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Le
Kerala
est un État côtier situé à l'extrême sud-ouest de l'Inde .
Il est bordé par la mer d'Arabie à l'ouest et par les Ghâts occidentaux
à l'est. Il s'étend sur une bande de terre longue d'environ 580 kilomètres
du nord au sud, mais relativement étroite d'est en ouest, avec une largeur
moyenne de 67 à 120 kilomètres.
Le territoire du
Kerala peut être divisé en trois zones géographiques naturelles. La
région côtière, appelée "malabar", est constituée de plages de sable,
de lagunes, d'estuaires et de systèmes de backwaters
( = réseaux complexes de canaux et de lacs interconnectés) particulièrement
présents dans les districts d'Alappuzha, de Kollam et d'Ernakulam. Ces
zones humides, uniques en Inde, jouent un
rôle important dans l'économie locale (transport, pêche, tourisme) et
dans l'écologie régionale.
La zone centrale
est une plaine ondulée, très densément peuplée,
où s'étendent des plantations de cocotiers, d'hévéas et de rizicultures.
Elle forme une sorte de ceinture agricole fertile, irriguée naturellement
par les nombreux fleuves qui descendent des Ghâts.
Ces fleuves, comme le Periyar, le Bharathapuzha ou le Pamba, sont généralement
courts, mais puissants, avec un débit saisonnier fortement influencé
par la mousson du sud-ouest (juin Ă septembre).
Ă€ l'est, le relief
s'élève brusquement avec les Ghâts occidentaux, une chaîne montagneuse
ancienne et érodée, mais encore imposante. Le point culminant de l'État
est l'Anamudi (2695 m), aussi le plus haut sommet du sud de l'Inde. Cette
région montagneuse est le domaine des plantations de thé, de café, de
cardamome, et abrite une riche biodiversité protégée dans plusieurs
réserves naturelles, dont le parc national d'Eravikulam et celui de Periyar.
Ces montagnes sont également le berceau de
plusieurs rivières qui alimentent les basses terres.
Le climat
du Kerala est de type tropical humide, avec des températures relativement
constantes toute l'année (entre 24 et 32 °C dans les basses terres) et
des précipitations abondantes, en grande partie dues à la mousson. Les
reliefs élevés reçoivent les plus fortes pluies, tandis que la zone
côtière reste globalement humide et marécageuse.
La combinaison de
son relief varié, de ses sols alluviaux riches et de son climat équatorial
a fait du Kerala une région agricole prospère et écologiquement sensible.
C'est aussi l'un des rares endroits en Inde où la géographie naturelle
a eu une influence aussi directe sur les structures sociales, les modes
de vie et les réseaux de communication.
Quelques-unes
des principales villes du Kerala
| •.Thiruvananthapuram,
capitale du Kerala, se situe à l'extrême sud de l'État. Anciennement
appelée Trivandrum, elle fut la capitale du royaume de Travancore. Ville
administrative et universitaire, elle abrite le siège du gouvernement
du Kerala, plusieurs institutions de recherche comme le Vikram Sarabhai
Space Centre et des universités réputées. C'est également un centre
culturel majeur avec des temples historiques, dont le célèbre Sree Padmanabhaswamy,
ainsi que des musées, des galeries et des festivals. La ville se distingue
aussi par sa proximité avec les plages de Kovalam et Varkala.
• Kochi,
souvent surnommée la « reine de la mer d'Arabie », est un port naturel
historique situé sur la côte centrale du Kerala. Véritable carrefour
maritime depuis l'Antiquité, Kochi a été influencée par les Arabes,
les Chinois, les Portugais, les Hollandais et les Britanniques. La ville
se compose de plusieurs zones urbaines comme Ernakulam (pĂ´le commercial
et résidentiel), Fort Kochi (quartier historique), et Mattancherry (quartier
multiculturel). Elle est aujourd'hui un important centre économique, touristique
et technologique, avec la présence d'infrastructures comme Infopark et
le port international de Vallarpadam.
• Kozhikode,
anciennement Calicut, se trouve sur la cĂ´te nord-ouest. Elle fut la capitale
du Zamorin et un centre vital du commerce des épices. Vasco
de Gama y débarqua en 1498, marquant le début de l'expansion maritime
européenne vers l'Inde. Aujourd'hui, la ville est connue pour ses institutions
académiques, telles que l'IIM Kozhikode, et ses spécialités culinaires
comme le biryani de Kozhikode. Elle conserve une ambiance urbaine paisible,
tout en étant un pôle commercial régional dynamique.
• Thrissur,
située au centre du Kerala, est considérée comme la capitale culturelle
de l'État. Elle est célèbre pour son temple Vadakkunnathan et pour le
festival religieux du Thrissur Pooram, l'un des plus spectaculaires d'Inde.
Elle abrite également plusieurs centres d'apprentissage en arts traditionnels
(musique carnatique, danse classique, etc.) ainsi que le Kerala Kalamandalam.
C'est aussi un centre financier avec la |
présence
de nombreuses institutions bancaires et coopératives.
