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Tristan
Bernard
(Paul Bernard) est un écrivain
né le 7 septembre 1866 à Besançon, dans
la même rue que Victor Hugo, une coïncidence qu'il aimait souligner.
Il grandit au sein d'une famille juive.
Son père, Myrthil Bernard, est négociant avant de se lancer avec succès
dans l'immobilier, et sa mère, Emma Ancel, est la fille d'un maître de
poste. En 1879, la famille quitte Besançon pour s'installer définitivement
à Paris. Le jeune Paul y poursuit ses études
au lycée Condorcet, où il se lie d'amitié avec de futurs intellectuels
comme Alexandre Natanson et fait la connaissance de la famille Blum, dont
le jeune Léon.
Après l'obtention
de son baccalauréat, il devance l'appel du service militaire et sert dans
les dragons. C'est à cette époque que le général Boulanger ( Le
Boulangisme) autorise le port de la barbe, une particularité que Tristan
Bernard conservera toute sa vie. Une fois libéré de ses obligations militaires,
il entreprend des études de droit à la Sorbonne.
S'il s'inscrit au barreau, il n'exercera jamais vraiment la profession
d'avocat, préférant se tourner vers le monde des affaires en prenant
la direction d'une usine d'aluminium appartenant à son père à Creil.
Mais cette voie ne le satisfait pas pleinement, et il s'en libère rapidement
pour se consacrer à ses véritables passions : le sport et l'écriture.
Passionné de cyclisme,
il devient une figure incontournable des vélodromes parisiens. Il est
ainsi nommé directeur du vélodrome Buffalo à Neuilly-sur-Seine,
où Toulouse-Lautrec le peint en 1895, puis du vélodrome de la Seine,
et dirige également Le Journal des vélocipédistes. C'est en 1891,
alors qu'il commence à collaborer à La Revue blanche, revue intellectuelle
et artistique majeure de l'époque, qu'il adopte le pseudonyme de Tristan,
en souvenir d'un cheval sur lequel il avait gagné une somme importante
aux courses.
Sa carrière littéraire
prend son envol. En 1894, il publie, en collaboration avec son beau-frère
Pierre Veber, un recueil de fantaisies intitulé Vous m'en direz tant!.
L'année suivante, en 1895, sa première pièce, Les Pieds nickelés,
remporte un triomphe au théâtre de l'Oeuvre, lançant définitivement
sa carrière de dramaturge. Dès lors, il enchaîne les succès sur les
scènes parisiennes, devenant l'un des auteurs les plus prolifiques et
appréciés de son temps. On lui doit près de soixante-dix pièces, principalement
des vaudevilles et des comédies de moeurs où il peint avec une ironie
bienveillante les travers de la société bourgeoise. Parmi ses œuvres
théâtrales les plus célèbres, on peut citer L'anglais tel qu'on
le parle (1899), Triplepatte (1906), créée à la Comédie-Française
en 1907, ou encore Le Petit Café (1911).
Parallèlement au
théâtre, Tristan Bernard mène une carrière de romancier et de journaliste.
Il publie une vingtaine de romans, explorant parfois le genre policier
avec des ouvrages comme Amants et Voleurs (1905) ou Aux abois
(1933), un journal intime sous-titré Journal d'un meurtrier. Il
collabore à de nombreux journaux : en 1904, il fait partie de la première
rédaction de L'Humanité de Jean Jaurès,
et en 1917, il contribue par quelques articles aux débuts du Canard
enchaîné, dont il présidera plus tard les banquets anniversaires.
Esprit curieux et inventif, il fut un pionnier des mots croisés en France
dans les années 1920.
Figure centrale de
la vie culturelle parisienne de la première moitié du XXe
siècle, il est proche de nombreux artistes et écrivains comme Jules
Renard, Alphonse Allais, Lucien Guitry ou Marcel
Pagnol. Il est aussi un grand amateur de sport, arbitrant des combats
de boxe, suivant le Tour de France et présidant l'Association des Écrivains
Sportifs. Son esprit légendaire et ses mots d'esprit contribuent autant
à sa renommée que son oevre. On lui doit ainsi cette strophe ajoutée
aux Stances à Marquise de Corneille
:
Sans doute
que je serai vieille,
Dit la marquise,
cependant
J'ai vingt-six ans,
mon vieux Corneille,
Et je t'emmerde
en attendant.
Sa vie personnelle est
marquée par ses deux mariages. Il épouse en premières noces Suzanne
Bomsel en 1887, avec qui il a trois fils : Jean-Jacques, qui deviendra
auteur dramatique; Raymond, réalisateur de cinéma notamment des Misérables
en 1934; et Étienne, futur professeur de médecine. Devenu veuf en 1928,
il se remarie en 1929 avec Agathe Marcelle Reiss, dite Mamita.
Les dernières années
de sa vie sont assombries par la Seconde
Guerre mondiale. En raison de ses origines juives, le presque octogénaire
doit se réfugier à Cannes en 1940. Il y
est arrêté par les Allemands le 30 septembre 1943 avec son épouse et
interné au camp de Drancy. Lors de son transfert, il a cette phrase restée
célèbre, pleine d'humour noir et de dignité, à l'adresse de sa femme
:
« Jusqu'Ã
présent nous vivions dans l'angoisse, désormais, nous vivrons dans l'espoir.
»
Il est libéré trois
semaines plus tard, le 21 octobre 1943, grâce aux interventions de Sacha
Guitry et d'Arletty auprès des autorités allemandes. Il avait d'abord
refusé une libération qui ne concernait pas sa femme. Cette épreuve
est suivie d'un deuil terrible : son petit-fils François-René, résistant,
est arrêté et déporté à Mauthausen, où il trouve la mort.
Tristan Bernard s'éteint
à Paris le 7 décembre 1947, en son domicile dans le VIIe
arrondissement. Il est inhumé au cimetière de Passy, où sa seconde épouse
le rejoindra en 1952. Grand officier de la Légion d'honneur, il laisse
derrière lui une oeuvre considérable et le souvenir d'un homme d'esprit
dont l'élégance morale et la lucidité ironique ont marqué son époque. |
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