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Alain Badiou

Alain Badiou est un philosophe et romancier est né le 17 janvier 1937 à Rabat, au Maroc, où son père, résistant et maire socialiste, exerce des fonctions administratives. Il grandit dans un environnement marqué par l'engagement politique et intellectuel, ce qui influence profondément sa trajectoire. Après des études secondaires en France, il intègre l'École normale supérieure (ENS) en 1956, où il suit des cours de philosophie et se forme auprès de figures intellectuelles majeures comme Louis Althusser, qui deviendra un mentor déterminant pour lui. Durant cette période, Badiou s'intéresse autant à la philosophie qu'à la politique, développant des réflexions critiques sur le marxisme et les mouvements révolutionnaires.

Dans les années 1960, Badiou enseigne la philosophie au lycée de Reims, puis à l'université de Paris, tout en s'engageant activement dans les débats intellectuels de l'époque. Il publie en 1967 son premier roman, Almagestes, qui mêle réflexions philosophiques et considérations littéraires. Parallèlement, il s'intéresse aux mathématiques et commence à intégrer des concepts mathématiques dans ses réflexions philosophiques. La période est marquée par une forte politisation de Badiou, qui rejoint des cercles maoïstes et s'engage dans des mouvements révolutionnaires en pleine effervescence autour de Mai 68. Il participe activement aux événements de 1968, voyant dans cette révolte étudiante et ouvrière la possibilité d'un changement radical de la société.

En 1969, il publie Le concept de modèle, ouvrage dans lequel il critique l'usage des modèles scientifiques en philosophie et souligne la nĂ©cessitĂ© de penser la politique indĂ©pendamment des structures dominantes. 

