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État des États-Unis
Montana
Le Montana est un Etat des Etats-Unis; 378.330 km²; 990 000 habitants (2011). Il est compris entre le Canada au Nord, l'Idaho Ă  l'Ouest, le Wyoming au Sud, le Dakota du Nord et le Dakota du Sud Ă  l'Est. C'est essentiellement le haut bassin du Missouri et de ses affluents, la Milk river et la Yellowstone, bien qu'aucun n'y ait sa source; en revanche, le Montana possède la vallĂ©e supĂ©rieure du Clarke's Fork (Columbia). Comme le nom l'indique, c'est un pays très montueux, s'Ă©levant d'Est en Ouest vers les Montagnes Rocheuses (Rocky Mountains); les principaux massifs sont le Little Belt, le Big Belt Ă  l'Est du Missouri, les Snow mounts au Sud de la Yellowstone, près du Parc National; les Bitter Root Ă  l'Ouest du Clarke's Fork, sur la limite de l'Idaho; les premiers atteignent 3000 m et mĂŞme 3240 Ă  l'Emigrant peak, au-dessus des canyons de lau Yellowstone; le Kaiser peak, sur la frontière septentrionale, en a 3210; le lac Flathead, au milieu des Rocheuses, est Ă  860 m d'altitude. 
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Un élevage de bovins, dans le comté de Beaverhead, Montana.

Le sol appartient à la formation crétacée du plateau du Missouri jusqu'au pied des Montagnes Rocheuses; la limite méridionale des moraines glaciaires passant un peu au Sud du Missouri; puis, en avançant vers l'Ouest, on rencontre successivement les terrains paléozoïques jusqu'au noyau cristallin des Rocheuses, situé sur la limite de l'Idaho. Il y a des terrains volcaniques entre la Milk et le Missouri, et au Sud-Ouest, vers le Parc National de Yellowstone (compris dans le Wyoming).

Le plateau oriental est une prairie ou steppe sans arbres; la montagne est revĂŞtue de forĂŞts de conifères jusqu'Ă  2500 et mĂŞme 2900 m. Les vallĂ©es ont une très belle vĂ©gĂ©tation et sont très fertiles, notamment celles de la Milk, du Marias ou Bear river, du Mussel Shell, affluents supĂ©rieurs du Missouri. 

Le climat est humide et doux au Nord-Ouest dans les vallées, sec et froid au Sud et à l'Est dans la Prairie. A Fort Owen par 46°32' de latitude Nord et 1000 m d'altitude, la moyenne annuelle est de +8°C (hiver - 4°C, été + 21°C).

Les animaux sauvages sont encore nombreux : bisons, ours, loups, lynx, chats sauvages, chèvres, cerfs, bisons, etc. (A.-M.-B.).
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la riviere de la Vache, dans le Montana.
Le Cow Creek, affluent du Missouri, dans le Montana. Photo : Montana Geographical Society.

Bien que le Montana soit le quatrième plus grand État américain par sa superficie, sa population totale reste relativement faible, avec un peu plus de 1,1 million d'habitants. La majorité des villes demeurent de taille modeste et conservent un fort lien avec les activités agricoles, l'exploitation des ressources naturelles et le tourisme de plein air.

L'Etat se divise en 46 comtĂ©s. Il est administrĂ© par un gouverneur, 13 sĂ©nateurs Ă©lus pour quatre ans, 26 dĂ©putĂ©s Ă©lus pour deux ans. 

Principales villes du Montana

• Billings est la plus grande ville du Montana, avec une population d'environ 122 000 habitants. Située dans le sud de l'État, elle constitue le principal centre économique et commercial du Montana. Son activité repose sur les services, la santé, l'énergie, l'agriculture et le commerce régional. Grâce à sa position stratégique, Billings sert également de porte d'entrée vers plusieurs sites naturels de l'Ouest américain.

