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Les Indiens d'Amérique du Nord
Les Indiens du Plateau
Les populations autochtones du Plateau occupent une vaste région intérieure du nord-ouest de l'Amérique du Nord, située entre les montagnes Rocheuses et la chaîne des Cascades. Leur territoire s'étend principalement sur les actuels États de Washington, de l'Oregon et de l'Idaho, ainsi que sur une partie de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et du Montana. Cette région est traversée par de grands cours d'eau, notamment le Columbia, le Fraser et leurs nombreux affluents, qui jouent un rôle central dans l'organisation économique et culturelle des communautés humaines qui y vivent.

L'aire du Plateau présente une grande diversité de paysages. Les vallées fluviales fertiles alternent avec des plateaux semi-arides, des montagnes boisées et des prairies d'altitude. Les ressources naturelles abondantes, en particulier les poissons migrateurs, favorisent le développement d'un mode de vie relativement stable. Contrairement aux sociétés très mobiles du Grand Bassin voisin, plusieurs groupes du Plateau résident une partie importante de l'année dans des villages permanents ou semi-permanents.

La région rassemble des populations appartenant à plusieurs familles linguistiques distinctes. Les langues salish de l'intérieur sont parlées par de nombreux groupes, parmi lesquels les Flatheads, les Pend d'Oreilles, les Okanagans ou les Spokanes. D'autres peuples, comme les Nez-Percés et les Walla Wallas, appartiennent à la famille sahaptienne. On leur rapproche les Cayuse. Plus au nord, les Kootenays parlent une langue isolée sans parenté clairement établie avec les autres langues de la région. Malgré cette diversité linguistique, les échanges constants et les adaptations communes au même environnement favorisent l'émergence de nombreux traits culturels partagés.

Le saumon constitue la ressource essentielle de l'économie du Plateau. Chaque année, les migrations saisonnières des poissons vers les rivières de reproduction donnent lieu à des activités collectives de pêche d'une importance fondamentale. Les communautés installent des barrages, des pièges et des plateformes au-dessus des rapides afin de capturer les saumons à l'aide de filets ou de longues épuisettes. Une partie de la prise est consommée immédiatement, tandis que le reste est fumé ou séché afin d'être conservé pendant plusieurs mois. Ces réserves assurent la sécurité alimentaire des populations durant les périodes moins favorables.

La cueillette occupe également une place essentielle dans la subsistance. Les femmes récoltent différentes racines, notamment celles du camas, ainsi que des baies, des graines et diverses plantes sauvages. Les prairies où pousse le camas font parfois l'objet d'une gestion attentive destinée à favoriser leur renouvellement. Les hommes pratiquent la chasse au cerf, à l'élan, au mouflon ou à d'autres animaux des montagnes et des forêts. Dans les zones orientales du Plateau, certains groupes participent également à des expéditions saisonnières vers les Grandes Plaines afin de chasser le bison.

L'organisation des déplacements suit le rythme des saisons. Les villages d'hiver, souvent établis près des cours d'eau, servent de centres résidentiels durant les mois froids. Lorsque le printemps et l'été arrivent, les familles se dispersent pour exploiter les différentes ressources disponibles. Les rassemblements liés aux grandes pêches du saumon ou à certaines cérémonies renforcent les liens entre les communautés et favorisent les échanges économiques et matrimoniaux.

Les habitations varient selon les saisons et les régions. En hiver, les populations du Plateau construisent fréquemment des maisons semi-enterrées de forme circulaire ou rectangulaire. Leur toiture repose sur une charpente de bois recouverte de terre, ce qui procure une bonne isolation contre le froid. Pendant les déplacements estivaux, les familles utilisent des abris plus légers faits de nattes de roseaux ou de peaux. Dans certaines zones influencées par les Grandes Plaines, l'usage du tipi se diffuse progressivement après l'introduction du cheval.

Les techniques artisanales témoignent d'une grande maîtrise des ressources végétales. Les femmes fabriquent des paniers très élaborés destinés au transport, au stockage et à la préparation des aliments. Les nattes tressées servent également à la confection des parois des habitations et à de nombreux usages domestiques. Le travail du bois, de l'os, du cuir et de la pierre fournit les outils nécessaires à la pêche, à la chasse et à la vie quotidienne.

L'organisation sociale repose principalement sur des communautés locales regroupant plusieurs familles apparentées. Certains individus acquièrent une influence particulière grâce à leur richesse, à leurs compétences ou à leur prestige personnel. Les chefs jouent souvent un rôle de médiateurs et de coordinateurs, mais leur autorité reste limitée et dépend du soutien de la communauté. Les inégalités sociales existent, notamment dans les régions les plus prospères, mais elles demeurent généralement moins marquées que chez les peuples de la côte Nord-Ouest.

