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Charles Pierre
Baudelaire est un poète
né à Paris le 9 avril 1821, mort dans la
même ville le 31 août 1867. Fils d'un peintre amateur attaché à l'administration
du Sénat, il perdit son père de bonne heure et sa mère se remaria au
colonel Aupick, plus tard maréchal de camp et ambassadeur de France Ã
Constantinople, Ã Londres
et à Madrid. Baudelaire commença au collège
de Lyon des études qu'il acheva en 1839 au lycée Louis-le-Grand et, malgré
la volonté de ses parents, refusa de tenter toute carrière autre que
la littérature. Pour essayer de vaincre sa résistance il fût, par décision
de son conseil de famille, embarqué sur un navire marchand qui faisait
voile pour Calcutta, mais qu'il n'accompagna
pas jusqu'à sa destination. Il revint en France après une absence de
dix mois (mai 1841 - février 1842). Il atteignit alors sa majorité et
toucha le capital qui lui revenait sur l'héritage, paternel (environ 75
000 francs). Libre de suivre ses goûts, il vint habiter l'île Saint-Louis,
lia des relations amicales avec d'autres jeunes poètes ou artistes (Théodore
de Banville, G. Levavasseur, Prarond, Jules Buisson, Émile Deroy,
etc.), et débuta par un Salon de 1845 (1845, in-12). En même temps,
il donnait quelques fantaisies en vers et en prose au Corsaire-Satan
et quelques poésies à l'Artiste.
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Baudelaire
en 1844, par Emile Deroy.
L'année suivante, il publia un second
Salon. Il y affirmait hautement, comme dans le premier, son admiration
pour Eugène Delacroix, rendait un juste hommage
aux supériorités de Ingres, - les deux chefs
d'école n'étaient guère alors moins contestés l'un que l'autre, - et
définissait d'un mot ou d'une épithète caractéristique les artistes
dont il analysait les oeuvres. Le temps s'est chargé de confirmer presque
tous les jugements, alors singulièrement audacieux et personnels, qu'il
a formulés et, n'eût-il écrit que ces pages, Baudelaire mériterait
une place à part dans la critique d'art. Il avait songé d'ailleurs Ã
se consacrer spécialement à ces études, car sur la couverture du Salon
de 1846 étaient annoncés comme en préparation deux volumes intitulés
De la Peinture moderne, et David, Guérin et Girodet. Ni
l'un ni l'autre n'ont paru, non plus que le Catéchisme de la femme
aimée. Dans la même liste figuraient aussi les Lesbiennes,
appelées ailleurs les Limbes, et qui sont devenues les Fleurs
du mal .
Vers la même époque, Baudelaire publiait deux nouvelles en prose : le
Jeune Enchanteur et la Fanfarlo; la seconde était
signée : Ch. Defayis, nom qu'il a quelquefois ajouté au sien propre
ou qu'il a pris comme pseudonyme, et qui était l'un des deux noms patronymiques
de sa mère. Malgré ses tendances catholiques et ses goûts aristocratiques,
il accueillit avec joie la révolution de 1848, se montra en armes sur
les barricades, fonda avec Champfleury et Toubin une feuille éphémère
(le Salut public), et fut un moment lié avec Proudhon.
C'est à cette époque aussi qu'il faut rapporter son court séjour Ã
Châteauroux pour diriger un journal
conservateur dont les propriétaires ne tardèrent pas à le remercier.
Une curiosité nouvelle était née dans
l'esprit de Baudelaire. Très frappé de quelques-uns des contes d'Edgar
Poe, il avait pressenti un "semblable" sous les traductions
informes qui les avaient révélés à la France, et il entreprit de le
faire mieux connaître. Familiarisé depuis l'enfance et par suite de ses
voyages avec la langue anglaise il l'étudia non plus dans les livres,
mais dans la pratique courante, lisant les journaux américains et fréquentant
les tavernes dont les cochers et palefreniers composaient la clientèle.
