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Le
Saint-Johns (St. Johns River) est un fleuve
des États-Unis ,
le cours d'eau le plus long de l'État de Floride.
Il s'écoule sur environ 500 kilomètres. Il prend sa source dans le comté
d'Indian River, près de Vero Beach, au sud de l'État, et se jette dans
l'océan Atlantique au niveau de la ville
de Jacksonville, dans le nord-est de
la Floride. Il traverse ou borde douze comtés, drainant un vaste bassin
versant de près de 22 900 km².
L'une des caractéristiques
les plus singulières du Saint-Johns est son débit extrêmement lent.
En effet, la dénivellation totale entre sa source et son embouchure est
inférieure à 9 mètres, ce qui lui vaut le surnom de rivière paresseuse
(lazy river). Son courant moyen est d'à peine 0,13 mètre par
seconde. Contrairement à la majorité des fleuves de la côte Est des
Etats-Unis, le Saint-Johns coule vers le nord, une particularité qu'il
partage avec la rivière Kissimmee, située dans la même région. Cette
pente infime a des conséquences importantes : les marées
de l'océan Atlantique remontent le cours inférieur du fleuve sur une
longue distance, créant un estuaire où l'eau
douce se mélange à l'eau salée. Dans la région de Jacksonville, le
débit de la marée peut être plus de sept fois supérieur au débit moyen
d'eau douce, et la profondeur du chenal de navigation atteint par endroits
plus de 15 mètres après des travaux de dragage.
Le fleuve est traditionnellement
divisé en trois bassins principaux, qui présentent des écosystèmes
distincts. Le bassin supérieur, situé au sud, prend sa source dans un
vaste réseau de marais, dont le marais Saint-Johns.
C'est un cours d'eau de type "blackwater", alimenté par les eaux sombres
et acides des tourbières et des marécages.
Cette section est la plus étroite et la moins navigable, parsemée de
nombreux petits lacs peu profonds, dont le célèbre
lac Hell 'n Blazes, dont le nom évocateur rappelle les jurons des premiers
pêcheurs et navigateurs. Le bassin moyen, qui s'étend sur environ 60
kilomètres, est une zone plus urbanisée, abritant notamment la région
métropolitaine d'Orlando. Ici, le fleuve s'élargit et traverse de grands
lacs comme le lac Harney et le lac Monroe, et reçoit les eaux de son affluent
majeur, la rivière Econlockhatchee. Le bassin inférieur, le plus septentrional,
est dominé par la métropole de Jacksonville. Il reçoit les eaux du plus
important affluent du Saint-Johns, la rivière Ocklawaha. C'est dans cette
section que le fleuve devient un large estuaire, bordé de marais salés
d'une grande richesse écologique.
Le Saint-Johns est
un écosystème d'une grande richesse, mais
aussi d'une grande fragilité. Il abrite une faune diversifiée, incluant
des lamantins des Caraïbes (Trichechus manatus
latirostris) qui trouvent refuge dans les sources d'eau chaude de ses affluents
en hiver, ainsi que des populations d'alligators, de dauphins
dans son cours aval, et de nombreuses espèces d'oiseaux
comme le pygargue à tête blanche. Son histoire écologique est marquée
par des pressions humaines intenses. Dès le XIXe
siècle, la rivière est utilisée comme voie de transport pour le bois,
notamment le cyprès et le pin, acheminé par flottage vers les scieries
de Palatka et de Jacksonville. Au XXe siècle,
la croissance rapide de la population et le développement agricole ont
entraîné d'importantes modifications du paysage : drainage des zones
humides, dragage et redressement du chenal, et construction de barrages
comme le barrage Rodman sur la rivière Ocklawaha, qui a considérablement
altéré le débit naturel. Les rejets industriels et urbains ont également
provoqué une grave pollution, conduisant à une eutrophisation des eaux.
Face à ces dégradations,
des efforts de restauration et de protection ont été entrepris. Le Saint-Johns
a été désigné American Heritage River en 1998. Sa gestion est assurée
par le district de gestion de l'eau du Saint-Johns (St. Johns River Water
Management District), créé dans les années 1970 suite à une prise de
conscience environnementale croissante. Les enjeux contemporains restent
nombreux. Le dragage du chenal de Jacksonville, destiné à permettre le
passage de plus grands navires, suscite des controverses en raison de ses
impacts potentiels sur l'intrusion saline et les habitats critiques, notamment
pour les lamantins et les baleines franches de l'Atlantique Nord. La gestion
des nutriments (phosphore et azote)
provenant du ruissellement urbain et agricole est également un défi constant
pour lutter contre les proliférations d'algues et restaurer la clarté
de l'eau. |
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