Les réseaux d'échanges occupent une place importante dans la vie économique du Plateau. Les grandes rivières facilitent la circulation des personnes et des marchandises. Les communautés commercent avec les peuples de la côte Pacifique, des Grandes Plaines, du Grand Bassin et des régions subarctiques. Les coquillages marins, les peaux, les racines séchées, les pigments, les pierres de qualité et divers objets manufacturés circulent sur de longues distances. Ces contacts favorisent également la diffusion des idées et des pratiques culturelles.

Les croyances relogieuses accordent une grande importance aux relations entre les humains et les puissances présentes dans le monde naturel. Les quêtes de vision occupent une place essentielle dans la formation personnelle. Les jeunes recherchent souvent des expériences spirituelles individuelles destinées à obtenir la protection d'un esprit auxiliaire. Les chants, les récits mythologiques et les cérémonies rythment la vie collective. Les chamans interviennent dans les pratiques de guérison, la communication avec les forces invisibles et la préservation de l'équilibre entre les êtres humains et leur environnement.

À partir du XVIIIe siècle, l'introduction du cheval transforme progressivement les sociétés du Plateau, surtout dans les régions orientales. Les déplacements deviennent plus rapides et les contacts avec les Grandes Plaines se multiplient. Certains groupes, comme les Nez-Percés, développent une importante tradition équestre et acquièrent une réputation reconnue pour l'élevage de chevaux. Cette évolution renforce la mobilité et élargit les possibilités économiques.

Les premiers contacts avec les Européens et les commerçants de fourrures entraînent des changements profonds. Les maladies introduites provoquent une forte baisse démographique. Le développement du commerce des pelleteries modifie les équilibres économiques traditionnels. Au XIXe siècle, l'expansion des États-Unis et du Canada entraîne la signature de traités, la perte de vastes territoires et le regroupement progressif des populations dans des réserves. Les barrages construits sur le Columbia et ses affluents au cours des périodes plus récentes affectent profondément les migrations du saumon, élément central de la culture du Plateau.

Malgré les bouleversements liés à la colonisation, les peuples du Plateau conservent une forte continuité culturelle. Les communautés salishes de l'intérieur, les Nez-Percés, les Yakamas, les Kootenays, les Spokanes, les Okanagans et de nombreux autres groupes poursuivent la transmission de leurs langues, de leurs traditions orales et de leurs savoirs liés à la pêche et à la gestion des ressources naturelles. Les cérémonies, les pratiques artistiques et les revendications territoriales témoignent aujourd'hui encore de la vitalité des cultures autochtones du Plateau.

Les peuples autochtones du Plateau

Populations salish, branche de l'Intérieur Groupe nord  Lillooet (Stʼátʼimc) : vallée du Fraser et région de Lillooet, Colombie-Britannique.


Shuswap (Secwepemc) : bassins des rivières Fraser et Thompson, Colombie-Britannique.


Thompson (Nlakaʼpamux) : canyons du Fraser et de la Thompson, Colombie-Britannique.
Groupe sud  Okanagan (Syilx) : vallée de l'Okanagan et haute Columbia, Colombie-Britannique et Washington.


Colville (également Syilx, partie de la confédération des Colville) : nord-est de l'État de Washington.


Lakes (Sinixt / Arrow Lakes) : haute Columbia, actuellement surtout au Canada, historiquement dans le nord de l'Idaho et le nord-est de Washington.


Kalispel (Pend d'Oreille) : nord de l'Idaho, ouest du Montana, est de Washington.


Spokane (Spokan) : est de Washington, nord de l'Idaho.


Coeur d'Alène (Schitsuʼumsh) : nord de l'Idaho, région du lac Coeur d'Alène.


Flathead (Bitterroot Salish / Séliš) : ouest du Montana, vallée de la Bitterroot.
Populations sahaptiennes (Plateau Penutian) Groupe sahaptien Yakama (Yakima) : sud-centre de l'État de Washington.


Walla Walla : sud-est de Washington, nord-est de l'Oregon.


Umatilla : nord-est de l'Oregon.


Tenino (Warm Springs) : centre-nord de l'Oregon.


Palouse (Palus) : sud-est de Washington, nord de l'Idaho.


Klickitat : sud de Washington, gorge du Columbia.


Diverses autres bandes : Skin, Wanapum, etc.
Nez-Percés (Nez Perce / Niimíipuu) : Idaho (région de la Clearwater), nord-est de l'Oregon, sud-est de Washington.
Population na-dené, branche athapascane Nicola (Stuwi'hamuq / Thompson River Athapaskans) : éteint en tant que groupe distinct au XIXe siècle, absorbé par les Nlakaʼpamux (Thompson Salish). Vallée de la Nicola, Colombie-Britannique. Aucun autre groupe athapascan n'appartient pleinement à l'aire du Plateau; les Chilcotin (Tsilhqot'in) au nord relèvent plutôt du Subarctique.
Populations pénutiennes des Plateaux (hypothétique, branche klamath-modoc). - Territoire est à la charnière du Plateau, du Grand Bassin et de la Californie. Klamath (Eukshikni / Maklaks) : sud de l'Oregon, bassin du lac Klamath.


