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Chariklo ,
découvert en février 1997 à la périphérie du
Système solaire dans le cadre du programme Spacewatch, de l'observatoire
de Kitt Peak, s'est rapidement imposé comme une pierre angulaire de notre
compréhension de la diversité des petits corps du Système
solaire externe. Avec un diamètre équivalent en volume d'environ
250 kilomètres, Chariklo détient le titre de plus grand centaure
connu, cette classe d'objets dont l'orbite instable
se situe entre celles des planètes géantes, partageant
des caractéristiques à la fois astéroïdales et cométaires. Son orbite,
qu'il parcourt en environ 62,5 ans, le mène entre Saturne
et Uranus, évoluant dans une région dynamique
ponctuée de rencontres rapprochées avec les planètes
géantes. Sa surface, d'un albédo extrêmement faible de l'ordre de
3,7%, se révèle sombre et rougeâtre, une caractéristique typique des
astéroïdes
de type D, et sa composition, déduite par spectroscopie, révèle un mélange
complexe de silicates, de carbone
amorphe, de composés organiques (tholins) et, fait significatif, de glace
d'eau cristalline dont la présence suggère un processus de renouvellement
continu par micro-impacts .
Cependant, ce qui
distingue fondamentalement Chariklo et en fait un objet d'étude planétaire
hors du commun est la découverte en 2013 de son système d'anneaux,
une révélation qui a bouleversé les paradigmes établis. Alors que les
anneaux étaient considérés comme l'apanage des planètes géantes, l'observation
d'une occultation stellaire le 3 juin 2013, menée depuis sept sites en
Amérique du Sud, a mis en évidence un événement inattendu : en plus
de la disparition de l'étoile derrière le corps
principal, deux baisses de luminosité plus brèves et symétriques ont
été enregistrées, trahissant la présence de deux anneaux denses et
étroits. Cette découverte a fait de Chariklo le cinquième corps du Système
solaire, et le premier de petite taille, à posséder un tel système,
suggérant que les anneaux pourraient être des phénomènes bien plus
courants dans l'Univers qu'on ne le soupçonnait.
Le système annulaire
de Chariklo, nommé informellement Oiapoque pour l'anneau interne et ChuÃ
pour l'anneau externe, se distingue par sa structure élégante et complexe.
L'anneau interne, plus large et plus dense, s'étend sur environ 7 kilomètres
de large, tandis que l'anneau externe est plus ténu et mesure environ
3 kilomètres de large, les deux étant séparés par un espace de seulement
9 kilomètres. Leur rayon orbital, situé à environ 391 kilomètres du
centre de Chariklo, est inférieur à la limite
de Roche, une zone où les forces de
marée d'un corps parent devraient normalement empêcher la formation
d'anneaux, ce qui rend leur existence d'autant plus énigmatique. L'analyse
spectroscopique a révélé que les anneaux sont riches en glace d'eau,
contrairement à la surface de l'astéroïde, une différence de composition
qui apporte un éclairage crucial sur leur origine et leur nature distincte.
Cette présence de glace dans les anneaux offre également une explication
aux variations photométriques et spectrales observées chez Chariklo au
fil du temps, ces variations n'étant que le reflet de l'inclinaison changeante
du système annulaire vu depuis la Terre .
La persistance et
la stabilité de ces anneaux autour d'un corps aussi petit, dont le faible
champ gravitationnel ne devrait pas, en théorie, retenir efficacement
de tels débris, constituent un mystère fondamental pour les planétologues.
La longévité d'un tel système, dans un environnement aussi chaotique
que celui de Chariklo, nécessite un mécanisme de confinement. La plupart
des modèles s'accordent pour invoquer la présence de satellites bergers,
de petits corps non encore détectés dont l'influence gravitationnelle
pourrait canaliser les particules et maintenir l'intégrité des anneaux
. Quant à l'origine de ces anneaux, plusieurs hypothèses coexistent :
ils pourraient être les vestiges d'une collision à faible vitesse entre
Chariklo et un autre objet, les débris d'un satellite qui aurait été
brisé par une force de marée, ou encore des particules soulevées de
la surface par sublimation de glaces volatiles et mises en orbite. La modélisation
dynamique suggère que des rencontres rapprochées avec les planètes géantes
n'ont, dans la grande majorité des cas, qu'un effet négligeable sur les
anneaux, ce qui expliquerait leur survie. |