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et les comètes rasantes du Soleil |
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L'écrasement d'une comète de Kreutz sur le Soleil. (Le disque solaire, en haut, est masqué par le cache d'un des instruments de l'observatoire spatial Soho). Crédit: SOHO - LASCO Consortium, ESA, NASA |
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| Les
comètes
rasantes du Soleil (sungrazing comets) sont des comètes L'étude de leurs orbites a montré qu'une grande partie de ces comètes appartient à des familles dynamiques, c'est-à -dire à des groupes de comètes partageant des caractéristiques orbitales communes et probablement une origine historique liée à la fragmentation d'un même corps cométaire. La classification des groupes de comètes rasantes repose ainsi principalement sur les paramètres orbitaux. Les astronomes comparent notamment l'inclinaison de l'orbite, la distance au périhélie, l'excentricité et l'orientation de l'orbite dans l'espace. Lorsque plusieurs comètes présentent des caractéristiques très proches, il est possible d'identifier une famille dynamique. Cette méthode repose sur l'idée que des fragments issus d'un même corps parent conservent des éléments orbitaux similaires au moment de leur séparation. Avec le temps, cependant, les perturbations gravitationnelles et les forces non gravitationnelles peuvent progressivement disperser les fragments et rendre leur origine commune plus difficile à établir. Le groupe de Kreutz domine très largement les observations, mais les groupes de Meyer, de Marsden, de Kracht et de Kracht II montrent que plusieurs lignées cométaires peuvent exister indépendamment. L'étude de ces familles permet non seulement de mieux comprendre les comètes, mais aussi de reconstituer l'histoire de corps célestes aujourd'hui disparus et d'analyser les mécanismes qui gouvernent l'évolution des objets situés dans les régions internes du Système solaire. Le groupe de Kreutz.
L'origine historique de la conscience de l'existence de ce groupe remonte à l'analyse rétrospective de passages cométaires spectaculaires, dont les plus célèbres sont sans doute la Grande Comète de 1843, la Grande Comète de 1882 et la comète Ikeya-Seki en 1965. Ces astres, visibles en plein jour à proximité immédiate du disque solaire, exhibaient des queues d'une longueur prodigieuse s'étendant sur plusieurs dizaines de degrés, conséquence directe de la sublimation violente de leur matériau glacé lors du passage au périhélie. La similitude frappante de leurs orbites, calculées indépendamment, ne pouvait relever du hasard. C'est Heinrich Kreutz qui, en 1888, publia une étude fondamentale démontrant que les comètes de 1843, 1880 et 1882 partageaient des éléments orbitaux quasi identiques, notamment une inclinaison d'environ 144 degrés, une distance au périhélie inférieure à deux rayons solaires et une période de plusieurs siècles. Il formula l'hypothèse qu'elles représentaient les fragments survivants d'une comète unique, désintégrée lors d'un précédent passage au plus près du Soleil. Ce travail fondateur donna son nom au groupe, bien que les calculs ultérieurs de Brian Marsden aient révélé l'existence de sous-groupes distincts, témoignant d'une histoire de fragmentation en cascade. La dynamique orbitale des comètes du groupe de Kreutz est régie par des paramètres extrêmes qui en font des cibles d'étude privilégiées pour la mécanique céleste. Leur distance périhélique, souvent inférieure à 0,01 unité astronomique, les amène à traverser la couronne solaire, où la température dépasse le million de kelvins. La quantité de mouvement orbital est si faible que la moindre perturbation, qu'elle soit d'origine gravitationnelle ou non gravitationnelle, peut modifier drastiquement la trajectoire. Le mécanisme de Lidov-Kozai, qui implique un couplage entre l'excentricité et l'inclinaison sous l'influence de perturbations planétaires lointaines, est souvent invoqué pour expliquer comment des comètes issues du nuage de Oort peuvent voir leur périhélie chuter de plusieurs unités astronomiques à quelques rayons solaires. Une fois injectées sur une telle orbite, les forces de marée exercées par le Soleil deviennent prépondérantes. La limite de Roche, distance en deçà de laquelle les forces de cohésion interne d'un corps sont vaincues par le différentiel de gravitation de l'astre central, est franchie pour un noyau cométaire typique de faible densité bien avant le contact avec la photosphère. Le champ gravitationnel solaire, combiné à un échauffement brutal et non uniforme, soumet le noyau à des contraintes thermomécaniques et à des gradients de pression interne qui conduisent à sa fragmentation, processus que l'on nomme parfois « éclatement de marée » ou, en anglais, tidal splitting. L'avènement de la mission spatiale SOHO, lancée en 1995, a révolutionné la connaissance du groupe de Kreutz. Son coronographe LASCO, conçu pour observer la couronne solaire en masquant le disque éblouissant de l'astre, s'est révélé un détecteur de comètes rasantes d'une efficacité inouïe. À ce jour, plus de 4000 comètes ont été découvertes dans les images de SOHO, dont l'écrasante majorité appartient au groupe de Kreutz. La grande majorité de ces fragments, parfois de taille inférieure à la dizaine de mètres, sont des objets qui se vaporisent entièrement lors de leur unique plongée coronale, ne survivant pas au périhélie. Ce flot continu de mini-comètes a permis d'établir une statistique précise de la population et une cartographie fine de l'essaim de débris le long de l'orbite du corps parent. L'analyse de leurs éléments orbitaux par Zdeněk Sekanina et d'autres a mis en évidence l'existence de sous-familles distinctes, les sous-groupes I et II, qui dérivent probablement de fragmentations successives à différentes époques, chaque fragment principal pouvant lui-même se subdiviser en une myriade de fragments plus petits. Les images de SOHO montrent parfois de véritables chapelets de comètes, des fragments jumeaux se