Modoc (Móatokni) : sud de l'Oregon et nord de la Californie.
Populations isolées linguistiquement  Kootenay (Ktunaxa) : sud-est de la Colombie-Britannique, nord de l'Idaho, nord-ouest du Montana. Langue isolée, aucun lien de parenté démontré avec d'autres familles.


Cayuse : nord-est de l'Oregon. Langue non classée, éteinte, souvent traitée comme un isolat faute de documentation suffisante. Les Cayuses vivaient en symbiose avec les Umatilla et les Walla Walla.

Histoire et civilisation

Le Plateau est une région que la géographie place entre des mondes sans tout à fait appartenir à aucun d'eux. Délimité à l'ouest par les Cascades et la chaîne côtière, à l'est par les Rocheuses, au nord par les grandes forêts boréales de la Colombie-Britannique et au sud par le Grand Bassin et les hautes plaines du Wyoming, ce vaste ensemble de terres élevées, drainées principalement par le fleuve Columbia et ses affluents ( la Snake, la Yakima, la Okanagan, la Spokane, la Clearwater, la Flathead ) constitue un espace de transition et d'échange qui a joué dans l'histoire précolombienne de l'Amérique du Nord un rôle de carrefour culturel bien supérieur à ce que sa position intérieure et sa relative discrétion dans la littérature anthropologique pourraient laisser supposer. Ce plateau, dont l'altitude moyenne oscille entre mille et deux mille mètres, présente une diversité de microenvironnements considérable : des vallées fluviales profondes et relativement clémentes où les saumons remontent en quantités prodigieuses, des plateaux basaltiques couverts d'herbes et de sauge, des forêts mixtes de pins ponderosa et de mélèzes sur les hauteurs, des prairies alpines où fleurissent les camass dont les bulbes constituent une ressource alimentaire capitale. Cette diversité verticale et horizontale des ressources impose aux peuples qui l'habitent une mobilité saisonnière et une capacité d'adaptation qui les distinguent aussi bien des chasseurs nomades des Plaines que des pêcheurs semi-sédentaires de la Côte Nord-Ouest, tout en les reliant aux uns et aux autres par des liens commerciaux, matrimoniaux et culturels d'une intensité remarquable.

Le saumon est la ressource qui structure plus profondément que toute autre la civilisation du Plateau. Les cinq espèces de saumons du Pacifique (le quinnat ou chinook, le coho, le sockeye, le kéta et le rose ) remontent le fleuve Columbia et ses affluents depuis l'océan jusqu'aux zones de frai situées parfois à plus de mille kilomètres de la côte, surmontant des rapides tumultueux et des chutes spectaculaires dans un effort de reproduction qui les amène à proximité immédiate des villages et des camps de pêche établis aux points stratégiques du réseau hydrographique. Celilo Falls, sur le Columbia à la frontière de l'actuel Oregon et de l'État de Washington, est pendant des millénaires l'un des sites de pêche les plus productifs et les plus fréquentés de tout le continent nord-américain. Les chutes forcent les saumons à se concentrer dans des bassins et des chenaux étroits d'où ils peuvent être capturés en grande quantité à l'aide de filets, de harpons, de paniers-pièges et de plates-formes de pêche en bois construites à flanc de falaise au-dessus des eaux bouillonnantes. Des milliers de personnes appartenant à des dizaines de groupes différents se rassemblent chaque été à Celilo pour pêcher, commercer, négocier des alliances matrimoniales et tenir des conseils dont l'importance politique dépasse de loin les frontières locales. La submersion de Celilo Falls sous les eaux du réservoir créé par le barrage The Dalles en 1957 a été vécue par les peuples du Plateau comme une catastrophe culturelle et spirituelle d'une profondeur comparable à la destruction d'un site sacré majeur.

La préparation et la conservation du saumon constituent un art en soi, transmis de génération en génération avec une précision qui reflète l'importance vitale de cette ressource. Le saumon séché, tranché en lanières fines et exposé au soleil et au vent sur des clayettes de bois, peut se conserver pendant des mois et constitue la base des provisions alimentaires qui permettent aux familles de traverser l'hiver. La poudre de saumon (pemmican de poisson obtenu en réduisant la chair séchée en poudre fine que l'on mélange avec des baies et de la graisse) est un aliment concentré d'une valeur nutritive remarquable, facilement transportable et d'une conservation encore plus longue. Les femmes sont les principales responsables de ces processus de transformation, et leur expertise constitue une contribution économique au groupe aussi essentielle que les activités de pêche et de chasse des hommes.

