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| Memphis
(Mennofirou, égyptien ancien; Memphi, copte; Manouf,
arabe). Une des anciennes capitales de l'Égypte, sans doute même
la première à mériter se qualificatif. Elle s'élevait un peu au Sud
de la pointe du Delta, sur la rive gauche du Nil, dans la grande plaine
qui s'étend entre les villages modernes de Bédrescheîn et de Mit-Rahineh.
Diodore
lui attribue 150 stades de circuit. Son nom sacré était Haîtkaouptah,
la ville du château des doubles de Ptah Quoi qu'il en soit, il semble que Memphis n'eût de véritable rayonnement que vers l'époque de Pepi Ier, de la VIe dynastie, qui, au début de son règne, fit construire à proximité la pyramide qui porte le même nom. Ce qui équivaut à une nouvelle fondation, si l'on remarque, en s'appuyant sur des faits analogues, que chaque pharaon, à son avènement, édifiait, en même temps que son tombeau, une ville proche de celui-ci, qui devenait, durant toute sa vie, sa résidence habituelle; les deux étaient souvent nommés de même. Il y aurait donc tout lieu de traduire Mennofirou par « la ville de la pyramide, le bon port (ou le port du bon) », d'accord en partie avec Plutarque qui, confondant sans doute la ville et le tombeau, nous rapporte que la première s'appelait « le port des bons », ce qui rentre très exactement dans l'onomastique funéraire. Elle succéda à un bourg ancien, où se trouvait une forteresse, Anoubou-hadj, le Mur Blanc, et dont le sanctuaire de Ptah était renommé. Son éclat fut très grand sous les VIe,
VIIe et VIIIe
dynasties; mais la puissance croissante des princes héracléopolitains La topographie exacte de la ville ne nous
est pas complètement connue, à cause du bouleversement considérable
du terrain et de la difficulté qu'il y a de dresser un relevé certain
des constructions de toutes les époques, au milieu de la grande forêt
de palmiers qui recouvre les ruines et interdit en partie les fouilles.
Des renseignements nombreux sont fournis par les documents hiéroglyphiques Le monument le plus important de Memphis
était le grand sanctuaire de Ptah Les fouilles ont mis à jour, dans l'aire
du temple, deux très belles statues du dieu Ptah Rîsanbouf, datées du
règne de Ramsès II, de 3 m de haut environ,
et une barque sacrée en granit de 3,60 m de long. Deux autres colosses
de Ramsès II, en granit rose, ont été exhumés dès 1820 et 1852; on
les voit encore en place lorsqu'on traverse la forêt de Bédreshein. Le
plus grand devait précéder l'un des pylônes du grand temple. Il mesure
encore à l'état actuel, bien que le bas des jambes soit brisé, 10,30
m de haut. La présence de nombreux monuments du grand conquérant en cet
endroit décèle, outre son désir connu de laisser son nom partout, la
dévotion particulière qu'il ressentait pour le dieu de Memphis, dont
son fils aîné Khâmmolsit, était grand pontife. La ville renfermait
encore plusieurs temples consacrés à Osiris La nécropole occupait une étendue considérable
de terrain, en bordure du désert libyque Memphis fut plusieurs fois ruinée. Occupée
en premier lieu par les Hyksos, elle avait failli tomber entre les mains
des Libyens, sous Mînéphtah, qui avait réussi cependant à repousser
les envahisseurs. Mais, Ã partir de ce moment, par suite de la faiblesse
croissante de la monarchie et des compétitions des princes féodaux qui
se partageaient l'Égypte, elle fut continuellement menacée. Un soldat
de fortune, presque inconnu, originaire de Saïs Les temples furent exploités comme de
simples carrières; ses tombeaux fournirent le calcaire à profusion. On
retrouve encore dans les mosquées |
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| Memphis