En même temps, il questionnait avec avidité tous les compatriotes de
Poe, dont il espérait tirer quelques renseignements. De cette préparation
laborieuse sortit la traduction la plus partante, à coup sûr, que pût
souhaiter un écrivain étranger. Les premiers contes traduits par Baudelaire,
et qui produisirent une si vive sensation, parurent en feuilleton dans
le Pays ou dans diverses revues, précédées d'une longue étude
biographique et critique, complétée plus tard par de Nouvelles notes.
Il ne renonça jamais d'ailleurs à la tâche qu'il s'était imposée,
et la maladie seule l'empêcha de la mener jusqu'au bout. Les oeuvres de
Poe traduites par lui ne forment pas moins de cinq volumes (Histoires
extraordinaires; Nouvelles histoires extraordinaires; Aventures
d'Arthur Gordon Pym; Eurêka; Histoires grotesques et sérieuses).
En 1857, un lettré qui s'était fait éditeur
par goût pour tous les raffinements typographiques et littéraires, Auguste
Poulet-Malassis, publia sous le titre de Fleurs du mal (titre longtemps
cherché et proposé par Hippolyte Babou), les poésies de Baudelaire disséminées
un peu partout; la Revue des Deux Mondes; en accueillant, deux ans
auparavant, quelques-unes d'entre elles, avait mis sa responsabilité Ã
couvert par une note singulièrement prudente :
"Ce
qui nous paraît ici mériter l'intérêt, disait-elle, c'est l'expression
vive et curieuse, même dans sa violence, de quelques défaillances, de
quelques douleurs morales que, sans les partager ni les discuter, on doit
tenir à connaître comme un des signes de notre temps. Il nous semble,
d'ailleurs, qu'il est des cas où la publicité n'est pas seulement un
encouragement, où elle peut avoir l'influence d'un conseil utile et appeler
le vrai talent à se dégager, à se fortifier, en élargissant ses voies,
en étendant son horizon."
C'était se méprendre étrangement que de
compter sur la publicité pour amener Baudelaire à résipiscence, et le
parquet impérial ne prit pas tant de ménagements. Le livre avait à peine
paru qu'il fut déféré aux tribunaux. Tandis que Baudelaire se hâtait
de recueillir en brochure les Articles justificatifs de E;. Thierry,
Barbey d'Aurevilly,
Ch. Asselineau et Fréd. Dulamon, il sollicitait de l'amitié de Sainte-Beuve
et de Flaubert (tout récemment poursuivi pour
le même motif) des moyens de défense dont les minutes ont été conservées
et dont il transmettait la teneur à son avocat,. G. Chaix d'Est-Ange.
Sur le réquisitoire de Pinard (alors avocat général et plus tard ministre
de l'intérieur), le délit d'offense à la morale
religieuse fut écarté, mais, en raison de la prévention d'outrage Ã
la morale. publique et aux bonnes moeurs, la cour prononça la suppression
de six pièces (Lesbos, Femmes damnées; le Léthé;
A celle qui est trop gaie; les Bijoux et les Métamorphoses
du vampire), et la condamnation à une triple amende de l'auteur et
des deux éditeurs (21 août 1857). L'édition était d'ailleurs presque
épuisée lors de la saisie, et le dommage matériel ne fut pas considérable
pour Malassis.
Tout d'abord Baudelaire voulut protester.
On a retrouvé dans ses papiers le brouillon de divers projets de préfaces
qu'il abandonna lors de la réimpression, à la fois diminuée et augmentée,
des Fleurs du mal, en 1861. Cette mutilation de sa pensée par autorité
de justice avait eu pour résultat de rendre les directeurs de journaux
et de revues très méfiants à son égard lorsqu'il leur présentait quelques
pages de prose ou quelques poésies nouvelles, et sa situation pécuniaire
s'en ressentait. Il travaillait lentement, à ses heures, toujours préoccupé
d'atteindre l'idéale perfection, et ne traitant d'ailleurs que de sujets
auxquels le grand public était alors complètement étranger. Une magistrale
étude sur Théophile Gautier (1859,
in-12), les Paradis artificiels (1861, in-12), essai psychologique
et littéraire sur les effets du haschich et de l'opium, la Morale du
joujou, un compte rendu du Salon de 1859, de remarquables articles
sur Constantin Guys, le dessinateur anglais, sa défense de Richard
Wagner et du Tannhauser ,
sa collaboration aux notices des Poètes français, publiée par
Crépet, datent de cette période. On a voulu voir dans ses velléités
académiques, lorsqu'il posa en 1862 sa candidature aux fauteuils de Scribe
et du P. Lacordaire, une de ces mystifications
dont il abusait et qui lui ont nui plus qu'elles ne l'ont servi : cette
tentative, déconseillée par Alfred de Vigny et
par Sainte-Beuve, dont il avait réclamé le patronage, était, croyons-nous,
dans sa pensée, une protestation contre la condamnation des Fleurs
du mal, en même temps qu'un recours contre une position toujours précaire;
le résultat n'en était d'ailleurs pas douteux, et il se désista en termes
dont on apprécia la modestie et la souvenance.
