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Le Gihon

Le Gihon (en hébreu Gīḥôn, גיחון) est avant tout connu comme le deuxième des quatre fleuves mentionnés dans le récit biblique du Jardin d'Éden, dans le Livre de la Genèse. Selon ce texte, un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, puis se divisait en quatre bras, dont le second portait le nom de Gihon, qui "entoure tout le pays de Koush". Son nom hébreu signifie "impétueux", "jaillissant" ou "qui sort avec force", évoquant l'image d'un cours d'eau jaillissant avec vigueur de sa source.

Le Gihon est un lieu mythologique et procède d'une géographie imaginaire, mais dans le passé, l'identification géographique de ce Gihon a donné lieu à de multiples théories. Les trois autres fleuves mentionnés sont l'Euphrate, le Tigre et le Pishon, mais seuls les deux premiers sont clairement identifiables aujourd'hui. La principale difficulté réside dans l'identification du "pays de Koush" (ou Cush), un terme dont l'interprétation varie considérablement. Une première tradition, remontant à l'historien juif du Ier siècle Flavius Josèphe, assimile le Gihon au Nil, une identification reprise par les Éthiopiens qui voient dans le Nil Bleu (qu'ils appellent Giyon) le fleuve encerclant l'ancien royaume de Godjam. Cette hypothèse est confortée par des cartes médiévales comme la carte de Fra Mauro (1459), où le Nil porte le nom de Gion.

Cependant, la localisation mésopotamienne du Tigre et de l'Euphrate rend cette identification africaine problématique, car il semble géographiquement impossible que quatre fleuves partant d'un même jardin aient pu se séparer pour alimenter à la fois la Mésopotamie et l'Afrique lointaine. Une autre école de pensée propose donc une localisation en Asie centrale ou au Moyen-Orient. Certains, s'appuyant sur les textes islamiques médiévaux qui appellent l'Amou-Daria (Oxus) le Jayhoun ou Jihon, identifient le Gihon à ce grand fleuve d'Asie centrale qui se jetait autrefois dans la mer d'Aral. D'autres encore avancent le nom de l'Araxe (Aras), une rivière de Transcaucasie, ou encore le Karun (Karoun) en Iran, identifié par certains spécialistes modernes comme le Gihon qui arrosait alors le pays des Kassites, une population de Mésopotamie. Plus récemment, des études satellitaires ont suggéré que le Gihon pourrait correspondre au Karun, qui, à l'instar du Tigre et de l'Euphrate, se jette dans le golfe Persique, rejoignant ainsi le réseau des quatre fleuves dans une même région.

Par ailleurs, le nom de Gihon apparaît également dans la Bible pour désigner une source ou un cours d'eau totalement différent, situé à Jérusalem. C'est à cette source, appelée la source du Gihon, que le roi Salomon fut oint et proclamé roi par le prophète Nathan et le prêtre Tsadok, comme le raconte le premier Livre des Rois. Ce Gihon de Jérusalem, situé en contrebas de la ville, est un site archéologique majeur, car c'est là que le roi Ézéchias fit creuser un tunnel au VIIIe siècle av. JC pour détourner ses eaux à l'intérieur des murs de la ville, une prouesse technique encore visible aujourd'hui. Dans les textes rabbiniques et dans le Livre d'Isaïe, cette source est également appelée Shiloach ou Siloé, et les autorités juives médiévales (comme Rachi) insistent sur le fait qu'il s'agit d'un cours d'eau distinct du Gihon d'Éden, malgré leur nom commun.

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