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La langue maltaise
Le maltais (ou malti) est la langue nationale et officielle de Malte, ainsi que l'une des langues officielles de l'Union européenne depuis 2004. Il s'agit d'une langue sémitique, issue directement de l'arabe parlé en Sicile et en Afrique du Nord entre le IXe et le XIIe siècle, mais profondément influencée par le sicilien, l'italien et, plus récemment, l'anglais. C'est la seule langue sémitique écrite en alphabet latin et la seule de cette famille à être une langue officielle dans l'Union européenne. Elle est parlée par environ un demi-million de personnes, essentiellement à Malte, mais aussi dans la diaspora maltaise, notamment en Australie, au Canada et au Royaume-Uni.

Le maltais descend de la variété d'arabe appelée « arabe siculo-maltais », introduite à Malte après la conquête musulmane du IXe siècle. Lorsque l'île passa sous domination normande au XIe siècle, la population resta majoritairement arabophone, mais l'influence culturelle et linguistique du sicilien et de l'italien s'intensifia au fil des siècles. À partir du XVIe siècle, sous la domination de l'Ordre de Saint-Jean, l'italien devint la langue de l'administration et de la culture, tandis que le maltais restait la langue du peuple. L'occupation britannique, à partir de 1814, introduisit l'anglais, qui eut un impact durable sur le vocabulaire et sur l'organisation du système éducatif.

L'alphabet maltais compte 30 lettres. Il comprend les lettres de l'alphabet latin sans y, mais ajoute plusieurs caractères diacrités : ċ (tch), ġ (dj), għ (a sonore aspirée ou allongement vocalique), ħ (h sourde pharyngalisée), ż (z sonore, comme le « s » de “rose”). Le digramme ne se prononce pas toujours, mais affecte la qualité et la longueur des voyelles voisines. La prononciation et l'orthographe sont très régulières. L'orthographe du maltais a été normalisée au XXe siècle, et le premier dictionnaire complet de maltais fut publié en 1984. Le maltais se prononce de manière rythmée et possède une musicalité marquée, souvent décrite comme un mélange entre les sonorités arabes et italiennes.

Les voyelles sont cinq : a, e, i, o, u, avec des variations de longueur souvent phonémiques. La quantité vocalique distingue parfois des mots différents (par exemple raġel = homme vs raġeel [forme dialectale allongée]). Le schwa n'existe pas comme phonème indépendant.

Les noms suivent un système dérivé de l'arabe, mais simplifié. Le genre grammatical est masculin ou féminin. La marque du féminin est souvent -a ou -ħa, parfois -ija. Le pluriel peut être : régulier (suffixal), par exemple tifel =garçon, tfal = garçons  (irrégulier), omm = mère, ommijiet = mères; ou brisé (interne), par modification de la voyelle radicale, comme en arabe : raġelirġiel.

L'article défini est il- (ou l- devant voyelle ou certaines consonnes), s'assimilant devant certaines lettres : il-bieb (= la porte), ix-xemx (= le soleil). Il n'existe pas d'article indéfini : l'absence d'article suffit.

Les adjectifs s'accordent en genre et en nombre avec le nom. Le féminin se forme souvent en ajoutant -a : kbir ( = grand) → kbira. Le pluriel prend souvent -i ou -in : kbar ( = grands). L'adjectif se place généralement après le nom : raġel kbir ( = un homme grand).

Les pronoms personnels ont des formes indépendantes (uża bħala soggetti) et enclitiques (attachées aux verbes, prépositions ou noms). Les formes indépendantes sont : jien ( = je), inti ( = tu masc.), int ( = tu fem.), hu ( = il), hi ( = elle), aħna ( = nous), intom ( = vous), huma ( = ils/elles). Les formes suffixées s'ajoutent aux verbes pour indiquer l'objet : rajtkom ( =  je vous ai vus), ħabbejtha ( =  je l'ai aimée).

Les verbes conservent la structure sémitique à racines trilitères, bien que simplifiée et partiellement romanisée. Chaque verbe est construit autour d'une racine (souvent trois consonnes) qui exprime le sens général, et des schèmes indiquant le temps, l'aspect, la voix ou la forme dérivée. Par exemple, la racine K-T-B (comme en arabe, liée à l'écriture) donne kiteb ( = il a écrit), nikteb ( = j'écris), kitba ( = écriture).

Les temps principaux sont : le parfait (passé) : marque l'action accomplie, avec suffixes personnels (kiteb, ktibt, kitbu); l'imparfait (présent/futur) : marque l'action en cours ou à venir, avec préfixes et parfois suffixes (nikteb = j'écris, tikteb = tu écris, jiktbu  = ils écrivent);  le futur est indiqué par la particule se ou sa devant le verbe : se nikteb ( = j'écrirai); l'impératif dérive de la base verbale sans préfixe : ikteb! ( = écris!).

Les prépositions sont simples (f' = dans, ta' = de, għal = pour, minn  = de, depuis, ma' =  avec) et se combinent avec les pronoms suffixés : miegħi ( =  avec moi), għalik ( = pour toi), minnu ( = de lui). Ces combinaisons sont très régulières.

Les phrases nominales (sans verbe) existent, comme en arabe : It-temp sabiħ ( = Le temps est beau). Pour exprimer “être” au présent, aucun verbe n'est nécessaire. Cependant, au passé et au futur, on utilise kien ( =  être, au passé) et se jkun ( =  sera).

L'ordre des mots typique est verbe-sujet-objet (VSO), mais sujet-verbe-objet (SVO) est fréquent dans la langue parlée sous influence italienne et anglaise.