• Missoula compte environ 78 000 habitants. Implantée dans l'ouest du Montana, elle est connue pour son cadre naturel et son dynamisme culturel. La présence de l'université du Montana contribue fortement à la vie économique et intellectuelle de la ville. Missoula est également réputée pour les activités de plein air, notamment la randonnée, le vélo et les sports nautiques.

• Great Falls rassemble près de 61 000 habitants. La ville s'est développée autour de la rivière Missouri et de ses chutes, qui ont joué un rôle important dans son histoire industrielle. L'économie locale repose sur les services, l'industrie, l'agriculture et la proximité d'installations militaires.

• Bozeman possède une population d'environ 59 000 habitants. Sa croissance dĂ©mographique est l'une des plus rapides de l'État. Ville universitaire accueillant l'universitĂ© d'État du Montana, elle bĂ©nĂ©ficie Ă©galement du tourisme liĂ© au parc 

national de Yellowstone et des nombreuses stations de ski de la région. Son économie est de plus en plus tournée vers les technologies et les entreprises innovantes.

• Butte compte environ 35 000 habitants. Ancienne capitale mondiale du cuivre, la ville conserve un riche patrimoine minier et historique. Aujourd'hui, son économie s'appuie sur les services, le tourisme patrimonial et certaines activités industrielles.

• Helena, capitale du Montana, réunit près de 34 000 habitants. Fondée à l'époque de la ruée vers l'or, elle abrite les principales institutions administratives de l'État. Son économie dépend largement du secteur public, mais aussi du tourisme et des services.

• Kalispell rassemble environ 31 000 habitants. Située à proximité du parc national des Glaciers, elle profite fortement du tourisme. Son environnement montagneux et la proximité de nombreux lacs en font une destination appréciée des amateurs de nature.

• Havre compte environ 10 000 habitants. Située dans le nord du Montana, près de la frontière canadienne, la ville joue un rôle important pour l'agriculture régionale et les transports ferroviaires. Elle accueille également une université et plusieurs services destinés aux communautés rurales environnantes.

Histoire du Montana

Depuis au moins 15 000 ans, des populations vivent dans ce qui est aujourd'hui le Montana. Ils y chassent et façonnent le territoire. Les Salish, les Kootenai, les Pied-Noirs (Blackfoot), les Crow (Apsaalooke), les Assiniboine, les Gros Ventres (Aaniiih) et d'autres nations occupent ces terres immenses à des titres divers, certains depuis des millénaires, d'autres venus des Grandes Plaines au fil des migrations. Le cheval, introduit au XVIIe siècle depuis le sud-ouest par les échanges entre nations autochtones, transforme profondément les sociétés des plaines : les Pied-Noirs notamment deviennent de redoutables cavaliers et chasseurs de bisons, organisant leur vie entière autour des grands troupeaux qui couvrent alors la prairie à perte de vue.

Les premiers EuropĂ©ens Ă  poser le pied sur ces terres sont des explorateurs français venus du Canada. Des coureurs des bois et des trappeurs francophones sillonnent la rĂ©gion dès le dĂ©but du XVIIIe siècle Ă  la recherche de fourrures, et c'est Ă  cette Ă©poque que naissent les premiers contacts durables entre EuropĂ©ens et peuples autochtones de la rĂ©gion. Le nom mĂŞme de Montana vient d'ailleurs du latin et de l'espagnol  (montaña = montagne) suggĂ©rant cette gĂ©ographie si particulière oĂą les Rocheuses surgissent brutalement de la plaine.

En 1803, la France napoléonienne cède à l'immense territoire de la Louisiane aux États-Unis pour quinze millions de dollars, et le Montana se retrouve théoriquement américain, bien qu'aucun Américain n'y soit encore jamais venu. Thomas Jefferson dépêche aussitôt l'expédition Lewis et Clark, chargée d'explorer le continent jusqu'au Pacifique. Entre 1804 et 1806, Meriwether Lewis et William Clark traversent le futur Montana par deux fois, remontant puis redescendant le Missouri et ses affluents, franchissant les Rocheuses par le col de Lolo et décrivant méticuleusement une nature sauvage d'une richesse stupéfiante. Leurs récits enthousiastes provoquent un afflux de trappeurs et de marchands de fourrures dans les années qui suivent.

