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Histoire de l'art > La peinture > L'Allemagne

École de Cologne

Par ses traditions, par son esprit, par sa position sur le Rhin, grande route de l'évangélisation de l'Allemagne (Pfaffengasse), par son clergé puissant, son aristocratie et sa bourgeoisie opulente et dévote, la « ville sainte » de Cologne, cette «-Rome du Nord » avait offert de bonne heure des conditions exceptionnellement favorables à l'éclosion et au développement d'une école de peinture religieuse et mystique. Elle fut de toutes les écoles allemandes une des plus anciennes, certainement la plus originale et la plus féconde.

Dès l'époque de Charlemagne, les arts de l'orfèvrerie et de la miniature florissaient dans ces contrées; au XIIIe siècle, Wolfram d'Eschenbachh célébrait dans son Parsifal les peintres de Cologne, émules de ceux de Maastricht; au XIVe siècle, c'est dans les oeuvres de ces peintres que l'idéal du Moyen âge trouva son expression la plus fidèle, la plus pure et la plus ingénue. 

Les renseignements sont rares sur les origines de cette école; beaucoup d'oeuvres ont péri; celles qui restent sont anonymes; et malgré les travaux des frères Boisserée, de Wallraf et de Merlo, il reste beaucoup de lacunes ou d'hypothèses dans les classifications qu'on en a essayées. 

C'est au musée Wallraf- Richartz, de Cologne, que la plus riche collection en a été réunie; mais c'est peut-être dans les églises de la ville qu'on en trouve les monuments les plus anciens, enluminures assez grossières sur fond d'or, comme les grandes figures d'apôtres peintes sur ardoise dans l'église de Sainte-Ursule, ou le Christ en croix entre Marie et saint Jean dans le choeur de Saint-Cunibert. 

« Généralement, écrivait Emile Michel (les Musées d'Allemagne), ces figures, d'un dessin rudimentaire, se détachent uniformément sur un fond d'or; quelquefois, cependant, des gaufrures sont imprimées sur ce fond pour en meubler le vide et donner plus de richesse à l'oeuvre. » 
D'autres fois, sur les panneaux, des têtes en ronde bosse se détachent comme dans le Christ en croix du musée. Peu à peu, dans le choix et dans la disposition des scènes représentées, comme dans le style de la représentation, on sent que la main du peintre prend plus d'assurance. Après les Salutations angéliques, sujet de prédilection où se complaisait la piété des fidèles, on voit plus de variété s'introduire dans le choix des scènes; c'est la légende de sainte Ursule et des onze mille vierges, les différents actes de la Passion, la vie et la tentation de saint Antoine, le massacre des dix mille saints, etc.
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Légende de Sainte-Ursule (Ecole de Cologne)
SainteUrsule et ses parents devant l'autel (Ecole de cologne).
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En même temps, de naïfs paysages commencent à se profiler sur les fonds immobiles; Cologne et les principaux monuments y sont reconnaissables. La figure du donateur, agenouillé dans un coin du tableau, fait aussi son apparition; c'est avec le portrait la première manifestation du réalisme. Mais c'est dans le rêve et la légende que le peintre puise ses inspirations : c'est l'idéalisme le plus tendre et le plus doux qu'avec une gaucherie touchante reflètent les figures au front bombé, aux longs doigts fuselés, aux yeux modestement baissés, ouverts sur le monde intérieur et les émotions bien plus que sur la nature et sur la vie. D'ailleurs pas un nom d'artiste, pas une individualité distincte ne se détache de cet ensemble.

Il faut arriver à la seconde moitié du XIVe siècle pour rencontrer un maître dont la personnalité et la biographie soient connues; c'est maître Wilhem von Herle, qu'en 1380 (deux ans après sa mort) la chronique de Limbourg célébrait encore comme le « meilleur des peintres allemands », et dont le nom revient souvent entre les années 1358 et 1378, dans les actes et les archives de Cologne. Il était originaire d'un petit bourg, à deux heures d'Aix-la-Chapelle, mais c'est à Cologne qu'il vécut et fit même figure de personnage d'importance; c'est à Cologne que fleurit son atelier, le plus fréquenté, le plus fécond du temps, et dont l'influence s'étendit bien au delà des limites de la ville, en Allemagne, dans les villes rhénanes, en Westphalie, peut-être même jusque dans les Flandres d'où pourtant un réalisme plus brillant et mieux armé devait bientôt s'élancer à la conquête du monde et transformer profondément la mystique école de Cologne. 
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Lochener : Jugement dernier.
S. Lochener : le Jugement dernier.

L'esprit et la tradition de cette école résistèrent pourtant plus qu'aucune autre aux influences nouvelles qui, dès lors, allaient régner dans l'art. Jusque dans la seconde moitié du XVe siècle, malgré les progrès déjà sensibles du réalisme, on peut dire que c'est le pur et tendre génie de Guillaume de Herle qui revit dans l'oeuvre, d'ailleurs plus variée, plus forte et plus écrite de maître Stéphan Lochener, né à Mersebourg, au bord du lac de Constance, mais établi à Cologne où il mourut en 1452. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail de son oeuvre, dont le fameux Dombild, du choeur de la cathédrale de Cologne, la Sainte Ursule, la Vierge aux rosiers, et le Jugement dernier du musée Wallraf-Richartz, la Présentation au Temple de la collection grand-ducale de Darmstadt, sont les morceaux les plus importants. Après lui, on peut dire que c'en est fait de la véritable école de Cologne. 

Des apports étrangers vont troubler, plus encore que grossir, le courant primitif qui, dans son cours étroit mais profond et limpide, reflétait la pureté du ciel. Malhabiles à s'assimiler les enseignements du puissant réalisme flamand, guindés et comme emprisonnés dans la tradition sentimentale de leur école, dont ils ont perdu la candeur charmante, la modestie touchante et la naïveté, les maîtres qui vont suivre, intéressants d'ailleurs dans leur application laborieuse et un peu maniérée et leur sincérité consciencieuse et quelquefois émue, ne sauraient plus prétendre à la suprématie de leurs devanciers. 

Le Maître de la Passion de Lyversbergh, celui de l'autel de Sainte-Croix et de l'autel de Saint-Thomas, celui de la Mort de la Vierge, celui de la Vie de Marie, le Maître de Saint-Séverin, le Maître de Liesborn font, chacun à sa manière, des traductions ou adaptations allemandes du naturalisme flamand, en y ajoutant les intentions quelquefois un peu trop appuyées de l'ancien et tenace mysticisme, mais désormais défloré et affadi.
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Bruyn : portrait d'une femme et de sa fille.
B. Bruyn : Portrait d'une femme et de sa fille.

En revanche, les portraits de donateurs et les fonds de paysage, que l'on avait vu apparaître d'abord timides et maladroits chez les maîtres du XIVe siècle, prennent une importance et un intérêt croissants. C'est par eux que l'on peut mesurer surtout les conquêtes et les bienfaits du réalisme  : les seigneurs et les dames de la famille de Hoecqueney, donateurs du célèbre tableau de la Mort de la Vierge (du musée de Cologne) et que l'on voit dévotement agenouillés devant leurs saints parons sur les volets, en sont un des meilleurs exemples. Et c'est un portraitiste excellent, Barthélémy Bruyn, vivant au XVIe siècle, et dont les oeuvres ont mérité l'honneur d'être quelquefois attribuées à Holbein, qui est le dernier nom à citer dans cette école de Cologne, désormais engloutie dans la marée montante du naturalisme et de la Renaissance. (André Michel).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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