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Saint-Gaudens

Saint-Gaudens, Castrum Sancti Gaudentii, Sent Gaudenç, est une ville du département de la Haute-Garonne,  fort agréablement située, sur le rebord d'un plateau qui domine la rive gauche de la Garonne; 404 m d'altitude; 10900 habitants. On jouit d'une vue superbe sur toute la chaîne centrale des Pyrénées, sur laquelle se détache le massif du Cagire (1912 m). Appelée d'abord le Mas-Saint-Pierre, cette localité prit le nom du jeune enfant Gaudentius, martyrisé au Ve siècle par les Wisigoths ou, selon une autre tradition, par les Sarrasins. Au Moyen Âge. Elle porta pendant la Révolution le nom de Mont-d'Unité

Saint-Gaudens.
Saint-Gaudens, vue générale.

Saint-Gaudens s'est construite et a grandi autour de deux belles rue (auj. rue de la République et rue Victor-Hugo), bordées de plusieurs maisons bien bâties, parmi lesquelles nous distinguerons celles de l'hôtel de Prame. Son église' romane, autrefois collégiale, est remarquable; elle paraît une des plus anciennes de la contrée. On peut y voir de beaux chapiteaux historiés et une salle capitulaire du début du XIIIe siècle.
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Une porte latérale, bâtie sans doute vers la fin du XIVe siècle ou au commencement du XVe siècle, est ouverte sur le côté gauche de l'édifice; le style de ses ornements ne manque pas d'élégance; mais on doit lui préférer une autre porte à plein-cintre, ouverte dans l'axe de l'édifice, et qui est de l'époque même de la construction de l'église; elle est très étroite et cependant plus monumentale que l'autre. 
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Collégiale de Saint-Gaudens : clocher.
Collégiale de Saint-Gaudens : portail roman.
Le clocher de l'église
La porte latérale.
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On a rattaché à cette porte des souvenirs antérieurs de près de sept siècles à sa construction. C'est là, en effet, que l'on montre les fers du cheval du farouche Abd-el-Rahman. Selon la légende populaire, il poursuivait l'enfant martyr Gaudentius, qui, ramassant la tête que le Sarrasin venait de lui trancher et s'enfuyant à toutes jambes, put entrer dans l'église, en fermer la porte; et le fer du cheval de celui qui le poursuivait, heurtant le bois, y demeura enfoncé. C'est donc encore une tête de plus ramassée par celui auquel on vient de la couper, avec cette seule différence qu'ici le héros de la légende est un tout jeune enfant, tandis que dans les autres cas assez nombreux, c'est ordinairement un évêque martyr (Saint-Denis, par exemple). 
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Photo de la collégiale de Saint-Gaudens.
La Collégiale de Saint-Gaudens.

Un autre récit, tout aussi légendaire, mais plus conforme à la disposition des fers sur cette porte, les y fait planter et adhérer par les ruades qu'Abd-el-Rahman faisait lancer par son cheval pour l'enfoncer, et piller les trésors renfermés dans l'église depuis longtemps consacrée au jeune martyr saint Gaudentius. 

Côté Sud règne une esplanade d'où l'on jouit de charmants points de vue sur la vallée et sur la chaîne des Pyrénées; spectacle, il est vrai, gâché par les cheminées et les fumées de l'usine de pâte à papier, installée en contre-bas, à quelques kilomètres de là, près des berges de la Garonne. En 1951, on a construit sur cette esplanade un monument dédié aux trois maréchaux pyrénéens : Foch, Joffre et Galiéni. Le col du Pont-du-Roi, qui aboutit au val d'Aran par le portillon, sert de communication avec l'Espagne.
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La Cellulose d'Aquitaine, à Saint-Gaudens.
Vue sur la vallée de la Garonne, les Pyrénées et...

Saint-Gaudens fut capitale de la vicomté du Nébouzan (qui dépendait du comté du Comminges), et de la région nommée le Bourjac. La population de ces pays était un mélange de Celtes et d'Ibères. Le nom de Nébouzan paraît venir de celui d'un peuple de ce pays mentionné par Pline sous le nom d'Onobriates ou Onobuzates Le Nébouzan fut séparé du Comminges vers la fin du XIIe siècle. Le plus célèbre des comtes de Comminges, Bernard V, épousa successivement trois femmes sans être veuf; c'était assez l'usage des seigneurs du Midi qui aimaient le changement, de suppléer au veuvage par le divorce. Il en fut de même de Pétronille, sa fille : elle eut cinq maris. Mais tous ces mariages, géminés dans cette famille, n'y donnaient aucun héritier mâle. La petite-fille de celle-ci, en épousant Roger-Bernard, comte de Foix, lui porta en dot le Nébouzan et Saint-Gaudens, qui furent enfin annexés ainsi après bien des pérégrinations au comté de Foix (1257).
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Ces pays de montagnes étaient des pays de liberté. La plupart des villes, si petites fussent-elles, se montraient fort jalouses de l'antiquité de leurs droits. Les chartes de Saint-Gaudens, Aspet, Samatan, portent toujours en tête : 

