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Castellón de la Plana

Castellón de la Plana (nom officiel : Castelló de la Plana, en valencien) est une ville d'Espagne, située au sein de la Communauté valencienne, à environ 70 km au nord de Valence. La ville occupe une position littorale dans la plaine côtière de La Plana, ouverte sur la mer Méditerranée, et constitue la capitale de la province de Castellón. Son site se caractérise par une faible altitude, généralement comprise entre 25 et 40 mètres, et par une topographie plane qui contraste avec les reliefs plus marqués de l'intérieur provincial, notamment les sierras ibériques qui s'élèvent à l'ouest.

Le cadre géologique appartient au bassin sédimentaire valencien, formé de dépôts alluviaux et marins quaternaires accumulés au pied des reliefs du Système Ibérique. La plaine de La Plana est constituée de matériaux fins (limons, argiles, sables) favorables à l'agriculture irriguée. Les cours d'eau, tels que le río Mijares au sud, ont contribué à modeler cette plaine par des apports sédimentaires successifs. Le littoral présente des plages sableuses relativement rectilignes, avec des cordons dunaires en partie aménagés. L'arrière-pays s'élève progressivement vers des collines calcaires et des sierras plus abruptes, créant un contraste net entre la bande côtière densément peuplée et l'intérieur plus rural et montagneux.

Le climat est typiquement méditerranéen maritime. Les hivers sont doux, les étés chauds et ensoleillés, tempérés par les brises marines. Les précipitations, modérées mais irrégulières, se concentrent principalement en automne, période durant laquelle des épisodes pluvieux intenses peuvent survenir, liés aux phénomènes méditerranéens de goutte froide. L'ensoleillement élevé et la douceur climatique ont favorisé historiquement la culture d'agrumes et d'autres productions horticoles. La végétation naturelle originelle, composée de maquis et de pinèdes littorales, a été largement transformée par l'agriculture, l'urbanisation et les infrastructures touristiques.

La morphologie urbaine de Castellón de la Plana reflète son implantation sur une plaine ouverte. Le centre historique, organisé autour de la Plaza Mayor et de la cathédrale de Santa María, conserve un tracé hérité de la fondation médiévale chrétienne au XIIIe siècle, après la conquête sur al-Andalus. L'urbanisme s'est ensuite développé de manière relativement régulière, avec un maillage orthogonal et des extensions successives vers le port et les communes littorales. Le quartier maritime du Grau constitue l'interface directe avec la mer, concentrant les activités portuaires, industrielles et une partie des fonctions touristiques. L'absence de contraintes topographiques majeures a permis une expansion horizontale importante, générant une agglomération étalée et intégrée à une conurbation côtière plus large.

Avec une population d'environ 175 000 habitants, Castellón de la Plana est un pôle urbain majeur du nord de la Communauté valencienne. Sa croissance démographique s'est accélérée au XXe siècle, en lien avec l'industrialisation, le développement portuaire et l'essor du secteur tertiaire. La structure démographique présente une diversité accrue depuis les années 2000, avec l'arrivée de populations immigrées attirées par les secteurs du bâtiment, de l'agriculture intensive et de l'industrie. La ville exerce une fonction polarisatrice sur une province marquée par un contraste entre littoral dynamique et arrière-pays montagneux en déclin démographique.

L'économie locale repose sur un triptyque associant industrie, services et activités portuaires. Le port de Castellón constitue un équipement stratégique pour l'exportation de produits céramiques et agricoles, ainsi que pour l'importation de matières premières. L'industrie céramique, implantée dans l'aire provinciale, est l'un des principaux moteurs économiques, bénéficiant de la proximité des gisements d'argile et des infrastructures logistiques. Le secteur tertiaire domine en termes d'emplois, avec l'administration provinciale, l'enseignement supérieur (université Jaume I), le commerce et les services liés au tourisme balnéaire. L'agriculture intensive d'agrumes et de cultures maraîchères demeure présente dans la plaine, bien que progressivement réduite par l'urbanisation.

Les infrastructures de transport renforcent son intégration aux grands axes méditerranéens. La ville est desservie par l'autoroute reliant Barcelone à Valence et par une ligne ferroviaire côtière structurante. Le port et les zones logistiques périphériques consolident son rôle de plateforme d'échanges. Cette connectivité, associée à la qualité du cadre littoral, favorise également le développement résidentiel et touristique.

L'histoire de Castellón de la Plana.
Bien avant la fondation de la cité actuelle, le territoire municipal montre des signes d'occupation très anciens. Des découvertes archéologiques, comme celles de la cueva de la Seda, attestent d'une présence humaine dès le Néolithique, entre 3500 et 2000 avant JC. À l'âge du Bronze, des populations s'établissent sur des hauteurs stratégiques, comme au poblado de les Serretes. Cependant, c'est à l'époque ibérique que la région prend une importance historique majeure. Le site du Pujol de Gasset, dans l'actuel district du Grao, a livré des trésors archéologiques, dont un plomb inscrit en écriture ibère nord-orientale datant du IIIe siècle avant JC, considéré comme le premier du genre découvert en Espagne. Ce comptoir était alors un lieu de pêche et de commerce maritime. La romanisation qui suit est intense, marquée par la construction de voies de communication comme la Via Augusta et l'établissement de nombreuses villas agricoles dans la plaine, les habitants descendant des collines pour cultiver la terre. Après la chute de l'Empire romain, la période musulmane perfectionne les systèmes d'irrigation, posant les bases de la future richesse agricole, et voit la construction de châteaux sur des points stratégiques, dont celui de Fadrell, aussi connu sous le nom de Castell Vell.

