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Burdigala
(auj. Bordeaux) a été une ville florissante
de l'ancienne Aquitaine). Elle trouve ses
origines dans une implantation portuaire antérieure, mais doit sa naissance
formelle à une tribu gauloise, les Bituriges
Vivisques, qui s'établit sur les rives de la Garonne vers le IIIe
siècle avant notre ère. Le nom même de la ville, probablement d'origine
aquitaine (basque ancien), évoque cet ancrage
au bord de l'estuaire et signifiait peut-être "l'habitation près des
marais". La situation est exceptionnelle : au carrefour de la voie fluviale
de la Garonne, ouverte sur l'océan Atlantique, et des routes terrestres
commerciales. La cité pré-romaine prospère déjà grâce au troc de
l'étain, du plomb et du vin. La conquête romaine, pacifique dans cette
région, intervient au milieu du Ier siècle
av. JC, sous la gouvernance de Crassus, lieutenant de César.
Burdigala est intégrée à la province d'Aquitaine et entame sa mue pour
devenir l'une des villes les plus brillantes de la Gaule
romaine.
Sous le règne d'Auguste,
au tournant du millénaire, Burdigala se dote d'un premier plan d'urbanisme
monumental. Un vaste rempart, long de plus de six kilomètres, encercle
la ville, témoignant à la fois de sa richesse et de son importance stratégique.
La Pax Romana favorise un essor économique considérable. Le port
devient le principal débouché maritime de tout le sud-ouest de la Gaule,
exportant vers Rome et tout l'Empire les célèbres
vins de la région, les métaux, la céramique et le garum. Cette activité
génère une intense vie commerciale et attire une population cosmopolite.
La ville s'embellit progressivement d'édifices publics majestueux : un
forum au coeur de la cité, des temples dédiés au culte impérial et
aux dieux romains, des thermes alimentés par un aqueduc complexe puisant
l'eau des sources de la Divona (actuelle Divonne), et un magnifique amphithéâtre,
le Palais Gallien, pouvant accueillir près de 15 000 spectateurs pour
des combats de gladiateurs ou des chasses. Un théâtre est également
attesté. Les élites, dont le célèbre poète Ausone,
originaire de la ville, font édifier de somptueuses demeures (domus)
ornées de mosaïques et de fresques.
Le IIIe
siècle apporte une période de troubles avec les premières incursions
barbares et les crises internes de l'Empire.
La ville se rétracte et une citadelle réduite, le castrum, est construite
avec des matériaux récupérés sur les monuments en ruine, à l'emplacement
de l'actuel quartier Saint-Pierre. Cette enceinte fortifiée devient le
noyau de la survie urbaine. Malgré ces difficultés, Burdigala reste un
foyer intellectuel et religieux important. Au début du IVe
siècle, elle devient la capitale administrative de la nouvelle province
de Novempopulanie (Aquitaine des Neuf
Peuples). C'est aussi une terre d'élection du christianisme naissant.
L'évêque saint Delphin (IVe siècle)
et surtout son illustre successeur, saint Paulin de
Nole, marquent profondément la ville. La première cathédrale, dédiée
à Saint-Étienne, est érigée à cette époque.
Le choc des Grandes
Invasions du Ve siècle est dévastateur.
En 276 déjà , les Vandales avaient mis
la ville à sac. Mais en 414, les Wisigoths
d'Athaulf s'en emparent et y célèbrent son mariage
avec Galla Placidia. Puis, ce sont les Francs
de Clovis qui prennent la ville en 498, après
la bataille de Vouillé. Burdigala, coupée
des routes commerciales maritimes et frappée par l'instabilité politique,
décline inexorablement. Son port s'ensable, sa population diminue et de
nombreux monuments, abandonnés, servent de carrières. L'ère romaine
s'achève sur une ville fantôme, confinée dans son castrum, mais
dont le souvenir et les structures (comme les fondations du rempart) serviront
de socle à la Bordeaux médiévale. Le nom lui-même évoluera lentement,
passant de Burdigala à Bordale en gascon,
puis à Bordeaux. L'héritage archéologique, bien que généralement enfoui,
reste considérable et continue de révéler, au gré des fouilles, la
splendeur de cette capitale antique de l'Aquitaine, dont Ausone vantait
déjà la renommée en écrivant :
Salut, ô
Burdigala, chère à mes yeux, toi dont la gloire s'accroît de l'éclat
de tes fils.
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