Le camass (Camassia quamash) mérite une attention particulière parmi les ressources végétales du Plateau. Ce lys sauvage, dont les bulbes bleutés couvrent au printemps les prairies humides de fleurs d'un violet intense qui peut transformer un paysage entier en une mer de couleur, constitue la ressource végétale la plus importante de nombreux peuples du Plateau intérieur. Ses bulbes, récoltés à l'automne à l'aide de bâtons à fouir, sont cuits dans des fosses de cuisson, de grandes excavations remplies de pierres chauffées au rouge, recouvertes d'herbes et de feuilles, dans lesquelles les bulbes cuisent lentement pendant plusieurs jours,  pour produire une pâte sucrée et nutritive qui peut être consommée immédiatement ou séchée en galettes pour la conservation. La cuisson lente dans la fosse transforme les glucides complexes indigestibles du camass cru en sucres simples assimilables, procédé qui constitue une découverte culinaire remarquable. Les prairies à camass sont des ressources gérées avec soin : les peuples du Plateau pratiquent un brûlage contrôlé régulier qui maintient ces prairies ouvertes et stimule la productivité des bulbes, constituant une forme de gestion agroécologique du territoire dont l'efficacité a été confirmée par des études botaniques récentes. La Prairie Camas, dans l'Idaho (Camas Prairie) est l'un des sites de récolte les plus importants des Nez-Percés, et les conflits avec les colons blancs qui envahissent cette prairie avec leurs porcs et leurs bovins, détruisant les bulbes de camass que les Nez-Percés avaient cultivés et gérés pendant des siècles, sont une des causes directes de la guerre Nez-Percé de 1877.

Les Nez-Percés, dont le nom français est une désignation externe fondée sur la pratique, en réalité peu répandue dans ce peuple, de porter des ornements nasaux, se désignent eux-mêmes comme Niimíipuu, ce qui signifie simplement "le peuple". Ils occupent un territoire considérable centré sur la confluence de la Snake et de la Clearwater dans l'actuel Idaho, s'étendant dans les Blue Mountains de l'Oregon et les plateaux basaltiques du Washington oriental. La géographie de leur territoire, articulée autour des rivières Snake, Clearwater et Salmon et de leurs confluents, leur confère un accès exceptionnel aux remontées de saumons et leur permet de maintenir une population relativement dense selon les standards du Plateau. Leur organisation sociale, fondée sur des villages autonomes dirigés par des chefs dont l'autorité est basée sur la persuasion et le respect plutôt que sur le pouvoir coercitif, leur permet de rassembler des effectifs considérables pour les grandes chasses au bison estivales et les opérations défensives contre les raids des nations voisines, tout en maintenant la flexibilité nécessaire à une exploitation efficace des ressources locales.

L'acquisition du cheval a transformé la culture des Nez-Percés d'une manière particulièrement spectaculaire. Les chevaux arrivent dans leur territoire au début du XVIIIe siècle, probablement vers 1700-1710, provenant des Shoshones qui les ont eux-mêmes obtenus des peuples du Nouveau-Mexique après le soulèvement pueblo de 1680. Les Niimíipuu s'avèrent des éleveurs avisés : en quelques décennies, ils développent des troupeaux de plusieurs milliers de têtes et pratiquent une sélection délibérée qui aboutit à la création d'une race distincte, l'Appaloosa, reconnaissable à sa robe tachetée caractéristique et réputée pour son endurance et son intelligence. L'Appaloosa porte le nom de la rivière Palouse, dont le bassin constitue l'une des principales zones d'élevage des Nez-Percés. Le cheval révolutionne leur capacité à chasser le bison sur les Grandes Plaines : des expéditions annuelles traversent les Rocheuses par les cols de la chaîne Bitterroot pour atteindre les plaines du Montana et du Wyoming, où les troupeaux de bisons constituent une ressource alimentaire considérable que les Niimíipuu exploitent avec une efficacité croissante. Ces expéditions les mettent en contact régulier avec les nations des Plaines (Crows, Blackfeet, Flatheads) avec lesquelles ils développent des relations d'alliance ou de conflit selon les circonstances, et certains traits culturels des Plaines, comme le tipi portable et les sociétés guerrières, s'intègrent progressivement dans la culture nez-percée sans supplanter les traditions du Plateau.