La négation s'exprime par la particule ma avant le verbe et x après : ma niktibx ( = je n'écris pas), ma rajtux ( =  je ne l'ai pas vu). Dans la langue familière, x peut s'assimiler ou disparaître selon les sons environnants.

Le lexique maltais est environ 40% d'origine arabe, 40 à 50% d'origine italienne ou sicilienne, et 10 à 20% d'anglais. Les domaines religieux, administratifs et scientifiques proviennent souvent de l'italien, tandis que le vocabulaire familier et de base est d'origine sémitique.

La syntaxe montre un équilibre entre la structure sémitique (racines, préfixes, suffixes, accords internes) et la flexibilité romane : utilisation d'articles définis, prépositions composées, emprunts syntaxiques. Les subordonnées sont introduites par li ( = que), meta ( = quand), jekk (= si).

Le maltais présente plusieurs variétés dialectales, même si la petite taille de l'archipel a limité leur divergence. Les différences concernent surtout la prononciation et certains mots du lexique. Le dialecte de La Valette et de ses environs est considéré comme la base du maltais standard, employé dans l'éducation, les médias et les institutions publiques.

Le bilinguisme maltais-anglais est une caractéristique essentielle de la société maltaise contemporaine. L'anglais est largement utilisé dans les affaires, l'administration et les relations internationales, tandis que le maltais demeure la langue de l'identité nationale, de la culture populaire et de la vie quotidienne. Ce double héritage linguistique reflète l'histoire complexe de l'île, carrefour de civilisations méditerranéennes et européennes. 

La littérature maltaise.
La période pré-littéraire et les premiers textes remontent au Moyen Âge. Le maltais était alors principalement une langue orale. Les premiers témoignages écrits consistent en des poèmes religieux ou des notes marginales dans des textes latins ou italiens. La Kantilena de Pietru Caxaro, datée du XVe siècle et découverte au XXe siècle, est considérée comme le plus ancien texte littéraire connu en maltais. C'est un poème dont la langue montre déjà un mélange d'influences sémitiques et romanes.

La période de formation, aux XVIIe et XVIIIe siècles, est cruciale. C'est l'époque où l'Église catholique, dans le sillage de la Contre-Réforme, commence à utiliser le maltais pour l'instruction religieuse. Ce choix va donner une légitimité et une impulsion décisives à l'écriture de la langue. Le premier livre imprimé en maltais est le Catechismus de l'évêque Fra Gorg Preca, en 1752. Parallèlement, une tradition poétique savante se développe, fortement influencée par les modèles italiens, notamment dans la versification. Des poètes comme Gian Francesco Bonamico et Dun Karm Psaila, qui écrira plus tard l'hymne national maltais, illustrent cette époque où la langue commence à être utilisée pour des œuvres non strictement utilitaires.

Le XIXe siècle est marqué par des débats fondateurs et la naissance d'une conscience nationale. La domination britannique, établie en 1800, introduit l'anglais, qui rejoint l'italien comme langue de culture et d'administration. Une "querelle des langues" éclate, opposant les partisans de l'italianité culturelle de Malte et ceux qui souhaitent promouvoir le maltais comme symbole d'identité nationale. Cette bataille intellectuelle est un puissant moteur pour la littérature. Mikiel Anton Vassalli, considéré comme le père de la langue maltaise moderne, travaille à sa standardisation avec une grammaire et un dictionnaire. La poésie continue de dominer, avec des figures comme Gan Anton Vassalli et Ignazio Saverio Mifsud, qui traitent de thèmes patriotiques.

La première moitié du XXe siècle constitue l'âge d'or de la littérature maltaise. L'autonomie puis l'indépendance de l'archipel s'accompagnent de l'officialisation de la langue. C'est l'époque où la prose, et particulièrement la nouvelle et le roman, s'épanouissent pleinement. Dun Karm Psaila est consacré comme le poète national, sa poésie évoluant d'un lyrisme romantique vers une profonde méditation philosophique et mystique. Dans le domaine de la prose, Gużè Muscat Azzopardi est un pionnier du réalisme, dépeignant la vie rurale et les tensions sociales maltaises. Rużar Briffa introduit le symbolisme et une sensibilité plus moderne en poésie. Cette période voit également l'émergence de la littérature pour enfants.

L'après-Seconde Guerre mondiale est une ère de modernisation et d'expansion. Les auteurs, tout en restant ancrés dans le contexte maltais, s'ouvrent aux courants littéraires européens. Le roman atteint sa maturité avec des écrivains comme Ġużè Orlando et Frans Sammut, qui renouvellent les formes narratives et abordent des questions existentielles et politiques. La poésie devient plus expérimentale et personnelle, avec des poètes comme Mario Azzopardi et Victor Fenech, qui rompent avec les conventions stylistiques traditionnelles. Le théâtre, qui avait connu un essor au début du siècle avec l'opérette maltaise, se développe avec des dramaturges comme Francis Ebejer, traitant de conflits sociaux et psychologiques.

La période contemporaine, de la fin du XXe siècle à nos jours, se caractérise par une grande diversité thématique et stylistique. Les auteurs abordent sans complexe des sujets auparavant tabous comme la sexualité, la critique politique et les défis de la modernité. La littérature féminine prend une place essentielle avec des écrivaines comme Clare Azzopardi et Immanuel Mifsud, qui apportent des perspectives nouvelles sur l'identité, le corps et la mémoire. La diaspora maltaise produit également une littérature significative. Les genres se diversifient avec l'apparition d'une science-fiction et d'un polar maltais. Aujourd'hui, la littérature maltaise, soutenue par des prix, des festivals et une vie éditoriale active, continue de se renouveler, reflétant les interrogations d'une petite nation insulaire au coeur de la Méditerranée et face à la mondialisation.

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