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Les nuraghes |
| La
culture
nuragique est une culture préhistorique et protohistorique qui s'est
développée en Sardaigne Outre les nuraghes, les populations nuragiques ont également édifié d'autres types de monuments mégalithiques. On trouve notamment les tombeaux dits des géants, qui sont des sépultures collectives pouvant atteindre plusieurs mètres de longueur, caractérisées par une stèle centrale et une exèdre en forme de demi-cercle. Les puits sacrés et les sources, dédiés au culte de l'eau, représentent un autre aspect fondamental de leurs conceptions religieuses. Ces structures sont couramment dotées d'une architecture raffinée avec des escaliers et des tholos ( = fausses coupoles). L'économie nuragique était principalement basée sur l'agriculture, l'élevage (bovins, ovins, caprins) et l'artisanat. Ils excellaient dans le travail du bronze, produisant une grande variété d'objets tels que des armes, des outils, des bijoux et des statuettes. Ces dernières, appelées bronzetti, sont particulièrement célèbres et offrent un aperçu précieux sur les coutumes, l'habillement et l'armement de cette société. Les échanges commerciaux étaient actifs, notamment avec les civilisations mycénienne, puis phénicienne et étrusque, comme en témoignent les objets d'importation découverts sur les sites nuragiques. La société nuragique était structurée, pense-t-on, en tribus ou en clans, avec des chefs et une aristocratie guerrière. Le développement des nuraghes, véritables forteresses, suggère une période de conflits ou de compétition entre ces différentes communautés. À partir du IXe siècle av. JC, les contacts avec les Phéniciens, puis avec les Carthaginois, s'intensifient le long des côtes. Cette influence extérieure, combinée à des évolutions internes, conduit progressivement à une transformation de la culture nuragique. La conquête romaine de la Sardaigne au IIIe siècle av. JC marque le déclin final de cette civilisation, même si certaines traditions et croyances ont perduré dans les campagnes pendant plusieurs siècles. L'héritage nuragique
reste aujourd'hui un élément central de l'identité historique sarde.
Les nuraghes, disséminés sur l'ensemble de l'île, constituent l'un des
paysages archéologiques les plus emblématiques d'Europe Histoire de la culture nuragiqueLa culture nuragique émerge sur un substrat plus ancien, hérité des cultures néolithiques et chalcolithiques de l'île, notamment la culture de Bonnanaro (début du IIe millénaire av. JC), elle-même influencée par les dynamiques culturelles de la Méditerranée tyrrhénienne. Une étude génétique de 2019 montre même que les populations nuragiques descendent principalement des fermiers anatoliens du Néolithique, avec une composition génétique restée stable jusqu'à la fin de la période nuragique.À partir du XVIIe siècle av. JC, les populations sardes développent un modèle architectural inédit : le nuraghe, tour tronconique construite en blocs mégalithiques appareillés à sec. Le plan interne repose généralement sur une chambre circulaire couverte par une voûte en encorbellement (tholos). Les premiers nuraghes sont dits simples (à tour unique), puis apparaissent des structures plus complexes à partir du Bronze récent (XIVe-XIIIe siècles av. JC), comportant plusieurs tours reliées par des courtines formant de véritables bastions. Phases de développement (selon Giovanni Lilliu)
Autour des nuraghes se développent des villages composés de cabanes circulaires en pierre, parfois organisées autour d'espaces communautaires. Certains sites révèlent des cabanes dites des réunions, dotées de banquettes périphériques, suggérant des formes de délibération collective ou de gouvernance oligarchique. La société nuragique semble structurée en chefferies territoriales. Le contrôle des terres agricoles, des pâturages et surtout des ressources minières (cuivre, plomb, argent) joue un rôle fondamental. La Sardaigne occupe une position stratégique dans les circuits d'échanges méditerranéens. Dès le Bronze récent, des contacts sont attestés avec le monde mycénien (céramiques d'importation), puis avec les navigateurs chypriotes et levantins. À partir du IXe- VIIIe siècle av. JC, les relations avec les Phéniciens s'intensifient, notamment dans des sites côtiers comme Nora et Tharros, où s'implantent des comptoirs. Ces interactions favorisent des transferts technologiques et culturels, tout en transformant les équilibres internes de l'île. Les pratiques funéraires constituent un autre marqueur fort. Les tombes des géants (tombe dei giganti) sont des sépultures collectives monumentales, caractérisées par une exèdre semi-circulaire et une longue chambre funéraire rectangulaire ou absidiale. Elles traduisent une conception communautaire de la mort et un culte des ancêtres probablement central dans la cohésion sociale. À l'âge du Fer apparaissent également des sanctuaires