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Charles d'Orléans ,
prince français et poète remarquable du XVe
siècle, né à Paris
le 26 mai 1391, mort à Amboise
le 4 janvier 1463. Grand personnage, mêlé aux principaux événements
de son temps, sa vie nous est connue presque dans les moindres détails.
Il était fils de Louis d'Orléans, frère de Charles
VI, ce brillant seigneur qui entre autres passions avait celle des
beaux livres, des peintures, des tapisseries
et des fins joyaux, et de la belle Valentine, fille de Jean-Galéas
Visconti, duc de Milan .
La mort de son père, assassiné le 23 novembre 1407 par les
gens du duc de Bourgogne ,
plaça Charles, alors âgé de seize ans, à la
tête d'un parti puissant et fit de lui l'un des chefs de la féodalité
française. Le soin de venger son père l'occupa dès
lors pendant plusieurs années.
Le 29 juin 1406, il avait épousé
la veuve de Richard d'Angleterre, sa cousine germaine Isabelle, qui trois
ans après mourut en couches. En 1410, il épousa (peut-être
n'y eut-il que des fiançailles) Bonne d'Armagnac. A la bataille
d'Azincourt ,
Charles d'Orléans qui, avec le duc de Bourbon, commandait en chef
l'armée française, combattit vaillamment à l'avant-garde,
fût fait prisonnier et emmené en Angleterre ( La
Guerre de Cent Ans ).
Il y resta vingt-cinq ans. Promené de château
en château, étroitement surveillé, sans nouvelles de
France, espérant toujours vainement être délivré,
il en vint, ce qu'on lui a durement reproché, à reconnaître
les droits du roi d'Angleterre à la couronne de France. En 1440,
âgé de quarante-neuf ans, grâce aux démarches
du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, avec lequel il s'était réconcilié,
il recouvra la liberté pour la rançon énorme de plus
de 200 000 écus d'or. Il épousa Marie de Clèves ,
nièce de Philippe le Bon, et se retira dans ses châteaux de
Blois
et de Tours. C'est là, au milieu d'une petite cour littéraire,
qu'il termina sa vie, rimant ballades, chansons et rondeaux,
protégeant les poètes et achetant des livres.
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Balade
Je
meurs de soif aupres de la fontaine;
Verbe
normal, sans conjugacion;
Congruité,
de incongruité plaine;
Declinable,
sans declinacion;
Approprié
par appellacion;
Determiné,
sans quelque terminance;
Ou
brief, ou long, sans variacion;
C'est
plus fort fait, que ouvrer par ignorance.
Mat
et vaincu, je frape la quintaine;
Sans
violance je fois invasion;
Affirmatif
d'une chose incertaine :
Silogisant
sans proposicion;
Meuf
figure où n'a conclusion;
Emptimeme
sans quelque consequance;
Convertible
où n'a conversion;
C'est
plus fort fait, que ouvrer par ignorance.
J'ayme
repos, et desire la paine;
Corruptible
en generacion;
Le
vray au faulx duis et ramaine;
De
maxime je fois oppinion;
Diffiment
je fois descripcion,
Et
l'accident je mue en substance;
Aveugle
suis en clere vision;
C'est
plus fort fait, que ouvrer par ignorance.
L'envoy.
Incompexif,
ayant complexion;
Irregulier,
je suis de l'observance;
Je
suis actif, designant passion;
C'est
plus fort fait, que ouvrer par ignorance. |
Nous possédons plusieurs inventaires,
rédigés en 1417, 1427, 1436 et 1440, de cette bibliothèque
de Blois
qui devint si célèbre à la fin du XVe
et au commencement du XVIe siècle.
Le procès du duc d'Alençon
(nous possédons le discours dans lequel Charles recommande son gendre
à l'indulgence du roi) et les affaires d'Italie le détournèrent
un instant de ses occupations poétiques.
Les poésies de Charles d'Orléans
se divisent en deux parties. La première est formée des vers
que le poète composa en Angleterre pendant ses vingt-cinq années
de captivité, et que les manuscrits désignent par ces mots
: le Livre que monseigneur l'Orléans écrivit dans sa prison.