C'est de ce château perché sur le Tossal de la Magdalena que la ville tire son nom. Castelló signifie en effet "petit château" en valencien. Au moment de la conquête chrétienne par le roi Jacques Ier d'Aragon en 1233, la population vit toujours sur cette hauteur, une position défensive héritée des périodes troublées mais peu pratique pour une vie agricole. Le tournant décisif pour l'histoire de la ville survient le 8 septembre 1251. Le roi Jacques Ier signe à Lérida le Privilège de Transfert (Privilegio de Traslado), autorisant les habitants à descendre de la colline fortifiée pour s'installer dans la plaine (la Plana). Le déménagement effectif a lieu en 1252, autour d'une ferme musulmane appelée Benirabe, et cette date est considérée comme celle de la fondation de la ville actuelle. Ce nouvel emplacement, à quelques kilomètres de la mer, est choisi pour des raisons pratiques : un accès direct aux terres fertiles et un développement urbain possible, tout en restant à l'abri des pirates barbaresques qui écument alors la côte. Cet événement fondateur est encore célébré de nos jours avec la fête de la Magdalena, un pèlerinage qui remonte au sommet de l'ancien village.

La nouvelle cité, d'abord connue sous le nom de Castelló de Borriana, s'organise autour d'un plan en damier, une disposition rationnelle rare pour l'époque en Espagne. Très vite, elle se dote de ses édifices emblématiques. La construction de l'église Sainte-Marie, de l'hôtel de ville et des remparts défensifs commence peu après l'installation. En 1440, débute l'édification de son symbole le plus célèbre : le clocher octogonal nommé El Fadrí ( = le célibataire en valencien), achevé en 1604. Sa particularité est d'être totalement indépendant de la cathédrale, ce qui symbolise le pouvoir civil de la ville face à l'autorité ecclésiastique. En 1366, la légende raconte qu'un laboureur, Perot de Granyana, découvrit une statuette de la Vierge en labourant son champ, donnant naissance au culte de la Mare de Déu del Lledó, la sainte patronne de la ville.

Pendant des siècles, Castellón vit au rythme de l'agriculture, profitant des systèmes d'irrigation hérités des musulmans pour cultiver le chanvre, le riz et la canne à sucre. La ville traverse les épreuves des guerres, comme la guerre de Succession d'Espagne au début du XVIIIe siècle, où son soutien à l'archiduc Charles lui vaut une perte temporaire de privilèges après la victoire des Bourbons. Le XIXe siècle est une période de profondes transformations. En 1833, Castellón est désignée capitale de la nouvelle province de Castellón, un statut qui va considérablement accélérer son développement administratif et urbain. Pendant les guerres carlistes, la ville, qui avait démoli ses murailles médiévales pour s'agrandir, doit les reconstruire à la hâte pour se défendre. Elle résiste héroïquement à un siège de trois jours en 1837, ce qui lui vaut le titre de "Ville Fidèle et Héroïque" décerné par la reine Isabelle II.

L'essor économique arrive avec la "révolution des transports". L'arrivée du chemin de fer en 1862, reliant Castellón à Valence, puis la modernisation du port d'El Grao à partir de 1891, ouvrent la ville sur l'extérieur. C'est le début de l'âge d'or de l'orange, dont la culture, introduite avec succès, fait la richesse de la région et d'une nouvelle bourgeoisie. Celle-ci se fait construire de somptueuses demeures modernistes, notamment autour du parc Ribalta, et des villas sur la côte voisine de Benicàssim. À la même époque, un petit train à voie étroite surnommé La Panderola relie la ville à son port et aux villages environnants, devenant un symbole de ce progrès industriel et urbain. Le début du XXe siècle est marqué par un essor culturel, avec notamment la signature en 1932 des Normes de Castellón, qui établissent les règles orthographiques de la langue valencienne. La guerre civile espagnole (1936-1939) porte un coup dur au patrimoine, avec la destruction de l'église Sainte-Marie, qui sera plus tard reconstruite en style néo-gothique.

L'après-guerre, et surtout à partir des années 1960, Castellón opère une nouvelle mue économique radicale en devenant l'un des principaux centres mondiaux de production de carreaux en céramique. Cette industrialisation rapide entraîne une croissance urbaine parfois désordonnée, et la ville est souvent citée dans l'opinion publique nationale pour son architecture jugée peu esthétique. Parallèlement, le tourisme commence à se développer, profitant des plages de la Costa del Azahar et du climat méditerranéen. Depuis la fin du XXe siècle, la ville a cherché à diversifier son image. La création de l'université Jaume I en 1991 a fait de Castellón un important pôle éducatif et de recherche, rajeunissant sa démographie et stimulant les services. De nouveaux équipements culturels et de loisirs voient le jour, comme l'Auditorium et Palais des Congrès ou le Musée des Beaux-Arts, qui a été récompensé pour son architecture. En 2008, la ville a accueilli les Jeux olympiques spéciaux, et en 2012, elle a été désignée Ville européenne du sport. Aujourd'hui, Castellón de la Plana (dont le nom officiel est depuis 2019 la version uniquement valencienne : Castelló de la Plana) est une capitale provinciale moderne et industrielle.

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Dictionnaire Villes et monuments
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