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Leopoldo
Zea
Aguilar est un philosophe né le 30 juin
1912 à Mexico, et mort dans la même ville le 8 juin 2004. Reconnu comme
l'une des figures les plus éminentes de la philosophie
latino-américaine du XXe
siècle, souvent comparé à Ortega y Gasset
pour son influence, Zea est considéré comme un précurseur direct, voire
le fondateur, de la philosophie de la libération.
Zea
grandit au sein d'une famille modeste. Pour financer ses études secondaires
et universitaires, il travaille notamment dans un bureau de télégraphes.
Il étudie le droit et les humanités à l'Université nationale autonome
de Mexico (UNAM) avant de se tourner vers la philosophie sous l'influence
du penseur espagnol exilé José Gaos, dont il suit
les cours. Zea obtient son doctorat en 1944.
Sa
thèse de maîtrise, El positivismo en México (Le positivisme
au Mexique), publiée en 1943, le fait immédiatement connaître dans
le monde intellectuel. Il y analyse l'introduction et le développement
de la pensée d'Auguste Comte au Mexique,
en soulignant le rôle de Gabino Barreda. Dès 1942, il pose la question
fondamentale de son oeuvre : Une philosophie américaine est-elle possible?.
Zea
entame une longue carrière académique à l'UNAM, où il devient titulaire
de la chaire de philosophie de l'histoire en 1943. Il fonde en 1947, Ã
la Faculté de philosophie qu'il dirige de 1966 à 1970, le célèbre Séminaire
sur l'Histoire des idées en Amérique. Il enseigne également à El Colegio
de México à partir de 1946. Parallèlement, il dirige plusieurs revues
majeures, dont la Revista de la Universidad de México dans les
années 1970 et, à partir de 1986 jusqu'à sa mort, les Cuadernos Americanos.
Sa
pensée s'inscrit dans le prolongement du circonstantialisme d'Ortega y
Gasset, transmis par son maître José Gaos, mais également dans la lignée
de l'engagement sartrien, bien qu'avec une certaine
modération. Zea se montre proche du parti gouvernemental mexicain, le
PRI, tout en cherchant à préserver son indépendance critique, notamment
lorsqu'il devient directeur de l'Institut d'études politiques, économiques
et sociales (IEPES), le principal organisme idéologique du parti. Sa volonté
de comprendre la domination politique, économique et culturelle des États-Unis
sur l'Amérique latine l'amène parfois à exprimer une certaine indulgence
pour le régime castriste.
L'oeuvre
de Zea, qu'il qualifie lui-même de "réitérative mais non répétitive",
se construit autour d'une réflexion constante sur l'identité et la libération
de l'Amérique latine. Après des premiers travaux d'historiographie des
idées, ses ouvrages des années 1960 et 1970, tels que La filosofÃa
americana como filosofÃa sin más (1969) ou Dependencia y liberación
en la cultura latinoamericana (1974), formulent une véritable philosophie
du sous-développement et de la libération.
Il y critique la division du monde entre nations "développées" et "sous-développées",
une hiérarchie qui, selon lui, crée une distinction entre "hommes" et
"pseudo-hommes". En 1968, le débat qu'il engage avec le philosophe péruvien
Augusto Salazar Bondy sur l'existence même d'une philosophie latino-américaine
a une portée cruciale, Zea défendant l'idée que l'adaptation de la pensée
européenne à la réalité du sous-continent crée une pensée authentiquement
nouvelle.
Pour
Zea, la philosophie ne peut être universelle qu'à condition de partir
du concret, des problèmes réels des humains en situation. L'universalité
d'une vérité philosophique dépend de sa capacité à être comprise
et partagée par d'autres, dans un dialogue horizontal. Il développe ainsi
une définition de l'égalité qui devient le fondement de son humanisme
libérateur :
"Tous
les hommes sont égaux, parce que différents, mais ne sont pas différents
au point que les uns puissent être plus ou moins hommes que les autres".
Son ambition
est de substituer aux rapports verticaux de dépendance des liens horizontaux
de solidarité. |
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