Ch. d'Héricault, un de ses éditeurs, a intitulé ces
vers le Poème de la prison. C'est la partie la plus faible
des poésies de Charles d'Orléans, celle où tient le
plus de place l'allégorie amoureuse que Guillaume
de Lorris avait mise à la mode. On retrouve là les personnages
du Roman de la Rose ,
Vénus, Amour, Cupido, Espoir, Bel-Accueil, Plaisance, Pitié,
Dangier, Tristesse, Soin, Mélancolie, etc.; mais il est juste de
dire que ces formes allégoriques sont employées avec une
aisance, une grâce et une légèreté jusqu'alors
inconnues.
A qui sont adressées toutes ces
rimes amoureuses, et qui est la danse Beauté à laquelle Amour
conduit le poète? Les différents biographes de Charles d'Orléans
ont chacun proposé une solution de la question : c'est, disent les
uns, une femme réelle dont Beauté est le surnom; c'est Bonne
d'Armagnac, disent les autres; C. Beaufils voyait dans cette Beauté
la France elle-même à laquelle, par fiction poétique,
Charles d'Orléans aurait donné un corps, une âme et
un langage; d'Héricault enfin pensait que, dans son Poème
de la prison, Charles d'Orléans n'a pas chanté un amour
particulier, mais toute sa vie amoureuse, et que Beauté n'est pas
telle ou telle femme, mais la femme en général.
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Chançon
Qui?
Quoy? Comment? à qui? Pourquoi?
Passez,
presens ou avenir,
Quant
me viennent en souvenir,
Mon
cueur en penser n'est pas coy.
Au
fort, plus avant que ne doy,
Jamais
je ne pense en guérir.
Qui?
Quoy? etc.
On
s'en peut rapporter à moy
Qui
de vivre ay eu beau loisir,
Pour
bien apprendre et retenir,
Assez
ay congneu, je m'en croy.
Qui?
Quoy? etc. |
Le livre que « monseigneur d'Orléans
écrivit dans sa prison » n'est donc en rien, comme on le voit,
le reflet des tristes et longues années de captivité du poète,
et c'est vraiment un problème que de comprendre comment ce fils
d'un père assassiné, d'une mère morte de douleur,
ce prisonnier des pires ennemis de son pays, ce neveu du roi de France,
a pu si vite et si bien oublier les terribles événements
qui l'ont conduit en exil, et sortir du monde réel au point de chanter
dans un poème allégorique les louanges de dame Beauté.
Le Poème de la prison, qui est divisé en deux parties
entre lesquelles Charles Orléans a intercalé soixante et
onze ballades dont plusieurs furent composées en France, circulait
en manuscrit au XVe siècle. Martin
le Franc y fait allusion dans son Champion des dames.
L'autre partie des oeuvres de Charles d'Orléans,
composée en France, après 1140, comprend plusieurs centaines
de ballades, chansons et rondeaux sur des sujets très variés,
pour la plupart amoureux. A ces vers sont joints, dans les manuscrits et
en partie dans les éditions, ceux que composèrent les différents
membres de la cour littéraire de Blois ,
grands seigneurs, poètes connus, serviteurs lettrés, vers
de Marie de Clèves, qui plus d'une fois prit part avec succès
aux concours poétiques, de René d'Anjou ,
de Philippe de Bourgogne, de Jean de Bourbon, du duc d'Alençon,
du comte de Nevers ,
de La Trémoille, Blosseville, Olivier de la
Marche, Guiot et Philippe Pot, des deux Caillau, de Gilles des Ormes,
Vaillant, Legout, Cadier, Fredet,
Villon, etc.
C'est dans les vers de cette seconde partie
surtout qu'on trouve les qualités qui ont fait la grande réputation
de Charles d'Orléans, l'aisance et le naturel, la clarté
et l'élégance, la fraîcheur et la délicatesse.
La poésie de Charles d'Orléans, a écrit Gaston
Paris,
«
n'a rien de nouveau pour le fond ni pour la forme; elle emploie tout le
matériel allégorique et symbolique du Roman de la Rose
et l'utilise dans des rondeaux et des ballades comme Eustache Deschamps;
mais la personnalité charmante du poète renouvelle tout cela;
jamais on n'a dit des riens avec plus de grâce et de finesse; jamais
les sentiments doux, tendres sans vraie passion, mélancoliques sans
vraie tristesse, n'ont trouvé un interprète plus délicat;
jamais l'ironie sur soi-même et sur les autres n'a été
plus légère et plus bienveillante; jamais avant lui le français
n'avait été manié avec cette aisance et cette adresse.
» (Le Monde poétique, 1886).
