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La langue danoise
Le danois (dansk) est une langue indo-européenne, qui apartient au rameau nordique (scandinave) du groupe des langues germaniques. Sa généalogie remonte au vieux norrois, la langue commune des populations  scandinaves médiévales. Cette parenté explique une forte proximité structurelle et lexicale avec les autres langues scandinaves, même si son évolution phonétique l'a rendue sensiblement plus opaque à l'oral. Le danois est aujourd'hui la langue officielle du Danemark et l'une des langues officielles des îles Féroé au sein de l'administration; il est également employé au Groenland dans un cadre institutionnel.

La langue danoise, parlée par près de 6 millions de personnes, présente une norme standard bien établie, issue historiquement du parler de Copenhague. Les dialectes régionaux subsistent mais sont largement nivelés par l'influence des médias, de la mobilité et de l'école. Les variétés les plus distinctes, notamment du Jutland occidental ou des îles méridionales, conservent des traits phonologiques et prosodiques traditionnels, mais la compréhension mutuelle reste généralement élevée.

La phonologie danoise est connue pour son degré élevé de réduction consonantique et vocalique, ce qui a pour effet un écart marqué entre la forme écrite et la forme parlée. Un trait distinctif est le stød, une sorte de coup de glotte ou de relâchement laryngé caractéristique, qui joue un rôle phonémique et peut distinguer des mots. Le système vocalique comprend de nombreuses voyelles et diphtongues, avec une opposition systématique entre voyelles longues et brèves. Les consonnes, quant à elles, présentent souvent des articulations affaiblies, notamment les occlusives sonores dans certaines positions.  Les locuteurs norvégiens et suédois comprennent relativement bien le danois écrit, mais rencontrent souvent davantage de difficultés face au danois parlé en raison de ses réductions phonétiques. Malgré cela, les trois langues conservent un degré de proximité remarquable et sont au coeur d'un espace linguistique nordique historiquement intégré.

Le lexique danois tire son socle principal du germanique commun et du vieux norrois, mais comporte des emprunts importants au bas-allemand à partir du Moyen Âge, période durant laquelle la Hanse exerce une forte influence culturelle et économique. L'époque moderne apporte des apports français, particulièrement dans les domaines de l'art, de la cuisine et de la diplomatie, puis anglais, dont l'importance s'est accentuée depuis le XXᵉ siècle dans les registres technologique et commercial. Malgré ces emprunts, le cœur du vocabulaire reste nettement nord-germanique.

L'écriture danoise utilise l'alphabet latin avec l'ajout des lettres æ, ø et å, cette dernière ayant remplacé au XXᵉ siècle l'ancien digramme aa. L'orthographe reflète en grande partie un état phonologique antérieur et ne rend pas systématiquement les nombreuses réductions de l'oral, ce qui contribue à la réputation de difficulté de la prononciation danoise pour les apprenants.

La grammaire danoise.
La grammaire danoise se caractérise par une morphologie relativement simple et majoritairement analytique, combinée à des règles syntaxiques strictes typiques des langues germaniques du Nord. Sa structure repose sur un système modéré de flexions nominales, une conjugaison verbale dépourvue de marques personnelles et un ordre des mots très régulé.

Le système nominal distingue deux genres grammaticaux : le genre commun et le genre neutre. Cette bipartition résulte de la fusion ancienne des genres masculin et féminin hérités du vieux norrois. Le marquage de la détermination s'effectue essentiellement au moyen d'un suffixe défini postposé, qui s'ajoute directement au nom. Pour exprimer la forme définie avec un adjectif, un article défini préposé est utilisé et le nom reste sous sa forme non suffixée. Le pluriel se forme de manière variée selon des schémas productifs en -er, -e ou sans flexion, avec des exceptions lexicalisées. Les noms peuvent aussi prendre un -s pour exprimer le génitif, souvent réservé aux constructions concises et aux marqueurs d'appartenance.

Les adjectifs danois présentent une flexion limitée mais régulière. En position attributive, ils apparaissent généralement sous leur forme de base. En position épithète, ils s'accordent en genre et en détermination : un adjectif prend une marque spécifique lorsqu'il qualifie un nom neutre singulier dans une construction indéfinie, et une marque distincte dans la forme définie ou au pluriel. Le système reste cependant nettement moins complexe que celui du vieux norrois ou de certaines autres langues germaniques plus conservatrices.

