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Le
fleuve
Volta est un fleuve d'Afrique de
l'Ouest. Prenant sa source sur les plateaux du Burkina
Faso, il naît de la confluence de trois cours
d'eau aux noms évocateurs : la Volta Noire (Mouhoun), la Volta Blanche
(Nakambé) et la Volta Rouge (Nazinon). Ces noms, hérités des explorations
portugaises du XVe siècle, font référence
aux caractéristiques visuelles de leurs eaux : la Volta Noire doit son
aspect sombre aux abondantes végétations aquatiques qui tapissent son
lit, la Volta Blanche se distingue par ses rapides écumants, tandis que
la Volta Rouge coule sur un lit de grès ocre.
La rencontre entre
la Volta Noire et la Volta Blanche est un événement géographique majeur.
Elle se produit sur le territoire du Ghana, près
de la ville de Mango, à un endroit où les deux rivières, aux eaux contrastées
(l'une sombre et l'autre claire ), se mêlent pour former le fleuve Volta
proprement dit. C'est à partir de cette confluence que le cours d'eau
unique, désormais simplement appelé Volta, poursuit sa route vers le
sud en direction de l'océan. Cependant, cette configuration naturelle
a été radicalement transformée au milieu du XXe
siècle par la création du lac Volta, après la construction du barrage
d'Akosombo.
• La
Volta Noire, ou Mouhoun, est la plus orientale et la plus longue des
trois rivières sources. Elle prend sa source dans les hautes terres de
l'ouest du Burkina Faso, près de la frontière malienne.
Son nom lui vient de la couleur sombre de ses eaux, teintées par les forêts
denses et les sols riches en matière organique qu'elle traverse dans son
cours supérieur. Elle s'écoule sur environ 1 352 kilomètres en décrivant
un vaste arc, d'abord vers le nord-est, puis vers le sud, servant de frontière
naturelle entre le Burkina Faso et le Ghana sur une partie de son parcours.
Son régime est tropical, caractérisé par une crue unique en fin d'été
due à la mousson, et elle est caractérisée par de nombreux rapides et
une vallée relativement encaissée avant de rejoindre les autres affluents.
• La Volta Blanche,
ou Nakambé, à l'ouest, constitue le bras central du système. Elle prend
également sa source au Burkina Faso, sur le plateau Mossi, à une altitude
d'environ 750 mètres. Son nom, Blanche, provient de la couleur claire
de ses eaux chargées de limons et de sédiments argileux issus des sols
dénudés des régions sahéliennes et soudaniennes
qu'elle draine. Longue d'environ 885 kilomètres, elle coule initialement
vers le nord avant de bifurquer franchement vers le sud. Son cours est
plus lent et plus irrégulier que celui de la Volta Noire, avec des variations
de débit extrêmement marquées entre la saison sèche, où elle n'est
parfois qu'un mince filet, et la saison des pluies, où elle se transforme
en un puissant torrent boueux. Elle est la principale pourvoyeuse de sédiments
du système et traverse des régions densément peuplées, jouant un rôle
crucial pour l'agriculture et l'alimentation en eau.
• La Volta Rouge,
ou Nazinon, est la plus petite et la plus courte des trois rivières sources.
Elle naît également au Burkina Faso, sur le plateau central, à proximité
des sources de la Volta Blanche. Son nom lui vient de la teinte rougeâtre
caractéristique de ses eaux, due à l'érosion des sols latéritiques
riches en oxydes de fer qu'elle traverse dans son bassin versant. Elle
s'écoule sur environ 320 kilomètres selon une direction générale sud-sud-est.
Contrairement à ses deux soeurs, la Volta Rouge est un cours d'eau intermittent
dans sa partie amont, marqué par un débit très irrégulier et des crues
soudaines. Elle ne rejoint jamais directement la Volta Blanche; elle se
jette dans la Volta Noire en aval de la confluence de celle-ci avec la
Volta Blanche, contribuant ainsi au système général de manière indirecte
mais significative, notamment en termes d'apport de sédiments rouges.
