la Nouvelle-GuinĂ©e) constituent l'un des blocs les plus Ă©tudiĂ©s. Les langues bird's head occidentales, parlĂ©es sur la pĂ©ninsule de Doberai, se caractĂ©risent souvent par des systèmes pronominaux Ă  prĂ©fixes et par des morphologies verbales relativement compactes. Certaines prĂ©sentent des systèmes d'alignement nominatif-accusatif, en contraste avec l'ergativitĂ© plus rĂ©pandue ailleurs. 

Dans la même région, les langues East Bird's Head et celles des groupes isolés comme Abun ou Maybrat montrent une forte stabilité lexicale interne et parfois des systèmes fonologiques avec de nombreuses consonnes glottalisées ou prénasalisées.

Les familles du Bird's Head-Sentani, qui s'étendent vers la baie de Cenderawasih, regroupent plusieurs petites familles ou isolats, dont les langues sentani autour du lac Sentani. Ces langues présentent des morphotypes généralement agglutinants, avec un ordre des mots souvent SOV et une utilisation de particules enclitiques indiquant la possession ou les relations actancielles. Leur vocabulaire montre peu d'emprunts austronésiens malgré la proximité géographique, probablement en raison d'un ancien enracinement local.

Langues Torricelli.
Plus à l'est, le vaste ensemble nord-papou comprend des familles dispersées depuis les côtes septentrionales de la Papouasie-Nouvelle-Guinée jusqu'aux terres hautes. Parmi elles, les langues Torricelli forment l'une des familles les plus importantes hors trans-Nouvelle-Guinée. Elles se distinguent par des inventaires phonologiques souvent asymétriques, une tendance au préfixage marqué dans les verbes, et des systèmes pronominaux cohérents qui ont permis d'établir leur parenté. Certaines langues torricelli montrent aussi une influence notable des langues océaniennes voisines, en particulier dans les zones côtières.

Langues skou.
Les langues skou, parlées plus à l'ouest le long de la côte nord, forment une petite famille connue pour ses traits phonologiques distinctifs, notamment des oppositions tonales dans plusieurs langues et des séries consonantiques complexes, parfois avec des prénasalisées contrastives. Elles présentent fréquemment un alignement ergatif et des morphologies verbales limitées, mais compensées par des systèmes déictiques très développés.

Les familles de la rivière Sepik.
Dans la grande région des rivières Sepik et Ramu, deux familles majeures occupent une place centrale dans la typologie papoue.

La famille SĂ©pik se distingue par ses morphologies nominales complexes, l'abondance de suffixes dĂ©rivationnels et la relative simplicitĂ© du verbe. Les pronoms de base semblent afficher des correspondances internes solides, utilisĂ©es pour Ă©tayer des hypothèses de parentĂ© ancienne. 

Les langues du Ramu, voisines mais non apparentĂ©es, favorisent au contraire des morphologies verbales plus riches, avec des systèmes TAM dĂ©taillĂ©s et des marques d'accord sujet-objet. 

La proximité géographique entre Sépik et Ramu a entraîné des emprunts réciproques, ce qui complexifie l'évaluation historique.

Les familles du Golfe.
Au sud de la Nouvelle-Guinée, les familles du Golfe et celles de la région de la Fly ont souvent été considérées comme très anciennes et fortement diversifiées. Les langues du Golfe, parlées entre la baie de Papouasie et la basse Fly, montrent une tendance à l'usage de classificateurs nominaux et des paradigmes verbaux intricats incluant des préverbes directionnels. Certaines langues affichent des systèmes phonologiques réduits, tandis que d'autres introduisent des contrastes rares, comme des consonnes bilabiales fricatives ou des distinctions fines de nasales. Dans la région la Fly, les familles Kiwaian et Pahoturi présentent des pronoms bien structurés et plusieurs traits morphosyntaxiques communs, suggérant des liens internes solides. Les langues Kiwaian sont généralement agglutinantes, avec marquage ergatif fréquent, tandis que les langues Pahoturi montrent des systèmes pronominaux avec distinctions inclusif/exclusif très marquées.

Les langues elema, binandere et kunimaipa.
Dans la partie méridionale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les langues elema, binandere ou kunimaipa forment des ensembles modestes mais typologiquement intéressants. Certaines possèdent des systèmes verbaux accusatifs et des morphologies nominales peu développées, accompagnées de déictiques complexes. D'autres ont intégré des emprunts austronésiens anciens, reflétant des contacts côtiers prolongés.

Petites familles et isolats.
Les petites familles et isolats répartis dans les îles voisines complètent ce tableau. Sur les îles de l'Amirauté ou de la mer de Bismarck se trouvent quelques langues papoues isolées, dont les caractéristiques phonologiques et grammaticales s'éloignent parfois fortement de celles du continent. Leur présence atteste des migrations anciennes et de la fragmentation linguistique profonde de la région. Certaines de ces langues insulaires présentent un ordre des mots VSO ou SVO inhabituel pour les Papous, probablement influencé par les langues austronésiennes environnantes.

.


[Histoire culturelle][Grammaire][Littératures]
[Aide][Recherche sur Internet]

©Serge Jodra, 2025. - Reproduction interdite.