|
|
|
|
Les
gens
|
|
| Charles d'Orléans Le 29 juin 1406, il avait épousé
la veuve de Richard d'Angleterre, sa cousine germaine Isabelle, qui trois
ans après mourut en couches. En 1410, il épousa (peut-être
n'y eut-il que des fiançailles) Bonne d'Armagnac. A la bataille
d'Azincourt
Nous possédons plusieurs inventaires,
rédigés en 1417, 1427, 1436 et 1440, de cette bibliothèque
de Blois Les poésies de Charles d'Orléans
se divisent en deux parties. La première est formée des vers
que le poète composa en Angleterre pendant ses vingt-cinq années
de captivité, et que les manuscrits désignent par ces mots
: le Livre que monseigneur l'Orléans écrivit dans sa prison.
Ch. d'Héricault, un de ses éditeurs, a intitulé ces
vers le Poème de la prison. C'est la partie la plus faible
des poésies de Charles d'Orléans, celle où tient le
plus de place l'allégorie amoureuse que Guillaume
de Lorris avait mise à la mode. On retrouve là les personnages
du Roman de la Rose A qui sont adressées toutes ces
rimes amoureuses, et qui est la danse Beauté à laquelle Amour
conduit le poète? Les différents biographes de Charles d'Orléans
ont chacun proposé une solution de la question : c'est, disent les
uns, une femme réelle dont Beauté est le surnom; c'est Bonne
d'Armagnac, disent les autres; C. Beaufils voyait dans cette Beauté
la France elle-même à laquelle, par fiction poétique,
Charles d'Orléans aurait donné un corps, une âme et
un langage; d'Héricault enfin pensait que, dans son Poème
de la prison, Charles d'Orléans n'a pas chanté un amour
particulier, mais toute sa vie amoureuse, et que Beauté n'est pas
telle ou telle femme, mais la femme en général.
Le livre que « monseigneur d'Orléans écrivit dans sa prison » n'est donc en rien, comme on le voit, le reflet des tristes et longues années de captivité du poète, et c'est vraiment un problème que de comprendre comment ce fils d'un père assassiné, d'une mère morte de douleur, ce prisonnier des pires ennemis de son pays, ce neveu du roi de France, a pu si vite et si bien oublier les terribles événements qui l'ont conduit en exil, et sortir du monde réel au point de chanter dans un poème allégorique les louanges de dame Beauté. Le Poème de la prison, qui est divisé en deux parties entre lesquelles Charles Orléans a intercalé soixante et onze ballades dont plusieurs furent composées en France, circulait en manuscrit au XVe siècle. Martin le Franc y fait allusion dans son Champion des dames. L'autre partie des oeuvres de Charles d'Orléans,
composée en France, après 1140, comprend plusieurs centaines
de ballades, chansons et rondeaux sur des sujets très variés,
pour la plupart amoureux. A ces vers sont joints, dans les manuscrits et
en partie dans les éditions, ceux que composèrent les différents
membres de la cour littéraire de Blois C'est dans les vers de cette seconde partie surtout qu'on trouve les qualités qui ont fait la grande réputation de Charles d'Orléans, l'aisance et le naturel, la clarté et l'élégance, la fraîcheur et la délicatesse. La poésie de Charles d'Orléans, a écrit Gaston Paris, « n'a rien de nouveau pour le fond ni pour la forme; elle emploie tout le matériel allégorique et symbolique du Roman de la Rose et l'utilise dans des rondeaux et des ballades comme Eustache Deschamps; mais la personnalité charmante du poète renouvelle tout cela; jamais on n'a dit des riens avec plus de grâce et de finesse; jamais les sentiments doux, tendres sans vraie passion, mélancoliques sans vraie tristesse, n'ont trouvé un interprète plus délicat; jamais l'ironie sur soi-même et sur les autres n'a été plus légère et plus bienveillante; jamais avant lui le français n'avait été manié avec cette aisance et cette adresse. » (Le Monde poétique, 1886).
Parmi les traductions de Boèce en vers français, il en est une commençant par ces mots : Celui qui bien bat les buissons, que Buchon, P. Paris, Kervvn de Lettenhove, Vallet (de Viriville) ont attribuée à Charles d'Orléans. L. Delisle a prouvé depuis, dans le t: XXXIV de la Bibl. de l'Ecole des chartes (1873), que l'auteur de cette traduction n'a rien de commun avec notre poète. Si Charles d'Orléans n'avait pris soin de réunir ses essais poétiques dans de beaux manuscrits, nous saurions à peine aujourd'hui que ce grand personnage fut un des poètes les plus remarquables de son temps. Au XVe siècle en effet, on ne semble pas avoir attaché plus d'importance aux délassements poétiques du bon duc qu'aux vers de tant d'autres grands seigneurs, ses aînés ou ses contemporains, vers d'amateurs destinés à vivre un instant et rien de plus. Louis XII et François Il, partagèrent
à cet égard l'indifférence dédaigneuse de leur
époque et les poésies de Charles d'Orléans, qu'on
ne songea pas à faire imprimer, restèrent manuscrites et
inconnues jusqu'au milieu du XVIIIe siècle.
En 1740, l'abbé Sallier les découvrit par hasard à
la Bibliothèque royale. Dès lors, les vers de Charles d'Orléans,
juste compensation à un long oubli, ne manquèrent ni d'admirateurs
ni d'éditeurs. En 1778, les Annales poétiques ou Almanach
des muses donnaient dans leur premier volume un Choix des poésies
de Charles d'Orléans, et en 1809, Chalvet publiait à Grenoble
Durant sa captivité, Charles d'Orléans
mit en anglais quelques-unes de ses poésies; d'autres furent traduites,
sous ses yeux probablement. Ces poésies anglaises ont été
publiées en 1827 par George Watson Taylor pour le Roxburghe-club,
sous ce titre Poems written in English by Charles duke of Orleans during
his captivity in England, after the battle of Azincourt |
|||||||||
|
© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.