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Bruno Latour

Bruno Latour est philosophe et sociologue né  le 22 juin 1947 à Beaune (Côte-d'Or) et mort le 9 octobre 2022 à Paris. Il est issu d'une famille de viticulteurs de Bourgogne et grandit dans cet environnement rural avant de poursuivre des études de philosophie à l'université de Dijon, où il obtient une agrégation en 1971. Intéressé par l'anthropologie et la sociologie, Latour s'oriente progressivement vers l'étude des sciences et des techniques, un domaine encore peu abordé en France à cette époque. En 1975, il soutient une thèse de doctorat en philosophie sur la théologie de Charles Péguy. Peu après, il commence à s'intéresser à la manière dont les faits scientifiques sont construits dans les laboratoires.
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Bruno Latour.
Bruno Latour.
Image générée par une IA (Stable Diffusion XL).

Dans la seconde moitié des années 1970, Latour participe à des enquêtes ethnographiques dans des laboratoires de recherche en Afrique et aux États-Unis. Ces expériences le poussent à développer une nouvelle approche sociologique des sciences, axée sur l'étude des controverses et des réseaux d'acteurs impliqués dans la production des connaissances. En 1979, il publie avec le sociologue britannique Steve Woolgar Laboratory Life: The Social Construction of Scientific Facts, un ouvrage basé sur son travail ethnographique au sein du laboratoire du biologiste Roger Guillemin au Salk Institute en Californie. Ce livre devient rapidement une référence dans le domaine de la sociologie des sciences, introduisant la notion selon laquelle les faits scientifiques émergent de processus sociaux et techniques au sein des laboratoires.

