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Les langues scandinaves
Langues nordiques germaniques
Langues scandinaves Dano-suédois Danois, jutlandais
Suédois standard, dalécarlien, scanien.
Groupe occidental Norvégien : norvégien parlé (bokmaal, qui peut aussi être rattaché au dano-suédois), norvégien écrit (nynorsk).
Islandais, féroien, jamtlandais, 
Langues éteintes Vieux norrois, vieux danois, gutnish ancien, nornien, vieil islandais.
Les langues scandinaves sont, au sens strict, les langues germaniques du Nord parlées au Danemark (danois), en Norvège (norvégien) et en Suède (suédois), auxquelles s'ajoutent plusieurs langues insulaires comme l'islandais ou le féroien. Toutes ces langues descendent toutes du vieux norrois et constituent aujourd'hui un continuum linguistique relativement cohérent. Dans leur ensemble, les langues scandinaves modernes se distinguent par un système verbal relativement simple, une forte tendance à l'analytisme, la présence fréquente de postpositions pronominales (articles définis enclitiques) et une phonologie riche en voyelles. La proximité structurelle entre ces langues facilite la communication transfrontalière et nourrit une conscience linguistique partagée, tout en laissant place à des évolutions propres qui renforcent l'identité de chaque communauté nationale. 
• Le danois est historiquement central dans cet ensemble en raison de son influence politique et culturelle durant plusieurs siècles. Sa structure grammaticale est relativement simple, avec une perte marquée des flexions héritées du vieux norrois et une tendance à simplifier les terminaisons. Sa phonétique constitue l'un de ses traits les plus distinctifs : consonnes affaiblies, voyelles nombreuses et souples, et surtout le stød, phénomène prosodique comparable à une glottalisation qui modifie la réalisation syllabique. L'écart entre prononciation et orthographe y est souvent plus important que dans les autres langues scandinaves, ce qui peut représenter une difficulté pour les apprenants.

• Le suédois, langue majoritaire de la Scandinavie en nombre de locuteurs, se caractérise par l'existence d'accents tonals. Ces accents confèrent une courbe mélodique particulière aux mots et permettent de distinguer des unités lexicales autrement identiques. La syntaxe suit globalement les schémas germaniques traditionnels, mais avec une grande homogénéité dans l'usage des temps verbaux. Le suédois possède également des variantes régionales marquées, notamment en Scanie ou dans les régions septentrionales, bien que la norme standard soit largement comprise et diffusée par les médias.

• Le norvégien occupe une place singulière dans le paysage scandinave en raison de sa double norme écrite : le Bokmål, historiquement proche du danois en raison des siècles d'union politique, et le Nynorsk, élaboré au XIXe siècle à partir des dialectes de l'ouest afin de refléter une identité linguistique nationale distincte. Si ces deux normes coexistent dans les institutions, l'usage domestique varie selon les régions. Le norvégien est également réputé pour sa diversité dialectale, l'une des plus fortes d'Europe, au point que l'écart entre deux dialectes norvégiens peut parfois dépasser celui existant entre le norvégien et le suédois.

• Les langues scandinaves insulaires regroupent l'islandais et le féroïen. Elles sont beaucoup plus conservatrices que les langues continentales. 

+ L'islandais a très peu changé depuis l'époque médiévale : sa grammaire reste fortement flexionnelle, avec des déclinaisons de noms et une conjugaison verbale complexe, ce qui permet à un Islandais moderne de lire sans grande difficulté la littérature des sagas. 

+ Le féroïen, parlé dans l'archipel des Féroé, a également conservé des traits anciens, mais il s'est rapproché phonétiquement du danois en raison de contacts historiques. Sa prononciation, particulièrement riche en diphtongues, le rend parfois difficile à assimiler pour les locuteurs des autres langues nordiques.

Histoire des langues scandinaves.
Les langues scandinaves plongent leurs racines dans le germanique du Nord, la branche nordique du proto-germanique parlée dans la péninsule Scandinave et au Danemark à l'âge du fer. À partir du IIIe siècle de notre ère, ce germanique du Nord se différencie progressivement du germanique de l'Est et de l'Ouest grâce à des évolutions propres, notamment des changements vocaliques et des restructurations morphologiques qui annoncent la formation du vieux norrois. Sur les pierres runiques les plus anciennes, les inscriptions témoignent d'un système linguistique encore relativement homogène dans toute la région.

