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Dans la mythologie
mésopotamienne, Ninlil est l'épouse du dieu Enlil.
On l'appelait Ninisina
à Isin et Ninnibrua à Nippur. On
en a fait la mère de Nergal. Son nom, qui se
traduit par « Dame du Vent » ou « Reine de la brise » en sumérien,
fait d'elle le pendant féminin exact de son époux, lui conférant une
position de reine des dieux au sein du panthéon. À l'origine, elle semble
avoir été une divinité distincte nommée Sud, la déesse tutélaire
de la cité de Shuruppak, avant d'être progressivement syncrétisée avec
Ninlil lors de son union avec Enlil. Dans les textes akkadiens et assyriens,
elle est désignée sous les noms de Mullissu ou Mulliltu, et l'historien
grec Hérodote l'identifia plus tard à la déesse
Aphrodite sous le nom de Mylitta, probablement
en raison de ses associations tardives avec l'amour et la fertilité.
La personnalité
et les fonctions de Ninlil sont intrinsèquement liées à celles d'Enlil.
En tant que consort du dieu souverain, elle partage ses attributs de créatrice,
de mère des dieux et de détentrice du pouvoir de décréter les destins.
Elle est également invoquée comme une puissante intercessrice capable
de plaider la cause des fidèles auprès de son époux, un rôle qui est
notamment souligné dans le prologue du Code
de Hammurabi. Sa littérature la pare d'épithètes grandioses reflétant
son autorité suprême, telles que « Reine des cieux et de la terre »,
« Dame des dieux » ou « Mère des grands dieux ». Par le biais de ses
syncrétismes, notamment avec la déesse Sud et d'autres divinités mineures,
elle a également acquis des attributs secondaires liés à la guérison
et à la maternité.
La mythologie mésopotamienne
conserve deux récits principaux concernant son union avec Enlil, offrant
deux visions très différentes de la déesse. Le premier, le mythe d'Enlil
et Ninlil, dépeint une rencontre tumultueuse : Enlil, apercevant Ninlil
en train de se baigner, la séduit ou la contraint, ce qui entraîne la
conception du dieu-lune Nanna (ou Su'en). Pour
cette transgression, les dieux jugent Enlil rituellement impur et l'exilent
aux Enfers. Ninlil, faisant preuve d'une dévotion inébranlable, le suit
dans le monde souterrain. Au cours de ce périple, Enlil se déguise Ã
plusieurs reprises (en gardien des portes, en gardien du fleuve, etc.)
pour s'unir à elle de nouveau, donnant naissance à trois autres divinités
infernales ou mineures : Nergal, Ninazu et Enbilulu, avant qu'Enlil ne
soit finalement pardonné et autorisé à remonter aux cieux avec elle.
Le second récit, le Mariage de Sud, présente une version beaucoup
plus conventionnelle et valorisante. Enlil, jeune célibataire en quête
d'épouse, rencontre Sud, fait la cour et envoie son vizir Nuska négocier
le mariage avec la mère de la jeune déesse, Nisaba. Après l'acceptation
et la livraison des présents nuptiaux, Sud est conduite à Nippur, épouse
Enlil et reçoit officiellement le nom et le statut de Ninlil, devenant
ainsi une déesse de haut rang.
Le culte de Ninlil
était étroitement associé à celui de son époux, avec pour centre névralgique
la ville sainte de Nippur. Au sein du vaste
complexe temple de l'Ekur, elle disposait de son propre sanctuaire appelé
le Kiur (ou Eki'ur), ainsi que de plusieurs chapelles, dont une chambre
nuptiale sacrée et un magasin commun avec Enlil. Un autre lieu de culte
majeur était la cité de Tummal, située à proximité de Nippur, qui
connut un rayonnement particulier sous la troisième dynastie d'Ur,
où de grandes fêtes étaient célébrées en son honneur avec de nombreuses
offrandes. On retrouve également des traces de sa vénération dans d'autres
cités importantes comme Dur-Kurigalzu, Isin, Kish
et Ur.
Au fil des millénaires,
le personnage de Ninlil a connu une évolution théologique notable. Lorsque
le dieu national assyrien, Assur, a absorbé les attributs d'Enlil, Ninlil
(sous sa forme de Mullissu) est devenue la parèdre d'Assur, étant parfois
identifiée à la déesse Sherua. Au premier millénaire avant notre ère,
elle a été de plus en plus syncrétisée avec Ishtar, en particulier
les hypostases d'Ishtar de Kish et d'Ishtar d'Arbèles,
ce qui a brouillé les frontières entre leurs cultes respectifs. En ce
qui concerne son iconographie, très peu de représentations spécifiques
à Ninlil ont été formellement identifiées, bien que ses images tardives
puissent se confondre avec celles d'Ishtar. Sur le plan astronomique, les
textes mésopotamiens l'associent aux constellations de la Grande
Ourse et de la Lyre. Ses attestations
s'étendent sur près de trois millénaires, depuis les premières tablettes
d'Uruk jusqu'à des mentions tardives à l'époque
classique, témoignant de la pérennité de son statut divin dans l'histoire
mésopotamienne. |
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