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Marcel
Pagnol
est un écrivain et cinéaste
né le 28 février 1895 à Aubagne. Il est
le fils aîné de Joseph Pagnol, instituteur laïc et républicain, et
d'Augustine Lansot, couturière à la santé fragile. Peu après sa naissance,
sa famille s'installe à Marseille, où son père est nommé instituteur.
C'est dans ce décor urbain, mais surtout dans les collines environnantes,
que se déroulera une enfance qu'il immortalisera plus tard. Il a un frère
cadet, Paul, et deux soeurs, Germaine et Renée. Un baptême catholique
est célébré à l'insu de son père, farouchement laïc, à l'initiative
de sa mère en 1898. Très tôt, Marcel montre des dispositions intellectuelles
précoces, apprenant à lire seul à l'âge de trois ans dans la classe
de son père.
À partir de 1904,
pour la santé d'Augustine, la famille loue chaque été une maison de
campagne, la Bastide Neuve, dans le petit village de La Treille, près
du Garlaban. Ces vacances idylliques, passées à parcourir la garrigue
avec son ami David Magnan, qu'il surnommera Lili des Bellons, deviendront
le coeur de ses célèbres Souvenirs d'enfance. En 1905, il entre
au lycée Thiers de Marseille, où il fait
de brillantes études et commence à écrire des poèmes publiés dans
des revues locales dès 1910. Le 16 juin 1910, alors qu'il n'a que quinze
ans, sa mère Augustine meurt d'une infection pulmonaire. Son père se
remarie deux ans plus tard, ce que Marcel accepte difficilement, au point
de se brouiller temporairement avec lui.
Après l'obtention
de son baccalauréat en 1913, il entame des études de lettres à l'université
d'Aix-en-Provence. En 1914, il fonde
avec des amis la revue littéraire
Fortunio, qui deviendra plus
tard la célèbre revue Les Cahiers du Sud. Réformé en 1915 pour
"faiblesse de constitution", il ne participe pas à la Première
Guerre mondiale, contrairement à son ami Lili qui y trouvera la mort.
Le 2 mars 1916, il épouse Simonne Collin et obtient sa licence d'anglais
en novembre de la même année. Il entame alors une carrière de professeur
d'anglais, enseignant successivement dans les collèges de Digne,
Tarascon, Pamiers, puis au lycée Saint-Charles
à Marseille.
En 1922, il est nommé
au lycée Condorcet à Paris, une mutation
décisive. S'il continue à enseigner, il fréquente assidûment les milieux
littéraires et théâtraux parisiens. Il écrit ses premières pièces,
souvent en collaboration, comme Les Marchands de gloire en 1925
. En 1926, il se sépare de sa femme Simonne, dont il divorcera en 1941.
Il rencontre Orane Demazis, une actrice qui deviendra sa compagne et sa
muse pour de nombreux rôles, notamment celui de Fanny. Le succès
éclate véritablement en 1928 avec Topaze, une satire mordante
du monde des affaires, puis en 1929 avec Marius, la première pièce
de sa "trilogie marseillaise". C'est un triomphe qui le décide à quitter
définitivement l'enseignement en 1927 pour se consacrer à l'écriture
.
L'arrivée du cinéma
parlant le passionne immédiatement. Il y voit un "art complet" et décide
de s'y investir pleinement. En 1931, il supervise l'adaptation de Marius
à l'écran, réalisé par Alexandre Korda, avec un succès considérable.
En 1934, il franchit un pas décisif en fondant sa propre société de
production et ses studios à Marseille, ce qui lui donne un contrôle artistique
total sur ses oeuvres. Il réalise alors de nombreux films, adaptant souvent
ses propres pièces ou des oeuvres d'amis comme Jean
Giono (Angèle, Regain, La Femme du boulanger). Il dirige les
plus grands acteurs de l'époque, Raimu, Fernandel, Pierre Fresnay, et
fait tourner ses proches, dont Orane Demazis. Sa vie sentimentale est alors
complexe; il a plusieurs enfants de différentes liaisons : Jacques (né
en 1930 de Kitty Murphy), Jean-Pierre Burgart (né en 1933 d'Orane Demazis)
et Francine (née en 1936 de sa secrétaire Yvonne Pouperon). En 1941,
il épouse l'actrice Josette Day, mais cette union est de courte durée.
Pendant la Seconde
Guerre mondiale, sa situation est délicate. Bien que ses studios soient
saisis et qu'il détruise lui-même les copies d'un film inachevé pour
qu'elles ne tombent pas aux mains des Allemands, il est brièvement inquiété
à la Libération pour des accusations de collaboration, avant d'être
finalement disculpé en 1947. Le 6 octobre 1945, il épouse en secondes
noces Jacqueline Bouvier, une actrice qui deviendra sa compagne dévouée
et l'interprète de plusieurs de ses films, dont Manon des sources.
Le 4 avril 1946, il est élu à l'Académie
française, ce qui fait de lui le premier cinéaste à recevoir cet
honneur. Il est reçu sous la Coupole le 27 mars 1947 par Jérôme Tharaud,
une cérémonie historique filmée pour la première fois.
Après la guerre,
le cinéma français évolue et ses succès se font plus rares. Son ami
Raimu meurt en 1946. Il réalise encore quelques films, dont Manon des
sources (1952) avec Jacqueline, mais le décès brutal de leur petite
fille Estelle, emportée par une encéphalite à l'âge de deux ans en
1954, le terrasse et le détourne définitivement du cinéma. Il retourne
vivre à Paris et entreprend alors la rédaction de ses Souvenirs d'enfance,
une série de romans autobiographiques qui rencontrent un succès populaire
immense : La Gloire de mon père et Le Château de ma mère
(1957), suivis du Temps des secrets (1960). Il publie ensuite, en
1962, L'Eau des collines, un roman en deux volumes (Jean de Florette
et Manon des sources), inspiré de son propre film de 1952. En
1960, il préside le Festival de Cannes. Il
continue d'écrire et de travailler jusqu'à la fin de sa vie, laissant
un quatrième tome de ses souvenirs,
Le Temps des amours, qui sera
publié à titre posthume. Marcel Pagnol meurt le 18 avril 1974 à Paris,
à l'âge de 79 ans. Conformément à sa volonté, il est inhumé au cimetière
de La Treille, à Marseille, auprès de ses parents, de sa fille Estelle
et de son ami d'enfance Lili des Bellons, dans ce paysage provençal qui
fut le coeur de son oeuvre. |
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