Le chef nommé par les Américains Old Joseph, et son fils Young Joseph (Hin-mah-too-yah-lat-kekt en niimíipuu, ce qui signifie Tonnerre roulant dans la montagne) incarnent deux époques successives de la relation entre les Nez-Percés et les États-Unis. Old Joseph est l'un des premiers chefs nÃez-percés à établir des relations amicales avec les explorateurs Lewis et Clark lors de leur passage en 1805, et il maintient cette politique de coexistence pacifique pendant toute sa vie. Son refus de signer le traité de 1863 (dit traité des voleurs par les Nez-Percés qui n'y participent pas) qui ampute le territoire nez-percé des deux tiers de sa superficie au profit des mineurs qui ont envahi la région lors des ruées vers l'or de l'Idaho, constitue une résistance morale et politique d'une grande dignité. Young Joseph hérite de cette résistance et de la responsabilité de défendre la vallée de la Wallowa, la terre ancestrale de sa bande, contre les revendications des colons blancs qui veulent en prendre possession. Lorsque l'armée américaine finit par donner aux Nez-Percés un ultimatum pour quitter la Wallowa et rejoindre la réserve de Lapwai en 1877, Young Joseph tente jusqu'au dernier moment d'éviter le conflit armé, mais des incidents survenus dans les bandes voisines déclenchent une guerre que son intelligence et sa prudence n'ont pas pu empêcher.

La guerre Nez-Percé de 1877 constitue l'un des épisodes militaires les plus remarquables de toute l'histoire des conflits entre peuples autochtones et armée américaine. Pendant plus de trois mois et sur une distance de plus de deux mille kilomètres, quelque huit cents Nez-Percés, dont la majorité sont des femmes, des enfants et des anciens, fuient vers le Canada en combattant des forces américaines très supérieures en nombre et en équipement dans une série de batailles et d'escarmouches qui témoignent d'une tactique et d'une mobilité exceptionnelles. Traversant les Bitterroots, descendant vers le Montana, remontant vers le nord à travers les Grandes Plaines, les Nez-Percés déjouent pendant des semaines les tentatives d'encerclement de plusieurs colonnes de l'armée américaine. Ils s'arrêtent à moins de cinquante kilomètres de la frontière canadienne, dans les Bear Paw Mountains du Montana, pour soigner leurs blessés et laisser reposer leurs chevaux épuisés, pensant avoir distancé leurs poursuivants. C'est là que le colonel Nelson Miles les rattrape et les encercle après cinq jours de combat. Le discours que Young Joseph prononce lors de sa reddition le 5 octobre 1877, dans lequel il déclare, selon la transcription d'un interprète : "depuis là où se couche le soleil je ne combattrai plus jamais", est l'un des textes les plus connus de la littérature oralee autochtone, même si les historiens débattent du degré de fidélité de la traduction au propos original.

Les Yakamas, dont le territoire s'étend sur les plateaux basaltiques et les vallées du Washington central autour de la rivière Yakima, constituent l'un des peuples les plus nombreux du Plateau septentrional. Leur position géographique, au carrefour des routes commerciales qui relient la Côte Nord-Ouest au plateau et aux Plaines, leur confère un rôle d'intermédiaires dans les réseaux d'échange régionaux. Les foires commerciales qui se tiennent annuellement à The Dalles sur le Columbia et dans d'autres sites du réseau hydrographique rassemblent des participants yakamas, nez-percés, cayuses, umatillas, klickitats et de nombreux autres groupes, qui y échangent des poissons séchés, des racines, des chevaux, des fourrures, des coquillages venus de la côte et, après le contact, des biens manufacturés européens. Ces foires constituent également des occasions de négocier des alliances matrimoniales entre familles appartenant à des groupes différents, contribuant à tisser le réseau de relations interethniques qui donne au Plateau sa remarquable cohésion culturelle malgré la diversité linguistique de ses habitants.

Les Flatheads (Têtes-Plates), dont le nom est encore une désignation externe et trompeuse, ce peuple ne pratiquant pas la déformation crânienne que les voyageurs blancs associaient à ce terme, se désignent eux-mêmes comme Séliš, terme qui donne son nom à la famille linguistique salishane dans son ensemble. Établis dans les vallées montagneuses du Montana occidental, autour de la rivière Bitterroot et du lac Flathead, ils occupent la position la plus orientale de tous les peuples du Plateau, à la frontière des territoires des nations des Plaines. Cette position frontalière les ont exposé aux raids des Blackfeet (Pieds-Noirs) et des Assiniboines, nations des Plaines lorsqu'ils ont acquis le cheval et les armes à feu et dont la puissance guerrière constitue une menace permanente pour les communautés séliš. En réponse, les Flatheads développent leurs propres capacités militaires, adoptent certaines pratiques des Plaines (notamment les expéditions de chasse au bison et l'organisation en sociétés guerrières) tout en maintenant leur identité culturelle salishane distincte. Leur relation avec les missionnaires jésuites, commencée en 1841 avec l'établissement de la mission Saint-Mary dans la vallée de la Bitterroot par le père Pierre-Jean De Smet, est l'une des plus complexes et des plus ambiguës de tout le continent : certains Flatheads accueillent les missionnaires avec enthousiasme, voyant dans le christianisme une puissance religieuse supplémentaire plutôt qu'un remplacement de leurs propres croyances, tandis que d'autres résistent à la conversion et maintiennent les pratiques traditionnelles.

