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Édesse

Édesse  (turc. Urfa) est une ancienne ville du Nord de la Mésopotamie, aujourd'hui en Turquie, sise sur une petite rivière tributaire du Balikh, lequel se jette dans l'Euphrate, et au pied d'une colline (le Torâ-dOurhoï des écrivains syriaques), sur laquelle se sont élevés, à l'époque chrétienne, de nombreux monastères. La ville existait probablement au temps des campagnes des rois d'Assyrie, mais on n'a pu encore l'identifier avec une des nombreuses villes dont Assurbanipal nous a laissé la liste. Le nom asiatique d'Edesse est Osroé, tiré sans doute du nom du satrape Osroès (forme arménienne de Khosroès), qui avait gouverné la contrée de l'Osroène. C'est cette dernière forme, en grec Osroene, devenue Orroene, qui a donné naissance au syriaque Ourhoï, arménien ourhâï, arabe Er-Roha (d'où, par changement de h en f, le nom moderne Orfa ou Urfa). Dans la ville même étaient des sources auxquelles les Grecs donnèrent le nom de kallirroé (d'où on a voulu faire venir à tort le mot d'Orrhoène) et qui sont restées célèbres jusqu'à nos jours. Quant au nom d'Edesse, nous savons par Appien et Etienne de Byzance qu'il fut donné par Séleucus Nicator lorsqu'il reconstruisit la ville, en 303 av. J.-C. en souvenir de la capitale de la Macédoine (ci-dessous), et la peupla, ainsi que Nisibe et plusieurs autres villes, de vétérans de son armée (d'où le nom de Mygdonie, prononciation macédonienne du mot Macedonia donné à la contrée). Un peu plus tard, sous Antiochus IV, cette même ville fut appelée Antiochia près Kallirrhoë, ainsi que L'attestent des monnaies portant cette légende.

En dehors de quelques rares renseignements que l'on trouve dans les auteurs classiques, on ne connaît l'histoire d'Edesse que par les chroniques syriaques, telles que la Chronique anonyme d'Edesse, rédigée vers 540 de notre ère, et la Chronique de Denis de Tell-Mahrê, composée vers 776 sur des documents anciens, et, pour la période chrétienne, par les auteurs arméniens, qu'il ne faut toutefois consulter qu'avec réserve. C'est par ces documents que nous savons que, vers l'an 136 av. J.-C. Édesse secoua le joug arménien. Son premier roi fut Ariou (défiguré par Denis en Orhaï pour en faire un éponyme); on trouvera, à la fin de l'article, la liste des souverains, qui ont gouverné le petit royaume d'Osroène pendant près de quatre siècles. Sauf quelques-uns d'origine iranienne (Parthes ou Arméniens), la plupart de ces souverains étaient d'origine nabatéenne ou arabe. Pline appelle du reste ce royaume celui des Arabes Aroei, Arabiam Aroeon dictam regionem. Il s'étendait à l'Ouest et au Nord jusqu'à l'Euphrate, qui le séparait de la Comagène, et à l'Est jusqu'au Tigre, qui le séparait de l'Adiabène; il comprenait des villes importantes et connues, comme Carrhes, Nisibe (pendant quelque temps), Saroug, Zeugma sur l'Euphrate (où était le passage des caravanes Apamée), Rhesaena, Singara et même Tigranocerte, Samosate et Mélitène.

A l'époque des conquêtes de Lucullus, de Pompée et de Crassus en Arménie, les rois d'Edesse eurent la prudence de se faire les alliés des Romains. Plutarque et Dion Cassius sont pleins de détails intéressants sur quelques-uns de ces rois de l'Osroène, notamment sur Abgar II Ariamnès qui, tout en trahissant Crassus pour le livrer aux Parthes, parvint à sauvegarder son indépendance. D'après une légende syriaque, ce fut sous Abgar V Oukâma (13-50 de J.-C.), que le christianisme aurait été prêché à Édesse par Thaddée ou Addaï, disciple du Christ; on croyait même que Jésus avait écrit une lettre au roi d'Edesse. Une légende, qui avait pris naissance au IIIe ou IVe siècle; le christianisme n'ayant été introduit dans l'Osroène que sous Abgar VIII, vers l'an 200. Tous les récits de persécution qui se trouvent dans la Doctrine d'Addaï, les Actes de Charbil, de Barsamia, et de Habib, et qui placent différents martyrs sous Trajan en 104, se réfèrent en réalité à des événements du IVe siècle, ainsi que l'a montré R. Duval.
 