Ses dernières traductions d'Edgar
Poe, la suite de ses poèmes en prose, sa grande étude sur l'oeuvre
et la vie d'Eugène Delacroix, de rares pièces
de vers précédèrent son départ pour la Belgique, où il était attiré
par la présence de Malassis et par l'espoir, bientôt déçu, d'y faire
des lectures ou des conférences et de traiter avec une importante maison
de librairie pour une édition complète de ses oeuvres. Le climat de la
Belgique, la nourriture, l'hygiène, la tournure d'esprit de ses habitants,
les insuccès réitérés, la gêne, l'intempérance exaspérèrent des
facultés déjà très ébranlées. Baudelaire, après divers accidents
cérébraux, fut frappé d'hémiplégie et d'aphasie. Soigné d'abord par
Malassis, il fut ramené à Paris et placé dans une maison de santé,
où son agonie se prolongea plusieurs mois encore; la mort vint enfin le
délivrer du supplice de voir, de comprendre, et de ne pouvoir rien exprimer.
Baudelaire a laissé une trace restreinte,
mais profonde, dans la littérature française contemporaine. Son originalité
lui a coûté trop de souffrances ou, comme il l'écrivait dans son journal
intime, il a trop longtemps «cultivé son hystérie avec jouissance
et terreur» pour qu'on ne lui concède pas qu'elle est bien à lui.
Il eut tort assurément de la souligner par des bouffonneries ou des excentricités
dont les badauds ont formé une indestructible légende et qu'ils ne lui
ont pas pardonnées; mais il faut reconnaître que cette tension maladive
des facultés a doublement servi le poète qui a, comme le lui écrivait
Victor Hugo, «doté l'art d'un frisson nouveau»,
et le critique dont les jugements ont si souvent devancé ceux de la foule;
car il n'est guère de personnalité contestée ou méconnue qu'il ne se
soit efforcé de mettre en lumière : Wagner et
Manet l'ont compté au premier rang de leurs défenseurs,
et il mit au service de Méryon le crédit dont il disposa un moment auprès
de quelques personnages officiels. Des peintres, aujourd'hui célèbres,
mais alors en pleine lutte contre la misère et l'obscurité, lui ont dû
la joie de se voir cités et prônés. Plus absolu peut-être dans ses
doctrines littéraires, il n'en a pas moins loué avec justesse et vu avec
sagacité les qualités ou les défauts des quelques écrivains contemporains
dont il a parlé. Romantique par le choix et la nature de ses curiosités,
il était classique d'origine, de goût et d'éducation, également soucieux
de la perfection littéraire et de la correction typographique, retouchant
l'épreuve même après le bon à tirer qu'on lui arrachait à grand-peine,
et, malgré ses prétentions à l'infaillibilité, toujours mécontent
de lui-même, Si, par horreur du lieu commun, le prosateur n'a pas quelquefois
reculé devant l'emploi de périphrases prudhommesques, le poète peut
marcher de pair avec celui-là même qu'il traitait d' «impeccable».
