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Antonio
Pigafetta est un navigateur, chroniqueur et érudit de la Renaissance,
principalement connu pour avoir été l'un des rares témoins directs et
l'un des principaux narrateurs du premier tour du monde réalisé au début
du XVIe siècle. Il naît vers 1491 Ã
Vicence, dans la République de Venise,
au sein d'une famille noble ou notable, ce qui lui permet de recevoir une
solide formation intellectuelle. Il est initié aux langues,
aux mathématiques, à la cartographie
et à l'astronomie, savoirs essentiels pour
la navigation et l'exploration à l'époque des grandes découvertes.
Au début de sa vie
adulte, Pigafetta entre au service de l'Église et se rend en Espagne
comme membre de la suite du nonce apostolique. C'est dans ce contexte qu'il
découvre l'effervescence maritime de la cour de Charles Ier
d'Espagne, futur Charles Quint, et qu'il
s'intéresse aux projets d'exploration
océanique. Il rencontre Fernand de Magellan, navigateur portugais
passé au service de l'Espagne, qui prépare une expédition ambitieuse
visant à atteindre les îles des Épices par l'ouest. Fasciné par cette
entreprise, Pigafetta obtient l'autorisation de se joindre à l'expédition,
non comme marin professionnel, mais comme observateur, cartographe et chroniqueur.
En 1519, Antonio
Pigafetta embarque à bord de la flotte commandée par Magellan,
composée de cinq navires. Tout au long du voyage, il tient un journal
extrêmement précis, notant les événements quotidiens, les itinéraires,
les phénomènes naturels observés, ainsi que les coutumes, les langues
et les croyances des peuples rencontrés. Son regard est à la fois curieux,
méthodique et empreint de l'esprit humaniste
de la Renaissance, ce qui distingue son témoignage de nombreux récits
plus purement techniques ou militaires.
Pigafetta traverse
l'Atlantique, longe les côtes de l'Amérique
du Sud et participe à l'exploration du détroit qui portera plus tard
le nom de Magellan. Il est témoin des difficultés extrêmes de l'expédition,
marquées par les tempêtes, la faim, le scorbut et les mutineries. Lors
de la traversée du Pacifique, il décrit avec précision l'immensité
de l'océan, la rareté des vivres et la souffrance des équipages, fournissant
l'un des premiers témoignages européens sur cet espace maritime jusque-lÃ
largement inconnu.
Arrivé en Asie du
Sud-Est, Pigafetta observe attentivement les sociétés insulaires des
Philippines, de Bornéo et des Moluques.
Il consigne des vocabulaires de langues locales, décrit les structures
politiques et les pratiques religieuses, et s'efforce de comprendre les
systèmes d'échange et d'alliance. Il est présent lors de la mort de
Magellan en 1521, tué lors d'un affrontement sur l'île de Mactan, événement
qu'il relate avec une grande précision et une forte dimension narrative.
Après la mort de
Magellan, Pigafetta poursuit le voyage avec les survivants de l'expédition.
Il fait partie des quelques hommes qui parviennent à rentrer en Europe
en 1522 à bord de la Victoria, commandée par Juan
Sebastián Elcano, achevant ainsi le premier tour du monde. Sur les
quelque 270 hommes partis au départ, seuls dix-huit reviennent, ce qui
confère à son témoignage une valeur exceptionnelle.
De retour en Europe,
Antonio Pigafetta consacre plusieurs années à la rédaction et à la
diffusion de son récit, connu sous le titre de Relation du premier
voyage autour du monde. Il en remet des versions à plusieurs souverains
et dignitaires européens, dont Charles Quint et le pape. Son oeuvre est
davantage qu'un simple journal de bord : elle constitue un document majeur
pour la connaissance géographique, ethnographique et historique du XVIe
siècle. Il y défend également la mémoire de Magellan, qu'il présente
comme le véritable artisan du voyage, insistant sur son génie naval et
sa détermination.
Les dernières années
de la vie de Pigafetta sont moins bien documentées. Il devint chevalier
de Rhodes en 1524, et semble avoir vécu modestement, sans tirer de grands
bénéfices matériels de son oeuvre, malgré son importance. Il meurt
probablement vers 1531 ou peu après. Son récit, longtemps diffusé de
manière limitée, est progressivement reconnu comme une source fondamentale
pour l'histoire des grandes découvertes. Aujourd'hui, Antonio Pigafetta
est considéré comme l'un des premiers grands ethnographes européens
et comme un témoin essentiel de l'élargissement du monde connu à l'époque
moderne. |
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