structurés autour de puits sacrés (temples à puits), liés à des cultes des eaux souterraines. Le sanctuaire de Santa Cristina en offre un exemple remarquable, avec son escalier monumental menant à une chambre souterraine parfaitement appareillée. L'art nuragique est surtout connu par les bronzetti, petites statuettes votives en bronze produites entre le IXe et le VIe siècle av. JC. Ces figurines fournissent des informations précieuses sur l'armement (boucliers circulaires, casques à cornes), l'habillement et la hiérarchie sociale. À la même époque, dans la région du Mont'e Prama, apparaissent des sculptures monumentales en pierre représentant des archers, des pugilistes et des guerriers, d'une hauteur pouvant dépasser deux mètres, fait exceptionnel en Méditerranée occidentale pour cette période. À partir du VIe siècle av. JC, l'expansion de la puissance carthaginoise modifie profondément le paysage politique sarde. Les zones côtières passent progressivement sous le contrôle de Carthage, tandis que l'intérieur montagneux demeure plus autonome. Après la première guerre punique, en 238 av. JC, Sardaigne est intégrée à la sphère romaine. Certains nuraghes sont réutilisés comme sanctuaires ou habitations à l'époque punique et romaine. La culture nuragique, déjà transformée par des siècles de contacts méditerranéens, s'efface progressivement en tant que système autonome, mais nombre de ses structures sociales et territoriales perdurent sous domination romaine. Architecture monumentaleLes nuraghes.Les nuraghes sont des tours tronconiques construites en pierres sèches, sans liant, à partir de blocs de dimensions variables selon les phases chronologiques et les ressources locales (basalte, trachyte, granite, calcaire). Les assises inférieures utilisent généralement des blocs cyclopéens soigneusement équarris ou sommairement dégrossis, tandis que les parties supérieures présentent un appareil plus régulier et de plus petite taille. La stabilité est assurée par le fruit des murs (inclinaison interne progressive) et par l'épaisseur considérable des parements, pouvant dépasser 4 à 5 mètres à la base. D'un point de vue constructif, l'absence de mortier implique une maîtrise fine de la stéréotomie et du calage des blocs. Les constructeurs ont su exploiter la plasticité des roches volcaniques locales pour assurer cohésion et drainage. La durabilité exceptionnelle de ces monuments, dont plusieurs milliers subsistent encore, témoigne d'un haut niveau d'ingénierie empirique et d'une standardisation progressive des techniques au cours des siècles. Le plan interne repose presque toujours sur une chambre circulaire couverte par une fausse coupole en encorbellement (tholos), obtenue par la superposition concentrique de blocs progressivement débordants vers l'intérieur jusqu'à la fermeture sommitale. Ce système permet d'atteindre des hauteurs internes de 8 à 12 mètres dans certains exemplaires bien conservés. L'accès s'effectue par un couloir d'entrée généralement orienté sud ou sud-est, parfois doté d'un linteau monolithique de grande dimension. Dans l'épaisseur murale se trouvent fréquemment des niches latérales, des cellules secondaires et un escalier hélicoïdal intramural conduisant aux étages supérieurs ou à la terrasse. Les ouvertures sont rares et étroites, assurant à la fois éclairage minimal et contrôle défensif. Types
de nuraghes.
Le type le plus répandu est le nuraghe simple, ou monotorre. Il consiste en une tour unique à chambre centrale tholos, parfois dotée d'une ou plusieurs cellules annexes aménagées dans l'épaisseur du mur. Son diamètre externe peut varier de 10 à 20 mètres, pour une hauteur originelle estimée entre 15 et 25 mètres selon les cas. Ces édifices constituent l'unité architecturale fondamentale du système nuragique et sont généralement implantés en position dominante, sur des plateaux basaltiques ou des éminences stratégiques. À partir du Bronze récent se développent les nuraghes complexes, ou polylobés. Ils résultent de l'adjonction progressive de tours secondaires autour d'une tour centrale plus ancienne, reliées par des courtines formant un bastion quadrilobé ou trilobé. L'ensemble peut être entouré d'une enceinte supplémentaire délimitant une cour interne. Ces complexes présentent un degré élevé de planification et traduisent une concentration accrue du pouvoir et des ressources. L'exemple le plus monumental est Su Nuraxi di Barumini, où une tour centrale du Bronze moyen a été intégrée à un bastion quadrilobé, lui-même ceint d'un rempart à tours multiples. Certains nuraghes présentent des variantes morphologiques spécifiques : nuraghes à bastion frontal, nuraghes à plan triangulaire, ou encore structures combinant éléments de protonuraghe et tour tholos. La diversité typologique reflète à la fois une évolution chronologique et des adaptations aux contraintes topographiques et aux dynamiques politiques locales. Fonctions
des nuraghes.