Le commerce des peaux de castor attire en masse des hommes venus de l'est, des Canadiens, des Français et des Britanniques. Des compagnies puissantes comme la Northwest Company puis la Hudson's Bay Company et l'American Fur Company de John Jacob Astor se disputent le contrôle des cours d'eau et établissent des forts commerciaux. Fort Benton, fondé en 1846 sur les rives du Missouri, devient le point de commerce le plus en amont navigable du fleuve et l'un des postes les plus actifs de tout l'Ouest américain. Ces premières décennies voient s'établir des relations complexes entre trappeurs blancs et nations autochtones, faites d'échanges, de mariages mixtes, mais aussi de tensions et de violence croissante à mesure que les ressources s'épuisent.

La grande époque du castor décline dans les années 1840 quand la mode européenne se détourne du feutre de castor, ruinant l'industrie de la traite. Mais le Montana ne reste pas longtemps à l'écart de l'histoire américaine. En 1862, de l'or est découvert à Grasshopper Creek, dans la partie sud-ouest du territoire, déclenchant une ruée qui attire des milliers de chercheurs venus de tout le continent et de l'étranger. Virginia City, Bannack, Helena, des camps miniers surgissent du sol en quelques semaines, peuplés de prospecteurs, de marchands, de bandits et d'aventuriers de toutes sortes. Bannack devient la première capitale du territoire, puis Helena lui succède et conservera ce statut.

Cette période de la ruée vers l'or est marquée par une violence endémique. Les routes sont infestées de bandits organisés, dont la tristement célèbre bande de Henry Plummer, shérif élu de Bannack qui dirige en secret une organisation criminelle responsable de dizaines de meurtres. En 1864, des groupes de "justiciers" (vigilantes) se constituent, capturent Plummer et ses complices et les pendent sans jugement, un épisode fondateur de la culture de l'auto-justice dans l'Ouest américain, qui demeure à la fois glorifié et controversé.

Le 26 mai 1864, le Congrès américain crée officiellement le territoire du Montana, détaché du territoire de l'Idaho. Le territoire couvre alors une superficie considérable et Sydney Edgerton en est nommé premier gouverneur. L'organisation politique s'accompagne d'une ébauche d'institutions : une assemblée législative, des tribunaux, une presse locale. Mais la réalité du Montana reste celle d'une frontière rude, à peine policée, où la loi peine à s'imposer face aux ambitions individuelles et aux conflits d'intérêts.

Les années 1860 et 1870 voient aussi l'intensification du conflit avec les nations autochtones. L'afflux de colons blancs, la destruction progressive des troupeaux de bisons sur lesquels repose toute la civilisation des plaines, et la politique de confiscation des terres menée par le gouvernement fédéral engendrent une résistance croissante. Le traité de Fort Laramie de 1868 avait théoriquement garanti aux Sioux un grand territoire au nord des Black Hills, mais la découverte d'or dans cette région en 1874 précipite la guerre. La bataille de Little Bighorn, livrée en juin 1876 dans l'actuel Montana, va être l'un des événements les plus dramatiques de l'histoire américaine. La victoire autochtone sera totale et immédiate, mais elle déclenchera une riposte militaire massive du gouvernement fédéral qui brise définitivement la résistance des Plaines dans les années suivantes.