Inscription collective en mémoire des diacres Elias, Abraham et Jean de l'an 494 de J. C., trouvée en 1879 dans la grotte de Nimrud Dagh, près du château d'Edesse. Les caractères sont
estranghelo-édesséniens.

Vers l'an 50, un roi d'Adiabène, Sanatrouk, s'empara de Nisibe, dont il fit sa résidence, et d'Edesse, mais en 109 la dynastie indigène reprend le pouvoir en la personne
d'Abgar VII qui fut, il est vrai, dépossédé par Trajan en 116. Après une occupation de quelques années par les armées romaines et deux princes étrangers, la royauté légitime fut rétablie en 123, avec Manû VII, frère d'Abgar. A partir de cette époque, nous possédons des monnaies frappées par les rois d'Edesse avec l'effigie de l'empereur au revers, ce qui permet de faire une classification. 
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La numismatique édessénienne

Sous Antiochus IV, roi de Syrie (175-164 av. J: C.), la ville d'Edesse, à cause de la colonie d'Antiochéens qui vinrent s'y établir, prit le nom d'Antioche près Kallirrhoé : c'est ainsi que l'appellent quelques rares monnaies de bronze qu'elle frappa à l'effigie d'Antiochos IV. Après la mort de ce prince, Édesse reprit son ancien nom qu'elle ne quitta plus : elle cessa d'ailleurs aussi de frapper monnaie à l'effigie des princes syriens. Plus tard, les rois d'Edesse eux-mêmes ne frappèrent pas monnaie tout d'abord : les Parthes, leurs suzerains, ne leur octroyèrent ce droit que tardivement. 

Les premières pièces des rois d'Edesse sont de petits bronzes qui ont des légendes araméennes en écriture estranghelo. Ces légendes nous fournissent les noms d'un Manû, qui doit être le contemporain de Trajan et d'Hadrien, et de Vaïl qui, vers 163-164, fut soutenu par les Parthes contre les Romains. Après le rétablissement de l'influence romaine en Osroène, les rois de ce petit pays bénéficièrent du privilège de frapper des deniers d'argent et des monnaies de bronze. Ces pièces, à légendes grecques, portent sur une face le nom et l'effigie de l'empereur romain régnant et de l'autre le nom du dynaste osroénien, Manù ou Abgar, autour de son effigie caractérisée par une haute tiare arrondie en son sommet. Dans la légende monétaire, le roi d'Edesse s'intitule souvent Philorômaios, ami des Romains. 

Le dernier prince qui frappa monnaie est Abgar, contemporain de Gordien III le Pieux. A l'époque de Domitien et de Marc-Aurèle, l'atelier d'Edesse émit, en même temps que les monnaies royales, des deniers romains à l'effigie de l'empereur, mais sans nom d'atelier et sans le nom ou l'effigie du roi d'Edesse : les légendes grecques de ces espèces commémorent les victoires des Romains sur les Parthes. Enfin, depuis Caracalla jusqu'à Trajan Dèce, Édesse fit frapper en abondance, à l'effigie des empereurs romains, des monnaies de bronze municipales, c.-à-d. indépendantes du monnayage royal, sur lesquelles on lit simplement l'ethnique EDESSENON, ou bien sur lesquelles la ville prend, en l'honneur de Macrin, le nom de colonie macrinienne, métropole de la Mésopotamie.