Architecture funéraire.
La forme la plus emblématique est la "tombe des géants" (tombe dei giganti), sépulture collective monumentale destinée à accueillir les dépôts successifs des membres d'un groupe (probablement lignager ou communautaire). Sur le plan architectural, elle se compose d'une longue chambre funéraire rectangulaire ou légèrement absidiale, construite en gros blocs dressés (orthostates) ou en appareil mégalithique isodome dans les versions plus tardives. La chambre peut atteindre 15 à 30 mètres de longueur pour une largeur interne généralement comprise entre 1 et 1,5 mètre. Elle était couverte soit par de grandes dalles horizontales, soit par un système en encorbellement dans les phases évoluées. L'ensemble était recouvert d'un tumulus de terre et de pierraille, conférant au monument un profil allongé légèrement bombé. La façade constitue l'élément architectural le plus distinctif. Elle présente une exèdre semi-circulaire formée d'orthostates disposés en éventail, créant un espace cultuel ouvert devant l'entrée. Au centre se dresse une stèle monolithique, parfois haute de plus de 3 mètres, soigneusement façonnée. Dans les exemplaires archaïques, cette stèle est percée à la base d'une petite ouverture (porte symbolique ou réelle) donnant accès à la chambre. Cette configuration axialise le monument et met en scène l'accès au domaine des morts. La cour semi-circulaire semble avoir servi aux rituels collectifs, libations et cérémonies commémoratives. On distingue généralement deux grandes variantes architecturales. Les tombes à stèle monolithique centrale, considérées comme plus anciennes (Bronze moyen), présentent un appareil mégalithique à orthostates massifs et une forte emphase sur l'élément axial. Les tombes dites à façade architectonique (Bronze récent) remplacent la grande stèle par un mur en appareil régulier, avec une entrée rectangulaire plus sobrement intégrée à la façade. Cette évolution traduit une rationalisation constructive et peut-être une transformation des codes symboliques. Le fonctionnement interne reposait sur l'inhumation collective secondaire : les corps étaient déposés successivement, et les ossements plus anciens pouvaient être déplacés vers le fond afin de libérer de l'espace. Le mobilier funéraire est généralement modeste, comprenant céramiques, objets métalliques et offrandes votives, ce qui suggère une relative égalité dans la mort, malgré l'existence probable de hiérarchies sociales chez les vivants. En parallèle des tombes des géants, d'autres formes funéraires coexistent, bien que plus rares dans le contexte strictement nuragique. Certaines sépultures réutilisent ou adaptent des hypogées plus anciens (domus de janas) hérités du Néolithique. À l'âge du Fer apparaissent ponctuellement des inhumations individuelles en fosses simples ou en coffres lithiques, traduisant possiblement des influences extérieures ou des différenciations sociales croissantes. L'architecture funéraire nuragique ne peut être dissociée des espaces cultuels associés. Plusieurs tombes des géants sont intégrées dans des complexes comprenant des structures annexes et des aires de rassemblement. De plus, le développement des sanctuaires à puits sacrés à l'âge du Fer (comme celui de Santa Cristina) révèle une articulation étroite entre culte des ancêtres et cultes liés à l'eau, aux cycles naturels et à la fertilité. Bien que ces puits ne soient pas des tombes, ils participent du même univers symbolique où monde souterrain, mémoire collective et légitimation communautaire sont intimement liés. D'un point de vue technique, la construction des tombes mobilise les mêmes compétences que l'architecture nuragique : extraction et transport de blocs mégalithiques, maîtrise de l'appareil à sec, gestion des poussées par encorbellement et couverture tumulaire. La standardisation relative des plans sur l'ensemble de l'île suggère l'existence de modèles architecturaux partagés, adaptés localement selon les matériaux disponibles et le statut du groupe commanditaire. Ainsi, l'architecture funéraire nuragique exprime une conception communautaire de la mort, matérialisée par des monuments collectifs monumentaux, visibles dans le paysage et structurés autour d'un espace rituel public. Elle constitue un instrument de cohésion sociale et de légitimation territoriale, inscrivant la mémoire des ancêtres dans la topographie même des communautés nuragiques pendant près d'un millénaire. Architecture religieuse.