• Alappuzha,
surnommée la « Venise de l'Est », est un centre majeur de navigation
dans les backwaters du Kerala. Connue pour ses canaux, ses rizières
immergées et ses maisons flottantes, elle est aussi célèbre pour la
Nehru Trophy Boat Race. C'est une destination touristique prisée, mais
aussi un pôle agricole et de production de coir (fibre de coco tressée).
• Kollam,
ancienne Quilon, se trouve au sud d'Alappuzha et fut un port très actif
dans les réseaux commerciaux antiques. Aujourd'hui, c'est une ville portuaire
importante, notamment pour le commerce des noix de cajou. Elle marque aussi
l'entrée sud du réseau de backwaters et possède une riche tradition
littéraire et artistique.
• Kannur,
située au nord, est connue pour son histoire militaire avec les forts
portugais et britanniques, ainsi que pour sa tradition de rituels Theyyam,
une forme de théâtre rituel spectaculaire. Elle possède également une
industrie textile dynamique et une forte présence de la diaspora moyen-orientale,
notamment par les envois de fonds.
• Palakkad,
à l'intérieur des terres, est un point stratégique entre le Kerala et
le Tamil Nadu, grâce au passage naturel
appelé le « Palakkad Gap » dans les Ghâts occidentaux. Elle est connue
pour sa forteresse bien préservée, ses temples, et pour son rôle agricole,
notamment dans la production de riz. C'est aussi un carrefour culturel
entre les mondes tamoul et malayali.
• Malappuram
est un centre éducatif et religieux influent, avec une forte population
musulmane et une tradition intellectuelle dynamique. Elle a vu naître
plusieurs mouvements sociaux et politiques, et joue un rĂ´le important
dans l'éducation moderne, notamment en matière de médecine unani et
d'éducation musulmane.
• Pathanamthitta
est une ville enclavée, connue pour son rôle spirituel, en particulier
grâce au temple de Sabarimala, l'un des plus grands lieux de pèlerinage
hindous au monde. Elle est entourée de collines, de forêts et de rivières,
et sert de porte d'entrée vers les régions plus boisées du centre-sud
du Kerala. |
Histoire du Kerala.
Les premières traces
d'occupation humaine dans la région qui est aujourd'hui le Kerala remontent
à la préhistoire, avec des vestiges néolithiques
retrouvés dans les collines de Wayanad et les Ghâts occidentaux. La région
a été habitée par des populations tribales dravidiennes, dont certaines
existent encore aujourd'hui dans les régions montagneuses.
Dans l'Antiquité,
le Kerala était connu sous le nom de Cheranadu, faisant référence au
royaume des Cheras, qui régnaient sur la majeure partie de la côte sud-ouest
de l'Inde. Les Cheras jouèrent un rôle essentiel dans les échanges maritimes.
Ils entretenaient des relations commerciales avec les Romains, les Grecs,
les Arabes et les Chinois. Des ports comme Muziris (probablement situé
près de Kodungallur) étaient célèbres pour leur commerce d'épices,
notamment de poivre noir, ce qui valut à la région le surnom de terre
des épices.
Avec l'effondrement
des Cheras, plusieurs petits royaumes s'imposèrent au Moyen Âge, dont
ceux de Venad, Kolathunadu, Calicut (Kozhikode) et Cochin. Le royaume de
Calicut, dirigé par le Zamorin (Samuthiri),
émergea comme un pouvoir majeur sur la côte de Malabar. Il joua un rôle
important dans le commerce international, notamment avec les marchands
arabes musulmans, qui introduisirent l'islam dans la région dès le
VIIe siècle. Cette influence donna naissance
à une communauté musulmane locale, les Mappilas, intégrée mais distincte.
À la même époque,
le christianisme s'était déjà implanté dans la région, selon la tradition
par l'arrivée de l'apôtre Thomas en 52 ap. JC. La communauté des chrétiens
syro-malabars devint un élément clé de la mosaïque religieuse du Kerala,
tout comme les juifs de Cochin, qui s'étaient
installés dès l'Antiquité.
L'arrivée des Portugais
à la fin du XVe siècle, avec Vasco
de Gama en 1498 à Calicut, inaugura une ère de colonisation et de
conflits. Les Portugais établirent des comptoirs, mais furent contestés
par les Hollandais puis par les Britanniques. Les rivalités entre royaumes
locaux et puissances européennes aboutirent à une fragmentation politique
croissante. Cochin devint un allié des Portugais, tandis que Calicut résistait.
Les Hollandais prirent le contrĂ´le de plusieurs territoires au XVIIe
siècle, avant d'être supplantés par les Britanniques au XVIIIe
siècle.
Ă€ partir du XVIIIe
siècle, le royaume de Travancore, sous des dirigeants comme Marthanda
Varma, unifia une partie du Kerala méridional et le modernisa, notamment
en matière d'administration et d'infrastructures. Cependant, la domination
britannique devint totale à partir du XIXe siècle,
intégrant les royaumes de Travancore, Cochin et Malabar (ce dernier directement
administré par les Britanniques au sein de la présidence de Madras) dans
l'Empire colonial.