• La bataille de Little Bighorn se dĂ©roule les 25 et 26 juin 1876 dans le territoire du Montana. Le gouvernement des États-Unis cherche alors Ă  contraindre les Lakotas, les Cheyennes du Nord et les Arapahos Ă  rejoindre les rĂ©serves, notamment après la dĂ©couverte d'or dans les Black Hills, territoire sacrĂ© pour les Lakotas. Plusieurs groupes amĂ©rindiens refusent d'abandonner leur mode de vie et se rassemblent dans un immense campement installĂ© près de la rivière Little Bighorn. Parmi les principaux chefs figurent Sitting Bull, Crazy Horse et Gall. Leur rassemblement compte plusieurs milliers de personnes, dont un grand nombre de guerriers. Pour mettre fin Ă  cette rĂ©sistance, l'armĂ©e amĂ©ricaine lance une vaste campagne militaire. Le lieutenant-colonel George Armstrong Custer, Ă  la tĂŞte du 7e rĂ©giment de cavalerie, reçoit pour mission de localiser le campement et d'empĂŞcher toute fuite. Le 25 juin, persuadĂ© que ses adversaires sont moins nombreux qu'en rĂ©alitĂ©, il dĂ©cide d'attaquer sans attendre les renforts. Custer divise ses troupes en plusieurs dĂ©tachements afin d'encercler le village. Cette dĂ©cision fragilise son rĂ©giment. Une partie des soldats commandĂ©e par le major Marcus Reno attaque le camp mais rencontre une rĂ©sistance très forte et doit se replier. Le capitaine Frederick Benteen rejoint ensuite Reno et organise une position dĂ©fensive. Pendant ce temps, Custer avance avec environ deux cents hommes vers le nord du campement. Les guerriers lakotas et cheyennes, conduits notamment par Crazy Horse et Gall, contre-attaquent rapidement. SupĂ©rieurs en nombre, ils encerclent les soldats amĂ©ricains. Après plusieurs combats violents, tous les hommes du dĂ©tachement de Custer sont tuĂ©s. Le lendemain, les guerriers amĂ©rindiens se retirent avant l'arrivĂ©e de nouvelles troupes amĂ©ricaines. La victoire des Lakotas et des Cheyennes provoque une immense Ă©motion aux États-Unis. La mort de Custer fait de lui un personnage cĂ©lèbre et contribue Ă  la naissance d'une lĂ©gende longtemps entretenue par la presse et la culture populaire. MalgrĂ© leur succès, les peuples amĂ©rindiens ne parviennent pas Ă  inverser le rapport de force. L'armĂ©e amĂ©ricaine intensifie ses opĂ©rations et oblige progressivement les groupes rĂ©sistants Ă  se rendre. Dans les annĂ©es qui suivent, les Lakotas perdent les Black Hills et sont contraints de vivre dans les rĂ©serves. La bataille de Little Bighorn demeure l'une des plus cĂ©lèbres dĂ©faites de l'armĂ©e amĂ©ricaine face aux peuples autochtones. Elle symbolise Ă  la fois la rĂ©sistance des nations amĂ©rindiennes et les consĂ©quences de la conquĂŞte de l'Ouest sur les populations autochtones.
L'extermination quasi totale du bison accompagne et précède cette défaite militaire. Des chasseurs professionnels abattent les troupeaux par millions tout au long des années 1870 et 1880, réduisant les populations de bisons d'Amérique du Nord de quelque soixante millions d'individus à quelques centaines en moins d'une génération. La disparition du bison est à la fois conséquence et instrument de la politique fédérale : sans bison, les nations autochtones ne peuvent plus vivre selon leurs modes traditionnels et sont contraintes à la sédentarisation dans des réserves. En 1888, les Pied-Noirs perdent la majeure partie de leur territoire dans des conditions qui relèvent de la fraude et de la coercition. L'hiver de 1883-1884, connu sous le nom de Starvation Winter, tue près d'un quart de la nation Piegan Blackfeet par famine.

