.
-

Schisme

Les théologiens et les canonistes distinguent le schisme de l'hérésie en ce que l'hérétique soutient des doctrines ou des rites condamnés par l'Église, ou rejette des doctrines et des rites recommandés par elle, tandis que le schismatique se sépare des pasteurs légitimes ou du corps de l'Église, tout en prétendant rester fidèle à sa foi et à son culte : Eodem cultu, eodemque rite credit ut caeteri; solo congregationis delectatur dissidio (Isidore de Séville, De Etym., VIII, 3). Cette distinction est conforme à l'étymologie : Schisma a scissura animorum nomen accepit. Elle est réalisée lorsque la séparation n'est motivée que par des considérations relatives à la personne des pasteurs, soit à raison de l'illégitimité de leur institution, soit à raison de l'indignité de leur conduite ou des erreurs de leur doctrine, soit à raison des abus de leur autorité. Mais en fait, beaucoup de schismes furent connexes à des hérésies, c.-à-d. à. des divergences doctrinales justifiant la séparation. Plus tard, aux termes de la constitution Pastor ceternus, édictée en 1870, au concile du Vatican (Vatican I), tout établissement ecclésiastique qui ne se soumet pas à l'autorité suprême du pape implique une hérésie, en même temps qu'il constitue un schisme.

Nous avons mentionné ailleurs, avec les développements nécessaires, tous les schismes notables. En voici le rappel suivant l'ordre chronologique : Montanisme; Novatianisme (Novatien); Méléciens d'Egypte (Mélèce ou Mélice); Donatisme; Schisme d'Antioche ( Flavien; Mélèce, évêque d'Antioche), Lucifériens ( Lucifer, évêque de Calaris); Schisme d'Aquilée ou des Trois Chapitres ( Aquilée, Constantinople).

Dans l'Eglise d'Occident, toute élection d'antipape correspond à un schisme plus ou moins long. Aux mots Antipape, Pape, nous avons présenté des indications, que nous nous sommes efforcé de rendre complètes, sur les schismes de ce genre. Le plus long a reçu le nom de Grand schisme d'Occident. Les historiens lui assignent des durées fort différentes suivant les uns, trente-neuf années, commençant le 21 septembre 1378 par l'élection de Robert de Genève, qui prit le nom de Clément VII, et finissant en novembre 1417, par l'élection du Martin V, au concile de Constance; suivant d'autres, soixante et onze années, se terminant en 1449 par l'abdication de Félix V et la ratification par le concile de Bâle de l'élection de Nicolas V, qui était déjà pape depuis deux ans. 

L'histoire de ce schisme est relatée en divers articles de notre site, qu'il importe de lire dans l'ordre suivant : Robert de Genève, Boniface IX, Benoît XIII, Innocent VII, Grégoire XII, Alexandre V, Concile de Pise, Jean XXIII, Constance (Concile de), Martin V, Clément VIII, Eugène IV, Bâle (Concile de), Félix V, Nicolas V; et, pour récapitulation, Eglise
Autres scissions, produites dans les Temps modernes : 1531-1534, schisme de Henri VIII; - 1723-1725, schisme d'Utrecht; 1790-1801, établissement en France d'une Eglise constitutionnelle; 1844, fondation de l'Eglise allemande catholique-apostolique; 1870-1873, protestation et organisation du vieux-catholicisme.

Le premier schisme qui rompit la communion entre le siège de Rome et les patriarcats d'Orient commença en 484, sous le pontificat de Félix III; il dura trente-cinq années. Il avait été déterminé, en partie par les dissensions théologiques excitées par la question des deux natures, en partie et peut-être surtout par les prétentions de Félix à une juridiction souveraine sur toutes les Eglises; il fut entretenu par la manière hautaine dont Gélase Ier reprit et soutint ces prétentions; il finit en 519 par la capitulation des Orientaux, qui acceptèrent une formule de soumission imposée par le pape Hormisdas. Dans les notices sur les trois papes que nous venons de nommer, on trouvera d'amples renseignements sur les faits superficiellement indiqués ici. 