est une ville des États-Unis Le territoire de Memphis est d'une platitude presque absolue, une vaste étendue de plaine alluviale composée de limons fertiles et de sables déposés par des millénaires de crues du Mississippi. Il ne s'agit pas d'une platitude monotone; elle est subtilement ondulante, traversée par d'anciens chenaux de rivières et des dépressions marécageuses, vestiges du cours vagabond du grand fleuve. En s'éloignant du fleuve vers l'est, le paysage commence imperceptiblement à s'élever, passant d'environ 60 mètres d'altitude au bord du fleuve à plus de 100 mètres dans les banlieues est, comme Germantown et Collierville. Ce gradient si faible qu'il est presque insensible est crucial pour le drainage, un défi constant dans une région qui reçoit près de 140 cm de pluie par an. L'eau a une présence fantomatique; les nombreux bayous, comme le Bayou Gayoso qui coule maintenant canalisé sous le centre-ville, et les zones humides rappellent le paysage noyé qui a été drainé et remblayé. Le sous-sol est une éponge d'aquifères, principalement le sable de Memphis, une source d'eau potable d'une pureté remarquable, protégée par une couche d'argile imperméable, ce qui fait de la ville un îlot d'eau douce. La structure de la ville est un étalement orthonormé mais fracturé. Le centre-ville se blottit directement contre la rive orientale du Mississippi, son quadrillage de rues orienté non pas nord-sud mais parallèlement et perpendiculairement à la courbe du fleuve, une rare concession au paysage. Ce noyau, compact, est dominé par les silhouettes des silos à grains et les pignons en dents de scie des anciennes usines de coton, une architecture industrielle directement liée au fleuve. Les rues principales, telles que Union Avenue et Poplar Avenue, s'élancent vers l'est comme des rayons de lumière, des corridors commerciaux linéaires qui structurent l'étalement. Poplar Avenue, en particulier, est l'épine dorsale de la ville, une route traversant des quartiers historiques de bungalows, puis des centres commerciaux de l'après-guerre, pour aboutir dans les lotissements pavillonnaires aisés de l'est. La ville est fragmentée par des infrastructures lourdes : des voies ferrées, vestiges de l'âge d'or du rail, coupent les quartiers comme des cicatrices, et un réseau autoroutier radial et concentrique, avec l'I-240 formant une boucle intérieure et la future I-269 une boucle extérieure lointaine, définit une grande partie de la géographie mentale des habitants. L'aéroport international, un vaste hub de fret pour FedEx, occupe une vaste superficie au sud-est, et ses vols nocturnes rythment la vie de toute la partie sud de la métropole. La relation au Mississippi est l'élément géographique primordial et le plus ambivalent. Le fleuve n'est pas une présence intime et douce; c'est une autoroute industrielle massive, large ici de plus d'un kilomètre, canalisée et contrôlée. Le Tom Lee Park, une bande verte longeant le fleuve en centre-ville, tente de créer une réconciliation, mais la connexion est brutalement interrompue par la falaise de Chickasaw. La vue depuis le parc ou du haut de la falaise est spectaculaire et donne le vertige : un horizon d'eau gris-brun charriant des troncs d'arbres, des barges de charbon poussées par des remorqueurs trapus, et, au loin, les terres plates, boisées et marécageuses de l'Arkansas, un monde qui semble à une époque géologique de là . Le pont Hernando de Soto, avec ses arches d'acier en forme de M, tente de relier physiquement ces deux mondes, portant l'I-40 au-dessus du flot impérieux. En aval, le littoral se dégrade en un chapelet d'installations portuaires, de montagnes de coke de pétrole et de métal rouillé sur Presidents Island, une vaste péninsule industrielle artificielle créée par le détournement de la rivière Wolf, où le fleuve révèle sa véritable nature : un corridor logistique, brutal et fonctionnel, loin de toute mythologie romantique. Histoire
de Memphis.