L'arrivée du chemin de fer transforme le Montana en profondeur. La Northern Pacific Railroad atteint le territoire en 1881 et traverse l'État d'est en ouest, ouvrant des marchés immenses et provoquant une nouvelle vague d'immigration. Des milliers de colons (Allemands, Scandinaves, Irlandais, Canadiens français) s'installent pour pratiquer l'élevage extensif ou tenter leur chance dans les mines. Le Great Northern Railroad de James J. Hill, complété en 1893, renforce encore cette intégration dans l'économie nationale.

L'élevage bovin connaît un âge d'or dans les années 1880. Des ranchs gigantesques couvrent les prairies, des milliers de têtes de bétail paissent là où erraient encore les bisons quelques années plus tôt. Mais cet essor est fragile. L'hiver catastrophique de 1886-1887, surnommé "le Grand Désastre blanc", tue entre cinquante et quatre-vingts pour cent du bétail du territoire en quelques semaines de gel extrême. Des éleveurs fortunés se retrouvent ruinés du jour au lendemain. Le Montana tire de cet hiver une leçon durable : la nécessité de stocker du foin, d'améliorer les abris et de gérer les troupeaux avec davantage de prudence.

Le 8 novembre 1889, le Montana entre dans l'Union américaine comme quarante et unième État. Helena est confirmée comme capitale après une bataille politique acharnée entre les partisans de Helena et ceux d'Anaconda, chacun soutenu par des intérêts financiers colossaux. Car au même moment, le Montana devient le centre d'une industrie minière d'une envergure sans précédent dans les montagnes de l'Ouest. Butte, assise sur une colline d'une richesse minérale extraordinaire ("the richest hill on Earth" selon la légende locale) devient l'une des villes les plus importantes de l'Ouest américain. D'abord territoire aurifère, Butte se révèle surtout être une mine de cuivre prodigieuse à une époque où la révolution électrique crée une demande mondiale insatiable pour ce métal.

La guerre du cuivre qui s'y déroule dans les années 1880-1910 est l'un des conflits économiques les plus spectaculaires de l'ère progressive américaine. Trois hommes la dominent : William Andrews Clark, Marcus Daly et F. Augustus Heinze, trois magnats dont l'appétit de pouvoir et de richesse ne connaît aucune limite. Marcus Daly fonde la ville d'Anaconda pour y construire sa fonderie, et rivalise avec Clark pour le contrôle politique de l'État entier. Leurs batailles se mènent dans les salles de tribunal, dans les pages des journaux qu'ils possèdent, dans les couloirs du Capitole et dans les urnes achetées à grand prix. La Anaconda Copper Mining Company, qui finit par absorber les concurrents, devient une entreprise quasi monopolistique dont le pouvoir s'étend à toute la vie politique et économique du Montana pendant des décennies. Les journaux, les juges, les élus, rien n'échappe à l'influence de la "Compagnie", comme on l'appelle simplement, avec un mélange de résignation et d'amertume.

Le début du XXe siècle voit le Montana se peupler massivement grâce à des politiques fédérales d'attribution de terres. Le Homestead Act de 1862, puis l'Enlarged Homestead Act de 1909, attirent des centaines de milliers de familles qui reçoivent des parcelles de soixante hectares, puis de cent vingt, en échange de leur mise en culture. Des immigrants venus d'Europe centrale et orientale (Norvégiens, Suédois, Finlandais, Ukrainiens, Basques) s'installent dans les plaines orientales et tentent d'y cultiver le blé. Cette période, appelée le homestead boom, transforme temporairement l'est du Montana en grande région agricole céréalière.

Mais les années 1917-1919 combinent une sécheresse dévastatrice et la fin de la guerre mondiale, qui effondre les cours du blé. Des milliers de familles de homesteaders abandonnent leurs terres, laissant derrière elles des maisons vides et des champs retournant à la prairie. Le Montana perd pendant cette période une proportion de sa population rurale sans équivalent dans d'autres États américains. La Grande Dépression des années 1930 aggrave encore la situation, combinant krach économique, sécheresse persistante et tempêtes de poussière qui ravagent les sols épuisés par des décennies d'agriculture intensive.
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Bisons dans le Montana.
Bisons dans le Montana. Photo : Jesse  Achtenberg.

