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La langue suédoise
Le suĂ©dois est une langue germanique du Nord appartenant au groupe scandinave oriental, au mĂŞme titre que le danois. Elle est parlĂ©e principalement en Suède et dans certaines rĂ©gions de Finlande, oĂą elle dispose d'un statut officiel. 

La langue suédoise tire son origine du vieux norrois, la langue commune parlée dans l'ensemble du monde scandinave durant l'Âge viking. À cette époque, les variétés dialectales étaient encore largement intercompréhensibles, même si des différences régionales commençaient à émerger entre les régions orientales (correspondant à la Suède et au Danemark actuels) et les régions occidentales, ancêtres des parlers norvégiens. Ce vieux norrois oriental, parlé entre le VIIIe et le XIe siècle, constitue la base du suédois médiéval.

À partir du XIIe siècle, l'influence du latin, langue de l'Église et de l'administration, ainsi que du bas allemand, langue des marchands de la Ligue hanséatique, commence à transformer profondément le lexique et la morphologie du suédois. C'est la période du vieux suédois, marquée par la rédaction des premières lois provinciales en langue vernaculaire, comme les lois du Västgötaland et d'Östergötland. La structure grammaticale y demeure encore très proche de celle du vieux norrois, avec un système de déclinaisons à quatre cas, trois genres grammaticaux et un verbe richement fléchi. Au fil des siècles, ce système se simplifie : les cas disparaissent progressivement, les genres se réorganisent et l'ordre des mots se stabilise. La forte présence du bas allemand dans les villes introduit une multitude de termes commerciaux, juridiques et administratifs qui s'intègrent durablement au vocabulaire suédois.

Le XVIe siècle marque la transition vers le moyen suédois. Le règne de Gustave Vasa favorise la centralisation politique et l'uniformisation linguistique. L'introduction de l'imprimerie joue un rôle décisif : la traduction de la Bible en 1541, dite Bible de Gustav Vasa, fixe une première forme de langue standard et influence la prononciation, l'orthographe et la syntaxe pour les siècles suivants. Les réformes religieuses du protestantisme accentuent l'usage du suédois dans les domaines où le latin dominait auparavant. Durant cette période, l'orthographe reste cependant fluctuante, reflétant encore divers usages régionaux.

Au XVIIe et XVIIIe siècles, l'expansion politique de la Suède en mer Baltique et l'affirmation d'une administration centralisée contribuent à diffuser une variété plus homogène de la langue. L'influence du français se fait sentir dans la noblesse, l'armée, les sciences et la culture. En 1786, la fondation de l'Académie suédoise marque une étape essentielle : cette institution est chargée de développer et réguler la langue, mission qu'elle poursuit encore aujourd'hui. La langue suédoise moderne commence à prendre forme avec la publication du dictionnaire officiel, entreprise sur plusieurs décennies.

Le XIXe siècle voit une transformation profonde du suédois. L'industrialisation et l'urbanisation créent un besoin d'un langage plus uniforme, enseigné à l'école et utilisé dans la presse. Les dialectes ruraux commencent à reculer face au suédois standard, qui se construit à partir des dialectes du centre-est, particulièrement ceux de la région de Stockholm. La réforme orthographique de la fin du siècle introduit des simplifications importantes et stabilise l'écriture moderne.

Au XXe siècle, la langue continue d'évoluer sous l'effet des médias, de l'école obligatoire et de la mobilité sociale. L'influence de l'anglais devient prépondérante, se renforçant après la Seconde Guerre mondiale et plus encore avec la mondialisation et l'essor des technologies numériques. Le suédois adopte de nombreux emprunts, souvent dans les domaines scientifique, technique et culturel, tout en développant des équivalents propres dans certains cas. En 2009, une loi linguistique établit officiellement le suédois comme langue principale de la Suède, garantissant son rôle dans l'administration, l'éducation et la vie publique.

La grammaire du suédois.
La grammaire du suédois se distingue par une structure relativement régulière et analytique, tout en conservant certains traits germaniques hérités du vieux norrois. Les catégories grammaticales sont moins nombreuses que dans d'autres langues germaniques, mais elles interagissent de manière précise à travers un système de genres, de déterminations et de suffixes typiques.