Quant à l'influence morbide qu'il aurait exercée, ses seules victimes
sont ceux qui ont pris au pied de la lettre et prétendu mettre en action
des perversités et des raffinements tout littéraires, Empruntant une
image au titre même du livre qui fera vivre la mémoire de son ami, Asselineau
comparait Baudelaire à l'une de ces fleurs magiques dont la couleur, la
feuille et le parfum, ne sont qu'à elles, et comme il n'en éclôt, ajouterons-nous,
que dans la serre chaude des extrêmes civilisations : leur rareté fait
leur innocuité, car une telle oeuvre n'est accessible qu'aux délicats,
moins sensibles à l'âcreté du poison qu'à la forme du vase où il leur
est versé.
Les oeuvres de Baudelaire ont été rassemblées
aussitôt après sa mort en une édition, dite définitive, comportant
quatre volumes (Fleurs du mal; Curiosités esthétiques;
l'Art romantique; Petits Poèmes en prose )
et complétée par une réimpression des traductions de Poe. Les pièces
condamnées n'avaient pas été reproduites, mais elles furent publiées
aussitôt en Belgique dans le même format. En 1872 parut sous le titre
de Charles Baudelaire, Souvenir, Correspondance, Bibliographie,
un recueil préparé par Malassis et composé principalement de lettres
adressées au poète. Eugène Crépet a rassemblé à grands frais et avec
beaucoup de zèle ses OEuvres posthumes et sa Correspondance
inédite (1887, gr. in-8), précédées d'une notice biographique beaucoup
plus détaillée que la précédente; on trouve, en outre, dans ce volume
les fragments des préfaces des Fleurs du mal, les scénarios de
deux drames (le Marquis du 1er Houzards,
la Fin de Don Juan ),
les canevas d'un livre sur ou plutôt contre la Belgique, dont Baudelaire
s'était longtemps occupé pendant son séjour à Bruxelles, deux journaux
intimes (Fusées et Mon coeur mis à nu), de nombreuses et
importantes lettres à Malassis et à Sainte-Beuve, et divers documents
sur sa maladie, sa mort et sa succession. (Maurice Tourneux).
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Baudelaire, Les Fleurs du Mal, édition
en ligne. |
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Jean-Baptiste
Baronian, Baudelaire, Gallimard (Folio), 2006.
Baudelaire,
Les Fleurs du mal, Le Seuil, 2001. - Les Paradis artificiels,
J'ai Lu (Librio), 2003. - Mon coeur mis a nu (prés. Claude Pichois),
Droz, 2001. - Le Spleen de Paris, Jai Lu (Librio), 2001. - Du
vin et du Haschisch, comparés comme moyens de multiplication de l'individualité,
Mille et une Nuits, 2001. - L'Art romantique, Flammarion (GF), 2001.
- Correspondance (prés. Jérôme Thélot), Gallimard (Folio), 2000.
- Nouvelles lettres, Fayard, 2000. - Au-delà du romantisme
(écrits sur l'art), Flammarion (GF), 1999. - Petits poèmes en prose,
Pocket éditions, 1998. - Correspondances esthétiques, Vilo, 1998.
- Lettres à sa mère, L'Ecole des Loisirs, 1998. - La Fanfarlo,
Le Castor astral, 1992. - Pensées, José Corti, 1990. - Oeuvres
complètes, Robert Laffont (Bouquins), 1980.
Para-scolaire
: B. Louet, Poèmes de Baudelaire, Hachette, 2001. C. Baudelaire,
Les Fleurs du Mal, Nathan Parascolaire (Balises), 1999. - Dossier
pédagogique, Les Fleurs du mal, Larousse, 1999.
Bo
Liu, Les "Tableaux parisiens" de Baudelaire, L'Harmattan, 2004,
2 vol. : I - Genèse et expérience poétique ; II - L'expérience
esthétique. - Didier Blonde, Baudelaire en passant, Gallimard,
2003. - Claude Pichois et Jean-Paul Avice, Passion Baudelaire, Textuel,
2003. - Des mêmes, Les dessins de Baudelaire, Textuel, 2003. -
Walter Benjamin, Charles Baudelaire, Payot, 2002. - David Mus,
Le sonneur de cloches (Villon, Shakespeare,
Baudelaire, Mallarmé), Champ Vallon, 2000.
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