Le système fluvial
ainsi formé parcourt environ 1600 kilomètres selon un axe généralement
nord-sud, drainant un vaste bassin versant de près de 400 000 kilomètres
carrés qui s'étend sur six pays d'Afrique de l'Ouest : le Ghana, le Burkina
Faso, le Bénin, le Togo,
la Côte d'Ivoire et le Mali. À l'instar
d'un entonnoir géant, la partie amont du bassin s'élargit sur plus de
800 kilomètres avant de se resserrer progressivement jusqu'à une embouchure
d'à peine 40 kilomètres de large sur le golfe
de Guinée, où le fleuve se jette dans l'océan Atlantique à Ada,
au Ghana.
L'identité du bassin
de la Volta est indissociable d'un bouleversement majeur survenu entre
1961 et 1965 : la construction du barrage d'Akosombo dans les gorges de
l'Akwapim-Togo. Cet ouvrage, financé par la Banque mondiale et réalisé
par des entreprises américaines et italiennes, a donné naissance au lac
Volta, l'un des plus grands réservoirs artificiels du monde, long de 400
km et qui couvre une superficie de 8500 kilomètres carrés avec une capacité
de stockage de 148 milliards de mètres cubes. Le barrage, haut de 141
mètres, a submergé les quatre cinquièmes amont de la vallée du fleuve,
transformant un cours d'eau autrefois capricieux en une immense réserve
d'eau régulée. Cette infrastructure, dont la centrale hydroélectrique
fournit environ 30 % des besoins en électricité du Ghana, a nécessité
le déplacement de près de 78 000 personnes, qui ont été réinstallées
dans 52 villages créés pour l'occasion. Le fleuve est aujourd'hui géré
par l'Autorité de la Volta, tandis que la coopération transfrontalière
entre les six pays riverains est orchestrée par l'Autorité du Bassin
de la Volta, créée pour harmoniser les usages de l'eau, l'aménagement
du territoire et la préservation des écosystèmes.
Le bassin du Volta
abrite près de 19 millions d'habitants qui dépendent directement ou indirectement
de ses ressources, dans une région où le revenu annuel moyen avoisine
l'équivalent de 800 euros. L'agriculture, qu'elle soit pluviale ou irriguée,
constitue l'épine dorsale de l'économie locale, mais le fleuve est également
un acteur clé dans la production d'électricité, l'industrie minière
et le transport fluvial. Sur le plan écologique, le lac Volta et ses affluents
abritent une biodiversité riche, incluant
des populations d'éléphants qui circulent
librement entre les réserves du Ghana et du Burkina Faso, empruntant les
corridors forestiers qui bordent la Volta Rouge. Toutefois, cet écosystème
fait face à de multiples pressions, à commencer par l'invasion de la
jacinthe d'eau, une plante aquatique originaire d'Amérique
du Sud qui, depuis son apparition au Ghana en 1984, forme un tapis
dense à la surface du lac. Elle prive l'eau d'oxygène,
asphyxie les poissons et entrave la navigation et le fonctionnement des
turbines hydroélectriques, causant des pertes mensuelles estimées Ã
près de 800 000 euros pour la seule centrale de Kpong.
Les menaces qui pèsent
sur le fleuve sont exacerbées par des activités humaines illicites et
une pression démographique galopante. Les réserves forestières situées
le long de la Volta Rouge, qui servent de zones tampons écologiques, sont
régulièrement victimes d'invasions par des orpailleurs illégaux, des
extracteurs de sable et des éleveurs de bétail. Ces pratiques illégales
entraînent une pollution visible des eaux, qui prennent une teinte brunâtre
en raison des sédiments et des rejets chimiques, et menacent directement
les corridors de migration des éléphants ainsi que les moyens d'existence
des populations locales. Face à ces défis environnementaux et aux projections
climatiques annonçant des changements dans le régime des précipitations
et une augmentation de l'évapotranspiration, des initiatives internationales
sont déployées pour renverser la tendance. Le projet conjoint du PNUE
(Programme des Nations unies pour l'environnemen),
du FEM (Fonds pour l'environnement mondial) et de l'Autorité du Bassin
de la Volta vise à restaurer les écosystèmes dégradés et à développer
des outils de gestion intégrée, tandis que des programmes de recherche,
comme GLOWA-Volta, mettent au point des systèmes d'aide à la décision
pour simuler les impacts des changements globaux sur les ressources en
eau, dans l'espoir de concilier développement économique et durabilité
environnementale. |
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