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Les
couleurs peuvent étre employées de deux manières pour exprimer
des idées et des sentiments. Tantôt on en fait des signes propres Ã
remplacer les lettres de l'alphabet et à former des mots; c'est un mode
de cryptographie que tout le monde peut voir sans y rien comprendre, excepté
ceux qui s'en servent pour correspondre. Tantôt les couleurs sont prises
comme emblèmes ou symboles. Ainsi, il est très couramment de convention
que le noir signifie malheur; tristesse, deuil; le blanc, innocence, pureté,
joie douce et calme; le rouge, force, puissance, courage militaire; l'orangé,
richesses, pompes royales; le jaune, mauvaise santé, peines domestiques,
revers de fortune; le vert, espérance, jeunesse; le bleu, bonté de caractère,
douce rêverie, âge viril, air du firmament,
demeures célestes. l'indigo vieillesse, affaiblissement de l'esprit; le
violet, tranquillité d'âme, modestie, bienfaisance, vertus cachées.
Les Anciens, qui
peignaient leurs statues, avaient, selon quelques auteurs, affecté le
rouge à Mars, le blanc à Jupiter,
le vert à Vénus, le bleu à Saturne
et à Neptune. Cependant le Jupiter consacré
par Tarquin dans le Capitole était peint
avec du minium. Les sept enceintes d'Ecbatane,
représentant les sept sphères célestes, étaient enduites de couleurs
particulières aux divinités directrices de ces, sphères. Dans l'Antiquité,
le vert, le rouge, le bleu, le blanc, représentèrent symboliquement la
terre, le feu, l'air, l'eau, ou encore les quatre saisons .
Le jaune, qui paraissait un affaiblissement de la lumière, acquit une
connotation négative : on peignait les chambres des esclaves en jaune,
comme au Moyen âge on imposa aux Juifs une coiffure jaune.
La symbolique des
couleurs est importante dans les monuments de l'art Chrétien; par exemple,
l'abside des églises est d'or et d'azur;
Marie est revêtue d'un manteau bleu (elle symbolise
les Cieux), couleur de l'air; Jésus,
Soleil naissant, est habillé de rouge.
L'Eglise
catholique varie la couleur de ses ornements selon la fête qu'elle
le célèbre : ils sont blancs pour les fêtes de Noël,
de l'Epiphanie, de Pâques,
de l'Ascension, pour celles de la Ste
Vierge, des anges, des pontifes, abbés, confesseurs,
vierges, et de tous les
saints et saintes qui n'ont pas souffert le martyre; rouges pour la
Pentecôte, pour les martyrs et les apôtres;
verts pour tout le temps depuis l'Epiphanie jusqu'à la Septuagésime,
et depuis la Pentecôte jusqu'à l'Avent, si ce n'est les jours où, tombe
une fête; violets pendant l'Avent et le Carême,
aux Quatre-Temps, aux Rogations, aux Vigiles;
noirs pour le service des morts. Plusieurs diocèses ont, à cet égard,
conservé des usages particuliers. Les ornements ecclésiastiques ayant
souvent plusieurs couleurs, c'est celle du fond que l'on considère. Le
drap d'or tient lieu de toutes les couleurs. Il est permis aux églises
pauvres de n'avoir que deux ornements complets, l'un noir, l'autre blanc
avec ramages verts, violets ou rouges.
Les Églises d'Orient
se servent de toutes sortes de couleurs, surtout les plus vives et les
plus voyantes, suivant le goût oriental.
Couleurs
héraldiques. Elles sont au nombre de
sept, dont deux métaux et cinq émaux. Les métaux sont l'or et l'argent,
que l'on rend par le jaune et le blanc; les émaux sont le gueule (rouge),
l'azur (bleu), le sinople (vert), le pourpre (violet), et le sable (noir).
Pour représenter ces couleurs sans les employer en nature, Valson de La
Colombière imagina, vers 1630, des signes de convention : l'or est pointillé,
l'argent reste sans aucune trace; on fait des tailles verticales pour le
gueule, horizontales pour l'azur, diagonales de gauche à droite pour le
sinople et de droite à gauche pour la pourpre, et des tailles croisées
pour le sable.
Couleurs nationales,
couleurs adoptées par chaque nation comme marques distinctives, et reproduites
ordinairement sur les drapeaux, les pavillons et les cocardes. Après avoir
plusieurs fois changé en France, elles sont aujourd'hui le bleu, le blanc
et le rouge; celles de l'Angleterre sont le rouge et le bleu; de la Hollande,
le rouge, le blanc et le bleu; de la Suède, le bleu liséré de jaune;
du Danemark et de la Suisse, le rouge; de la Prusse, des Deux-Siciles
et du Portugal, le blanc liséré de rouge; de l'Autriche et de l'Espagne,
le rouge et le blanc: de la Bavière le blanc, liséré de bleu; de la
Russie, le jaune.
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Gérard-Georges Lemaire, Le noir, Hazan, 2006. - Lié
indissolublement à l'idée de deuil, de nuit, de désespoir, de folie,
le noir se présente dans notre culture comme une couleur néfaste. C'est
vrai autant dans la théologie que dans la philosophie. Et dans les croyances
populaires, le noir n'est jamais bon signe. Toutefois, dans ses innombrables
acceptions, l'histoire du noir en Occident est beaucoup plus complexe et
contrastée. Et c'est cette histoire que ce livre entend raconter dans
ses grandes lignes en proposant une histoire culturelle et anthropologique
du noir à ce jour inédite. (couv.). |
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