« Libertés, franchises, privilèges, dont les habitants jouissent de temps immémorial, dont il n'est preuve du contraire. » 
Chaque fois qu'il changea de maître, Saint-Gaudens eut la sage précaution de se faire confirmer ses franchises municipales. En 1334, il présenta au comte de Foix sa charte écrite en occitan; ce comte se rendit avec les députés de la ville devant les délégués du sénéchal de Toulouse et prêta serment de la garder et faire garder, après quoi les députés prêtèrent le serment de foi et hommage. On voit dans cette charte que Saint-Gaudens avait des consuls annuels, élus au second degré le jour de la saint Jean-Baptiste. Les électeurs choisis eux-mêmes dans l'assemblée populaire étaient au nombre de 24. Plusieurs professions inférieures étaient cependant exclues : celle de boucher, celle de corroyeur, celle d'ivrogne, « les ivrognes ordinaires », est-il précisé. Les consuls, intermédiaires entre les seigneurs et le peuple, non seulement étaient chargés de la police intérieure, mais exerçaient une juridiction assez étendue, et partageaient avec le chapitre la surveillance de l'église et des couvents.
Ils portaient  « une robe longue et un chaperon, le tout demi-partie rouge et noire, servant de livrée, pour intimider et donner frayeur aux méchants, et contenir les bons dans le devoir, le tout de drap de France paré et garni de satin noir. »
Des institutions libres stimulent l'activité et donnent le bien-être. Aussi Saint-Gaudens jouit-il d'une grande prospérité dès le XIIIe siècle. Entrepôt de toutes les marchandises qui venaient de l'Espagne par le val d'Aran, il avait en outre des fabriques de draps et des tanneries. Mais cette ville, si fière et si indépendante vis-à-vis de ses seigneurs, n'opposait pas quoique cela de résistance contre les attaques du dehors; ainsi, elle se rendit sans difficulté à Simon de Montfort (La Guerre des Albigeois) et plus tard aux Anglais (La Guerre de Cent ans). Elle était cependant assez fortifiée pour l'époque et entretenait des troupes contre les brigandages des routiers (La criminalité au Moyen âge) qui désolaient le pays pendant les querelles fréquentes des comtes de Foix et de Comminges
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Cloître de l'église de Saint-Gaudens.
Ci-dessus, le cloître de la Collégiale (restauré en 1989). Ci-dessous, une parti du cloître
de l'ancienne abbaye de Bonnefont (commune de Proupiary, près de saint-Martory) et reconstruit dans un jardin public de Saint-Gaudens. 
Partie du cloître de l'abbaye de Bonnefont.

En 1569, elle fut prise par Montgommery, qui s'y introduisit avec 4000 calvinistes, la pilla, la livra aux flammes et détruisit ses précieuses archives. Henri IV en fit recueillir les débris en 1602 par messire Sanson, juge réformateur des domaines royaux.

« La Révolution, écrit Armand Marrast vers le milieu du XIXe siècle,, la révolution passa dans Saint-Gaudens comme une vieille connaissance à laquelle la bourgeoisie fit bonne hospitalité, seulement Saint-Gaudens prit la peine de s'appeler plus tard haute-ville, et encore plus tard on releva les cloisons, on recrépit les murs fendus de vétusté, on refit même une sorte de porte cochère, pour que le lieu connu sous le nom de l'évêché pût s'élever à la hauteur d'un hôtel de la sous-préfecture. Saint-Gaudens n'en a pas moins conservé les traces de ses antiques annales : des promenades larges et bien tracées le long de ses boulevards, un nouveau palais de justice, une halle moderne, des fossés qui se comblent, et la ville semblant sourire de ce côté à des constructions élégantes, telle est à peu près la part que la civilisation a conquise. Celle de l'histoire est toujours la plus large; elle garde sa vieille église, son vieux cloître de l'hôpital, son hôtel-de-ville brisé, mâché, tombant, durant foujours, sa vieille halle avec son toit en forme de parapluie, et toutes ses maisons qui n'ont pas d'âge, pas de style, pas de nom d'architecte, maisons qu'on aurait dites bâties par des bohémiens pour un jour de halte, et dont la boue noircie, durcie par les siècles comme un ciment romain, semble jeter à tant de générations de passants, le sourire d'une éternelle vieillesse. Tout cet aspect est pourtant sombre, et c'est un contraste désagréable, pour le voyageur fatigué ou insouciant, que celui d'une ville aussi ancienne au milieu d'un paysage aussi florissant. Mais il n'en est pas ainsi pour ceux dont le nid pend à quelques fentes de ces masures, leur antiquité les leur rend plus chères. »
Outre Armand Marrast, Saint-Gaudens a vu naître, entre autres, Raymond, le fondateur de l'ordre de Calatrava, et le politicien et législateur Raymond-Théodore Troplong, etc. (J. Jourdan / GE).
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Monument des Trois Maréchaux, à Saint-Gaudens.
Le monument des Trois Maréchaux de la Première Guerre mondiale originaires de
la région pyrénéenne (Galliéni, de Saint-Béat, Foch, de Tarbes, et Joffre, de Rivesaltes).
Il est dû au sculpteur toulousain Georges Guiraud et à l'architecte parisien Lancaigne, et date de 1951.
(La tranchée n'est pas d'époque...). Photos  : © Elsa Soucasse et Serge. Jodra, 2006-2008.
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Dictionnaire Villes et monuments
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