• Le Concept de modèle (1969, réed. 2007). - Ce livre s'inscrit dans le contexte de l'effervescence intellectuelle des années 1960. Badiou y propose une réflexion épistémologique sur la notion de modèle dans les sciences, particulièrement en mathématiques et en logique. Il examine comment la notion de modèle fonctionne dans la construction des théories scientifiques. Il s'intéresse à la relation entre la théorie formelle et la réalité qu'elle tente de représenter ou de modéliser. L'ouvrage est fortement influencé par la pensée de Louis Althusser, dont Badiou était alors proche. Il reprend la distinction althussérienne entre science et idéologie. Le Concept de modèle témoigne déjà de l'importance que Badiou accorde aux mathématiques comme outil de pensée pour la philosophie. Il défend l'idée que la philosophie doit se nourrir des avancées scientifiques, et en particulier des mathématiques, pour renouveler ses concepts.
Cette dĂ©cennie est Ă©galement marquĂ©e par la fondation de l'Organisation politique, un collectif maoĂŻste dont Badiou est l'un des principaux animateurs. Dans les annĂ©es 1970, Badiou enseigne Ă  l'universitĂ© Paris VIII, oĂą il cĂ´toie des intellectuels tels que Gilles Deleuze, Michel Foucault et Jean-François Lyotard. Il dĂ©veloppe une philosophie marquĂ©e par une volontĂ© de repenser la politique rĂ©volutionnaire Ă  travers des concepts issus du marxisme, du maoĂŻsme et de la thĂ©orie des ensembles. Ă€ la fin des annĂ©es 1970, Badiou amorce une rĂ©flexion plus systĂ©matique sur la notion d'Ă©vĂ©nement, qui deviendra centrale dans sa pensĂ©e ultĂ©rieure. Il commence Ă  Ă©laborer les bases de son oeuvre majeure, L'ĂŠtre et l'ÉvĂ©nement, qui sera publiĂ©e en 1988. Parallèlement, il publie en 1982 ThĂ©orie du sujet, oĂą il explore la dialectique entre le sujet et l'histoire dans le cadre des luttes rĂ©volutionnaires. 
• L'ĂŠtre et l'ÉvĂ©nement (1988). -  Cet ouvrage est divisĂ© en quatre livres principaux, chacun abordant des aspects fondamentaux de la pensĂ©e d'Alain Badiou sur l'ĂŞtre, la vĂ©ritĂ© et l'Ă©vĂ©nement. Dans le premier livre, consacrĂ© Ă  l'ĂŠtre, Badiou critique les approches traditionnelles de l'ontologie, notamment celles de la philosophie grecque, de la philosophie moderne et de la philosophie contemporaine. Il montre que ces approches sont frĂ©quemment rĂ©ductrices et ne sont pas en mesure de saisir la complexitĂ© de l'ĂŞtre. Le philosophe introduit le concept du "multiple" comme une alternative Ă  l'ontologie traditionnelle. Le multiple est une structure sans unitĂ©, sans centre et sans totalitĂ©. Il est la condition de possibilitĂ© de toute pensĂ©e de l'ĂŞtre. Badiou dĂ©finit l'indiscernable comme un Ă©lĂ©ment du multiple qui ne peut ĂŞtre distinguĂ© des autres Ă©lĂ©ments du mĂŞme multiple. Il montre que l'indiscernable est le lieu oĂą l'Ă©vĂ©nement peut survenir, c'est-Ă -dire oĂą l'ĂŞtre peut ĂŞtre rĂ©inventĂ©. Dans le livre II, L'ÉvĂ©nement, l'auteur dĂ©finit l'Ă©vĂ©nement comme une rupture radicale dans la structure du multiple. L'Ă©vĂ©nement introduit une vĂ©ritĂ© qui n'Ă©tait pas prĂ©sente auparavant et qui transforme la structure du multiple. Le sujet ne prĂ©existe pas Ă  l'Ă©vĂ©nement. Il se constitue dans la fidĂ©litĂ© Ă  l'Ă©vĂ©nement, c'est-Ă -dire dans le processus de maintien et de dĂ©veloppement de la vĂ©ritĂ© introduite par l'Ă©vĂ©nement. L'Ă©vĂ©nement est une rupture immanente au multiple, c'est-Ă -dire qu'il ne sort pas de la structure du multiple, mais qu'il la transforme. Dans le livre III (La VĂ©ritĂ©), Alain Badiou dĂ©fend l'idĂ©e qu'il y a plusieurs vĂ©ritĂ©s, chacune structureant un monde diffĂ©rent. Il identifie quatre domaines oĂą les vĂ©ritĂ©s peuvent se manifester : les mathĂ©matiques, la politique, l'art et l'amour. Chaque vĂ©ritĂ© est irrĂ©ductible aux autres vĂ©ritĂ©s. Elle est propre Ă  son domaine et ne peut ĂŞtre rĂ©duite Ă  une autre vĂ©ritĂ©. La vĂ©ritĂ© est un acte qui transforme le monde. Elle n'est pas une simple description de la rĂ©alitĂ©, mais un processus de crĂ©ation et de transformation. Le livre IV, consacrĂ© Ă  l''État, dĂ©veloppe une pensĂ©e politique basĂ©e sur la notion d'Ă©vĂ©nement et de vĂ©ritĂ©. Il montre que les rĂ©volutions politiques sont des Ă©vĂ©nements qui introduisent de nouvelles vĂ©ritĂ©s politiques. La fidĂ©litĂ© politique est le processus par lequel les sujets investissent les vĂ©ritĂ©s politiques introduites par les Ă©vĂ©nements politiques. Elle est essentielle pour maintenir et dĂ©velopper ces vĂ©ritĂ©s. Badiou critique les conceptions traditionnelles de l'État et propose une nouvelle conception basĂ©e sur la notion d'Ă©vĂ©nement et de vĂ©ritĂ©. Il dĂ©fend l'idĂ©e qu'un État rĂ©volutionnaire peut ĂŞtre constituĂ© par la fidĂ©litĂ© Ă  un Ă©vĂ©nement politique.

• Théorie du sujet (1982). - Alain Badiou développedans cet ouvrage une théorie originale du sujet, qui se situe à l'intersection de la philosophie, de la psychanalyse lacanienne et de la politique. Il critique les conceptions traditionnelles du sujet, qu'il s'agisse du sujet cartésien, du sujet transcendantal kantien ou du sujet phénoménologique. Il les juge insuffisantes pour penser l'émergence de la nouveauté et de la rupture dans l'histoire. Le philosophe définit le sujet comme un processus de fidélité à un événement. L'événement est une rupture radicale qui fait irruption dans l'ordre établi et qui ouvre la possibilité d'une transformation. Le sujet n'est pas une substance préexistante, mais il se constitue dans le processus de fidélité à cet événement. L'auteur s'appuie sur la psychanalyse lacanienne pour penser la structure du sujet. Il utilise ainsi des concepts tels que le réel, le symbolique et l'imaginaire pour élaborer sa théorie. La théorie du sujet de Badiou est étroitement liée à sa conception de la politique. Le sujet politique se constitue dans la fidélité à un événement politique, comme une révolution ou un soulèvement populaire.

