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Le
royaume
bambara du Kaarta,
situé dans la région occidentale actuelle du Mali ,
trouve ses racines dans les bouleversements provoqués par l'effondrement
de l'empire Songhaï au XVIe
siècle et la conquête marocaine de Tombouctou.
Les populations bambaras, établies dans la région du Beledougou, commencèrent
à se structurer en entités politiques militaires pour résister à la
pression des empires voisins, notamment l'empire peul
de la Macina au nord et le royaume bambara
de Ségou à l'est.
La fondation du Kaarta
est traditionnellement attribuée à un chef guerrier, Massa ou Mamary
Coulibaly, aussi connu sous le nom de Sounsa Coulibaly, au milieu du XVIIe
siècle. Originaire de la région de Ségou, il fut un dissident de la
cour bambara et mena sa suite vers l'ouest, dans la zone du Khasso, entre
les fleuves Sénégal
et Niger .
Il établit sa capitale à Gouniourou, puis à Yélimané, posant les bases
d'un État guerrier et conquérant.
Le royaume atteignit
son apogée au XVIIIe siècle sous le règne
de Sounsa Coulibaly et surtout de son successeur, Sékou Coulibaly, dans
les années 1750. Ce dernier étendit considérablement le territoire du
Kaarta, soumettant les provinces voisines et les peuples khassonkés, soninkés
et peuls. Il déplaça sa capitale à la forteresse de Sounsan dans le
Kingui, une position plus facile à défendre. Le Kaarta devint une puissance
redoutable, contrôlant les routes commerciales
transsahariennes, notamment celle reliant le Haut-Sénégal à Tombouctou,
et pratiquant à la fois l'agriculture, l'élevage et le commerce d'or,
d'esclaves et de gomme arabique. Son organisation sociale était hiérarchisée,
avec une aristocratie guerrière (les ton-djons), des paysans libres,
des artisans castés et des esclaves. Le pouvoir du faama (roi)
était contrebalancé par un conseil de notables et de chefs militaires.
Cependant, le royaume
se heurta à la montée en puissance de l'empire toucouleur d'El Hadj Oumar
Tall, un conquérant et réformateur islamique, au milieu du XIXe
siècle. Les relations furent d'abord ambigües, Oumar Tall ayant séjourné
à la cour du Kaarta et même épousé une princesse. Mais les tensions
religieuses et politiques s'exacerbèrent. Le Kaarta, bien que comptant
des musulmans, restait ancré dans les traditions religieuses bambaras,
ce qui en faisait une cible pour le jihad toucouleur. En 1855, Oumar Tall,
après avoir conquis la Macina, lança une offensive foudroyante contre
le Kaarta. Le siège de la capitale, Sounsan, fut terrible. Le dernier
souverain, Souna Béri Diarra, et ses défenseurs résistèrent héroïquement
mais furent finalement vaincus. La ville fut prise et détruite en 1856,
et la famille royale fut systématiquement exécutée pour empêcher toute
résurgence dynastique.
La chute du Kaarta
secouadans toute la région. Mais la défaite ne signifia pas la disparition
totale de l'entité kaartanke. Des poches de résistance, menées par des
parents éloignés de la dynastie et des chefs locaux, persistèrent dans
des zones comme le Guémou ou le Gadiaga, souvent en alliance avec les
Français qui progressaient depuis le Sénégal
à partir des années 1880. La mémoire du royaume et la légitimité des
Coulibaly continuèrent d'inspirer des révoltes contre la domination toucouleure,
puis contre l'administration coloniale française après la chute de l'empire
d'El Hadj Oumar Tall. Les Français, ayant compris la valeur symbolique
du Kaarta, utilisèrent parfois cette mémoire à des fins politiques.
En 1890, le royaume du Kaarta fut officiellement annexé par la France,
intégré à l'AOF (Afrique-Occidentale française), et ses structures
politiques traditionnelles furent progressivement remplacées par l'administration
coloniale. Cependant, les souvenirs de l'ancien royaume persistèrent dans
la mémoire collective, notamment à travers les récits oraux, les généalogies
et les cérémonies locales.
Après l'indépendance
du Mali en 1960, le Kaarta ne fut pas restauré comme entité politique,
mais la région garda une forte identité culturelle, marquée par les
traces de cet héritage précolonial. Aujourd'hui, l'histoire du Kaarta
reste un élément important de l'identité et de la tradition historique
bambara, incarnant la résistance à la conquête étrangère et la grandeur
d'une puissance ouest-africaine précoloniale aujourd'hui disparue. Ses
vestiges, comme les ruines de Sounsan, et les récits épiques de ses rois
guerriers, perpétuent son souvenir dans la culture orale du Mali actuel. |
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