Les pronoms personnels comportent des formes sujet, objet et possessives, avec des distinctions entre les formes clitiques et accentuées. Les démonstratifs, interrogatifs et indéfinis suivent des modèles flexionnels simples, tout en respectant le système binaire de genres. Les articles, tant définis qu'indéfinis, jouent un rôle central dans la mise en place de la structure nominale.

La morphologie verbale est l'un des aspects les plus simples du danois moderne. Il n'existe aucune flexion personnelle : un verbe possède une seule forme pour toutes les personnes et tous les nombres. Les distinctions temporelles reposent essentiellement sur le présent, le prétérit et des formes périphrastiques pour le futur ou la valeur modale. Le parfait et le plus-que-parfait se construisent à l'aide d'auxiliaires et de participes passés. La distinction entre verbes forts et verbes faibles persiste, les premiers formant leur prétérit et leur participe par changement vocalique, les seconds par suffixation régulière. Les verbes modaux suivent des schémas propres, souvent hérités de formes irrégulières.

La syntaxe danoise est régie par le principe du verbe en seconde position dans les propositions principales. L'ordre des mots fondamental est SVO (sujet-verbe-objet), mais il peut être modifié selon la focalisation ou la structure informationnelle tant que la règle du verbe en seconde position est respectée. Les adverbes jouent un rôle important dans l'organisation syntaxique : leur position, notamment par rapport au verbe conjugué et au groupe verbal, est codifiée. Dans les subordonnées, l'ordre des mots bascule vers SOV ou, plus précisément, vers un placement du verbe conjugué après l'ensemble du groupe verbal, conformément aux principes germaniques traditionnels.

Les prépositions introduisent des compléments sans déclinaison du nom, confirmant le caractère analytique de la langue. Les constructions passives se forment soit par une forme analytique avec blive, qui indique un changement d'état, soit par une forme stative avec være, associée à un état résultant.

La grammaire danoise s'appuie enfin sur un système important de particules adverbiales qui contribuent à la nuance aspectuelle, modale ou discursive de la phrase. L'interaction entre ces particules et l'ordre des mots constitue un élément clé de la maîtrise de la syntaxe danoise, notamment en contexte subordonné.

L'histoire du danois.
L'histoire de la langue danoise s'inscrit dans l'évolution des langues germaniques du Nord et trouve ses racines dans le vieux norrois, la langue commune parlée en Scandinavie durant l'ère viking. À l'époque où les populations scandinaves s'étendaient à travers la mer du Nord et l'Atlantique, le vieux norrois formait un continuum linguistique relativement homogène. À partir du IXe siècle, des différenciations régionales commencent toutefois à apparaître entre les variétés occidentales (futur norvégien et féroïen), insulaires (islandais) et orientales (futur danois et suédois).

La phase dite du vieux norrois oriental s'impose au Danemark et dans le sud de la Suède médiévale. Cette variété présente déjà des tendances qui distingueront plus tard le danois, notamment la réduction progressive des consonnes finales et un affaiblissement vocalique. Les premiers textes danois datent du XIIe siècle, principalement sous forme de lois régionales (comme les lois de Scanie), de chartes ou d'inscriptions runiques tardives. Le latin demeure la langue de l'Église et de l'administration supérieure, mais le vernaculaire gagne progressivement du terrain.

Entre le XIIIe et le XVe siècle, le danois subit une forte influence du bas-allemand en raison de la domination économique de la Hanse et de l'implantation importante de marchands et artisans germaniques. Ces contacts introduisent un grand nombre d'emprunts dans les domaines de l'urbanisme, du commerce, du droit et de l'administration. Parallèlement, l'orthographe commence à se fixer sous l'effet des premières traditions littéraires, même si elle reste largement influencée par les conventions allemandes.

La Réforme protestante au XVIe siècle joue un rôle décisif dans l'histoire linguistique du Danemark. La traduction de la Bible en danois par Christiern Pedersen et l'unification religieuse sous le luthéranisme renforcent considérablement l'usage du danois comme langue liturgique, éducative et administrative. Cette période marque également le début d'une standardisation plus consciente, portée par la chancellerie royale et le développement d'une littérature danoise plus systématique.

Du XVIIe au XVIIIe siècle, le danois continue d'évoluer phonétiquement, notamment par une accentuation des réductions consonantiques et vocaliques qui finiront par créer un écart notable entre la langue écrite et la langue parlée. La capitale, Copenhague, exerce une influence croissante, et son parler urbain devient progressivement la base du danois standard. Cette centralisation linguistique se renforce encore à mesure que l'administration et l'imprimerie s'y concentrent.