Les particularités qui différencient les deux Eglises à l'égard du culte, de la discipline et des conceptions hiérarchiques, se développaient d'année en année. Elles apparurent manifestement dans la convocation et dans l'oeuvre du concile Quinisexte, que les Grecs considèrent comme oecuménique. II se tint en 691 ou 692, convoqué sans entente préalable avec le pape; on y fit 102 canons. Quand ils furent envoyés au pape pour la souscription, Sergius répondit qu'il aimerait mieux mourir que de donner son adhésion aux erreurs et aux nouveautés qu'ils contenaient. Jean VII (705-707) renvoya sans les examiner les actes que l'empereur lui avait adressés, en demandant l'approbation totale ou partielle, selon qu'il le jugerait convenable. Ces canons, d'importance médiocre ou nulle pour l'histoire des dogmes, sont très intéressants pour l'histoire du droit ecclésiastique, de la discipline et du développement des institutions. Le concile les avait déclarés obligatoires pour toute l'Eglise catholique. Mais il était impossible aux papes de les accepter tous, parce que plusieurs fixaient et précisaient des usages et des règlements propres à l'Eglise grecque et fort différents de ceux de l'Eglise latine. Les principales de ces différences sont contenues dans les canons II, III, XIII, LV, LVI. Elles concernent notamment le carême, le célibat, le samedi.

Sous la nécessité de résister aux prétentions des papes, ces différences et ces divergences devinrent les arguments et finalement les causes d'une rupture irréductible. Nicolas Ier avait entrepris de profiter des conflits provoqués par la déposition d'Ignace, patriarche de Constantinople, et par l'élection de Photius, pour étendre du côté de l'Orient la suprématie de juridiction qu'il réussissait à imposer à l'Occident, à l'aide des Fausses décrétales. En 863, un concile assemblé à Rome excommunia Photius. 

Pour se défendre, ce patriarche convoqua des conciles à Constantinople (866-867). Le dernier de ces conciles excommunia et déposa Nicolas. Il fut suivi d'une lettre adressée aux évêques d'Orient, dans laquelle Photius accusait les Latins d'outrager la foi et la discipline de l'Eglise, parce qu'ils avaient ajouté Filioque au symbole, faisant ainsi procéder le Saint-Esprit du Fils, comme du Père; parce qu'ils favorisaient le despotisme des papes; parce qu'ils pratiquaient le jeûne du samedi et permettaient l'usage du lait et du fromage en carême, et parce qu'ils imposaient le célibat aux prêtres. On dit que les actes du concile auquel cette lettre se référait furent sous crits par vingt et un évêques, et qu'ils reçurent en outre plus de mille signatures. Les deux empereurs Michel et Basile le Macédonien, des légats des trois grands sièges d'Orient, les membres du Sénat et d'autres laïques de haute condition avaient assisté aux assemblées et adhéré aux décisions.

En la même année, une de ces catastrophes, qui étaient alors si fréquentes dans l'empire d'Orient, produisit la première disgrâce de Photius. En notre notice sur ce patriarche, nous avons relaté amplement les faits qui suivirent. Il suffit à l'objet dont nous nous occupons ici de mentionner : 

1° le concile ouvert à Constantinople le 5 octobre 869 (VIIIe concile général des Latins) qui légalisa les prétentions des papes;

2° le concile tenu après le rétablissement de Photius (novembre 879 - mars 880). 

Les Orientaux le comptent comme le VIIIe et dernier concile oecuménique, et ils en vénèrent les canons comme formant la grande charte de leur église. Ce fut l'assemblée ecclésiastique la plus nombreuse, après le concile de Chalcédoine : 383 évêques y assistèrent. Voici très sommairement ses principales décisions : reconnaissance formelle du patriarcat de Photius; — réprobation et anathème du prétendu concile oecuménique de 869-870, qui l'avait condamné ; — proclamation d'égalité entre les patriarches de Rome et de Constantinople; — défense d'accorder de nouvelles prérogatives au siège de Rome; défense de rien ajouter, c.-à-d. d'ajouter le mot Filioque au symbole.

En 888, Photius fut contraint d'abandonner son siège, qui fut donné à Etienne, frère de l'empereur Léon VI dit le Philosophe. Il fut relégué dans un monastère d'Arménie, où il mourut. Mais le mouvement auquel il avait donné l'impulsion se prolongea après lui, fortifié par l'aversion toujours croissante. des Orientaux, contre certaines doctrines, certaines observances et certaines négligences des Latins. Les signaler et les réprouver hautement devint un exercice passionnant pour les théologiens, et un moyen facile et sûr d'acquérir la popularité. Il est vraisemblable que les mesures violentes et outrageantes prises dès le pontificat de Léon IX pour traiter comme fornication le mariage des prêtres, et vendre comme esclaves les femmes qui s'étaient unies à eux, irritèrent les répulsions du clergé et du peuple, en une Eglise où tous les prêtres chargés de paroisse étaient mariés. 