Le XXe
siècle vit une montée du nationalisme et une agitation sociale intense.
Le Kerala fut un terreau fertile pour les mouvements réformateurs, menés
par des figures comme Sree Narayana Guru, qui combattit le système des
castes et prôna l'égalité spirituelle. La région vit aussi l'émergence
d'un puissant mouvement communiste, appuyé par les syndicats, les paysans
et les intellectuels.
Après l'indépendance
de l'Inde en 1947, les anciens royaumes furent intégrés dans l'Union
indienne. En 1956, lors de la réorganisation linguistique des États,
le Kerala fut officiellement créé en unifiant les régions parlant le
malayalam : Travancore-Cochin et le district de Malabar.
Le Kerala est devenu
célèbre pour avoir élu en 1957 le premier gouvernement communiste démocratiquement
élu au monde. Depuis, l'État alterne entre des gouvernements de gauche
et des coalitions centristes, tout en développant un modèle social singulier.
Malgré un développement économique modeste, l'État a obtenu des indicateurs
de santé, d'alphabétisation et de développement humain parmi les meilleurs
du pays, phénomène connu comme le "modèle du Kerala".
Principaux sites
archéologiques et historiques du Kerala
| •
Pattanam, près de Kodungallur, est probablement l'un des sites
les plus significatifs du point de vue archéologique. Il est souvent identifié
à l'antique port de Muziris, mentionné dans les sources gréco-romaines.
Les fouilles ont révélé des structures portuaires, des objets en provenance
de la Méditerranée (amphores romaines, verrerie, pièces de monnaie),
des sceaux tamouls, ainsi que des traces de constructions en bois. Ce site
prouve que le Kerala participait activement aux échanges transocéaniques
dès le Ier siècle avant notre ère.
• Kodungallur
elle-même est un lieu chargé d'histoire. Elle fut un centre religieux
et commercial majeur. Le temple de Kodungallur Bhagavathy, dédié à la
déesse Bhadrakali, est associé à d'anciens cultes tantriques. La ville
a également été un foyer du christianisme syriaque, avec la construction
de la première église chrétienne indienne supposée établie par saint
Thomas. Elle abritait aussi une communauté juive importante, et la plus
ancienne synagogue de la région y aurait existé avant sa destruction.
• La ville de
Fort Kochi offre un condensé de l'histoire coloniale du Kerala. On
y trouve le fort Manuel, construit par les Portugais en 1503, puis modifié
par les Hollandais. L'église Saint-François, également à Fort Kochi,
est la plus ancienne église européenne en Inde, initialement bâtie par
les Portugais et lieu de sépulture temporaire de Vasco de Gama. Non loin,
la synagogue Paradesi de Mattancherry, fondée en 1568, est un exemple
unique d'architecture juive avec ses carreaux chinois peints Ă la main
et ses manuscrits hébraïques.
• Le palais
hollandais de Mattancherry, aussi appelé le palais de Cochin, construit
par les Portugais au XVIe siècle puis
modifié par les Hollandais, abrite une remarquable collection de peintures
murales illustrant les épopées du Ramayana
et du Mahabharata, ainsi que les
portraits des rajas de Cochin. |
•
Le site du temple de Sree Padmanabhaswamy Ă Thiruvananthapuram
n'est pas seulement un lieu religieux actif, mais aussi un site historique
fascinant. Bien que reconstruit au XVIIIe
siècle par le roi Marthanda Varma, le temple repose sur des fondations
plus anciennes. Son architecture dravidienne et son rĂ´le central dans
l'histoire du royaume de Travancore sont renforcés par la découverte
de trésors d'une immense valeur dans ses chambres souterraines.
• La forteresse
de Bekal, au nord du Kerala dans le district de Kasaragod, est l'une
des plus grandes et mieux conservées de l'État. Érigée au XVIIe
siècle, probablement par Shivappa Nayaka, elle servait de poste défensif
contre les invasions maritimes. Sa structure massive et ses remparts circulaires
en font un site militaire impressionnant, dominant la mer d'Arabie.
• Le fort de
Palakkad, construit au XVIIIe siècle
par Hyder Ali de Mysore, est un autre exemple de fortification en bon état.
Il servit de base stratégique pendant les guerres entre les rois de Mysore
et les Britanniques. Son plan symétrique et ses bastions témoignent d'une
influence indo-musulmane et militaire marquée.
• Le temple
de Thirunelli, situé dans les collines de Wayanad, est un site sacré
antique dédié à Vishnu. Il est entouré de
vestiges archéologiques, dont des pierres gravées et un vieux puits sacré,
le Papanasini, qui attire des pèlerins venant expier leurs péchés. Sa
situation isolée et son architecture ancienne en font un lieu de mémoire
spirituelle.
• Edakkal, dans
les montagnes d'Ambukuthi, comprend des grottes abritant des pétroglyphes
vieux de plus de 6000 ans. Ces gravures représentent des figures humaines,
animales et géométriques, et offrent un aperçu des sociétés néolithiques
qui peuplaient la région. C'est l'un des rares sites rupestres actifs
du sud de l'Inde. |
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