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Louise
Weiss
est une femme de lettres, féministe et femme politique née à Arras
le 25 janvier 1893 et morte à Paris le 26 mai 1983. Pionnière de l'information
et ardente militante pour le droit de vote des femmes dès l'entre-deux-guerres,
elle a été également une figure majeure de la construction européenne.
Élue députée européenne en 1979, elle fut la doyenne d'âge du premier
Parlement européen élu au suffrage universel direct. Son nom orne aujourd'hui
le bâtiment principal du Parlement européen à Strasbourg
— ultime symbole pour celle qui déclarait :
« Je voulais
être la conscience inquiète de l'Europe. »
Issue d'une famille
alsacienne d'intellectuels républicains, elle cultive très tôt une
conscience aiguë de l'histoire et une passion pour la justice, formée
dans les années charnières où se croisent l'héritage des Lumières,
le pacifisme post-dreyfusard et l'humanisme européen. Élève brillante,
elle intègre la Sorbonne et Oxford,
où elle s'initie à l'histoire, à la philosophie
et aux langues. Elle comprend très tôt
que la plume peut devenir une arme : elle choisit le journalisme comme
moyen d'action. En 1918, elle fonde la revue L'Europe nouvelle,
qui devient l'un des foyers intellectuels majeurs de l'entre-deux-guerres.
Elle y défend une vision fédéraliste de l'Europe,
et affirme que « la paix ne se gagne pas par la victoire, mais par l'entente
des peuples. »
Louise Weiss ne sépare
jamais son combat pour la paix de celui pour l'égalité. Dans les années
1930, elle se jette à corps perdu dans la lutte pour le droit de vote
des femmes, fondant La femme nouvelle en 1934 et organisant des
actions spectaculaires. Sur les marches du Sénat, elle brandit des pancartes
dénonçant l'exclusion civique des femmes françaises, et écrit dans
son journal :
« La France,
patrie des droits de l'homme, oublie que la moitié de son peuple est tenue
hors du droit. »
Son féminisme est politique,
social, enraciné dans l'histoire et dirigé vers l'avenir. Elle articule
la question des droits à celle de la responsabilité collective. Loin
d'un féminisme de salon, elle pratique un
militantisme de rue, ironique, intelligent, fondé sur une culture classique
et un sens aigu de la stratégie médiatique.
Elle ne cesse d'explorer
les points d'articulation entre action et pensée. Elle voyage dans le
monde entier, de l'URSS Ã la Palestine,
de l'Afrique à l'Amérique
latine, consignant dans ses reportages une lecture globale des tensions
idéologiques du XXe siècle. Sa plume
mêle l'analyse géopolitique, la méditation morale et la description
ethnographique. « Un peuple ne se comprend qu'en marchant dans ses pas
et en lisant ses silences », écrit-elle dans Combats pour l'homme.
Cette position d'intellectuelle engagée et de journaliste-voyageuse
en fait une figure singulière, insaisissable, à la fois européenne et
française, féministe et patriote, libérale et humaniste.
Après la Seconde
Guerre mondiale, elle consacre une grande partie de son énergie Ã
la construction européenne. Elle siège au Parlement européen dès 1979,
à l'âge de 86 ans, où elle devient doyenne d'âge et prononce le discours
inaugural de la première élection au suffrage universel. Elle y affirme
:
« Je suis
née dans l'Alsace disputée, j’ai grandi dans la guerre, et j’ai vieilli
dans l'espérance. Je vous conjure de faire de l'Europe une patrie réelle.
»
Écrivaine féconde,
elle rédige des dizaines d'ouvrages, dont son cycle autobiographique
Mémoires
d'une Européenne, où elle mêle souvenirs personnels, réflexions
historiques et plaidoyers civiques. Sa mémoire devient un instrument politique
: elle reconstruit son siècle depuis le regard d'une femme libre, lucide,
parfois blessée, jamais soumise. Elle y revendique la complexité comme
moteur intellectuel :
« Il faut
penser contre soi-même si l'on veut comprendre l'autre. »
Elle meurt en 1983,
laissant une œuvre politique et littéraire d'une rare densité. |
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