La naissance officielle de la ville fut une transaction foncière formalisée en 1819 par un trio de spéculateurs, John Overton, James Winchester et le futur président Andrew Jackson, qui baptisèrent leur création d'après l'antique cité égyptienne sur le Nil, imaginant un pendant commercial sur le Mississippi. Le plan initial de la ville était un quadrillage parfaitement ordonné, orienté non pas sur les points cardinaux mais sur la courbe du fleuve, avec quatre places publiques et une voie riveraine dédiée au commerce, dessin abstrait qui allait rapidement être submergé par l'énergie brute de la jeune république. Les premières années furent marquées par un chaos pionnier, fait de cabanes en rondins, de fièvres paludéennes et de la présence menaçante des pirates de rivière et des bandits qui infestaient les criques du fleuve, notamment la bande de John Murrell, dont les rumeurs de conspiration d'une révolte d'esclaves terrorisaient la population blanche. Le port d'attache de la ville se remplit de bateaux à fond plat et de keelboats, transportant des peaux, du sel et du whiskey, une économie de subsistance rude avant que la révolution d'un produit agricole ne vienne tout redéfinir. Le coton transforma Memphis de poste frontière en une métropole commerciale fébrile. Le sol alluvial riche de la région s'avéra parfaitement adapté à cette fibre lucrative, et la position de la ville comme port le plus septentrional navigable toute l'année sur le Mississippi en fit le débouché naturel pour les plantations du delta naissant. L'arrivée du chemin de fer, avec l'ouverture du pont ferroviaire de la Memphis & Charleston Railroad en 1857, changea la nature du lieu, le liant directement à l'océan Atlantique et siphonnant le coton du Mississippi, de l'Arkansas et du Tennessee. Le front de mer devint une machine organique, une ligne ininterrompue de quais, de presses à balles et de quais de chargement, où des milliers de dockers noirs et irlandais chargeaient des balles sur des bateaux à vapeur aux chaudières fumantes. Cette richesse brute était indissociable du marché aux esclaves de la ville, le plus grand du Mid-South après La Nouvelle-Orléans, un commerce brutal et déshumanisant situé ouvertement près de la rivière, dont les fantômes hantent l'histoire économique du coton, chaque balle enrubannée étant le fruit d'un système d'exploitation qui constituait l'armature même de la prospérité de Memphis. Pendant la guerre de Sécession, cette plaque tournante stratégique devint une obsession pour les deux camps, et Memphis tomba aux mains de l'Union dès le 6 juin 1862 après une bataille navale totalement déséquilibrée sur le fleuve, observée par les citoyens depuis la falaise comme un spectacle tragique. La ville fut occupée militairement pour le reste du conflit, son port servant de base logistique cruciale pour les campagnes de l'Union visant à couper la Confédération en deux par la capture de Vicksburg. L'occupation apporta une paix relative, un afflux de réfugiés noirs fuyant les plantations et cherchant la protection de l'armée fédérale, et une transformation sociale forcée, préfigurant le chaos de la Reconstruction. Après la guerre, la ville explosa littéralement, se reconstruisant avec une rapidité frénétique, drainant le Bayou Gayoso pestilentiel pour en faire une rue commerçante moderne, pavant les rues, et voyant sa population noire libre s'épanouir dans une vie civique et entrepreneuriale autonome, concentrée dans des quartiers comme South Memphis, où des communautés vibrantes, avec leurs journaux, leurs églises et leurs commerces, émergèrent malgré les violences racistes omniprésentes et la naissance du Ku Klux Klan dans le Tennessee voisin. Les fléaux jumeaux de la fin du XIXe siècle furent la maladie et la dette. Une série d'épidémies de fièvre jaune culmina en 1878 avec une catastrophe d'une ampleur biblique qui tua plus de 5000 personnes, poussa plus de 25 000 à fuir une ville transformée en mouroir, et réduisit le commerce à néant. L'incapacité de la ville à maîtriser cette crise sanitaire, ses autorités dépassées et son manque de fonds l'acculèrent à la ruine financière, et dans un geste quasi unique pour une grande cité américaine, Memphis déclara faillite en 1879, perdant son statut de ville incorporée pour n'être plus qu'un simple district fiscal de l'État du Tennessee. Ce renoncement forcé à sa charte fut un traumatisme fondateur, une humiliation qui, paradoxalement, permit une renaissance. La découverte et l'exploitation de l'aquifère artésien d'eau pure sous la ville, le sable de Memphis, résolvèrent le problème de l'eau contaminée qui alimentait les moustiques vecteurs de la fièvre, et un vaste programme d'assainissement modernisa la ville. Un homme d'affaires, Robert Church, un