Les Kutenais, dont le territoire s'étend dans les régions montagneuses à la frontière actuelle du Montana, de l'Idaho, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta, constituent une énigme linguistique. Leur langue, le kutenai, est un isolat dont aucune parenté avec les langues voisines n'a pu être établie de manière convaincante, suggérant soit une très longue occupation du territoire avec divergence progressive de toute langue ancestrale commune, soit une migration ancienne depuis une région géographiquement éloignée. Les Kutenais ont développé une culture à cheval remarquablement élaborée, traversant annuellement les Rocheuses pour participer aux grandes chasses au bison des Plaines tout en maintenant une exploitation intensive des ressources lacustres et fluviales de leurs territoires montagnards. Leur pirogue à fond plat caractéristique, dite pirogue à tête de sturgeon en raison de la forme recourbée vers le haut de ses deux extrémités, est unique dans toute l'Amérique du Nord et reflète une solution technique originale aux problèmes de navigation sur les lacs profonds et les rivières tumultueuses de leur territoire.

Les Okanagans, dont le territoire s'étend de part et d'autre de la frontière canado-américaine actuelle dans la vallée de l'Okanagan et ses environs, illustrent particulièrement bien le caractère arbitraire des frontières coloniales imposées sur des peuples dont les territoires et les réseaux de relations les ignorent complètement. La frontière du 49e parallèle, fixée entre les États-Unis et la Grande-Bretagne par le traité de 1846, divise le territoire okanagan en deux moitiés qui relèvent désormais de régimes coloniaux différents, séparant des familles, coupant des routes commerciales et imposant des identités administratives distinctes à ce qui constitue culturellement et linguistiquement un seul peuple. Les Okanagans du côté américain finissent par être rassemblés dans la réserve des Confédérés Colville, tandis que leurs parents canadiens maintiennent une série de réserves distinctes dans la vallée de l'Okanagan de la Colombie-Britannique. Cette division administrative n'a jamais effacé les liens familiaux et culturels qui unissent les deux communautés, et les Okanagans continuent de circuler de part et d'autre de la frontière avec une liberté que les traités internationaux ne leur garantissent que partiellement.

La religion des peuples du Plateau partage plusieurs caractéristiques fondamentales qui transcendent les divisions linguistiques. La quête de vision, rituel initiatique au cours duquel un jeune homme, et parfois une jeune femme, se retire seul dans un lieu isolé, jeûne et prie jusqu'à ce qu'un esprit gardien apparaisse, est une institution universelle dans l'ensemble de la région. L'esprit gardien ainsi obtenu, généralement un animal, une force naturelle ou un être surnaturel, confère à son bénéficiaire des pouvoirs et des protections particulières qui l'accompagnent tout au long de sa vie. La relation avec l'esprit gardien est révélée et célébrée lors des cérémonies de chant de l'esprit gardien, qui se tiennent généralement en hiver, saison propice au retrait intérieur et à la communication avec les puissances invisibles. Ces danses constituent des occasions d'expression artistique (chant, danse, fabrication de costumes et d'objets rituels) et de renforcement de la cohésion communautaire, rassemblant les membres de plusieurs villages dans des cérémonies qui peuvent durer plusieurs jours.

Le culte du saumon, présent dans toutes les populations du Plateau qui vivent à proximité des grandes rivières à saumons, exprime dans un langage rituel la relation de réciprocité et d'obligation mutuelle qui lie les peuples de la région à cette ressource fondamentale. La cérémonie du premier saumon, pratiquée au début de chaque saison de remontée, implique la capture cérémonielle du premier poisson, son traitement selon des protocoles rigoureux, la distribution de ses chairs à l'ensemble de la communauté et le retour de ses os à la rivière selon un ordre précis, le tout accompagné de prières et de chants qui expriment la gratitude de la communauté envers l'esprit du saumon et sollicitent son retour abondant dans les saisons futures. Cette cérémonie n'est pas simplement un rituel symbolique : elle codifie et transmet des valeurs de respect, de partage et de réciprocité qui régulent les comportements de pêche et contribuent à maintenir les populations de saumons à des niveaux durables.

