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Agadir

Agadir est une ville située dans le sud-ouest du Maroc, sur la côte atlantique, au nord du confluent de l'Oued Souss avec l'océan. Elle occupe une vaste plaine côtière qui s'ouvre sur une magnifique et vaste baie en croissant de lune, réputée pour sa longue plage de sable fin. Cette plaine est bordée au nord par la colline de l'ancienne Kasbah (Agadir Oufella), un promontoire rocheux qui domine la baie et offre un panorama exceptionnel, et s'étend vers le sud, s'aplatissant considérablement près de l'embouchure, souvent asséchée en été, de l'Oued Souss. À l'est et au sud-est, le paysage s'élève progressivement vers les contreforts de l'Anti-Atlas, chaîne de montagnes arides qui contribue à l'isolement relatif de la région du Souss des plaines intérieures du Maroc central. Plus au nord-est se profilent les massifs du Haut Atlas.

Le site d'Agadir est particulièrement favorable, profitant à la fois de la protection partielle de la baie (bien qu'ouverte sur l'Atlantique) et de l'accès à un arrière-pays potentiellement riche (la plaine du Souss). L'hydrographie autour de la ville est principalement marquée par l'Oued Souss au sud, un fleuve dont le débit varie considérablement selon les saisons et les précipitations dans les montagnes, et par quelques petits oueds ou canaux saisonniers comme l'Oued Lahwar ou Tildi au nord. L'approvisionnement en eau potable de la ville dépend de barrages et de nappes phréatiques situés plus en amont dans la vallée du Souss ou dans l'Anti-Atlas.

Le climat d'Agadir est de type méditerranéen à tendance semi-aride. Il est caractérisé par un ensoleillement exceptionnel tout au long de l'année, des hivers doux et agréables avec peu de précipitations concentrées sur quelques jours, et des étés chauds mais souvent tempérés par la brise marine et la proximité de l'océan Atlantique, ce qui la distingue des fortes chaleurs de l'intérieur. L'amplitude thermique est modérée grâce à l'influence océanique. Des remontées de sable saharien (chergui) peuvent occasionnellement affecter la qualité de l'air et les températures.

La situation géographique d'Agadir en a fait un port important historiquement, bien que son rôle ait évolué vers un port de pêche et de commerce, notamment pour l'exportation des produits agricoles de la riche plaine du Souss et des minerais de l'Anti-Atlas. Sa position sur la côte atlantique et son climat exceptionnel l'ont transformée en l'une des principales destinations touristiques du Maroc. La ville est un carrefour régional, connectée par des axes routiers majeurs (principalement la N1 et l'autoroute A7) à Marrakech au nord et à Tiznit/Laâyoune au sud, ainsi qu'à Taroudant et Ouarzazate vers l'est par la N8.

La géologie locale, située dans une zone sismique active, a marqué l'histoire récente de la ville avec le tremblement de terre dévastateur de 1960 qui a conduit à sa reconstruction sur un site légèrement décalé vers le sud, en respectant des normes parasismiques strictes, modifiant ainsi le tissu urbain et paysager par rapport à l'ancienne ville. Le relief plat de la majeure partie du site urbain moderne a facilité son expansion rapide et son aménagement selon un plan moderne.

Histoire d'Agadir.
Si le nom d'Agadir, qui signifie "grenier fortifié" ou "magasin commun" en berbère, suggère une longue tradition de stockage et de défense, les traces d'établissements humains significatifs près de l'embouchure de l'oued Souss sont difficiles à documenter avec précision pour les périodes les plus anciennes. Cependant, la région, fertile et bien placée sur les routes commerciales transsahariennes et maritimes, a sans doute été fréquentée et habitée depuis l'Antiquité. Des géographes comme Ptolémée mentionnent déjà des lieux dans cette zone.

La première apparition claire d'Agadir sur la scène de l'histoire mondiale remonte au début du XVIe siècle, non pas sous son nom actuel, mais par l'établissement des Portugais. Attirés par le potentiel commercial de la côte atlantique marocaine, notamment pour l'accès à l'or africain, aux épices et aux autres marchandises, les Portugais fondent en 1505 un comptoir et une forteresse qu'ils nomment Santa Cruz do Cabo de Gue (Sainte-Croix du Cap Ghir), juste au sud du Cap Ghir. Cette forteresse était stratégiquement située pour contrôler la baie et servir de base pour le commerce et la pêche. Autour de cette forteresse portugaise, une communauté locale se développa, mêlant pêcheurs, marchands et habitants.

La présence portugaise fut cependant de courte durée. Les Saadiens, une dynastie chérifienne originaire de la vallée du Souss, virent dans cette occupation étrangère une menace pour leur pouvoir émergent et une cible légitime pour le jihad. Le sultan Saadien Mohammed ech-Cheikh organisa le siège de Santa Cruz, qui tomba après une résistance acharnée en 1541. Cette victoire fut cruciale pour les Saadiens; elle leur apporta des armes, des ressources et renforça considérablement leur légitimité face aux Wattassides, leurs rivaux du nord. Agadir devint dès lors un symbole de la puissance saâdienne et un port majeur.

