.
-

Héraklion

Héraklion (anc. Heraclaea, Candax, Candia, Candie, Kandiye) est la plus grande ville et la capitale de la Crète. Elle est située sur la côte nord de l'île, face à la mer de Crète qui fait partie de la mer Égée. Sa position géographique est stratégique, centrée sur le littoral septentrional de l'île, ce qui en fait depuis l'Antiquité un carrefour maritime majeur. Population : environ 40 000 habitants (2007).

La ville s'étend principalement sur une pente douce qui s'élève progressivement depuis le niveau de la mer vers l'intérieur des terres. Le centre historique, délimité en grande partie par les anciennes fortifications vénitiennes, se trouve près du port, tandis que les quartiers résidentiels et commerciaux modernes se sont développés en s'étendant le long de la côte à l'est et à l'ouest, ainsi que sur les collines environnantes qui forment un amphithéâtre naturel en arrière-plan. 

Le paysage immédiat autour d'Héraklion est constitué de collines basses et de terrains relativement plats près du littoral, laissant place à un relief plus accidenté et montagneux à mesure que l'on s'enfonce vers le sud dans l'intérieur de l'île. Bien que la ville ne soit pas directement adossée à une chaîne de montagnes imposante, les contreforts des massifs crétois, notamment le Psiloritis à l'ouest et les montagnes du Lassithi à l'est, influencent le climat et le paysage régional. Le port d'Héraklion, l'un des plus actifs de Grèce, est niché dans une baie naturelle partiellement protégée et constitue un élément géographique fondamental de la ville. L'aéroport international Níkos-Kazantzákis est situé à une courte distance à l'est du centre-ville, sur une zone côtière relativement plate propice à son implantation.

Le climat est typiquement méditerranéen, caractérisé par des étés chauds et secs et des hivers doux et humides, directement influencé par sa proximité avec la mer Égée. Les terres entourant la zone urbanisée, là où l'urbanisation n'est pas complète, sont traditionnellement dédiées à l'agriculture méditerranéenne, notamment la culture de l'olivier et de la vigne, profitant des conditions climatiques et d'une certaine fertilité des sols volcaniques présents sur l'île. L'expansion urbaine s'est faite en s'adaptant au relief, les voies de communication principales rayonnant depuis le centre portuaire et suivant en partie les lignes de niveaux ou les vallons.

Histoire d'Héraklion.
Les origines d'Héraklion pourraient être liées à la proximité de Knossos, le centre palatial majeur de la période minoenne (environ 2700-1450 av. JC). Mais, bien qu'il y ait des signes d'une présence minoenne et, plus tard, romaine dans la région immédiate qui pourrait avoir servi de port à Knossos, la fondation de la ville fortifiée que nous connaissons aujourd'hui est plus tardive. C'est au IXe siècle, vers 824 ap. JC, que l'émir arabe Abu Hafs Umar al-Iqritishi et ses partisans, expulsés d'al-Andalus (Espagne musulmane), s'installèrent en Crète et décidèrent d'y établir leur capitale. Ils choisirent un site stratégique sur la côte nord et y construisirent une forteresse entourée d'un large fossé (al-khandaq en arabe). C'est de ce fossé que la ville tira son nom arabe, Rabḍ al-Ḫandaq, ou simplement al-Ḫandaq (le Fossé), qui évolua ensuite en Chandax ou Candax. Sous la domination arabe, Chandax devint un important port et centre commercial, mais aussi une base redoutable pour les pirates sarrasins qui menaçaient la navigation en mer Égée, ce qui entraîna des représailles byzantines répétées.

L'Empire Byzantin, considérant la Crète comme une partie historique de ses territoires, lança plusieurs campagnes pour reconquérir l'île. La plus réussie fut celle menée par le général (et futur empereur) Nicéphore Phocas en 961 ap. JC. Après un siège long et brutal, Chandax tomba. Les Byzantins détruisirent la ville arabe mais la reconstruisirent ensuite et renforcèrent considérablement ses fortifications, reconnaissant son importance stratégique. Sous le règne byzantin, qui dura jusqu'à la quatrième croisade, la ville, toujours appelée Chandax, retrouva sa place dans le giron de la chrétienté orientale.