Durant les années 1990, Badiou continue à enseigner à l'École normale supérieure, où il dirige le département de philosophie, formant de nombreux étudiants et poursuivant ses recherches. Il publie plusieurs ouvrages approfondissant les thèmes de L'Être et l'Événement, notamment Manifeste pour la philosophie en 1989 et Conditions en 1992. Badiou s'attache à défendre la possibilité d'une philosophie qui ne renonce ni à l'universel ni à l'engagement politique, tout en s'opposant aux courants relativistes et postmodernes. Il s'engage également dans des débats publics, critiquant le libéralisme dominant et plaidant pour une refondation de la politique révolutionnaire.
• Manifeste pour la philosophie (1989). - Cet ouvrage programmatique dĂ©fend la nĂ©cessitĂ© et l'actualitĂ© de la philosophie. Badiou y propose une redĂ©finition de la tâche philosophique Ă  l'ère contemporaine. Il dĂ©nonce ce qu'il appelle les "sophistes" contemporains, qui, selon lui, renoncent Ă  la vocation universelle de la philosophie et se contentent de commenter l'actualitĂ© ou de dissoudre les concepts dans le relativisme.  Alain Badiou affirme que la philosophie a pour tâche de penser l'Ă©vĂ©nement, c'est-Ă -dire la rupture qui fait advenir du nouveau dans l'histoire. La philosophie doit ĂŞtre capable de saisir l'exception et de la soustraire Ă  l'ordre Ă©tabli du savoir. Il identifie quatre conditions de la philosophie, c'est-Ă -dire quatre domaines qui lui fournissent ses objets et ses concepts : la mathĂ©matique (le mathème), l'art (le poème), la politique (l'invention politique) et l'amour. La philosophie se nourrit de ces conditions, mais elle les transforme en les soumettant Ă  sa propre exigence de vĂ©ritĂ©. Manifeste pour la philosophie apparaĂ®t ainsi comme un appel Ă  une refondation de la philosophie, capable de renouer avec sa vocation universelle et de penser les transformations du monde contemporain.
• Conditions (1992). - Dans cet ouvrage, Badiou développe sa théorie qui désigne les conditions historiques et politiques qui permettent ou interdisent des évolutions significatives dans la société. Les conditions sont vues comme des moments où la réalité sociale peut être remise en question et transformée. Badiou analyse différentes conditions historiques, notamment celles de la Révolution française, de la Révolution cubaine, et de la Grande Guerre, pour illustrer comment elles ont permis des changements radicaux dans la société. Il examine également comment les conditions actuelles peuvent être exploitées pour promouvoir des réformes sociales et politiques.
Dans les années 2000, Badiou publie plusieurs ouvrages majeurs, dont Logiques des mondes en 2006, qui prolonge et précise les concepts développés dans L'Être et l'Événement. Il y explore la manière dont l'événement se manifeste dans des situations concrètes et propose une nouvelle logique du changement et de l'apparition de vérités. Parallèlement, il écrit sur des sujets variés comme l'amour, l'art, et la politique, avec des ouvrages comme Éloge de l'amour et De quoi Sarkozy est-il le nom. Ces publications témoignent de son engagement constant dans l'actualité politique et intellectuelle, analysant les mutations du monde contemporain à travers le prisme de sa philosophie.
• Logiques des mondes (2006). - Alain Badiou dĂ©veloppe dans cet ouvrage,  rĂ©sultat de plusieurs dĂ©cennies de rĂ©flexion sur la logique, la vĂ©ritĂ© et la philosophie en gĂ©nĂ©ral, sa thĂ©orie des mondes possibles. Il Ă©tudie la relation entre la logique formelle et la vĂ©ritĂ© dans diffĂ©rents domaines, notamment les mathĂ©matiques, la politique, l'art et l'amour. Il dĂ©fend l'idĂ©e que la vĂ©ritĂ© est une interruption de la logique ordinaire, une rupture qui introduit un nouveau monde. Un monde est une structure logique cohĂ©rente qui est le lieu d'une vĂ©ritĂ©. Le philosophe propose une logique des mondes possibles, qui permet de penser comment de nouveaux mondes peuvent Ă©merger et comment ils peuvent ĂŞtre distincts les uns des autres. Badiou relie cette thĂ©orie des mondes Ă  sa conception de l'Ă©vĂ©nement et de la fidĂ©litĂ©. Un Ă©vĂ©nement est une rupture qui introduit un nouveau monde, et la fidĂ©litĂ© est le processus par lequel les sujets s'investissent dans ce nouveau monde pour le maintenir et le dĂ©velopper. L'ouvrage est fortement influencĂ© par les mathĂ©matiques, notamment la thĂ©orie des ensembles et la logique formelle. L'auteur utilise ces outils mathĂ©matiques pour Ă©laborer sa thĂ©orie des mondes et pour penser la relation entre la logique et la vĂ©ritĂ©.
• Éloge de l'amour (2006). - Dans cet ouvrage, Alain Badiou aborde la notion d'amour dans un contexte philosophique et politique. Il défend l'idée que l'amour est une forme d'engagement politique et qu'il ne peut être réduit à une simple expérience personnelle ou émotionnelle. L'amour est perçu comme un acte d'investissement qui transcende les limites de la vie privée et s'inscrit dans un projet collectif. Le philosophe invite les lecteurs à penser l'amour comme un phénomène qui peut transformer les rapports sociaux et politiques.