• Laboratory Life: The Social Construction of Scientific Facts (1979). - Ce livre, co-écrit  avec le sociologue Steve Woolgar, est une étude ethnographique pionnière d'un laboratoire de neuroendocrinologie. Latour et Woolgar y observent les scientifiques au travail, analysent leurs interactions, leurs discussions, leurs publications, et la manière dont ils construisent des "faits" scientifiques à partir d'observations et d'expérimentations. L'ouvrage montre que la production de connaissances scientifiques est un processus social complexe, où les "faits" ne sont pas simplement découverts mais construits et stabilisés à travers des pratiques et des négociations. Laboratory Life a eu une influence majeure sur le développement de la sociologie des sciences et a contribué à remettre en question l'image idéalisée de la science comme activité purement objective et rationnelle.
Au début des années 1980, Latour approfondit sa réflexion sur les interactions entre science, technologie et société. Il contribue à l'élaboration de la théorie de l'acteur-réseau, un cadre conceptuel qui met en avant l'idée que les objets techniques, les humains et les institutions participent conjointement à la construction des réalités sociales et scientifiques. En 1984, il publie Les Microbes : guerre et paix, une analyse historique et sociologique du travail de Louis Pasteur, où il montre comment les découvertes scientifiques sont le fruit de négociations et de mobilisations d'acteurs divers. Par cette oeuvre, Latour illustre la manière dont les sciences et les techniques s'inscrivent dans des dynamiques politiques et sociales plus larges.
• Les Microbes : guerre et paix (suivi de Irréductions) (1984). - Publié initialement sous le titre Pasteur : guerre et paix des microbes, cet ouvrage retrace l'histoire de la révolution pasteurienne et de la découverte des microbes. Latour y analyse comment Pasteur a réussi à traduire les intérêts de différents groupes (hygiénistes, agriculteurs, médecins, etc.) et à les aligner sur les siens, construisant ainsi un vaste réseau de soutien pour sa théorie microbienne. L'ouvrage montre comment la science se construit à travers des alliances et des négociations, et comment la vérité scientifique est le résultat d'un processus social autant que d'une découverte objective. La deuxième partie, Irréductions, est un texte philosophique plus abstrait qui traite des implications de la sociologie des sciences pour la compréhension de la connaissance et de la réalité.
En 1985, Latour devient professeur à l'École des Mines de Paris, où il enseigne au sein du Centre de Sociologie de l'Innovation (CSI). Ce poste marque une étape importante dans sa carrière, car il s'engage dans des recherches appliquées sur les controverses technologiques et les politiques publiques. Cette période marque aussi une phase de développement intense de la théorie de l'acteur-réseau, qu'il contribue à affiner aux côtés de Michel Callon et John Law. Bruno Latour s'intéresse de plus en plus aux interactions complexes entre les sciences, les techniques et la société. Il met en lumière le rôle des objets et des artefacts dans la structuration des relations sociales. En 1987, il publie La Science en action, un ouvrage fondamental où il explore les processus de construction des faits scientifiques et insiste sur la dimension collective et hétérogène de la production des connaissances.
• La Science en action (1987). - Ce livre est considéré comme un classique de la sociologie des sciences et a grandement contribué à établir la "théorie de l'acteur-réseau" de Latour. L'auteur y examine comment les faits scientifiques sont construits dans la pratique, à travers des controverses, des expérimentations, des publications, et des interactions entre scientifiques, instruments et objets d'étude. Il montre que la science n'est pas une activité purement rationnelle et objective, mais un processus social complexe où les scientifiques enrôlent des alliés (humains et non-humains) pour défendre leurs théories et stabiliser leurs découvertes. L'ouvrage propose une nouvelle manière de comprendre la science, non pas comme une révélation de la vérité, mais comme une construction collective et négociée.
Au début des années 1990, Latour élargit son champ d'étude à l'écologie, à la politique et aux controverses publiques. En 1991, il publie Nous n'avons jamais été modernes, un texte dans lequel il critique la séparation traditionnelle entre nature et société, affirmant que cette division est une construction propre à la modernité occidentale. Il y propose de repenser les relations entre humains et non-humains dans une perspective symétrique, où tous les acteurs participent à la fabrique du monde commun. Ce livre devient une référence pour les chercheurs en sciences humaines et sociales et consolident la réputation son auteur à l'échelle internationale.
• Nous n'avons jamais été modernes (1991). - Cet ouvrage est un véritable manifeste contre la modernité dans son acception traditionnelle. Bruno Latour y défend l'idée que la période moderne, marquée par une séparation radicale entre nature et culture, entre science et société, entre humain et non-humain, est une fiction. Il propose plutôt une vision de l'humanité entremêlée avec les autres acteurs de la nature et de la technologie, créant un réseau complexe d'entités interdépendantes. Le philosophe met en question les concepts de progressisme et d'objectivité scientifique, suggérant que la modernité a façonné notre compréhension du monde de manière inégalitaire et parfois déstabilisante.
Dans les années 2000, Latour poursuit ses réflexions sur les enjeux environnementaux et les transformations climatiques. En 2004, il publie Politiques de la nature, où il plaide pour une écologie politique renouvelée, capable de prendre en compte la pluralité des acteurs et des points de vue dans la prise de décision collective. Il s'engage activement dans des projets liés à la crise écologique et participe à divers colloques internationaux sur le changement climatique. À partir de 2006, il devient professeur à Sciences Po Paris, où il dirige des programmes de recherche interdisciplinaire et fonde le Médialab, un espace dédié à l'étude des controverses numériques.
• Politiques de la nature (1994). - Cet ouvrage est une étude approfondie de la manière dont la nature est intégrée dans les politiques publiques et la gestion des ressources. Latour y examine comment la nature est fréquemment traitée comme un objet externe, distinct de l'humain et de la société, et comment cette vision peut conduire à des politiques insuffisamment adaptées aux problèmes environnementaux complexes. Il défend une approche plus holistique qui considère la nature comme un acteur social et politique, interagissant avec les humains et les institutions.
Latour continue à embrasser de nouvelles pistes intellectuelles au cours des années 2010, notamment à travers des travaux sur la géopolitique de l'Anthropocène (Face à Gaïa : Huit conférences sur le nouveau régime climatique, 2015). En 2017, il publie Où atterrir?, un essai dans lequel il analyse les bouleversements liés à la crise environnementale et appelle à repenser notre relation à la Terre. Ce livre s'inscrit dans une série de réflexions sur les implications politiques et philosophiques du dérèglement climatique. Latour devient une figure incontournable des débats contemporains sur l'écologie et l'avenir de la planète.
• Face à Gaïa : Huit conférences sur le nouveau régime climatique (2006). - Cet ouvrage est une collection de conférences données par Bruno Latour sur les enjeux du changement climatique. Le philosophe y propose une nouvelle façon de penser le climat, en le mettant en relation avec la théorie Gaïa proposée dans les années 1970 par James Lovelock, et ainsi nommée en référence à la mythologie de Gaïa, la déesse grecque de la Terre. Il suggère que la Terre doit être perçue comme un acteur social et politique, capable d'influencer et d'être influencée par les actions humaines. Latour critique les modèles scientifiques traditionnels du changement climatique et appelle à une réflexion plus profonde sur les implications éthiques et politiques de nos interactions avec la planète.

• Où atterrir? Comment s'orienter en politique (2017).- Ce livre est un essai politique qui propose une nouvelle grille de lecture pour comprendre les crises actuelles, notamment la crise écologique et la montée des populismes. Bruno Latour y affirme que le projet de modernisation, qui promettait un progrès infini et une émancipation de la nature, a atteint ses limites.  Il propose de "réatterrir", c'est-à-dire de prendre en compte les limites écologiques de la planète et de redéfinir notre appartenance à un territoire plutôt qu'à une nation ou à une classe sociale. L'ouvrage invite à repenser la politique à partir de la question écologique et à construire de nouvelles alliances pour faire face aux défis du XXIe siècle.

Jusqu'à la fin de sa vie, en 2022, Latour reste actif sur la scène intellectuelle, multipliant les interventions publiques et poursuivant ses recherches sur la transition écologique. Il reçoit de nombreuses distinctions internationales et voit ses travaux traduits dans plusieurs langues. 
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Dictionnaire biographique
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