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Jezraël

Jezraël (Jezrahel, Jezreel, ou encore Zerin selon les époques et les sources) est une antique localité située en Israël, dans la vallée de Jezréel (ou vallée d'Esdrelon), dans le nord de la Palestine historique, à environ 15 kilomètres au sud-est de Nazareth et non loin de la source d'Ain Jalud, souvent identifiée à la fameuse « source de Harod » biblique. Le site occupe une position stratégique, au pied du mont Gilboa, dominant l'entrée orientale de la vallée fertile qui constitue l'une des artères géographiques les plus importantes du Levant méridional, carrefour naturel entre la route côtière (Via Maris) et les chemins menant vers la Transjordanie et la vallée du Jourdain. Cette situation lui a valu une importance militaire, économique et symbolique remarquable tout au long de l'Antiquité. 

Le nom même de Jezraël dérive de l'hébreu Yizre‘el, généralement interprété comme « Dieu sème » ou « que Dieu disperse », bien que certaines lectures privilégient une connotation plus dynamique, comme « Dieu sème [la semence de la justice] » ou « Dieu moissonne ». Dans la Bible hébraïque, Jezraël apparaît pour la première fois comme une ville fortifiée attribuée à la tribu d'Issachar, mais rapidement associée à la maison royale d'Israël, notamment sous le règne d'Achab et de sa femme Jézabel, au IXe siècle avant notre ère. C'est là, selon le Premier Livre des Rois, que résidait le palais d'Achab, et que s'est déroulé l'épisode célèbre de Naboth, dont la vigne fut convoitée par le roi, entraînant une condamnation injuste orchestrée par Jézabel , un  événement qui valut à la reine une malédiction prophétique par Elie, et dont le nom même de Jézabel deviendra synonyme de perfidie et d'idolâtrie dans la tradition judéo-chrétienne. La ville est aussi le théâtre d'une bataille décisive entre les forces d'Achab et de l'armée araméenne, et plus tard, du massacre des prêtres de Baal ordonné par Jéhu, qui accomplit ainsi la parole d'Élie et met fin à la dynastie d'Omri. 

Archéologiquement, le site principal de l'ancienne Jezraël est identifié à Tell Jezreel, un tell (colline de ruines stratifiées) situé près du kibboutz moderne du même nom. Les fouilles menées dans les années 1990 par David Ussishkin et John Woodhead ont révélé les vestiges d'une forteresse israélite datant du IXe siècle avant notre ère, avec un imposant système de défense : une enceinte massive de près de 1 000 mètres de périmètre, des tours aux angles, et des remparts construits en pierres sèches surmontés d'une superstructure en briques crues. La taille de l'enceinte  (environ 300 × 150 mètres) atteste de l'importance stratégique du site à l'époque de la monarchie du Nord. Des traces d'incendie violent coïncident chronologiquement avec la campagne araméenne menée par Hazaël, mentionnée dans la Bible comme ayant pris Jezraël,  confirmation possible de l'historicité partielle des récits bibliques. Des niveaux plus anciens remontent à l'âge du Bronze moyen, avec une occupation continue jusqu'à l'âge du Fer, puis des traces d'occupation perse, hellénistique et romaine, bien que la ville ait perdu de son importance politique après la chute du royaume d'Israël au VIIIᵉ siècle avant notre ère. 

À l'époque byzantine, le site semble avoir été partiellement réoccupé, avec la construction d'une petite église ou d'un monastère,, probablement en lien avec la mémoire biblique attachée à la vallée. Durant la période islamique médiévale, la localité est mentionnée sous le nom de Zir‘īn ou Zerin, et devient un important centre rural fortifié, notamment sous les Ayyoubides et les Mamelouks. Les Croisés s'y installent brièvement au XIIe siècle et y érigent une forteresse en pierre sur les ruines antiques, connue sous le nom de Le Destroit ou Castellum Beleismum, dont subsistent encore des vestiges de tours et de remparts. Sous les Ottomans, Zerin reste un village agricole modeste, jusqu'à ce qu'il soit abandonné lors de la guerre israélo-arabe de 1948. Les habitants palestiniens fuient ou sont expulsés, et le site est intégré dans les domaines du kibboutz Jezreel, fondé en 1948. 

La vallée de Jezraël, quant à elle, conserve une charge symbolique majeure dans la tradition apocalyptique judéo-chrétienne. Dans l'Apocalypse de Jean (chapitre 16, verset 16), c'est à Harmaguédon  (très probablement une déformation du mont Megiddo, situé à l'extrémité ouest de la même vallée) que doit se dérouler la bataille finale entre les forces du bien et du mal. Or, Jezraël, Megiddo et la source de Harod forment un triangle géographique étroitement lié dans les récits bibliques de conflits décisifs : Gédéon y défait les Madianites, Saül y meurt face aux Philistins sur le Gilboa, et Josué y combat les rois cananéens. Ainsi, Jezraël, bien que moins connue que Jérusalem ou Jéricho, incarne une sorte de théâtre mémoriel où la géographie terrestre semble épouser la topographie des récits religieux. 

Aujourd'hui, Tell Jezreel est un site archéologique partiellement fouillé et préservé, ouvert à la recherche et à la visite. Des projets de valorisation ont été entrepris conjointement par des équipes israéliennes et internationales, visant à intégrer la connaissance historique, biblique et archéologique dans une perspective plus large de dialogue culturel. Le nom de Jezraël, avec ses variantes, continue de résonner bien au-delà de la strate archéologique : dans la littérature, la théologie, et même la poésie moderne, il évoque à la fois la splendeur éphémère des royaumes humains, la violence des ambitions terrestres, et la persistance tenace de la mémoire dans le paysage.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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