Sous les Saadiens, Agadir (souvent appelée Agadir n'Ighir, la forteresse sur la colline, ou Founti, du nom du village de pêcheurs au pied) connut son premier âge d'or. Le port se développa considérablement, devenant l'une des principales plaques tournantes du commerce entre le Maroc et l'Europe. Le sucre produit dans les plantations du Souss, l'or du Soudan, les épices, les cuirs et d'autres produits du Maroc et de l'intérieur des terres transitaient par Agadir pour être échangés contre des armes, des textiles, des métaux et d'autres marchandises européennes. Les navires anglais, néerlandais, français et autres fréquentèrent assidûment le port. C'est probablement à cette époque, ou peu après, que la célèbre Kasbah, la citadelle fortifiée surplombant la baie (Agadir Oufella), fut construite pour défendre le port et la ville naissante en contrebas.

Cependant, la prospérité d'Agadir dépendait du dynamisme de la dynastie régnante et de la configuration des routes commerciales. Après le déclin des Saadiens et l'avènement des Alaouites, l'importance d'Agadir commença à fluctuer. Les sultans alaouites, cherchant parfois à centraliser le commerce ou à favoriser d'autres ports plus au nord, comme Essaouira (Mogador) fondée par Sidi Mohammed Ben Abdallah au XVIIIe siècle, réduisirent l'activité d'Agadir. Le port déclina progressivement, bien qu'il conservât une activité régionale et une importance stratégique, comme en témoigne le maintien et le renforcement de la Kasbah.

Au début du XXe siècle, Agadir, bien que n'étant plus un grand centre de commerce international, restait un port potentiel d'intérêt stratégique. C'est ce qui fut dramatiquement illustré lors de la "Crise d'Agadir" en 1911. L'envoi par l'Allemagne de la canonnière Panther dans la baie d'Agadir, sous prétexte de protéger les intérêts allemands, fut en réalité une tentative de l'Empire allemand de contester l'influence française croissante au Maroc et de renégocier le partage de l'Afrique. Cette crise diplomatique majeure faillit déclencher un conflit européen et souligna, malgré son relatif isolement, l'importance géopolitique de la baie d'Agadir.

Sous le Protectorat français (instauré en 1912), Agadir commença à se développer de nouveau, mais comme un port régional et un centre administratif secondaire par rapport à Casablanca ou Safi. Une ville moderne commença à prendre forme au pied de la colline de la Kasbah, le long de la baie. Ce développement s'accéléra après la Seconde Guerre mondiale, avec l'essor de la pêche (Agadir devenant un port sardinier important) et un début de tourisme. La ville d'avant 1960 était un mélange de quartiers traditionnels comme Founti et Talborjt et de zones plus modernes, dominées par la Kasbah historique qui offrait une vue imprenable sur la ville et la baie.

Le destin d'Agadir fut scellé par une catastrophe le 29 février 1960. À 23h40, un violent tremblement de terre d'une magnitude d'environ 5,7 sur l'échelle de Richter, mais avec un hypocentre très peu profond, frappa la ville. L'effet fut dévastateur. Les quartiers les plus denses comme Talborjt et la vieille ville (Founti), ainsi que la Kasbah, furent littéralement rasés. Le bilan humain fut tragique, estimé entre 12 000 et 15 000 morts, voire plus, sur une population d'environ 45 000 habitants. L'horreur de la destruction fut immense. La Kasbah historique, témoin de siècles d'histoire, fut en grande partie détruite, ses murs s'effondrant et ensevelissant une partie de ses habitants.

Il fut décidé de reconstruire la ville, mais un peu plus au Sud. La nouvelle Agadir fut conçue comme une ville moderne, axée sur la fonctionnalité, la sécurité parasismique, et ouverte sur la mer. Des architectes et urbanistes du monde entier participèrent à son plan. La nouvelle ville se caractérisa par de larges avenues, des bâtiments bas (généralement pas plus de quatre étages), l'utilisation intensive du béton, et une organisation spatiale rationnelle, très différente des médinas traditionnelles marocaines.

Agadir renaquit de ses cendres. Le port fut reconstruit et modernisé. Le tourisme devint le moteur principal de son développement. Grâce à sa grande plage, son climat ensoleillé une grande partie de l'année et ses nouvelles infrastructures, Agadir s'imposa comme la première station balnéaire du Maroc, attirant des touristes du monde entier. La Kasbah fut partiellement restaurée, ses murs témoignant silencieusement de l'histoire ancienne et de la catastrophe. Un mémorial fut érigé pour commémorer les victimes du tremblement de terre. Très peu de la ville d'avant 1960 subsiste.

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Dictionnaire Villes et monuments
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