Le système nominal repose sur deux genres : le genre commun et le genre neutre. Cette répartition, issue de la fusion historique des genres masculin et féminin, influence l'emploi des articles et des adjectifs. Le suédois utilise un système de détermination double, associant un article indéfini placé avant le nom et un suffixe défini ajouté au nom lui-même. Ainsi, le genre commun utilise l'indéfini en et un suffixe défini en -en, tandis que le neutre utilise ett et un suffixe -et. Au pluriel, la détermination définie se marque par un article préposé (de) et une terminaison plurielle. Les pluriels se répartissent en plusieurs classes morphologiques, avec des terminaisons comme -or, -ar, -er, -n ou aucune marque, parfois avec alternances vocaliques internes.

Les adjectifs varient selon le genre, le nombre et la détermination. Au singulier indéfini, ils adoptent la forme de base pour le genre commun et une forme en -t pour le neutre. Au pluriel et dans les formes définies, ils prennent la terminaison -a. Lorsqu'ils précèdent un nom défini, les adjectifs exigent le marqueur défini den, det ou de, même si le nom porte déjà son suffixe défini, un phénomène appelé double détermination. Les adjectifs peuvent aussi former des degrés de comparaison réguliers en -are (comparatif) et -ast (superlatif), avec quelques formes irrégulières héritées de l'ancienne langue.

Le système pronominal distingue les personnes, les genres et les formes sujet / objet. Contrairement à certaines langues germaniques, il ne marque pas de déclinaison casuelle complexe, mais utilise des pronoms objets spécifiques. Les pronoms possessifs fonctionnent comme des adjectifs et s'accordent avec le nom possédé. Le suédois dispose également d'un pronom réflexif spécifique sig pour la troisième personne, utilisé dans de nombreuses constructions.

Les verbes suédois sont particulièrement simples, car ils ne s'accordent ni en personne ni en nombre. La conjugaison s'organise autour de quelques catégories temporelles principales : présent, prétérit, supin et participe passé. Le supin, toujours utilisé avec l'auxiliaire ha, forme les temps composés. Les verbes se répartissent en quatre groupes de conjugaison selon la terminaison et la formation du prétérit. Le suédois distingue la voix active et la voix passive, cette dernière construite soit avec le suffixe -s, soit avec l'auxiliaire bli suivi du participe passé. Les verbes à particule jouent un rôle fondamental : une particule adverbiale modifie entièrement le sens du verbe de base et occupe une position syntaxique spécifique.

La syntaxe repose sur un ordre des mots de type SVO, mais avec une règle particulière appelée inversion verbale : en phrase déclarative, le verbe finit toujours en deuxième position, même si un complément est placé en tête de phrase. Cette propriété entraîne une alternance fréquente entre ordre canonique et ordre inversé. La négation et les adverbes grammaticaux apparaissent généralement après le verbe conjugué dans les phrases simples, mais leur position peut changer dans les propositions subordonnées. Les propositions relatives utilisent le pronom som pour la quasi-totalité des cas, avec un système simplifié comparé à d'autres langues germaniques.

Le suĂ©dois possède deux accents tonals, qui produisent des variations mĂ©lodiques significatives et peuvent distinguer des paires de mots autrement identiques. Ces accents ne sont pas marquĂ©s Ă  l'Ă©crit mais font partie intĂ©grante de la morphologie et de la syntaxe prosodique de la langue. 

La phonologie comprend neuf voyelles, chacune pouvant être longue ou courte, auxquelles s'ajoutent des diphtongues limitées. La longueur vocalique influence souvent la qualité articulatoire, et la place de l'accent primaire est en général stable, portée sur la première syllabe lexicale.

Le vocabulaire comprend des mots anciens d'origine germaniques, mais intègre également de nombreux emprunts, notamment au bas allemand, au français et à l'anglais. L'influence anglophone contemporaine est très marquée dans les domaines technologiques et culturels. L'écriture suédoise utilise l'alphabet latin auquel s'ajoutent trois lettres spécifiques : å, ä et ö, qui possèdent chacune une prononciation distincte.