Ces sanctuaires s'insèrent dans des complexes cultuels comprenant cours, enclos, cabanes pour pèlerins et dépôts votifs. Des concentrations de bronzetti (statuettes en bronze représentant guerriers, chefs, navires et animaux) y ont été découvertes, attestant la pratique d'offrandes votives structurées. L'architecture religieuse devient ainsi un vecteur d'intégration sociale, favorisant des rassemblements supra-locaux et renforçant les identités communautaires à l'échelle régionale. D'un point de vue technique, ces édifices témoignent d'une standardisation accrue par rapport aux phases antérieures. L'appareil régulier, l'ajustement précis des blocs et la symétrie des plans traduisent une spécialisation artisanale et probablement l'existence de maîtres d'oeuvre expérimentés. La qualité géométrique des tholoi des puits sacrés révèle une compréhension empirique avancée des charges et des poussées. Les
temples à puits sacrés.
La chambre circulaire, partiellement ou totalement souterraine, est conçue pour recueillir l'eau dans un bassin central creusé dans le substrat rocheux. L'ouverture sommitale (oculus) permet l'entrée de la lumière et peut produire des effets astronomiques spécifiques à certaines périodes de l'année, suggérant une possible orientation symbolique liée aux cycles lunaires ou solaires. Le sanctuaire de Santa Cristina offre l'exemple le plus abouti de ce type, avec un appareil basaltique d'une régularité exceptionnelle et une géométrie interne d'une grande précision. Les
temples à mégaron.
Les
rotondes.
Les
bassins rituels.
Société et organisationHabitat et vie quotidienne.L'habitat se structure autour d'ensembles villageois étroitement liés aux nuraghes. Le modèle le plus courant associe une tour (simple ou complexe) à un village de cabanes circulaires construites en pierre sèche. L'implantation privilégie des positions stratégiques : plateaux basaltiques, collines dominantes, zones proches de terres cultivables et de pâturages. Cette distribution traduit une économie agro-pastorale intégrée au contrôle territorial. Les habitations sont majoritairement de plan circulaire, d'un diamètre moyen de 5 à 8 mètres. Les murs sont constitués de blocs de pierre locale disposés en assises irrégulières; l'élévation supérieure pouvait intégrer des matériaux périssables (bois, torchis). La couverture était probablement conique, réalisée en charpente de bois et végétaux (chaume, branchages), reposant sur le mur périphérique. À l'intérieur, l'espace est organisé autour d'un foyer central circulaire ou légèrement surélevé, élément structurant de la vie domestique, qui sert à la cuisson mais aussi au chauffage et à l'éclairage. Des banquettes en pierre adossées au mur, des niches murales et des silos de stockage creusés dans le sol complètent l'aménagement. Certains villages présentent une organisation plus complexe, avec des îlots d'habitation articulés autour de cours communes. Des systèmes de drainage, de canalisations rudimentaires et des puits attestent d'une gestion maîtrisée de l'eau. Dans les grands complexes, principalement à partir de l'âge du Fer, on identifie des cabanes spécialisées : ateliers métallurgiques avec traces de scories et de fours, espaces de stockage collectif, et cabanes des réunions dotées d'un siège périphérique en pierre, interprétées comme des lieux d'assemblée communautaire. La dimension sociale de l'habitat se manifeste dans la proximité des maisons, l'existence d'espaces collectifs et la centralité du nuraghe comme point de référence symbolique et défensif. La communauté semble structurée autour de liens de parenté élargis, avec une coopération dans les travaux agricoles, la construction et la gestion des ressources. Les rituels domestiques et communautaires, en lien avec les sanctuaires à puits sacrés ou les tombes collectives, rythment le calendrier social. Structure sociale.
