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La hornblende
est le nom générique d'un groupe complexe de silicates
appartenant à la famille des amphiboles calciques.
Sa formule chimique générale, reflet de cette complexité, s'écrit (Ca,Na)2-3(Mg,Fe,Al)5(Al,Si)8O22(OH)2,
illustrant la vaste gamme de substitutions ioniques possibles en son sein.
Cette flexibilité chimique fait de la hornblende un minéral ubiquiste,
un constituant fondamental des roches ignées
comme la diorite, la syénite
ou le granite, et un marqueur essentiel du métamorphisme
régional dans les amphibolites. Sa présence est si commune qu'elle a
donné son nom à un faciès métamorphique entier, le faciès amphibolite,
indiquant des conditions de température et de pression moyennes à élevées
dans la croûte terrestre.
La hornblende cristallise dans le système
monoclinique, formant typiquement des prismes allongés à section transversale
pseudo-hexagonale. Son habitus le plus caractéristique est celui de cristaux
trapus, parfois de grande taille, montrant un prisme dominé par des faces
striées verticalement, conséquence de la superposition de formes cristallines.
La structure atomique est celle d'une double chaîne de tétraèdres de
silice,
une charpente plus large que celle des
pyroxènes
à chaîne simple. Cette architecture en double chaîne est responsable
de deux propriétés diagnostiques fondamentales : les plans de clivage
parfaits se croisant à des angles d'environ 56° et 124°, formant sur
une section basale un motif en losange très reconnaissable, et une morphologie
en lattes ou en aiguilles qui peut influencer la texture même de la roche.
La hornblende se présente avec une dureté
de 5 à 6 sur l'échelle de Mohs,
une densité relativement élevée, généralement comprise entre 3,0 et
3,4, augmentant avec la teneur en fer. Son éclat
est vitreux, parfois légèrement résineux sur les surfaces de fracture.
La couleur est le reflet le plus direct de sa composition chimique : elle
varie du vert très foncé au noir, en passant par des teintes brunes.
Les variétés riches en fer sont d'un noir profond, tandis que celles
plus magnésiennes ou contenant du fer ferrique peuvent tirer sur le vert
olive ou le brun. Le trait, poudre fine du minéral, est gris pâle Ã
verdâtre. La cassure est inégale à esquilleuse, et le minéral est fragile.
Ses propriétés optiques sous le microscope
polarisant sont un outil d'identification sans égal pour le pétrographe.
En lumière non analysée (LPNA), la hornblende affiche un pléochroïsme
intense, une véritable signature chromatique : selon l'orientation du
cristal, les couleurs oscillent entre le vert jaunâtre, le vert profond,
le brun olive, et le brun-rouge. Ce pléochroïsme est souvent si fort
qu'il masque les couleurs d'interférence en lumière polarisée analysée
(LPA). En LPA, ses teintes de biréfringence sont vives, typiquement dans
les tons du milieu du spectre (jaune, orange, rouge), mais elles sont constamment
abaissées, voire masquées, par la couleur propre du minéral, un phénomène
appelé biréfringence anormale.
L'angle d'extinction, mesuré sur la trace du clivage longitudinal, est
oblique, oscillant entre 12° et 25°, ce qui le distingue immédiatement
des pyroxènes à extinction droite. Le signe optique est négatif, une
propriété cohérente pour les amphiboles.
La chimie de la hornblende est un vaste
champ de solutions solides. Le site cationique A, de grande taille, peut
accueillir du sodium et du potassium. Le site X, plus petit, est dominé
par le calcium, avec un peu de sodium.
Les sites octaédriques sont remplis par le magnésium,
le fer ferreux (Fe2+),
le fer ferrique (Fe3+), l'aluminium,
le titane et le manganèse.
Enfin, dans la charpente silicatée, le silicium
est partiellement remplacé par de l'aluminium. Cette alchimie interne
est régie par des couplages diadochiques, la substitution la plus cruciale
étant l'échange Mg ↔ Fe2+ qui définit
la série entre le pôle magnésien (magnésiohornblende) et le pôle ferreux
(ferrohornblende). La teneur en titane, souvent liée à la température
de cristallisation, fait de la hornblende un précieux thermobaromètre.
La présence d'eau sous forme d'ions hydroxyles (OH-)
est structurellement essentielle; c'est un minéral hydraté, stable uniquement
en présence d'eau, ce qui le distingue des pyroxènes anhydres et explique
sa vulnérabilité à haute température où il se déshydrate et se décompose.
La hornblende se forme dans une multitude
de contextes géologiques. Dans les roches magmatiques, elle cristallise
à partir de magmas intermédiaires à acides,
riches en eau dissoute. Sa présence dans un granite ou une andésite témoigne
d'une teneur en eau magmatique suffisante. Dans le métamorphisme, elle
est le minéral index du faciès amphibolite, naissant de la transformation
de minéraux de plus bas grade comme les chlorites et les épidotes,
typiquement entre 500°C et 700°C sous des pressions allant de 3 à 10
kilobars. Elle demeure stable jusqu'aux frontières du faciès granulite,
où elle se décompose en un assemblage anhydre d'orthopyroxène, de clinopyroxène,
de plagioclase et d'eau. On la trouve aussi comme minéral accessoire dans
des roches ultramafiques, comme
certaines pyroxénites, où elle peut se présenter en grands cristaux
noirs (parfois nommés hornblendite).
L'altération de la hornblende est un processus
commun à la surface terrestre et dans les zones de fracture. Elle est
sensible à l'hydrolyse
et s'altère assez facilement, se transformant en chlorite (verdissement),
en épidote (jaune-vert), en carbonates, et
en oxydes de fer comme la limonite, qui lui donnent une teinte rouille.
Cette libération d'ions est une source importante de fer et de magnésium
pour les sols. Bien que sans usage économique majeur, la hornblende est
parfois utilisée comme matériau de construction sous le nom commercial
de granit noir lorsqu'elle constitue le fond sombre de roches ornementales.
Sa véritable valeur est scientifique : en pétrologie, des géobaromètres
empiriques comme celui basé sur la teneur totale en aluminium de la hornblende
permettent, lorsqu'elle coexiste avec certains autres minéraux, de calculer
la pression à laquelle une roche plutonique s'est cristallisée. Ce n'est
pas une pierre précieuse, ni un minerai, mais un livre ouvert sur les
profondeurs de la croûte terrestre, un témoin silencieux et sombre de
la lente circulation des fluides et du feu au sein de notre planète. |
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