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Le
temps a laissié son manteau
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Le
temps a laissié son manteau
de
vent, de froidure et de pluye,
Et
s'est vestu de brouderie
De
soleil luyant, cler et beau.
Il
n'y a beste, ne oyseau,
Qu'en
son jargon ne chante ou crie :
Le
temps a laissié son manteau!
Rivière,
fontaine et ruisseau
Portent,
en livrée jolie,
Gouttes
d'argent, d'orfavrerie,
Chascun
s'abille de nouveau:
Le
temps a laissié son manteau |
Le
temps a laissé son manteau
De
vent, de froidure et de pluie,
Et
s'est vêtu de broderies,
De
soleil luisant, clair et beau.
Il
n'y a bête ni oiseau
Qu'en
son jargon ne chante ou crie :
Le
temps a laissé son manteau!
Rivière,
fontaine et ruisseau
Portent,
en livrée jolie,
Gouttes
d'argent, d'orfèvrerie,
Chacun
s'habille de nouveau:
Le
temps a laissé son manteau. |
Parmi les traductions de Boèce
en vers français, il en est une commençant par ces mots :
Celui
qui bien bat les buissons, que Buchon, P. Paris, Kervvn de Lettenhove,
Vallet (de Viriville) ont attribuée à Charles d'Orléans.
L. Delisle a prouvé depuis, dans le t: XXXIV de la Bibl. de l'Ecole
des chartes (1873), que l'auteur de cette traduction n'a rien de commun
avec notre poète. Si Charles d'Orléans n'avait pris soin
de réunir ses essais poétiques dans de beaux manuscrits,
nous saurions à peine aujourd'hui que ce grand personnage fut un
des poètes les plus remarquables de son temps. Au XVe
siècle en effet, on ne semble pas avoir attaché plus d'importance
aux délassements poétiques du bon duc qu'aux vers de tant
d'autres grands seigneurs, ses aînés ou ses contemporains,
vers d'amateurs destinés à vivre un instant et rien de plus.
Louis XII et François Il, partagèrent
à cet égard l'indifférence dédaigneuse de leur
époque et les poésies de Charles d'Orléans, qu'on
ne songea pas à faire imprimer, restèrent manuscrites et
inconnues jusqu'au milieu du XVIIIe siècle.
En 1740, l'abbé Sallier les découvrit par hasard à
la Bibliothèque royale. Dès lors, les vers de Charles d'Orléans,
juste compensation à un long oubli, ne manquèrent ni d'admirateurs
ni d'éditeurs. En 1778, les Annales poétiques ou Almanach
des muses donnaient dans leur premier volume un Choix des poésies
de Charles d'Orléans, et en 1809, Chalvet publiait à Grenoble
une édition des vers du poète. Les deux éditions de
Guichard et d'Aimé Champollion-Figeac parurent en 1842. La meilleure
des éditions classiques est celle de Charles d'Héricault
faisant partie de la Nouvelle collection Jaunet (Paris, 1874, 2 vol., in-16).
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Balade
Bien
monstrez, printemps gracieulx,
De
quel mestier savez servir.
Car
yver fait cueurs ennuieux,
Et
vous les faictes resjouir;
Sitost,
comme il vous voit venir,
Lui
et sa meschant retenue
Sont
contrains, et pretz de fuir,
A
vostre joyeuse venue.
Yver
fait champs et arbres vieulx.
Leurs
barbes de neige blanchir,
Et
est si froit, ort et pluvieux,
Qu'empres
le feu convient croupir;
On
ne peut hors des huis yssir,
Comme
ung oisel qui est en mue;
Mais
vous faictes tout rajeunir,
A
vostre joyeuse venue.
Yver
fait le souleil, es cieulx,
Du
mantel des nues couvrir;
Or
maintenant, loué soit Dieux,
Vous
estes venu esclersir
Toutes
choses et embellir;
Yver
a sa peine perdue,
Car
l'an nouvel l'a fait bannir,
A
vostre joyeuse venue. |
Durant sa captivité, Charles d'Orléans
mit en anglais quelques-unes de ses poésies; d'autres furent traduites,
sous ses yeux probablement. Ces poésies anglaises ont été
publiées en 1827 par George Watson Taylor pour le Roxburghe-club,
sous ce titre Poems written in English by Charles duke of Orleans during
his captivity in England, after the battle of Azincourt
(Londres, 1827, in-4). (A. Piaget). |
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