ancien esclave devenu l'un des premiers millionnaires noirs du Sud, incarna la résilience de l'époque en achetant des terrains dévalués et en construisant le Church Park and Auditorium, un phare de la culture et de l'entrepreneuriat noir au cœur de Beale Street, qui devint le centre névralgique de la vie sociale afro-américaine. Le XXe siècle débuta sous le signe d'un redressement spectaculaire et d'une volonté de puissance. Un homme d'affaires visionnaire et impitoyable, E. H. Crump, prit le contrôle de la machine politique de la ville, instaurant un règne paternaliste et autoritaire de près de cinquante ans. Son système de patronage gérait la ville comme une entreprise propre, efficace et socialement conservatrice, modernisant les infrastructures, goudronnant les rues et maintenant un ordre rigide, mais au prix d'une répression de toute dissidence et d'un contrôle étroit de la population noire. C'est dans ce cadre strict, mais où les communautés noires avaient créé leurs propres espaces de liberté économique, que la musique prit une forme révolutionnaire. Sur Beale Street, dans les juke joints et les clubs enfumés, le blues rural du Delta, apporté par les migrants des plantations du Mississippi, s'électrifia et se dota d'une section rythmique, créant un son urbain, rugueux et dansant. Le blues de Memphis, avec ses figures comme W.C. Handy, le "Père du Blues", qui écrivit la première partition de blues sur Beale Street, puis plus tard des artistes comme Howlin' Wolf et B.B. King, fut un moment de création d'une culture profondément originale, une géographie sonore qui cartographiait les joies et les peines de la migration noire. Le second grand bouleversement sonore eut
lieu dans les années 1950 dans un ancien garage automobile converti en
studio d'enregistrement par un ingénieur du son blanc nommé Sam Phillips.
Le Sun Studio devint le creuset alchimique où les musiques noires et blanches,
le blues, le gospel et la country, fusionnèrent en un alliage instable
et explosif ( La lutte pour les droits civiques à Memphis fut à la fois locale et d'une résonance mondiale. Les stratégies de ségrégation y étaient moins spectaculaires que dans l'Alabama profond, mais la violence structurelle et économique était bien réelle. Le point de rupture se produisit en 1968 lorsque 1300 éboueurs noirs de la ville, payés des salaires de misère et traités comme des sous-citoyens, déclenchèrent une grève pour la dignité. Leur combat, symbolisé par les pancartes "Je suis un homme", attira Martin Luther King Jr. à Memphis. C'est lors de ce séjour, le 4 avril 1968, que le leader du mouvement des droits civiques fut assassiné sur le balcon du Lorraine Motel, une chambre modeste transformée en scène d'un crime qui mit le feu au monde, déclenchant des émeutes dans des dizaines de villes américaines. Le traumatisme fut immense pour Memphis, qui devint le lieu d'un deuil et d'une culpabilité insurmontables. Le quartier où King fut tué connut un long déclin économique, tandis que le reste de la ville, sous l'effet combiné du choc et du mouvement national de déségrégation, vit une accélération de la fuite des Blancs vers les banlieues est, vidant le centre-ville de sa vitalité et creusant les inégalités raciales et économiques. La fin du XXe siècle et le début du XXIe furent marqués par un long effort pour reconquérir la ville, lutter contre la désindustrialisation et réconcilier son héritage. La transformation de l'ancien Lorraine Motel en Musée National des Droits Civiques, chef-d'oeuvre architectural et mémoriel, incarne cette tentative de transformation de la tragédie en mission éducative. Le centre-ville a été revitalisé, avec la construction d'un stade de basket emblématique pour les Grizzlies sur Beale Street transformée en artère touristique aseptisée, et le réaménagement du front de fleuve en espace vert. Parallèlement, l'essor phénoménal de FedEx, dont le hub mondial de tri sur l'aéroport international est une véritable ruche d'activité nocturne qui rythme la vie économique de la ville, a redonné à Memphis son rôle de carrefour logistique mondial, un héritage direct de sa géographie mais cette fois appliqué au transport aérien plutôt que fluvial. L'histoire de Memphis reste stratifiée et douloureusement visible : les tombes somptueuses du cimetière d'Elmwood racontent la grandeur du coton, les enseignes au néon de Beale Street hurlent le mythe du blues, le balcon du musée chuchote un meurtre fondateur, et le ballet incessant des avions-cargos dans le ciel nocturne poursuit la vocation ancestrale d'une ville qui vit du mouvement et de l'échange, portant les traces indélébiles de ses réussites éclatantes et de ses blessures les plus profondes. |
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