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Robert
Brasillach
est un écrivain et journaliste
né le 31 mars 1909 à Perpignan, dans
une famille d'officiers. Son père, Arthémile Brasillach, lieutenant d'infanterie
coloniale, est tué au combat au Maroc en
1914, laissant le jeune Robert grandir sans figure paternelle entre cinq
et neuf ans. Sa mère, Marguerite Redo, se remarie en 1917 avec le docteur
Paul Maugis, un mĂ©decin militaire, et la famille dĂ©mĂ©nage en 1919 Ă
Sens,
dans l'Yonne, oĂą Robert passe son enfance dans un confortable environnement
bourgeois. Brillant élève au lycée de Sens, il a pour professeur de
philosophie Gabriel Marcel et publie ses premiers articles dès l'âge
de quinze ans, signant parfois du pseudonyme Jacques Tournebroche des pastiches
et des chroniques littéraires dans de petites revues locales.
Admis au lycée
Louis-le-Grand à Paris grâce à une bourse d'État, il y effectue
trois années de classes préparatoires studieuses, se plongeant dans les
classiques antiques comme dans la littérature la plus contemporaine. C'est
là qu'il se lie d'amitiés durables avec Maurice Bardèche, qui deviendra
son beau-frère, Thierry Maulnier, Roger Vailland et José Lupin. En 1928,
il est reçu à l'École normale supérieure, où il côtoie Simone
Weil, Jacques Soustelle et Henri Quéffelec, et commence à fréquenter
assidûment les théâtres, en particulier celui de Georges et Ludmilla
Pitoëff, qui deviennent ses amis. Encore élève de l'ENS, il publie en
1931 son premier livre, PrĂ©sence de Virgile, qui annonce dĂ©jĂ
sa vocation de critique littéraire.
Pendant l'entre-deux-guerres,
Brasillach mène de front une carrière de romancier, de critique et de
journaliste. Il assure une chronique littéraire à L'Action française
et collabore à diverses revues. Son premier roman, Le Voleur d'étincelles,
paraît en 1932, suivi de L'Enfant de la nuit (1934) et surtout
de Comme le temps passe (1937), qu'il définit lui-même comme un
roman "picaresque, érotique et sentimental". Parallèlement, il écrit
pour le théâtre (Domrémy en 1932) et co-signe avec Maurice Bardèche
une Histoire du cinéma (1935) qui fait toujours autorité. Son
talent de critique s'exprime dans des recueils comme Portraits (1935)
ou Les Quatre Jeudis (1944), et son Anthologie de la poésie
grecque témoigne de sa culture classique.
Les événements
de février 1934 marquent son entrée en politique active, animé par un
anticommunisme viscéral et un nationalisme farouche. S'il avait lu Mein
Kampf en 1935 avec un certain dédain, le qualifiant dans une lettre
privée de "chef-d'oeuvre du crétinisme excité", il est profondément
impressionné par les congrès de Nuremberg
en 1937 et par la guerre d'Espagne, qui
exaltent en lui l'idée d'un fascisme français spécifique, une "Révolution
nationale" qui serait l'équivalent français des révolutions allemande
et italienne. En 1937, il devient rédacteur en chef de l'hebdomadaire
Je
suis partout, un journal qui évolue alors vers un fascisme et un antisémitisme
de plus en plus radicaux. Sélectionné pour le prix Goncourt en 1939 avec
Les Sept Couleurs, il est battu par Philippe Hériat, mais son oeuvre
romanesque est désormais reconnue.
Mobilisé en septembre
1939 comme lieutenant d'infanterie, Brasillach est fait prisonnier en juin
1940 et détenu à l'Oflag VI A de Soest, en Allemagne,
jusqu'en mars 1941. C'est en captivité qu'il écrit un roman inachevé,
Les
Captifs, et qu'il mûrit sa vision de la collaboration. Rentré en
France, il reprend son poste Ă Je suis
partout et s'engage résolument dans la voie de la collaboration avec
l'occupant allemand. Dans ses articles, il réclame la peine de mort pour
les dirigeants de la Troisième
République comme Léon Blum, Daladier ou Mandel, et appelle à une
séparation radicale d'avec les Juifs, écrivant en septembre 1942 : "Il
faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder de petits" ( L'Holocauste).
Il attaque violemment les évêques qui osent protester contre la déportation
des familles juives, propageant dans ses colonnes le mythe d'une "relocalisation"
des Juifs par la Gestapo. Après le débarquement allié en Afrique du
Nord, il juge la politique de Vichy trop modérée et suggère des représailles
massives contre les Juifs.
Nommé un temps commissaire
général du Cinéma, il démissionne après deux mois, en désaccord avec
les autorités allemandes. En 1943, il quitte définitivement Je suis
partout, prenant ses distances avec l'équipe du journal, mais sans
pour autant renier ses engagements passés. À la Libération, sa mère
est arrêtée; Brasillach, qui était caché, se constitue alors prisonnier
pour répondre de ses actes devant la justice. Incarcéré à la prison
de Fresnes, il y écrit ses derniers poèmes, publiés après sa mort sous
le titre Poèmes de Fresnes. Jugé par un tribunal d'exception pour
"intelligence avec l'ennemi", il est condamné à mort le 19 janvier 1945.
Une requête en grâce est déposée, soutenue par une pétition signée
par une cinquantaine de personnalités, dont François
Mauriac, Albert Camus, Jean Anouilh,
Jean-Louis Barrault et Paul Valéry, malgré leurs
oppositions politiques. Le général de Gaulle,
après avoir longuement hésité, rejette la grâce, considérant que "dans
le malheur de la patrie, la plume aussi est une arme" et que les intellectuels
engagés dans la collaboration active doivent en assumer les conséquences.
Robert Brasillach
est fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge, à Arcueil, à 9
heures 38 du matin. Il avait 35 ans. |
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