Le prophétisme constitue une caractéristique religieuse particulièrement développée des peuples du Plateau, peut-être parce que leur position géographique de carrefour les a exposés à des influences variées et à des perturbations dont ils ressentent les effets avant même le contact direct avec les Européens. Des épidémies de variole frappent la région dès la fin du XVIIIe siècle, tuant des dizaines de milliers de personnes et désorganisant des communautés entières, avant que le premier Blanc ne mette le pied sur le Plateau. Des prophètes surgissent dans ce contexte de crise pour annoncer des visions d'un monde transformé et proposer des pratiques nouvelles susceptibles d'assurer la survie et le renouveau. Le prophète spokane Circling Raven, actif vers 1790, prédit l'arrivée d'hommes à la peau pâle portant un livre sacré et exhorte son peuple à se préparer à les accueillir. Le prophète walla walla Homily développe dans les années 1820 un mouvement religieux syncrétique qui combine des éléments des traditions du Plateau avec des informations sur le christianisme apprises de seconde main. Ces mouvements prophétiques précoces créent un terrain culturel et religieux qui favorise l'accueil des missionnaires protestants et catholiques qui arrivent dans les années 1830 et 1840, tout en établissant des attentes spécifiques que les missionnaires réels ne satisferont pas toujours.

Les missionnaires presbytériens Marcus et Narcissa Whitman s'établissent en 1836 à Waiilatpu, dans le territoire cayuse près de l'actuelle Walla Walla, créant une mission destinée à évangéliser et à sédentariser les peuples du Plateau. Narcissa Whitman est l'une des premières femmes américaines à traverser les Rocheuses, et son journal constitue un document précieux sur la vie de la mission et les relations avec les Cayuses. Ces relations se dégradent progressivement pour plusieurs raisons : l'afflux de migrants blancs sur la piste de l'Oregon qui traverse le territoire cayuse, les épidémies de rougeole et de dysenterie qui frappent les Cayuses catastrophiquement pendant que les migrants blancs y survivent plus facilement grâce à une immunité partielle, et les méthodes d'évangélisation qui s'avèrent de plus en plus coercitives. En novembre 1847, un groupe de Cayuses attaque la mission et tue Marcus Whitman, Narcissa et une douzaine d'autres personnes dans ce qui est connu sous le nom de massacre Whitman. Cet événement, qui provoque une réaction militaire immédiate du gouvernement américain et l'envoi d'expéditions punitives contre les nations du Plateau, constitue un tournant dans l'histoire de la région dont les conséquences se font sentir pendant des décennies.

Les traités négociés dans les années 1850 entre le gouverneur du territoire de Washington Isaac Stevens et les nations du Plateau constituent l'un des épisodes les plus controversés de l'histoire de la dépossession autochtone dans l'Ouest américain. Au cours du conseil de Walla Walla de 1855, Stevens rassemble les représentants des Yakamas, des Nez-Percés, des Cayuses, des Umatillas, des Wallawallas et d'autres nations pour négocier (selon sa propre conception du terme) la cession de vastes étendues de territoire contre des réserves et des garanties de droits de pêche, de chasse et de cueillette sur les terres cédées. Ces négociations se déroulent dans des conditions de pression, d'incompréhension mutuelle et de mauvaise foi manifeste de la partie américaine qui compromettent dès le départ la légitimité des accords conclus. Stevens ouvre les terres cédées à la colonisation avant même que le traité ait été ratifié par le Sénat américain, provoquant des afflux immédiats de mineurs et de colons sur des territoires que leurs habitants n'ont pas encore officiellement abandonnés. La guerre yakama de 1855-1858, déclenchée par l'assassinat d'agents indiens et de mineurs et la réponse militaire américaine qui s'ensuit, est la conséquence directe de cette violation des engagements à peine pris.

La résistance au confinement dans les réserves et à l'abandon des modes de vie traditionnels s'exprime dans le Plateau à travers plusieurs formes d'organisation religieuse et politique. Le mouvement Dreamer, fondé par le prophète wanapum Smohalla dans les années 1860 et 1870, constitue la principale expression religieuses de cette résistance dans la région. Smohalla, qui prétend avoir voyagé dans le monde des morts et en être revenu avec des révélations divines, prêche un retour aux pratiques ancestrales et un rejet de l'agriculture ( travailler la terre étant selon lui une offense faite au corps de la mère-terre) et des autres accommodements au mode de vie américain. Ses cérémonies, qui impliquent une danse circulaire accompagnée de chants et peuvent induire des états de transe, donnent leur nom au mouvement. Les enseignements de Smohalla, transmis d'abord aux peuples du Columbia moyen puis à des nations plus éloignées, influencent profondément des leaders comme Young Joseph des Nez-Percés et contribuent à forger une résistance culturelle et politique qui se maintient pendant des décennies.

