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Les îles de la Seine, à Paris

Sur son parcours à travers Paris, la Seine n'était pas autrefois retenue par les fortes digues dans lesquelles nous la voyons aujourd'hui renfermée; elle formait donc, avec les sables et les pierres qu'elle entraînait, des atterrissements, des bancs, des îles, qui la plupart ont été emportés dans les débordements, ou réunies au rivage, ou jointes entre elles. Au Moyen âge, on en trouvait dix, dont il ne reste que deux, l'île Saint-Louis et la Cité. Ces îles, ordinairement couvertes de sable et de limon, bordées de roseaux et de saules, inondées dans les grandes eaux, étaient :

L'île aux Javiaux ou île Louviers, qui appartenait en 1408 à Nicolas de Louviers, prévôt des marchands: couverte, à l'origine, de pâturages, elle fut acquise par la ville en 1700, et affermée à des marchands de bois. En 1847, le petit bras de la rivière qui la séparait de la rive droite fut comblé, et elle se trouva réunie au quai Morland. Après les journées de juin 1848, des campements provisoires y  furent établis pour une partie de l'armée de Paris.
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Quai de Bourbon, à Paris (4e arrondissement).
L'extrémité occidentale de l'île Saint-Louis, vue depuis le pont d'Arcole.

L'île Saint-Louis formée des anciennes île Notre-Dame et île aux Vaches. Celles-ci n'étaient séparées que par un petit canal qui occupait à peu près l'emplacement de la rue Poultier. Elles étaient assez élevées, couvertes de prairies, bordées de peupliers et appartenaient à l'église Notre-Dame de temps immémorial, car l'on trouve que Charles-Martel enleva à cette église la propriété de ces îles et que Charles-le-Chauve la lui restitua en 867. Une fête y fut donnée en 1313 par Philippe-le-Bel; on y prêcha une croisade, et le roi, avec ses deux fils, y prit la croix. En 1614, Christophe Marie, architecte, de concert avec deux financiers nommés Regratier et Poultier (Poulletier), obtint la concession de ces deux îles à la condition de les réunir, de les border de quais, d'y construire des rues et des maisons, enfin de les faire communiquer par un pont avec la ville. 

Le pont Marie et les rues Regratière et Poulletier rappellent les noms des trois hommes qui commencèrent cette grande entreprise; mais il fallut plus de trente ans pour couvrir ce nouveau quartier de rues bien alignées, de quais superbes, de beaux hôtels, où allèrent principalement se loger les gens d'affaires, qu'on appelait alors traitants ou partisans. Lorsque Colbert fit rendre gorge, en 1665, à ces sangsues de l'État, il y eut, sur 90 millions, 8 millions de taxes mises sur les financiers de l'île Saint-Louis. Cette île prit dès lors un aspect calme, grave, sérieux, qu'elle n'a pas entièrement perdu : aujourd'hui encore, c'est un quartier qui, par l'absence de grands établissements de commerce, les nombreux hôtels qu'il a conservés (hôtels Lambert, hôtel Bretonvilliers, etc.), a une physionomie particulière et ressemble à une ville de province. 
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Square Barye, à Paris (4e arrondissement).
Le square Barye, dernier vestige du jardin  en terrasse de l'hôtel de Bretonvilliers.

Sa superficie est de 110,000 mètres carrés. Elle forme, avec l'île de la Cité un quartier du quatrième arrondissement, dit de Notre-Dame, et qui, pendant la révolution, s'appelait section de la Fraternité. Elle est coupée à angle droit et régulièrement par deux grandes rues : la rue des Deux-Ponts, qui aboutit aux ponts Marie et de la Tournelle et qui est une des grandes voies de communication de la rive droite à la rive gauche de la Seine; la rue Saint-Louis, où se trouve une église du même nom, qui date de 1618 et qui a été reconstruite en 1726. C'est un petit édifice, sans portail et sans ornements, qui renferme le tombeau de Quinault. Sur le quai d'Orléans était l'hôtel Turgot, où ce  ministre mourut en 1783. Dans la rue Regratière a demeuré l'évêque Gobel, qui le premier se déprêtrisa devant la Convention et périt avec la faction hébertiste.

Le pont Saint-Louis, jeté entre la Cité et l'île Saint-Louis, le quai de l'Archevêché et la rue du Bellay, remplace l'ancien pont Rouge, construit en bois en 164, reconstruit de même en 1717. Le pont Louis-Philippe, tel qu'il est, ne date que de 1862; il a succédé à un pont suspendu qui existait depuis 1833. Enfin, les deux ponts Sully fournissent depuis 1816, à l'extrémité Est de l'île, les relations les plus faciles avec les deux rives du fleuve. Sur le terre-plein qui les sépare a été inauguré, le 18 juin 1891, le beau monument du sculpteur Marqueste et de l'architecte Bernier, élevé en l'honneur du célèbre sculpteur animalier Barye, non loin de la maison 4, quai des Célestins, où il était mort le 25 juin 1875.

