 |
Au XVIIe
siècle, la chimie poursuit son évolution progressive vers une science
plus systématique, bien qu'elle reste encore profondément mêlée Ã
des traditions alchimiques, médicales et philosophiques. Cette période,
caractérisée par la révolution scientifique, voit émerger de nouvelles
méthodes d'observation, d'expérimentation
et de raisonnement qui transforment peu
à peu la manière d'aborder la matière et ses transformations. L'alchimie
n'a pas disparu, mais elle entre en crise face à des approches plus critiques
et plus fondées sur l'expérience. La chimie commence à se distinguer
comme un domaine autonome, même si elle n'est pas encore pleinement séparée
de la philosophie naturelle ou de la médecine.
Un des tournants majeurs du siècle est
la critique croissante des fondements théoriques hérités de l'Antiquité
et du Moyen Âge. La théorie des quatre
éléments d'Aristote (terre, air, feu,
eau) et celle des trois principes de Paracelse
(soufre, mercure, sel) sont remises en question par des savants qui cherchent
des explications plus cohérentes avec les phénomènes observés. C'est
dans ce contexte que Jan Baptista van Helmont,
médecin et alchimiste, joue un rôle central. Il rejette à la fois les
cadres aristotéliciens et paracelsiens, tout en conservant une vision
du monde encore influencée par la mystique. Van Helmont mène des expériences
minutieuses, notamment son célèbre « saule » : il plante un saule dans
un pot contenant une quantité précise de terre, et l'arrose uniquement
avec de l'eau pendant cinq ans. À la fin de l'expérience, l'arbre a considérablement
augmenté de poids, tandis que la terre a presque pas changé. Il en conclut
que la matière végétale provient principalement de l'eau, non de la
terre. Cette expérience, bien que simpliste par certains aspects, est
remarquable par son approche quantitative et expérimentale.
Van Helmont introduit aussi le mot gaz,
dérivé du mot chaos, pour désigner les substances aériformes
qu'il considère comme des corps distincts, et non comme des modifications
de l'air. Il identifie plusieurs types de gaz, notamment
ce qu'il appelle le spiritus sylvestris (gaz carbonique),
produit par la fermentation et la combustion. Il insiste sur l'importance
des réactions chimiques dans le corps vivant, voyant la digestion
comme un processus de fermentation. Son
travail marque une étape importante vers une chimie des processus vivants
et une reconnaissance des corps gazeux comme entités réelles.
Par ailleurs, le développement des instruments
de mesure et des techniques de laboratoire progresse. La balance
devient un outil fondamental pour quantifier les réactions. Les chimistes
commencent à peser les réactifs et les produits, ce qui ouvre la voie
à une approche plus rigoureuse des transformations de la matière. Les
fours, alambics, creusets et récipients en verre se perfectionnent, permettant
des opérations plus précises de distillation, de sublimation ou de calcination.
Les laboratoires deviennent des lieux de travail plus organisés, souvent
associés aux universités, aux cours royales ou aux sociétés savantes.
L'un des phénomènes intellectuels majeurs
du siècle est la création des sociétés savantes,
comme la Royal Society de Londres (fondée
en 1660) ou l'Académie des sciences de Paris (1666). Ces institutions
favorisent la diffusion des connaissances, l'échange d'expériences et
la publication de résultats. Elles encouragent une méthode
basée sur l'observation, l'expérimentation et la vérification collective.
Dans ce cadre, la chimie commence à être pratiquée comme une science
publique, soumise à la critique et à la reproduction.
Robert Boyle, membre
fondateur de la Royal Society, incarne cette nouvelle approche. Dans son
ouvrage majeur, The Sceptical Chymist (1661), il critique violemment
les dogmes aristotéliciens et paracelsiens. Il affirme que les éléments
ne doivent pas être définis par des principes philosophiques, mais par
des corps simples, incapables d'être décomposés par les moyens chimiques
connus. Pour Boyle, un élément est une substance fondamentale qui entre
dans la composition des corps composés, et qu'on ne peut pas décomposer
davantage. Cette définition, bien qu'encore imparfaite, annonce la notion
moderne d'élément chimique.
Boyle mène de nombreuses expériences
sur l'air, la combustion, la calcination des métaux et les propriétés
des acides et des alcalis. Il étudie notamment la compressibilité de
l'air, établissant une loi (plus tard appelée loi de Boyle-Mariotte)
selon laquelle, à température constante,
le volume d'un gaz est inversement proportionnel à sa pression.
Ce travail montre que les gaz peuvent faire l'objet d'une étude quantitative,
ce qui renforce le statut de la chimie comme science expérimentale.
Malgré ces avancées, la chimie du XVIIe
siècle reste produit des théories contradictoires. La théorie du phlogistique,
qui n'est pas encore formulée clairement à cette époque, commence Ã
prendre forme. Elle sera développée plus tard au siècle suivant, mais
ses racines se trouvent dans les tentatives d'expliquer la combustion et
la calcination. Certains observent que les métaux, lorsqu'ils brûlent,
deviennent plus lourds — ce qui contredit l'idée intuitive qu'un corps
perdrait quelque chose en brûlant. Cette observation trouble profondément
les esprits, car elle semble contredire les principes de la physique et
de la chimie de l'époque. Van Helmont et d'autres avaient déjà noté
ce phénomène, mais aucune explication satisfaisante n'est encore disponible.
En parallèle, les applications pratiques
de la chimie se développent dans les domaines de la métallurgie, de la
teinture, de la fabrication du verre, des poudres à canon et de la pharmacopée.
Les apothicaires et les artisans accumulent un savoir empirique de plus
en plus riche, souvent transmis oralement ou par écrit dans des manuels
techniques. Ce savoir pratique influence parfois les théories des savants,
créant un dialogue entre science et technique.
Enfin, la chimie commence à s'enseigner
dans certaines universités, notamment en Allemagne
et aux Pays-Bas, où des chaires spécifiques
sont créées. Les cours combinent théorie et démonstrations expérimentales,
ce qui contribue à former une nouvelle génération de chimistes. Les
ouvrages de chimie se multiplient, mêlant descriptions d'expériences,
recettes, et réflexions philosophiques. |
|