Entre le VIIIe et le XIe siècle, l'expansion viking favorise la diffusion du vieux norrois à travers l'Atlantique Nord, les îles Britanniques, l'Irlande et une partie du littoral continental. Cette période constitue l'apogée de l'unité linguistique nordique. À l'intérieur de la Scandinavie, le vieux norrois se présente en deux grandes variétés : le vieux norrois occidental, parlé en Norvège et dans les colonies atlantiques (Islande, Féroé), et le vieux norrois oriental, caractéristique du Danemark et de la Suède. Les deux variantes restent intercompréhensibles et partagent une grammaire très riche en flexions, avec quatre cas, plusieurs genres et un système verbal complexe. Les contacts avec les langues celtiques, slaves et anglo-saxonnes enrichissent leur vocabulaire, tandis que le commerce baltique consolide des échanges nordiques internes.

Du XIIe au XIVe siècle, l'évolution phonétique s'accélère. Les régions occidentales conservent largement la morphologie ancienne, alors que les régions orientales amorcent une simplification. Le vieux danois et le vieux suédois s'éloignent progressivement de la structure casuelle héritée, amorçant le passage à des systèmes plus analytiques. La christianisation introduit simultanément l'alphabet latin, ce qui modifie la manière de fixer la langue écrite et met fin à l'usage dominant des runes. Les premières traductions religieuses et chroniques locales constituent les premières étapes de normalisation linguistique.

Du XIVe au XVIe siècle, la formation de l'Union de Kalmar, puis la domination danoise sur la Norvège, renforcent l'influence du danois comme langue administrative et écrite. Le norvégien, alors fragmenté en dialectes, perd son statut littéraire : l'élite adopte le danois comme langue de prestige, ce qui influe durablement sur la formation du futur Bokmål. L'islandais et le féroïen, détachés de ces dynamiques politiques continentales, poursuivent une évolution interne plus conservatrice, préservant le morphosystème médiéval et une grande continuité lexicale. En Suède, parallèlement, l'essor politique et économique favorise la création d'une norme écrite autonome, préparant la standardisation du suédois moderne.

La période moderne, du XVIe au XIXe siècle, est marquée par les réformes religieuses, l'imprimerie et la centralisation des États nordiques. La Réforme luthérienne joue un rôle crucial, car les traductions de la Bible en danois (1550) et en suédois (1541) fixes à grande échelle des normes écrites qui influencent durablement la langue. Le suédois se consolide autour des usages de Stockholm, tandis que le danois se stabilise à Copenhague. La Norvège, toujours administrée depuis le Danemark jusqu'en 1814, développe une situation linguistique unique, oscillant entre usage écrit danois et pratiques dialectales locales. L'islandais, quant à lui, érige la préservation de la langue médiévale en norme culturelle, ce qui contribue à sa stabilité remarquable.

Au XIXe siècle, les mouvements nationalistes jouent un rôle déterminant dans la construction des langues modernes. En Norvège, un vaste débat oppose partisans de l'adaptation du danois aux usages norvégiens, qui donneront naissance au Bokmål, et défenseurs d'un renouveau fondé sur les dialectes, aboutissant au Nynorsk. Au Danemark et en Suède, des réformes orthographiques successives simplifient l'écriture. Les sciences linguistiques émergentes éclairent les liens historiques entre les langues scandinaves et renforcent la conscience d'un héritage commun.

Au XXe et au XXIe siècle, la convergence sociopolitique des pays nordiques accroît le contact interlinguistique, mais chaque langue consolide son identité nationale. Les réformes éducatives, les médias transnationaux, l'essor de l'anglais et les migrations récentes influencent les usages contemporains. Malgré ces changements, le continuum danois-norvégien-suédois demeure l'un des ensembles linguistiques les plus intercompréhensibles d'Europe, tout en reflétant des trajectoires historiques distinctes façonnées par les dynamiques politiques, culturelles et sociales de chaque pays.

