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La langue norvégienne
Le norvégien est une langue germanique du groupe des langues nordiques, aux côtés du suédois, du danois, de l'islandais et du féroïen. Elle trouve son origine dans le vieux norrois, langue parlée par les peuples vikings jusqu'au XIIIe siècle, qui couvrait un vaste espace allant de la Scandinavie à l'Islande, au Groenland et même à certaines régions des îles britanniques. L'évolution du norvégien est étroitement liée à l'histoire politique du pays, notamment à la longue union avec le Danemark, qui a fortement influencé sa forme écrite et sa structure linguistique.

À la suite de la domination danoise, du XIVe au début du XIXe siècle, le danois est devenu la langue de l'administration, de la culture et de la littérature en Norvège, tandis que le peuple continuait de parler des dialectes norvégiens très variés. Après la fin de l'union en 1814 et la formation d'un État norvégien autonome, la question linguistique est devenue centrale pour l'affirmation de l'identité nationale. Deux formes écrites du norvégien ont alors émergé : le BokmÃ¥l, dérivé du danois écrit adapté à la prononciation norvégienne, et le Nynorsk, élaboré au XIXe siècle par Ivar Aasen à partir des dialectes ruraux de l'Ouest du pays. Ces deux normes coexistent encore aujourd'hui et ont un statut officiel égal.  Elles reflètent deux conceptions de la langue.

• Le BokmÃ¥l, utilisé par la majorité de la population, se rapproche du danois par sa simplification morphologique et son lexique urbain, tout en intégrant des traits phonétiques et syntaxiques typiquement norvégiens. Il est la langue dominante dans les médias, l'administration et la vie urbaine. 

• Le Nynorsk, plus éloigné du danois, avec des distinctions de genre plus strictes, des terminaisons verbales plus variées et un vocabulaire davantage fondé sur les dialectes traditionnels. Il vise à représenter un norvégien « authentique », enraciné dans la culture paysanne et les traditions linguistiques nationales. Il est surtout employé dans certaines régions de l'ouest et du centre du pays, ainsi que dans l'enseignement, où les élèves apprennent à lire et à écrire dans les deux formes.

La grammaire norvégienne, comme celle des autres langues scandinaves, se caractérise par une relative simplicité morphologique héritée de la simplification progressive du vieux norrois, tout en conservant certaines structures germaniques fondamentales. Elle repose sur un ordre des mots assez régulier, une flexion modérée et un système de genres et de détermination bien défini.

Le norvégien se distingue par une prononciation mélodique, parfois décrite comme chantante, marquée par l'accent de hauteur, une caractéristique partagée avec le suédois. Sa phonétique varie sensiblement d'une région à l'autre, car les dialectes norvégiens demeurent très vivants et valorisés socialement. Ces dialectes présentent des différences notables dans la prononciation, le vocabulaire et la grammaire, mais restent largement intercompréhensibles.  Le système phonologique comprend environ 9 voyelles orales (a, e, i, o, u, y, æ, ø, Ã¥) avec des oppositions de longueur phonémique, ainsi que 18 à 20 consonnes. La longueur des voyelles et la position de l'accent sont phonologiquement distinctives : tak ( = toit) et takk ( = merci) diffèrent par la durée de la consonne. L'accent est tonique et peut être lexicalement contrastif selon les dialectes : bønder ( = paysans) vs bønner ( = haricots).

Les noms ont trois genres : masculin, féminin et neutre. Dans le bokmål standard, le féminin tend à être remplacé par le masculin, mais subsiste dans l'usage populaire et en nynorsk. Le singulier défini et le pluriel sont marqués par des suffixes. Pour un nom masculin : en bil ( = une voiture), bilen ( = la voiture), biler ( = des voitures), bilene ( = les voitures). Pour un nom féminin : ei bok ( = un livre), boka ( = le livre), bøker ( = des livres, bøkene ( = les livres). Pour un nom neutre : et hus ( = une maison), huset ( = la maison =), hus ( = des maisons »), husene ( =les maisons).

Les articles définis sont suffixés au nom, tandis que les articles indéfinis précèdent le nom : en/ei/et au singulier, aucun article indéfini au pluriel. L'article défini indépendant (den, det, de) peut être ajouté pour l'emphase ou avec un adjectif : den store bilen ( = la grande voiture).

Les adjectifs précèdent le nom et s'accordent en genre, nombre et détermination. L'adjectif indéfini masculin/féminin singulier est sous sa forme de base : en stor bil (= une grande voiture). Le neutre ajoute -t : et stort hus. Le pluriel ajoute -e : store biler. Devant un nom défini, l'adjectif prend toujours -e et l'article défini détaché : den store bilen. Les comparatifs se forment régulièrement avec -ere et les superlatifs avec -est(e) : stor, større, størst.