suivant à quelques heures d'intervalle sur des orbites presque confondues, preuve visuelle directe d'une cassure récente. La physique de la sublimation et de la destruction des comètes du groupe de Kreutz au passage du périhélie est un laboratoire naturel pour l'étude des matériaux cométaires soumis à un flux solaire intense. La température de surface du noyau, exposé à un rayonnement pouvant dépasser un mégawatt par mètre carré, grimpe en quelques minutes à des valeurs où les silicates eux-mêmes commencent à fondre. L'épaisseur de la couche de matière perdurant jusqu'à la disparition totale dépend crucialement de la taille du fragment. Pour les corps de quelques dizaines de mètres, la pénétration de l'onde de chaleur est plus rapide que le temps de traversée de la couronne, conduisant à une vaporisation complète, souvent accompagnée d'une brusque augmentation d'éclat suivie d'une extinction définitive. La queue de poussière, soumise à une pression de radiation extrême à cette distance, se développe à des vitesses d'expansion inhabituelles. La lumière émise, provenant de la résonance fluorescente du sodium et de la diffusion de la lumière blanche sur les poussières, a fait des comètes de Kreutz les plus brillantes jamais observées dans l'histoire humaine. La comète Ikeya-Seki de 1965, par exemple, atteignit une magnitude d'environ -10, ce qui la rendait plus de soixante fois plus lumineuse que la pleine Lune, et fut aisément visible en plein jour à quelques degrés du Soleil pour tout observateur prenant la simple précaution de cacher le disque solaire derrière sa main. L'étude de ce groupe a des implications profondes pour la compréhension de l'évolution et de la fin de vie des comètes. Le progéniteur hypothétique de la famille, dont l'orbite a été reconstituée avec une relative précision, devait être un objet d'une ampleur considérable, peut-être comparable au noyau de la comète de Halley ou plus grand, avec un diamètre estimé entre 50 et 100 kilomètres. Cet astre originel se serait fragmenté, vraisemblablement lors de son premier passage dans la zone de marée solaire, il y a plusieurs millénaires. L'observation par Aristote et Éphore d'une comète en 371 avant notre ère, qui semble s'être scindée en deux, pourrait être le premier témoignage historique de la dislocation du corps parent. La comète observée en 1106 ap. JC en plein jour en Europe et en Asie est un autre candidat sérieux pour être un jalon majeur de cette cascade de fragmentation. La distribution actuelle des orbites, finement analysée par Marsden et Sekanina, permet de dater les principaux épisodes de division. Le sous-groupe II, qui comprend la comète de 1882 et la comète Ikeya-Seki, semble dériver d'un même fragment parent qui s'est brisé à son tour lors du périhélie précédant son retour. Ce processus, chaotique et irréversible, illustre la hiérarchie de fragmentation qui caractérise les essaims cométaires rasants, transformant un unique corps massif en un immense cortège de particules et de petits noyaux qui, à chaque passage, ensemencent l'orbite de poussières et contribuent au nuage zodiacal interne. Les comètes du groupe de Kreutz posent également des questions fondamentales sur la structure interne et la cohésion des noyaux cométaires. Leur simple existence en grand nombre suggère que le corps parent était un agglomérat de cométésimaux, un "tas de débris" faiblement lié par la gravité, plutôt qu'une masse monolithique de glace compacte. Les forces de marée auraient alors aisément vaincu cette faible cohésion, libérant les blocs constitutifs individuels. La variété des courbes de luminosité observée par SOHO, certains fragments survivant étonnamment longtemps tandis que d'autres disparaissent en quelques heures, plaide pour une grande hétérogénéité de composition, de porosité et de résistance mécanique entre les différents fragments. Certaines comètes du groupe pourraient être des objets transitoires entre la comète active et l'astéroïde rocheux, leurs glaces volatiles ayant été épuisées lors de passages antérieurs, ne laissant qu'une carcasse inerte et réfractaire qui, dépourvue du refroidissement par sublimation, subit une ablation thermique purement minérale. La spectroscopie de la queue de certains de ces objets, lorsqu'elle a pu être réalisée, révèle une forte abondance de poussières silicatées et métalliques, notamment de fer et de sodium neutre, ce dernier produisant une émission caractéristique dans le jaune, parfaitement observée sur Ikeya-Seki. Enfin, le groupe de Kreutz constitue un système dynamique exemplaire pour l'étude de l'évolution à long terme des petits corps du Système solaire sous l'action couplée des perturbations planétaires, des forces non gravitationnelles et de la destruction tidale. Il montre comment le taux de désintégration d'une population cométaire peut être calibré et comment la distribution de taille des fragments, qui suit une loi de puissance, renseigne sur la physique de la fragmentation. L'enjeu contemporain réside dans la modélisation numérique de cette cascade de fragmentation, en intégrant la rhéologie complexe d'un corps poreux et les échanges de chaleur lors du passage périhélique. La disparition programmée de la mission SOHO laissera un vide observationnel, mais la relève pourrait être assurée par des coronographes de nouvelle génération, embarqués sur des sondes comme la future mission Vigil de l'ESA ou les télescopes solaires au sol. Le groupe de Kreutz demeure, par sa richesse statistique et la violence des phénomènes en jeu, une pierre angulaire de la planétologie. Il nous rappelle que le voisinage immédiat du Soleil, loin d'être un désert vide, est le théâtre permanent de drames silencieux où des mondes de glace et de roche achèvent leur voyage de plusieurs millions d'années en une ultime et fulgurant embrasement. Le autres familles
de comètes rasantes.
Le
groupe de Marsden.
Le
groupe de Kracht I.
Le
groupe de Kracht II.
Comètes
rasantes non groupées.
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