Au XIXe siècle, la montée du nationalisme romantique stimule une nouvelle attention portée à la langue. On assiste à une modernisation lexicale, à un intérêt pour les dialectes régionaux et à l'affermissement des normes orthographiques. Les réformes éducatives étendent l'enseignement du danois à toutes les couches de la population, consolidant la diffusion d'un standard national. Le danois influence également le norvégien écrit, notamment dans la forme dite riksmål, héritage historique de la domination danoise sur la Norvège jusqu'en 1814.

Le XXe siècle voit une poursuite de la standardisation et une réforme orthographique importante qui introduit, comme on l'a dit plus haut, la lettre å en remplacement du digramme aa dans la plupart des mots. Les dialectes traditionnels reculent face à l'essor des médias, de l'urbanisation et de l'école. L'influence de l'anglais s'intensifie, en particulier dans les domaines scientifique, technique et culturel, sans remettre en cause la structure morphosyntaxique germanique du danois.

Les variétés dialectales du danois.
La variation dialectale du danois s'organise autour d'un ensemble de parlers régionaux hérités des anciennes divisions médiévales du royaume. Malgré un nivellement considérable dû aux médias, à l'urbanisation et à l'école, ces variétés présentent encore des traits phonétiques, prosodiques et lexicaux distincts. La majorité des différences portent sur la réalisation des voyelles, la présence ou l'absence du stød, les rythmes d'intonation et certaines particularités grammaticales mineures.

Sur le plan grammatical, les dialectes présentent aussi quelques nuances, mais celles-ci n'affectent pas la compréhension mutuelle. La majorité des variations concerne la présence ou non de formes anciennes de pluriel, l'usage de pronoms spécifiques et des constructions verbales locales. Le lexique régional reste riche dans les domaines ruraux et maritimes, incluant des termes traditionnels liés à l'agriculture, à la pêche et aux environnements insulaires, bien que ces éléments tendent à reculer sous l'effet du standard.

Le groupe dialectal du Jutland constitue l'ensemble le plus diversifié. Le parler du Jutland occidental se distingue par un système vocalique plus conservateur, une réduction plus faible des consonnes et, dans plusieurs zones, l'absence ou la limitation du stød. Les parlers jutlandais tendent également à réduire ou supprimer certaines marques grammaticales présentes dans le danois standard, tout en conservant des tournures syntaxiques plus archaïques. Dans le Jutland septentrional, on observe des intonations montantes plus marquées et l'usage de formes lexicales locales provenant de contacts historiques avec les parlers scandinaves occidentaux.

Le parler du Jutland oriental se rapproche davantage du standard, mais conserve une réalisation spécifique des diphtongues et certains traits prosodiques régionaux. Les variétés du sud du Jutland, proches historiquement de la région du Schleswig, montrent des influences du bas-allemand et parfois de l'allemand moderne, perceptibles dans le lexique, la prosodie et la structure de certaines expressions idiomatiques.

Les dialectes insulaires présentent une diversité plus limitée, mais leurs caractéristiques restent perceptibles. Les parlers de Fionie, historiquement prestigieux, conservent une articulation plus nette de certaines consonnes et un rythme plus chantant. Ils témoignent aussi de particularités lexicales locales qui ont partiellement survécu malgré l'avancée du standard. Les parlers des petites îles méridionales peuvent montrer un maintien plus marqué d'archaïsmes, notamment dans l'usage des pronoms et des formes verbales anciennes.

Les dialectes de Seeland et des îles environnantes ont joué un rôle décisif dans la formation du danois standard, en raison du poids historique de Copenhague. Les variétés régionales y sont plus affaiblies, mais l'on retrouve néanmoins des différences d'intonation et de rythme, des réalisations vocaliques particulières et, dans certaines zones rurales, un usage du stød distinct de celui du standard. Le parler de Copenhague, fortement urbanisé et innovant, a diffusé plusieurs traits phonétiques dans tout le pays, notamment l'extrême réduction de certaines consonnes et l'évolution rapide de la prosodie.

Les dialectes de Bornholm constituent un cas particulier. Le bornholmois partage des traits avec les parlers scandinaves orientaux anciens, et se trouve à mi-chemin entre le danois et le suédois dans plusieurs aspects phonologiques. On y observe une articulation plus claire des voyelles, un système prosodique plus proche du suédois et une absence du stød. Ce dialecte est considéré comme l'un des plus conservateurs et distinctifs du domaine danois.

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