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Le
Rufiji
est le plus grand fleuve de Tanzanie,
avec un bassin versant très étendu. Il se forme par la réunion de plusieurs
rivières dans le sud du pays et se jette dans l'océan
Indien en formant un vaste delta riche en mangroves.
Ce fleuve est essentiel pour l'agriculture et la biodiversité,
car il alimente la plus grande réserve protégée d'Afrique,
la Selous Game Reserve (aujourd'hui intégrée au parc national Nyerere).
Il abrite une faune variée, notamment des hippopotames
et des crocodiles, et soutient des écosystèmes
très riches.
Formé par la confluence
de deux rivières majeures, le Kilombero et le Luwegu, dans le sud-ouest
tanzanien, il entame ensuite un périple d'environ 600 kilomètres en direction
de l'est, puis du nord-est, pour finalement se jeter dans l'océan Indien
par un vaste delta situé au sud de Dar
es Salaam. Son bassin versant couvre une superficie impressionnante
de près de 177 500 kilomètres carrés, drainant une part considérable
du territoire tanzanien. Avec un débit moyen d'environ 800 mètres cubes
par seconde à son embouchure, le Rufiji se classe comme le deuxième plus
grand fleuve se déversant dans l'océan Indien occidental, après le Zambèze.
Son régime hydrologique est marqué par des contrastes saisonniers extrêmes,
avec des crues soudaines et puissantes où les débits peuvent atteindre
plus de 6600 mètres cubes par seconde, contrastant avec des périodes
d'étiage où le flux peut chuter à seulement 69 mètres cubes par seconde.
Le delta du Rufiji,
là où le fleuve rencontre l'océan, constitue un sanctuaire écologique
d'importance mondiale. Il abrite la plus vaste forêt de mangroves d'Afrique
de l'Est, s'étendant sur plus de 53 000 hectares, une étendue qui représente
près de la moitié de la couverture totale de mangroves de la Tanzanie.
Ce labyrinthe de canaux, d'îles et de vasières est un habitat essentiel
pour une biodiversité exceptionnelle :
il sert de refuge à au moins 437 espèces d'oiseaux,
dont 13 sont menacées à l'échelle mondiale, et constitue une pouponnière
essentielle pour les poissons et les crevettes,
soutenant ainsi l'industrie halieutique et les moyens de subsistance des
populations côtières.
La région du delta
était déjà un carrefour commercial
important dans l'Antiquité, certains historiens identifiant le port de
Rhapta, mentionné par les textes grecs
et romains, dans cette zone. À la fin du XIXe
siècle, les forêts du Rufiji, riches en copal, en caoutchouc et en ivoire,
attirèrent les convoitises des commerçants et des colons allemands, qui
imposèrent des lois restrictives sur l'accès aux ressources forestières,
bouleversant l'économie locale et les pratiques culturelles des populations.
Les forêts, lieux sacrés supposés abriter les
esprits des ancêtres et servant de cadre aux rites d'initiation, devinrent
un enjeu de pouvoir, contribuant aux tensions qui menèrent à la révolte
Maji Maji entre 1905 et 1907, une insurrection majeure contre l'autorité
coloniale.
Plus d'un siècle
plus tard, le Rufiji demeure au coeur de projets titanesques et de débats
sur le développement national. Après des décennies de discussions depuis
l'époque coloniale, le barrage hydroélectrique Julius Nyerere a été
construit dans les gorges de Stiegler, à l'intérieur du parc national
de Nyerere. Mis en service entre 2019 et 2024, cet ouvrage d'une capacité
de 2115 mégawatts, le plus important d'Afrique de l'Est, vise à tripler
la capacité électrique de la Tanzanie et à soutenir son industrialisation.
Sa construction a suscité d'importantes préoccupations environnementales.
Les études menées avant et après sa mise en eau montrent que la modification
du régime naturel des crues par le barrage impacte déjà les écosystèmes
en aval. La réduction des sédiments et des inondations saisonnières
affecte la productivité des plaines inondables et des lacs du delta, menaçant
la pêche et l'agriculture de subsistance de milliers de personnes. Les
observations post-construction révèlent une salinité croissante et un
déclin de la diversité halieutique dans certains lacs non connectés,
tandis que les populations s'adaptent avec des pratiques de pêche plus
intensives.
Reconnaissant l'importance
vitale des mangroves, des initiatives de cogestion communautaire, comme
celle de la zone de gestion collaborative de Salale, ont vu le jour. Depuis
2025, ces projets associent les villageois à la protection et à la restauration
de cet écosystème, en combinant des actions de reboisement, de surveillance
participative et le développement d'alternatives économiques durables
comme l'apiculture ou l'écotourisme. Près de 4200 personnes ont déjÃ
bénéficié de ces programmes, qui permettent d'allier conservation de
la biodiversité et amélioration des conditions de vie. |
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