En 1053, Michel Cérulaire, patriarche de Constantinople, d'accord avec Léon, évêque d'Acride, métropolitain de Bulgarie, adressa à Jean, évêque de Trani, dans la Pouille, une lettre dans laquelleil accusait les Latins d'innovations détestables, et invitait les évêques à quitter leur église. En même temps, il faisait fermer, dans le territoire soumis à sa juridiction, les églises latines, et chasser les moines de leurs couvents. Il reprochait spécialement aux Latins de jeûner le samedi, de manger la chair des animaux étouffés ou étranglés, c.-à-d. du sang, de ne point chanter Alleluia en carême, et de se servir de pain azyme pour la communion. Le cardinal Humbert traduisit cette lettre et la remit à Léon IX, qui se trouvait alors à Bénévent, prisonnier des Normands. Ce pape la condamna dans les termes qu'on devait attendre d'un disciple d'Hildebrand. 

Pour apaiser le conflit, l'empereur Constantin Monomaque demanda l'envoi de légats à Constantinople. Léon en députa trois, quelque temps avant sa mort : parmi eux, Frédéric de Lorraine, qui devint pape quelques années après sous le nom d'Étienne IX, et Humbert. Ce cardinal publia un écrit dans lequel il répondait aux adversaires de l'Eglise latine, de manière à les exaspérer. Malgré les instances de l'empereur, Michel Cerularius, qui se sentait soutenu par le clergé et par le peuple, refusa de recevoir les légats. Le samedi matin 16 juillet 1054, ils se rendirent à Sainte-Sophie, et, après avoir déposé sur l'autel un acte d'excommunication, ils sortirent en secouant la poussière de leurs pieds et en criant : Que Dieu le voie et qu'il juge. L'acte d'excommunication contenait l'énumération des hérésies que les légats imputaient aux Grecs et finissait par ces mots : 

« Michel, patriarche abusif, néophyte revêtu de l'habit monastique par la seule crainte des hommes et diffamé pour plusieurs causes; — et avec lui Léon, dit évêque d'Acride, et Constantin, sacellaire de Michel, qui a foulé de ses pieds profanes le sacrifice des Latins. — Eux et tous leurs sectateurs soient anathèmes, avec les simoniaques. »
Ainsi fut formulé et consommé le Grand schisme d'Orient qui devait rompre définitivement la communion entre l'Eglise latine et l'Eglise grecque, soustraire cette dernière à toutes les ingérences des papes, et préserver sa doctrine et son culte de la plupart des innovations, c.-à-d. des innovations si nombreuses, qui se sont introduites dans le culte et la doctrine de l'Eglise latine, depuis le Xe siècle. Pour l'intelligence des faits, il convient de noter que cette rupture eut lieu précisément dans le temps où les papes de l'école d'Hildebrand commençaient leurs entreprises, et que les Grecs durent souvent se trouver fort encouragés à persévérer dans Ieur résolution, en assistant aux procédés dont la cour de Rome usait envers les princes et les Eglises nationales. Les croisades, qui auraient pu unir les Occidentaux et les Orientaux contre leur ennemi commun, ne furent guère pour eux que des occasions de défiances et de reproches réciproques. 

L'établissement de l'Empire latin justifia toutes les craintes des Grecs; il leur fit douloureusement sentir que l'indépendance de leur Eglise était inséparable de l'indépendance de leur nation; et ce qu'ils avaient souffert leur inspira contre l'Eglise latine la haine que les peuples éprouvent naturellement contre leurs oppresseurs. Cette haine fut même plus puissante que la crainte inspirée par les Turcs menaçant les murailles de Constantinople. A la page consacrée à la vie intellectuelle à Florence, nous avons présenté une relation détaillée des négociations fort habiles, inutilement poursuivies en 1439, pour supprimer le schisme d'Orient, au moyen de transactions avec l'Eglise latine et de soumission au pape. Cette soumission n'aurait pas sauvé Constantinople. La fidélité intransigeante des Grecs à leur Eglise sauva leur nationalité. Après la prise de Constantinople, elle permit à Méhémet II de faire du patriarche de cette ville l'ethnarque suprême de tous ses sujets appartenant à l'Eglise orthodoxe, exerçant sur eux le pouvoir religieux et le pouvoir judiciaire, avec l'assistance d'un synode, et servant d'intermédiaire pour les relations de la Porte avec les autres patriarches.

De ce refuge sont sorties, à mesure que sonnait pour elles l'heure de la délivrance, toutes les nations et toutes les Eglises que contient l'Orient orthodoxe. Lorsque le premier concile du Vatican a fait de l'infaillibilité et de la souveraine autorité du pape un dogme, il a aboli toute possibilité de supprimer le schisme, en enlevant à l'Eglise latine toute espérance sérieuse de voir jamais une partie des chrétiens se réunir à elle. (E.-H. Vollet).

.


Dictionnaire Religions, mythes, symboles
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

[Pages pratiques][Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2016. - Reproduction interdite.