La Première Guerre mondiale laisse une cicatrice politique particulière. En 1918, dans un contexte de patriotisme exalté et de peur des espions allemands, le Montana adopte une loi de sédition parmi les plus répressives de l'histoire américaine, précédant et inspirant la loi fédérale du même nom. Des citoyens sont emprisonnés pour avoir simplement critiqué la guerre, le gouvernement ou l'armée en public. Cette période révèle les tensions profondes entre une culture de l'individualisme frontalier et les exigences de conformité patriotique en temps de guerre.

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant économique. Les mines de cuivre de Butte tournent à plein régime pour soutenir l'effort de guerre, et le Montana contribue proportionnellement à sa population l'un des contingents de soldats les plus importants du pays. La construction de bases militaires et d'industries liées à la défense apporte une prospérité nouvelle. Après la guerre, le retour des vétérans et le baby-boom gonflent les populations urbaines, tandis que les zones rurales continuent de se dépeupler lentement.

Les décennies d'après-guerre voient le déclin progressif de l'industrie minière. La mine Berkeley Pit de Butte, ouverte en 1955, est une mine à ciel ouvert géante creusée directement dans la colline autrefois percée de galeries souterraines : elle permet d'extraire du minerai à moindre coût mais détruit la ville de Butte de l'intérieur, rasant des quartiers entiers pour élargir son périmètre. Lorsque l'Anaconda Copper Mining Company est rachetée par Atlantic Richfield Company (ARCO) en 1977 puis ferme définitivement la mine en 1983, Butte se retrouve face à une catastrophe écologique et économique. La Berkeley Pit se remplit d'eau acide chargée de métaux lourds. Elle est aujourd'hui l'un des plus grands sites de pollution des États-Unis et une attraction touristique macabre. En 1983, l'Anaconda Smelter,la grande fonderie dont la cheminée de cent soixante-dix-huit mètres était visible à des dizaines de kilomètres à la ronde, ferme à son tour, laissant derrière elle une région entière sans emploi et une contamination aux arsenic, plomb et autres métaux qui durera des générations.

Le mouvement des droits civiques des années 1960 a des répercussions spécifiques au Montana à travers la revendication des droits des nations autochtones. Les réserves du Montana (Blackfeet, Crow, Fort Peck, Rocky Boy's, Flathead, Fort Belknap, Northern Cheyenne) connaissent toutes des niveaux de pauvreté parmi les plus élevés des États-Unis. L'American Indian Movement (AIM) influence les communautés du Montana, et les années 1970 voient des batailles juridiques importantes pour la reconnaissance des droits sur les terres, les eaux et les ressources naturelles. La Constitution du Montana, révisée en 1972, est l'une des rares à reconnaître explicitement des droits culturels des peuples autochtones et à inscrire la protection de l'environnement comme un droit fondamental. Cette constitution de 1972, rédigée par une convention constitutionnelle au processus remarquablement ouvert et participatif, reste un document progressiste exceptionnel qui inscrit le droit à un environnement "propre et sain" dans les droits fondamentaux des citoyens. Cette disposition jouera un rôle central dans les décennies suivantes lorsque le Montana, comme d'autres États de l'Ouest, devra naviguer entre exploitation des ressources naturelles et protection environnementale.

L'Ă©conomie du Montana du dernier tiers du XXe siècle repose sur plusieurs piliers fragiles : l'agriculture (blĂ©, bĂ©tail, moutons), le bois, le charbon dans les plaines orientales, et un tourisme en forte croissance. Le Glacier National Park, créé en 1910, et le Yellowstone,  dont une petite portion se trouve en Montana, attirent des millions de visiteurs. Le fly-fishing dans les rivières de montagne devient une activitĂ© Ă©conomique et culturelle emblĂ©matique, portĂ©e Ă  la conscience nationale par le roman de Norman Maclean A River Runs Through It et son adaptation cinĂ©matographique par Robert Redford en 1992 (Et au milieu coule une rivière).