L'île de la Cité a plus de 200.000 mètres carrés de superficie. Elle est bordée par les quais Napoléon, Desaix, de l'Horloge, des Orfèvres, du Marché-Neuf et de l'Archevêché. Elle forme deux quartiers : celui de la Cité, auquel appartient aussi l'île Saint-Louis, et qui appartient au IVe arrondissement; et celui du Palais de Justice, qui appartient au Ier arrondissement.
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Notre Dame de Paris.
Le chevet de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

L'histoire de cette île, vénérable berceau de Paris, est l'histoire de la ville elle-même jusqu'au XIIIe siècle. Le Paris des deux rives n'avait alors qu'une médiocre importance: à cause de Notre-Dame et du Palais, ces deux métropoles religieuse et politique, tous les événements se concentraient dans la Cité, et la population, les églises, les établissements de tout genre ne cessaient de s'y entasser. A partir du XIIIe siècle et à mesure que le Paris des deux rives s'agrandit, la Cité perd de son importance, mais non de sa popularité, car elle reste le centre des affaires politiques, et même, à cause du Parlement, le centre des affaires commerciales: elle garde ce caractère jusqu'à la fin du XVIIe siècle. A dater de cette époque, et surtout de 1789, la Cité cesse de jouer le premier rôle dans l'histoire de Paris; la richesse s'en est éloignée; il n'y reste qu'une population misérable et souffrante; elle devient même un repaire de vagabonds, de repris de justice et de prostituées; aucun événement ne vient la remettre en saillie, et elle ne garde d'importance politique que par le Palais de Justice et surtout par la Préfecture de police, positions de premier ordre, dont les révolutions ne manquent jamais de s'emparer.

Ile de la Cité.
L'île de la Cité au XVIIIe siècle.
Tableau de Nicolas Raguenet. Source : Musée Carnavalet.

La Cité présentait encore, dans les premières décennies du XIXe siècle, l'aspect peu séduisant qu'elle avait au Moyen âge : à l'extérieur, privée de quais, sauf dans sa partie occidentale, ayant ses maisons hautes, fétides, obscures, pressées sur les bords de la Seine, bordée d'eaux sales, d'herbes dégoûtantes, de blanchisseries, de guenilles suspendues de toutes parts, elle offrait à l'intérieur un amas inextricable de ruelles hideuses, de masures noires, de bouges infects, ruche abominable où l'on s'est entassé pendant des siècles, et dans laquelle on ne comptait pas moins de cinquante-deux rues, six impasses, trois places, dix paroisses, vingt-et-une églises ou chapelles, deux couvents, outre l'Hôtel-Dieu, les Enfants-Trouvés, le Palais avec ses dépendances, l'Archevêché, le cloître Notre-Dame et la cathédrale. Depuis, on a fait pénétrer du jour et de l'air dans ce triste quartier, où de tels déblaiements ont été opérés, qu'il n'y est plus resté qu'une quinzaine de rues, avec Notre-Dame, l'Hôtel-Dieu et le Palais de Justice.
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Paris : square du Vert-Galant.
Le square du Vert-Galant. (© Photos : Serge Jodra, 2009).

L'île aux Juifs était située à l'Ouest de l'île de la Cité, entre le jardin du Palais et le quai des Augustins: elle appartenait à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés et fut, en 1313, le théâtre du supplice de Jacques Molay, grand-maître de l'ordre des Templiers
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L'île à la Gourdaine, sur laquelle se trouvait un moulin, était près de la précédente, et fut avec celle-ci concédée par Henri IV à Achille de Harlay, qui les réunit à la Cité et en forma la place Dauphine, ainsi que l'éperon du Pont-Neuf, occupé par le square du Vert-Galant et au-dessus duquel s'élève la statue de Henri IV.

L'île du Louvre n'était qu'un banc de sable, qui a disparu dans la construction du port Saint-Nicolas.

Les îles aux Treilles et de Seine étaient situées entre le pont des Tuileries  et le pont des Invalides : elles contenaient ensemble 20 arpents, étaient couvertes de saussaies et d'oseraies, et furent vendues en 1645 pour être réunies à la rive gauche.

L'île du Gros-Caillou ou des Cygnes, grand banc de sable situé en face de Chaillot et qu'on a en partie détruit en 1820. A son extrémité méridionale (pont de Grenelle) se trouve une réplique réduite de la statue de la Liberté, dont l'original orne l'entrée du port de New York.

La communication de la Cité avec la rive droite s'effectue par le pont au Change; le pont Notre-Dame, le plus ancien de Paris, du moins si l'on considère que son emplacement était celui du pont de la voie romaine, écroulé en 1499, refait en pierre en 1507, remanié sous le second Empire; le pont d'Arcole, pont suspendu construit en 1828, refait dans son état actuel, et dont le nom est un mystère. A l'origine, c'était la passerelle de la Grève; on raconte qu'au cours des combats de 1830, un jeune homme y tomba, blessé à mort, en s'écriant : « Je me nomme d'Arcole », d'où le nom donné au pont. Le fait n'a pas pu, jusqu'ici, être vérifié de façon certaine. Quant au Pont-Neuf (le plus ancien par sa construction),  il relie l'île à la fois avec la rive droite et avec la rive gauche. Entre cette dernière rive et l'île sont également jetés les pont Saint-Michel, Petit-Pont, aux Doubles (F. B. / Th. Lavallée).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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