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La Wallacea
La Wallacea est une région biogéographique située principalement au sein de l'Indonésie, et qui inclut aussi  le Timor Oriental. Elle constitue une zone de transition majeure entre les domaines fauniques d'Asie du Sud-Est (la région de la Sonde ou Sundaland, qui englobe Sumatra, Java, Bornéo) et ceux de l'Australasie (la région de Sahul, qui comprend la Nouvelle-Guinée et l'Australie). Son nom rend hommage au naturaliste britannique Alfred Russel Wallace, qui a largement contribué à sa compréhension au XIXe siècle, notamment par ses observations sur la distribution des espèces animales qui l'ont mené à formuler sa propre théorie de l'évolution par sélection naturelle, parallèlement à celle de Charles Darwin.
 
Carte de la Wallacea. La Wallacea. - Le naturaliste Alfred Russell Wallace a donné son nom (adopté en 1868) à la ligne qui sépare les écozones indomalaise et australasienne et qui est fondée principalement sur la composition de la faune. D'autre lignes ont été tracées ensuite : la ligne Weber (1902) correspond à une distinction entre espèces de poissons d'eau douce. La Ligne de Lydekker (1896) distingue les seuls mammifères. Il n'y a donc pas, sur de telles bases, une délimitation absolue entre l'Asie et l'Océanie : il existe  une zone de transition (la Wallacea, en jaune sur la carte) entre les deux. 

Géographiquement, la Wallacea n'est pas un continent ni un bloc continental unifié, mais plutôt un archipel dispersé d'îles de tailles variées. Elle comprend principalement Sulawesi (Célèbes), les Petites îles de la Sonde (Nusa Tenggara, de Lombok à Timor), et les Moluques (Maluku). Ces îles sont séparées des masses continentales adjacentes de Sundaland et Sahul par des eaux marines profondes. C'est cette profondeur des mers environnantes qui est cruciale pour comprendre la singularité de la Wallacea. Contrairement aux plates-formes continentales de Sundaland et de Sahul, qui étaient reliées par des terres émergées lors des périodes glaciaires du Pléistocène (quand le niveau de la mer était beaucoup plus bas), les détroits et les mers entourant la Wallacea sont restés suffisamment profonds pour agir comme des barrières océaniques, même au plus fort des glaciations. Ces barrières, matérialisées biogéographiquement par la Ligne de Wallace à l'ouest (séparant la Wallacea de Sundaland) et la Ligne de Lydekker à l'est (séparant la Wallacea de Sahul), ont considérablement limité les échanges d'espèces terrestres entre ces régions. Une autre limite souvent utilisée est la Ligne de Weber, qui se situe plus à l'est de la Ligne de Wallace et est parfois considérée comme la limite faunique médiane, où les influences asiatiques et australiennes sont à peu près équilibrées.

Sur le plan biologique, cet isolement relatif a eu des conséquences profondes. La Wallacea se caractérise par un taux très élevé d'endémisme, c'est-à-dire que de nombreuses espèces de plantes et d'animaux ne se trouvent nulle part ailleurs dans le monde. Les faunes et flores de la Wallacea ne sont pas simplement un mélange des espèces asiatiques et australiennes; elles représentent plutôt des lignées évolutives qui se sont développées en isolement à partir d'ancêtres qui ont réussi à traverser les barrières marines. Le processus de colonisation des îles de la Wallacea a été difficile. Il n'a permis qu'à un sous-ensemble des espèces continentales d'atteindre ces terres isolées. Une fois arrivées, ces populations fondatrices, généralement de petite taille, ont divergé et se sont adaptées aux environnements insulaires, donnant naissance à de nouvelles espèces par spéciation.

La faune de la Wallacea reflète cette histoire singulière. On y trouve des espèces avec des affinités asiatiques, comme certains mammifères (par exemple, l'Anoa, une petite antilope naine propre à Sulawesi, ou le Babiroussa avec ses défenses inhabituelles) et des oiseaux (comme certains calaos), mais qui ont évolué localement. On y trouve également des éléments ayant des affinités australiennes, comme certains marsupiaux (bien que moins diversifiés qu'en Nouvelle-Guinée/Australie) et des oiseaux (notamment des cacatoès et des lories). Cependant, ce sont les espèces endémiques, nées de cet isolement, qui sont les plus remarquables. Sulawesi, en particulier, est un centre majeur d'endémisme pour de nombreux groupes. Les Petites îles de la Sonde abritent des espèces iconiques comme le Dragon de Komodo. Les Moluques se signalent leur diversité d'oiseaux et d'insectes. La végétation présente également des caractéristiques particulières, avec des éléments d'origine asiatique et australienne, mais aussi de nombreuses espèces endémiques.

La Wallacea est considérée comme un point chaud de biodiversité mondiale en raison de sa richesse en espèces et de son taux élevé d'endémisme. Cependant, elle fait face à des menaces significatives, notamment la déforestation due à l'expansion agricole et à l'exploitation forestière, la chasse illégale, le commerce d'espèces sauvages et les impacts du changement climatique. La conservation de la biodiversité précieuse de la Wallacea est un enjeu majeur, qui nécessite aujourd'hui des efforts de protection des habitats et de gestion durable des ressources naturelles. 

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