• De quoi Sarkozy est-il le nom? (2007). - Cet ouvrage est une critique de Nicolas Sarkozy et de son projet politique. L'auteur examine les principes sur lesquels Sarkozy se base pour sa candidature à la présidence de la République française, notamment le "réalisme économique" et la "civilisation des droits de l'homme". Il soulève des questions sur la nature du capitalisme contemporain et sur la capacité du néolibéralisme à résoudre les problèmes sociaux et politiques. Badiou propose une alternative politique qui vise à repenser les relations sociales et économiques en partant de principes plus radicaux et subversifs.

Badiou reste actif dans les sphères publiques et académiques jusqu'à sa retraite de l'ENS en 2007, et continue d'ailleurs ensuite à écrire et à donner des conférences à travers le monde. Il publie en 2018 L'Immanence des vérités, qui clôt la trilogie commencée avec L'Être et l'Événement. Cet ouvrage approfondit sa réflexion sur la nature des vérités éternelles et leur rapport au monde matériel. Il demeure une voix influente dans la philosophie contemporaine, perpétuant l'héritage d'une pensée engagée qui cherche à concilier théorie et pratique, mathématiques et politique, universalité et singularité des événements.
• L'Immanence des vĂ©ritĂ©s (2018).. - Troisième et dernier volet de la triogie de l'Etre et l'Ă©vĂ©nement,  cet ouvrage s'inscrit dans la continuitĂ© de Logiques des mondes, mais il analyse plus en profondeur la question de l'immanence des vĂ©ritĂ©s dans diffĂ©rents domaines. L'auteur distingue l'immanence des vĂ©ritĂ©s, qui sont contenues dans les mondes possibles, de la transcendance, qui serait une sorte d'absolu transcendant les mondes. Il dĂ©fend l'idĂ©e que les vĂ©ritĂ©s sont immanentes aux mondes qu'elles structurent, et qu'elles ne peuvent ĂŞtre saisies que par ceux qui investissent ces mondes. L'ouvrage met en Ă©vidence la multiplicitĂ© des vĂ©ritĂ©s. Il y a des vĂ©ritĂ©s mathĂ©matiques, des vĂ©ritĂ©s politiques, des vĂ©ritĂ©s artistiques et des vĂ©ritĂ©s amoureuses, chacune structurant un monde diffĂ©rent. Badiou propose de penser ces vĂ©ritĂ©s comme des "vĂ©ritĂ©s multiples", chacune ayant sa propre logique et sa propre structure. Comme dans Logiques des mondes, le philosophe relie cette thĂ©orie des vĂ©ritĂ©s Ă  sa conception des Ă©vĂ©nements. Un Ă©vĂ©nement est une rupture qui introduit une nouvelle vĂ©ritĂ© dans un nouveau monde. La fidĂ©litĂ© est le processus par lequel les sujets investissent cette vĂ©ritĂ© et la maintiennent dans le monde qu'elle structure. Une fois de plus, Alain Badiou utilise les outils mathĂ©matiques pour Ă©laborer sa thĂ©orie des vĂ©ritĂ©s. Il Ă©tudie comment la thĂ©orie des ensembles et la logique formelle peuvent aider Ă  penser la structure des mondes possibles et la nature des vĂ©ritĂ©s qui les gouvernent.
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