Les années 1990 et 2000 voient affluer une nouvelle catégorie d'arrivants : des retraités aisés, des artistes, des télétravailleurs avant l'heure et des personnalités cherchant la beauté des paysages et l'espace de l'Ouest authentique. Ted Turner (fondateur notamment de la chaîne de télévision CNN) acquiert des ranchs immenses pour y restaurer les populations de bisons sauvages. Des célébrités font de Livingston ou du Big Sky leur résidence secondaire. Cette "amenity migration" transforme certaines villes de montagne en enclaves coûteuses et crée des tensions avec les populations locales dont les salaires ne suivent pas la hausse des prix de l'immobilier.

La politique du Montana reflète cette géographie et cette histoire complexes. Pendant la majeure partie du XXe siècle, l'État oscille entre un populisme rural méfiant des grandes corporations et un conservatisme profondément enraciné dans les valeurs de l'éleveur et du propriétaire foncier. L'influence de la compagnie Anaconda ayant pesé si longtemps sur la vie politique, sa disparition laisse un vide qui voit monter un conservatisme républicain de plus en plus dominant dans les zones rurales, tandis que Missoula, siège de l'université, reste un îlot de progressisme. Le Montana élit parfois des sénateurs démocrates modérés capables de séduire des électeurs ruraux. Jon Tester en est l'exemple le plus emblématique au XXIe siècle.

L'extraction du charbon dans le bassin de la Powder River, à cheval sur le Montana et le Wyoming, est l'une des plus importantes du pays et alimente un débat permanent sur l'avenir énergétique de la région. Les centrales à charbon et les mines à ciel ouvert emploient des milliers de personnes dans des comtés qui n'ont guère d'autre perspective économique, rendant la transition énergétique politiquement explosive. Le Montana est en outre traversé par des gazoducs et des oléoducs importants, et le projet Keystone XL, qui aurait traversé l'Est du Montana avant d'être finalement annulé, cristallise pendant des années les tensions entre défenseurs de l'environnement et partisans du développement économique.

Les feux de forêt sont devenus l'un des marqueurs les plus douloureux du changement climatique au Montana. Chaque été, depuis les années 2000, des incendies d'une ampleur croissante ravagent les forêts de pin et d'épicéa des montagnes. L'été 2017 est particulièrement dévastateur, avec des millions d'hectares brûlés et un nuage de fumée si dense qu'il obscurcit le soleil pendant des semaines sur Helena et Missoula. Le Glacier National Park lui-même perd ses glaciers à une vitesse alarmante : en 1850, on en dénombrait plus de cent cinquante, aujourd'hui moins de vingt-cinq demeurent. Les projections scientifiques suggèrent que le parc sera pratiquement sans glacier d'ici 2030-2040, compromettant irrémédiablement l'attrait touristique du lieu et l'équilibre des écosystèmes qui en dépendent.

Aujourd'hui, le Montana est l'un des États les moins densément peuplés des États-Unis, et cet espace demeure l'une de ses richesses les plus précieuses et les plus disputées. La tension fondamentale qui parcourt toute l'histoire du Montana perdure : entre ceux qui voient dans la terre et ses ressources une source d'extraction et de profit, et ceux qui y voient un patrimoine naturel, spirituel et culturel à protéger. Les nations autochtones, dont la relation à la terre ne se formule pas dans les termes économiques des colons, portent cette mémoire longue d'une autre manière d'habiter le pays. Entre les Rocheuses et les grandes plaines, sous ce ciel immense qui a donné à l'État son surnom de Big Sky Country, l'histoire du Montana continue de s'écrire dans la contradiction féconde entre solitude et communauté, entre exploitation et préservation, entre la violence fondatrice et la beauté indéniable du lieu.

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