On sait qu'Hadrien abandonna toutes les conquêtes de Trajan au delà de l'Euphrate, mais ses successeurs continuèrent à exercer les droits de haute suzeraineté sur tous les petits États du Nord et du Sud de la Mésopotamie 

En 216, Caracalla s'empara définitivement d'Edesse, et le royaume d'Osroène fut réduit en province romaine. Il existe cependant des monnaies au nom d'un Abgar avec la tête et la légende de Gordien III qui laisseraient supposer que ce royaume fut rétabli un moment vers 242. A cette époque, c'est-à-dire vers le milieu du IIIe siècle, le christianisme avait fait des progrès à Édesse, qui devint peu à peu le centre d'une culture intellectuelle rayonnant dans tout l'Orient. Les Chaldéo-Persans chrétiens, chassés de la Perse par les Sassanides, se réfugièrent à Édesse et contribuèrent ainsi à donner de l'éclat à son académie. On y fit sans doute à ce moment la version syriaque de l'Ecriture dite pechito. Mais les querelles religieuses, la lutte des orthodoxes et des nestoriens divisèrent la ville au Ve siècle et amenèrent la rupture entre les deux sectes. Il se forma alors deux écoles : à Édesse restèrent les orthodoxes (plus tard jacobites et monophysites), et les nestoriens (Nestorius) se retirèrent à Nisibe, qui devint à son tour le centre littéraire de toute la société chaldéo-persane. 

On a conservé la liste de la plupart des évêques, docteurs et grammairiens qui ont illustré les deux académies, jacobite et nestorienne. C'est à la suite de cette séparation que le syriaque se divisa en deux langues littéraires : celle d'Edesse ou jacobite, usitée dans le Nord de la Mésopotamie, en Syrie et en Palestine, et le dialecte de Nisibe ou nestorien, employé en Adiabène, dans le Khorassan, l'Asie centrale et tous les pays où pénétrèrent les missionnaires nestoriens. Mais le syriaque édessénien resta partout la langue ecclésiastique et littéraire; c'est celle des grands écrivains de la littérature syriaque comme Jacques de Nisibe, saint Ephrem (mort en 380); Jacques d'Edesse (mort en 709); Théophile d'Edesse (mort en 791) et le grammairien historien Bar-Hebraeus (mort en 1282).

Pendant le Moyen âge, Édesse fut très éprouvée par les guerres entre les empereurs byzantins et les Sassanides. Prise une première fois par les Arabes en 640, elle retomba au pouvoir des Grecs. Sous la première croisade, elle devint le siège d'une principauté franque, érigée en faveur de Baudouin, frère de Godefroy de Bouillon; lorsque celui-ci devint roi de Jérusalem, il laissa la principauté d'Edesse à son cousin Baudouin II (1100). Celui-ci devint roi à son tour (1418), fut remplacé par son cousin Joscelin de Courtenay (mort en 1131). Sous son successeur Joscelin II, les Turcs assiégèrent Édesse, en 1144, la prirent d'assaut et la livrèrent au pillage. Ce fut la fin de la principauté franque. La prise d'Edesse par les Turcs causa en Europe une profonde émotion et détermina la seconde croisade. Édesse fut ensuite successivement incendiée et ravagée en 1148, en 1234 et en 1400 par les différents souverains atabeks, mongols et turcs qui se succédèrent dans la région. Intégrée à l'empire ottoman sous le nom d'Urfa, la ville y dépendait du vilayet d'Haleb (Alep) et comptait encore au début du XXe siècle, un tiers de chrétiens et de juifs; le reste étant des musulmans. (E. Drouin).

Édesse. - Capitale de la Macédoine. Son ancien nom était Aegae. Située à l'Ouest de Thessalonique, A Aegae-Edesse était la résidence des rois de Macédoine, puis, quand la capitale fut transférée à Pella, elle resta nécropole royale. Pyrrhus pilla la ville en 287 av. J.- C. Après la conquête romaine, elle devint nobilis urbs. Il existe des monnaies impériales frappées depuis Auguste jusqu'à Gallien avec la légende EDESSAION. A l'époque byzantine, elle avait pris le nom slave de Bodena  (voda, eau, à cause de ses sources) , qui est resté dans le nom moderne Vodena. C'était une place importante. (E. Drouin).
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Dictionnaire Villes et monuments
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