La Longhouse Religion, ou culte Washat, qui se développe dans la seconde moitié du XIXe siècle à partir des enseignements de Smohalla et d'autres prophètes du Plateau, constitue aujourd'hui encore une institution religieuse vivante dans plusieurs populations du Plateau, notamment chez les Yakamas et les Warm Springs. Ses cérémonies, centrées sur le chant, le tambour et la célébration des ressources naturelles (saumon, cerf, camass, baies) constituent une affirmation continue de l'identité culturelle du Plateau et de la relation de réciprocité avec la terre que les traditions ancestrales prescrivent.

L'établissement des réserves dans les dernières décennies du XIXe siècle et les politiques d'assimilation qui s'ensuivent causent des perturbations profondes dans les populations du Plateau. L'allotissement des réserves en parcelles individuelles, imposé par le Dawes Act de 1887, est particulièrement destructeur dans cette région où de nombreuses réserves se trouvent sur des terres agricoles potentiellement fertiles que les colons blancs convoitent. Les parcelles non attribuées aux membres des tribus sont déclarées surplus et ouvertes à la colonisation blanche, réduisant souvent la superficie des réserves de moitié ou davantage. Les pensionnats indiens, dont le plus célèbre pour la région du Plateau est celui de Chemawa en Oregon, fondé en 1880 et fonctionnant encore aujourd'hui comme établissement d'enseignement secondaire, arrachent des générations d'enfants yakamas, nez-percés, cayuses et umatillas à leurs familles et à leurs communautés pour les éduquer dans un environnement qui interdit systématiquement l'usage des langues maternelles et dévalorise toutes les pratiques culturelles traditionnelles.

Au XXe siècle, la lutte pour la préservation des droits de pêche constitue le fil directeur de l'histoire politique des peuples du Plateau. Les traités des années 1850 garantissent explicitement aux nations signataires le droit de pêcher aux endroits habituels en dehors des réserves, droit que les États de Washington et d'Oregon s'efforcent systématiquement de restreindre à mesure que la compétition pour la ressource saumonière s'intensifie avec le développement des pêcheries commerciales blanches. Les contestations judiciaires de ces restrictions, menées pendant des décennies avec une patience et une détermination remarquables, aboutissent à la décision du juge George Boldt en 1974 (décision Boldt) qui interprète les traités comme garantissant aux nations autochtones le droit à cinquante pour cent des saumons pêchables dans les eaux couvertes par les traités. Cette décision, confirmée en appel et par la Cour Suprême, constitue un jalon fondamental dans la jurisprudence des droits des traités autochtones aux États-Unis et redonne aux nations du Plateau une participation substantielle à la gestion d'une ressource qui est au coeur de leur identité culturelle.

La construction des grands barrages sur le Columbia et la Snake (Grand Coulee en 1942, Bonneville en 1938, et une série d'autres au fil des décennies suivantes) constitue peut-être la transformation la plus radicale de l'environnement du Plateau depuis la fin de la dernière glaciation. Ces barrages noient les sites de pêche traditionnels, dont Celilo Falls, bloquent les remontées de saumons vers les zones de frai situées en amont, et détruisent l'équilibre écologique des rivières sur lesquelles repose depuis des millénaires la civilisation du Plateau. La disparition quasi totale du saumon sauvage dans la rivière Snake et ses affluents dans les dernières décennies du XXe siècle est vécue par les Nez-Percés et leurs voisins comme une menace existentielle à leur identité culturelle. La campagne pour la suppression des quatre barrages de la rivière Snake, menée par les nations du Plateau depuis les années 1990 avec le soutien croissant de biologistes et d'écologues, illustre la capacité de ces populations à mobiliser les outils du droit, de la science et de la politique pour défendre leurs intérêts et leurs valeurs dans un contexte contemporain.

Aujourd'hui, les nations du Plateau (les Yakamas, les Nez-Percés, les nations confédérées des Umatillas, les tribus confédérées de Warm Springs, les Colville, les Salish et Kootenai du Flathead, les Spokanes et de nombreuses autres) constituent des gouvernements tribaux actifs qui exercent des compétences substantielles dans des domaines aussi variés que la gestion des ressources naturelles, l'éducation, la santé et le développement économique. La Nation Yakama gère une réserve d'un million d'acres (environ 4000 km²) dans le Washington central et maintient un programme de gestion du saumon qui combine les connaissances écologiques traditionnelles avec les outils de la biologie moderne. Les Nez-Percés ont développé un programme de restauration du saumon dans la Clearwater et ses affluents qui est reconnu comme l'un des plus efficaces du nord-ouest américain. Des programmes de revitalisation des langues yakama, nez-percée et salish utilisent les méthodes d'immersion développées d'abord par les Maoris de Nouvelle-Zélande pour transmettre à de nouvelles générations des langues que les pensionnats avaient failli anéantir.

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