Le vieux norrois et les autres variétés éteintes.
Le proto-norrois, parfois appelé nordique commun, représente la forme la plus ancienne de la langue scandinave, attestée entre environ le IIe et le VIIIe siècle. Il est connu par des inscriptions runiques en alphabet dit futhark ancien. Le proto-norrois montre une morphologie riche, un système vocalique complexe et une forte influence du proto-germanique, dont il dérive directement. C'est durant cette période que s'amorcent les premières mutations phonétiques qui conduiront à la formation du vieux norrois, notamment l'apparition progressive des diphtongues, des lenitions et des umlauts.

Le vieux norrois peut être considéré comme la langue scandinave médiévale par excellence. Toutefois, le vieux norrois lui-même n'est pas une langue strictement unifiée. Dès le IXe siècle, il se divise, on l'a dit, en deux branches principales : le vieux norrois occidental et le vieux norrois oriental. Le vieux norrois occidental, parlé en Norvège, en Islande et dans les colonies atlantiques, se caractérise par une conservation marquée des flexions nominales et verbales. Il est la langue des sagas islandaises, de l'Edda poétique et de la plupart des textes littéraires nordiques. Sa morphologie casuelle, ses verbes forts et faibles, sa richesse dérivationnelle et ses alternances vocaliques témoignent d'un degré de complexité typique des langues germaniques anciennes.

Le vieux norrois oriental, parlé au Danemark et en Suède, montre les premières tendances à la simplification qui prépareront les langues scandinaves continentales modernes. Les inscriptions runiques de cette période utilisent majoritairement le futhark récent, qui réduit drastiquement le nombre de runes, entraînant ambiguïtés et variations orthographiques. Les transformations phonétiques y sont plus rapides que dans l'ouest, notamment la réduction des diphtongues et la simplification des terminaisons casuelles. Cette langue constitue l'ancêtre direct du vieux danois et du vieux suédois.

Le vieux danois, utilisé du XIIe au XIVe siècle, représente une langue en transition vers les formes médiévales tardives du danois. On y observe une perte progressive des cas, l'affaiblissement de nombreuses consonnes et la préparation d'une structure syntaxique plus analytique. Le vieux suédois, de la même période, suit un mouvement similaire mais conserve plus longtemps certaines distinctions morphologiques, comme le maintien partiel des cas et une structure phonétique plus nette que celle du danois. Ces deux langues sont aujourd'hui considérées comme éteintes, bien qu'elles soient les ancêtres directs des idiomes modernes.

Le gutnish ancien (vieux gotlandais) constitue un cas particulier. Parlé sur l'île de Gotland, il formait une branche distincte au sein du vieux norrois oriental. Sa phonologie et sa morphologie présentent de nombreux archaïsmes absents dans le danois et le suédois anciens. Il se distingue notamment par la conservation de diphtongues primitives et de traits lexicaux uniques. Bien que le gutnish moderne existe encore comme dialecte fortement marginalisé, la langue médiévale qui en est l'ancêtre est considérée comme éteinte.

Le norn, langue parlée dans les Orcades, les Shetland et peut-être dans certaines zones des Hébrides, représente l'un des développements les plus particuliers du vieux norrois occidental. Introduit par les colons norvégiens au Moyen Âge, le norn a évolué de manière autonome durant plusieurs siècles et a été influencé par le gaélique et l'écossais. Il s'est éteint au XVIIIe ou XIXe siècle. Ses derniers témoignages sont des fragments de poésie, quelques prières, des listes de mots et des toponymes. Sa phonologie était plus proche du féroïen et de l'islandais que des langues continentales.

Le vieil islandais, bien qu'historiquement une forme de vieux norrois occidental, est parfois évoqué comme langue distincte en raison de son rôle littéraire et de sa très forte continuité avec l'islandais moderne. Toutefois, en tant que langue spécifique du Moyen Âge, il est considéré comme éteint, même si l'islandais actuel demeure relativement proche du stade médiéval.

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