Les dialectes du suédois.
Si le suédois standard domine largement l'espace public et médiatique, la mosaïque dialectale demeure un élément essentiel du patrimoine linguistique scandinave. Les dialectes du suédois sont issus de la fragmentation du vieux norrois et de l'évolution propre aux différentes régions du territoire suédois. Malgré l'influence unificatrice du suédois standard moderne, les dialectes traditionnels conservent des traits phonétiques, lexicaux et grammaticaux qui permettent encore aujourd'hui de les regrouper en grandes zones distinctes. On identifie généralement six groupes dialectaux, chacun comprenant des variantes locales parfois très différenciées, bien que majoritairement mutuellement intelligibles.

Les dialectes du Götaland.
Les dialectes du Götaland couvrent la majeure partie du sud-ouest et du centre-sud du pays. Ils se caractérisent par un rythme prosodique assez marqué, une réalisation particulière des consonnes rétroflexes issues de la combinaison de /r/ avec d'autres consonnes, et un système vocalique parfois plus ouvert que celui du suédois standard. Dans cette zone, certains parlers, comme ceux du Västergötland ou du Bohuslän, se rapprochent plus du norvégien dans leur intonation. Le dialecte scanien, historiquement influencé par le danois en raison de l'appartenance ancienne de la Scanie au royaume danois, présente une intonation plate, une forte affrication de certaines consonnes et plusieurs particularités lexicales propres.

Les dialectes du Svealand.
Les dialectes du Svealand, parlés dans le centre du pays, notamment autour de Stockholm et du Mälaren, constituent le socle sur lequel s'est construit le suédois standard. Ils se caractérisent par la présence d'un accent tonal bien marqué, d'une palatalisation de certaines consonnes et de voyelles antérieures arrondies fréquentes. Même si la région est fortement standardisée, des traces dialectales subsistent dans le vocabulaire et les tournures syntaxiques des zones rurales du Dalarna ou du Värmland.

Les dialectes du Norrland.
Les dialectes du Norrland couvrent un vaste territoire septentrional. Ils présentent des traits archaïques et des influences des langues sames (sami) et du finnois, notamment dans le rythme, certaines constructions grammaticales et le lexique. Les voyelles sont souvent plus longues, et la distinction entre les deux accents tonals peut être moins prononcée que dans le sud. Les dialectes méridionaux du Norrland restent plus proches du suédois standard, tandis que ceux du nord, comme dans le Västerbotten ou le Norrbotten, présentent une intonation plus plate et l'usage récurrent de particules spécifiques.

Les dialectes du Finlande suédophone.
Les dialectes parlés par la minorité suédophone de Finlande, présentent une grande homogénéité interne, résultat de l'usage administratif ancien et d'un enseignement stable. La prononciation y est souvent perçue comme plus claire et plus conservatrice, avec des voyelles distinctes et une articulation moins relâchée qu'en Suède. Malgré une base commune, des différences notables existent entre les parlers de la côte ouest finlandaise, ceux d'Åland et ceux de la région d'Ostrobotnie, où subsistent des mots et structures très anciens.

Les dialectes gutniques de l'île de Gotland.
Les dialectes gutniques de l'île de Gotland constituent un groupe à part. Le gutniska n'est pas simplement un dialecte moderne, mais l'héritier d'une branche ancienne du norrois oriental, ce qui en fait une variété très originale. Il présente des évolutions phonétiques propres, une grammaire partiellement distincte et un lexique contenant de nombreux archaïsmes absents du suédois standard. Bien que le gutnique soit aujourd'hui largement supplanté par le suédois standard insulaire, il reste vivant dans des contextes culturels et chez certains locuteurs.

Les dialectes ruraux anciens.
Les parlers dits véritables dialectes suédois traditionnels, souvent regroupés sous l'étiquette de “dialectes ruraux anciens”, sont présents en petites poches dispersées, principalement dans le Dalarna (comme l'elmho), dans certaines vallées isolées ou régions montagneuses. Ces parlers conservent des traits médiévaux tels que des diphtongues anciennes, des systèmes de déclinaisons plus développés ou des caractéristiques prosodiques très éloignées du suédois standard, au point de devenir difficiles à comprendre pour les Suédois non familiers.

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