La cellule de base semble avoir été la communauté villageoise, installée autour d'un nuraghe simple ou complexe. La présence récurrente de cabanes des réunions, dotées de banquettes périphériques et d'un foyer central, suggère l'existence d'assemblées délibératives, probablement composées de notables ou de chefs de lignage. Cette organisation indique un système oligarchique plutôt qu'une monarchie centralisée : le pouvoir devait être exercé par des élites locales contrôlant les ressources agricoles, pastorales et minières. Les nuraghes complexes, à bastions multiples, témoignent d'un niveau supérieur de concentration du pouvoir. Leur monumentalité, la complexité de leurs systèmes défensifs et leur position stratégique dans le paysage indiquent qu'ils servaient de centres politico-militaires. Ils peuvent aussi être interprétés comme des centres de collecte, de stockage et de gestion des surplus agricoles et métallurgiques. (Des silos et des structures de stockage identifiés dans les villages indiquent l'existence d'une économie redistributive, dans laquelle une partie de la production était centralisée puis redistribuée au sein de la population ou utilisée pour des échanges). Ils pouvaient coordonner plusieurs établissements secondaires, constituant ainsi des micro-territoires hiérarchisés. L'absence de palais au sens égéen ou proche-oriental suggère toutefois une centralisation limitée : le pouvoir semble avoir été fragmenté entre plusieurs chefferies concurrentes. La différenciation sociale transparaît dans la culture matérielle, notamment à travers les bronzetti votifs de l'âge du Fer. Ces figurines indiquent notamment l'existence d'une aristocratie guerrière occupant une position dominante. Le prestige militaire devait constituer un fondement essentiel de l'autorité, dans un contexte de compétition territoriale et de contrôle des ressources. À l'âge du Fer, des indices d'évolution apparaissent : diversification des formes d'habitat, multiplication des sanctuaires, concentration de dépôts votifs et intensification des échanges. Ces phénomènes traduisent probablement une complexification des structures sociales, avec une aristocratie plus affirmée et des mécanismes de compétition intercommunautaire accrus. Toutefois, en l'absence d'écriture indigène, la reconstitution précise des institutions demeure hypothétique et repose principalement sur l'interprétation archéologique. Ainsi, dans l'ensemble, la société nuragique peut-elle être définie comme un système de chefferies territoriales hiérarchisées, fondé sur une économie agropastorale et métallurgique, structuré autour de centres monumentaux et légitimé par une articulation étroite entre pouvoir militaire, contrôle des ressources et pratiques religieuses communautaires. Elle combine fragmentation politique et forte cohésion culturelle à l'échelle insulaire, maintenant sur plus d'un millénaire une organisation sociale stable mais adaptable aux transformations méditerranéennes. Art et artisanat.
Les objets incarnent des statuts, des identités et des relations sociales. L'originalité stylistique des bronzetti et des sculptures de Mont'e Prama, combinée à la solidité technique de la métallurgie et de la céramique, témoigne d'une culture insulaire capable d'assimiler des influences extérieures tout en développant un langage formel propre, durable sur plusieurs siècles et profondément ancré dans la structure sociale et religieuse de la culture nuragique. Les
bronzetti.
Les bronzetti représentent majoritairement des guerriers armés de boucliers circulaires, d'épées, de poignards et portant des casques parfois surmontés de protubérances ou de cornes. D'autres figurines figurent des chefs au baton, des prêtres, des personnages féminins richement vêtus, des mères à l'enfant, des musiciens, des lutteurs, des animaux domestiques et sauvages, ainsi que des modèles de navires à rames. Leur iconographie constitue une source essentielle pour la connaissance de l'armement, du costume et de la hiérarchie sociale. Ces statuettes sont généralement interprétées comme des offrandes votives déposées dans les sanctuaires, notamment dans les temples à puits sacrés tels que celui de Santa Cristina. Leur fonction dépasse cependant le simple cadre religieux : elles matérialisent l'identité et le statut des groupes qui les commanditent. La répétition de certains types iconographiques suggère l'existence d'ateliers régionaux et de modèles formalisés. La
sculpture monumentale.
Le travail de la pierre est également présent dans la production d'éléments sculptés, de bassins rituels et de meules. La maîtrise de l'appareil mégalithique et de la taille régulière des blocs reflète une connaissance empirique avancée des contraintes mécaniques et des propriétés des matériaux locaux. La
céramique.