Le destin de Chandax prit un nouveau tournant majeur après le sac de Constantinople en 1204. La Crète fut initialement attribuée à Boniface de Montferrat, qui la vendit rapidement à la République de Venise. Commença alors l'une des périodes les plus longues et les plus influentes de l'histoire de la ville, qui dura plus de quatre siècles. Les Vénitiens renommèrent la ville Candia (Candie), du nom byzantin Chandax, et en firent la capitale de leur "Royaume de Candie" (Regno di Candia). Candia devint un pilier essentiel de l'empire maritime vénitien, un port vital sur la route commerciale entre Venise et l'Orient. Les Vénitiens investirent massivement dans la ville, et érigèrent d'imposantes fortifications qui comptent parmi les mieux conservées de la Méditerranée (les remparts vénitiens actuels et la forteresse du Koules dans le port). Ils développèrent l'infrastructure portuaire et firent de Candia un centre administratif et militaire majeur. Malgré sa prospérité, la période vénitienne fut marquée par des tensions constantes entre la population grecque orthodoxe locale et la puissance catholique dominante, entraînant plusieurs révoltes importantes. Néanmoins, Candia devint aussi un centre culturel où l'art et la littérature s'épanouirent, notamment pendant la période connue sous le nom de Renaissance Crétoise, qui vit l'émergence de figures comme le peintre Le Greco (Domenikos Theotokopoulos), né dans la région, même s'il fit l'essentiel de sa carrière ailleurs.

L'ascension de l'Empire Ottoman en Méditerranée sonna le glas de la domination vénitienne sur la Crète. La guerre ottomane-vénitienne pour la Crète éclata en 1645. La ville de Candia, solidement fortifiée par les Vénitiens, fut le théâtre d'un des sièges les plus longs de l'histoire. Le siège commença en 1648 mais les Ottomans ne purent prendre la ville qu'après 21 ans, en 1669. La reddition de Candia aux forces ottomanes marqua la fin de la domination vénitienne sur la Crète. Sous la domination ottomane, la ville, renommée Kandiye, demeura la capitale de l'île (qui devint l'Eyalet de Crète). Les Ottomans réutilisèrent et adaptèrent les bâtiments existants, convertissant certaines églises en mosquées (même si la cathédrale Saint-Titus redevint une église orthodoxe bien plus tard) et ajoutant leurs propres constructions comme des fontaines et des bains publics. Kandiye continua d'être un port important, mais la période ottomane fut souvent marquée par des troubles et des révoltes de la population grecque cherchant l'union avec la Grèce.

À la fin du XIXe siècle, les puissances européennes intervinrent, ce qui mena à l'établissement d'un État crétois autonome en 1898, la Crète étant encore officiellement sous suzeraineté ottomane mais administrée par un haut-commissaire grec (le prince Georges de Grèce). Kandiye était la capitale de cet État autonome. La population musulmane (qui avait souvent une origine locale mais s'était convertie à l'Islam) diminua progressivement, surtout après les événements violents du massacre de Candia en 1898.

L'union officielle de la Crète avec le Royaume de Grèce eut lieu en 1913. À ce moment-là, la ville de Kandiye fut officiellement renommée Héraklion (Ηράκλειο), en référence au port antique qui aurait existé près de Knossos et portait le nom du héros Héraclès, symbolisant ainsi le rattachement de la ville moderne à l'histoire grecque antique de l'île.

Au cours du XXe siècle, Héraklion devint le centre administratif, économique et intellectuel de la Crète. Elle subit des bombardements importants pendant la Seconde Guerre Mondiale et fut occupée par les forces allemandes après la bataille de Crète en 1941. La ville fut reconstruite après la guerre et connut une croissance démographique rapide. Aujourd'hui, Héraklion est la plus grande ville de Crète, un port majeur connectant l'île au continent grec et aux autres îles, un aéroport international très fréquenté (Nikos Kazantzakis, du nom du célèbre écrivain crétois né près d'ici), un centre universitaire important et une porte d'entrée essentielle pour les millions de touristes visitant l'île chaque année, attirés par les sites archéologiques de Knossos, le musée archéologique de la ville, ses fortifications vénitiennes et sa vie urbaine. 

.


Dictionnaire Villes et monuments
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2007 - 2025. - Reproduction interdite.