Les pronoms personnels sont : jeg ( = je), du ( = tu), han (= il), hun ( = elle), vi ( = nous), dere ( = vous), de ( = ils/elles). Leurs formes objets sont : meg, deg, ham/han, henne, oss, dere, dem. Les possessifs s'accordent en genre et peuvent précéder ou suivre le nom : min bil / bilen min ( = ma voiture). Les formes sont : min, mi, mitt, mine selon le genre et le nombre.

Les verbes norvégiens ne se conjuguent pas selon la personne ou le nombre. Ils se divisent en classes régulières (faibles) et irrégulières (fortes). Le verbe régulier au présent se forme avec -r ajouté au radical : Ã¥ snakke ( = parler), snakker ( = parle). Le passé des verbes faibles se marque par -et ou -te selon la finale du radical : snakket ( = parla), kysste ( =  embrassa). Le participe passé ajoute -t ou -et. Les verbes forts marquent le passé par modification de la voyelle : Ã¥ skrive ( = écrire), skrev, skrevet.

Le présent exprime à la fois l'action actuelle et l'action habituelle. Le futur est formé avec skal ou vil + infinitif : jeg skal gå ( = j'irai), jeg vil spise ( = je veux / vais manger). Le parfait se forme avec har + participe passé, et le plus-que-parfait avec hadde + participe passé : jeg har snakket ( = j'ai parlé), jeg hadde snakket (= j'avais parlé). Le passif s'exprime par -s ajouté au verbe ou par bli + participe passé : boken leses ( = le livre est lu), boken blir lest ( = le livre est en train d'être lu).

La négation se fait avec ikke : jeg snakker ikke ( = je ne parle pas). Les adverbes de négation et de modalité se placent après le verbe conjugué ou après le sujet selon la structure.

L'ordre des mots suit le principe germanique du verbe en seconde position (V2) dans les phrases principales. Ainsi, l'ordre neutre est sujet-verbe-complément : Jeg spiser epler ( =  je mange des pommes). Mais si un autre élément est placé en tête, le verbe vient ensuite : I dag spiser jeg epler ( = Aujourd'hui, je mange des pommes). Dans les subordonnées, le verbe conjugué est repoussé à la fin : Jeg vet at du liker kaffe ( = Je sais que tu aimes le café).

Les particules de subordination sont : at ( = que), hvis ( = si), fordi ( =  parce que), nÃ¥r ( = quand), som ( = qui, que, pour les relatives). Som introduit la proposition relative : mannen som snakker ( = l'homme qui parle).

Les prépositions gouvernent généralement l'accusatif ou le datif anciennement, mais sans distinction morphologique aujourd'hui. Les plus fréquentes sont i ( = dans), på ( = sur, à), til ( = vers, à), fra ( = de), med ( = avec), om ( = à propos de), for ( = pour), av ( = de, par).

Les adverbes se forment souvent par ajout de -t à l'adjectif neutre : snill ( = gentil), snilt ( = gentiment). L'ordre adverbial suit la hiérarchie : temps - manière - lieu - direction.

Le lexique norvégien puise dans le fonds germanique commun, mais il comporte également de nombreux emprunts au danois, à l'allemand et, plus récemment, à l'anglais, notamment dans les domaines technologique et culturel. Les mots issus des dialectes ruraux apportent une grande richesse expressive et témoignent d'une relation étroite avec la nature et les traditions nordiques. La littérature norvégienne, qui s'est développée pleinement à partir du XIXe siècle avec des écrivains comme Henrik Ibsen, Bjørnstjerne Bjørnson et plus tard Knut Hamsun, a contribué à affirmer le prestige de la langue et à en diversifier les registres stylistiques.

La négation et les particules modales (comme jo, da, vel, nok) ont un rôle pragmatique fort : jo exprime la contradiction affirmative (Jo, det er sant! = Si, c'est vrai!), da atténue ou marque la conclusion (Kom da!  = Viens donc!).

Le lexique norvégien est essentiellement d'origine germanique, partagé avec le danois et le suédois, mais contient des emprunts au bas allemand, au français et à l'anglais. La morphologie dérivationnelle utilise des suffixes productifs comme -het (abstraction : frihet = liberté), -skap (état : vennskap = amitié), -else (action : forståelse = compréhension).

Le système pronominal et verbal dépourvu d'accord, la déclinaison nominale simple, et la syntaxe rigide à verbe en deuxième position donnent au norvégien une structure claire et régulière, comparable à celle du suédois. La langue conserve un équilibre entre héritage germanique ancien et simplification analytique moderne.

Aujourd'hui, la langue norvégienne est parlée par environ cinq millions de personnes, presque exclusivement en Norvège, mais elle occupe une place forte dans la culture nordique. Elle est enseignée dans le système scolaire avec une attention particulière portée à la compréhension des deux normes écrites et à la tolérance envers les variétés dialectales. L'État norvégien soutient activement la coexistence du Bokmål et du Nynorsk, bien que des débats persistent sur leur usage respectif et sur l'éventuelle unification linguistique.

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