La
métallurgie.
Le
tissage.
Économie.
L'agriculture.
L'élevage.
L'explotation
minière.
Le
commerce.
L'économie nuragique n'est toutefois pas une économie urbaine ni monétarisée. Elle repose sur des mécanismes de réciprocité, de redistribution et de prestige. Les objets de bronze, notamment les armes et les bronzetti votifs, jouent un rôle symbolique et social autant qu'utilitaire. Le contrôle des surplus agricoles et métallurgiques permet aux élites de consolider leur autorité à travers des dons, des festins et des pratiques cultuelles dans les sanctuaires. À l'âge du Fer, l'intensification des échanges et la présence phénicienne sur les côtes modifient partiellement les équilibres économiques. Certaines populations côtières s'insèrent davantage dans les circuits maritimes, tandis que les zones intérieures conservent une économie plus traditionnelle, centrée sur l'agropastoralisme et le contrôle local des ressources. Religion et pratiques
cultuelles.
Dans son ensemble, cette religion apparaît comme un système intégré où architecture monumentale, rituels collectifs, offrandes votives et organisation sociale sont étroitement imbriqués. Elle exprime une vision du monde dans laquelle territoire, communauté et forces naturelles sont indissociables, et où la monumentalisation du sacré sert à légitimer l'ordre social et à assurer la continuité symbolique entre générations. La religion nuragique semble polythéiste, centrée sur des divinités liées aux forces naturelles : eau, fertilité, guerre, peut-être soleil et lune. Toutefois, aucun panthéon formalisé ne peut être reconstruit avec certitude. Les symboles récurrents (cornes, boucliers circulaires, motifs géométriques) traduisent un univers symbolique cohérent, probablement transmis oralement. À partir de l'âge du Fer, l'arrivée des Phéniciens au IXe siècle av. JC, puis domination carthaginoise à partir du VIe siècle, introduisent des influences religieuses extérieures, perceptibles dans certains objets votifs et dans l'évolution des pratiques cultuelles côtières. Néanmoins, les structures fondamentales (culte des ancêtres, sacralisation de l'eau, centralité des sanctuaires communautaires) demeurent profondément enracinées dans la tradition nuragique. Les
cultes.
Le culte des ancêtres semble avoir occupé une place centrale. Les tombes des géants, sépultures collectives monumentales, ne sont pas seulement des espaces funéraires mais aussi des lieux de rassemblement rituel. L'exèdre semi-circulaire aménagée devant la façade suggère la tenue de cérémonies publiques, probablement liées à la mémoire des défunts et à la cohésion du groupe. La dimension collective de l'inhumation traduit une conception lignagère de l'identité, où la continuité entre vivants et morts fonde la légitimité sociale et territoriale. Le culte de l'eau constitue un autre pilier du système religieux. Les temples à puits sacrés, tels que celui de Santa Cristina, sont conçus pour monumentaliser une source souterraine. L'architecture hypogée, l'escalier axial descendant vers une chambre circulaire voûtée en tholos et la présence d'un bassin central témoignent d'une ritualisation élaborée de l'accès à l'eau. Celle-ci devait être investie d'une valeur purificatrice, régénératrice et peut-être oraculaire. Certains dispositifs architecturaux suggèrent une attention portée aux cycles astronomiques, ce qui indique une possible corrélation entre phénomènes célestes et calendrier rituel. Les temples à mégaron et les rotondes complètent ce paysage cultuel. Les premiers, à plan rectangulaire allongé, semblent destinés à des rituels communautaires structurés, impliquant dépôts votifs et cérémonies collectives. Les secondes, de plan circulaire avec bassin central et banquettes périphériques, pourraient avoir accueilli des assemblées à caractère religieux ou des rites liés à l'eau et au feu. Ces édifices sont fréquemment intégrés à des complexes comprenant cours, enclos et cabanes, ce qui suggère des sanctuaires à vocation supra-locale, capables de rassembler plusieurs communautés. Les pratiques votives sont abondamment attestées par les bronzetti. Ces figurines étaient déposées dans les sanctuaires comme offrandes, probablement en remerciement ou en demande de protection divine. L'iconographie met en évidence l'importance du statut guerrier et de la hiérarchie sociale, mais aussi la dimension protectrice et identitaire du culte. Quelques-uns des principaux sites nuragiques
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