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Le conte 
Aperçu Le conte populaire Le conte littéraire
Dans son sens le plus étendu, le mot conte est synonyme de récit - un récit court et rapide d'un fait plaisant, vrai ou faux -; mais il désigne surtout : 
1°) certaines anecdotes qui se rattachent plus ou moins à l'histoire; ainsi Hérodote et Cicéron sont des conteurs spirituels et gracieux, Hérodote sait même être dramatique dans quelques épisodes; nos chroniqueurs et nos auteurs de Mémoires content souvent avec un grand charme; 

2°) des récits dénués de caractère historique : ainsi, les traditions et les légendes mythologiques, la plupart des Métamorphoses d'Ovide, les épisodes de ses Fastes, peuvent être considérés comme des contes. Les Milésiaques d'Aristide de Milet, recueil d'aventures graveleuses (1er siècle avant J.-C.), sont perdues; mais l'Âne d'or d'Apulée (IIe siècle ap. J.- C.) renferme plusieurs récits qui se rapprochent un peu de nos contes modernes, entre autres l'épisode de Psyché, si bien imité par La Fontaine. Plutarque, dans son livre Sur la manière de lire les poètes, parle de récits faits à l'usage des jeunes gens, pour imprimer dans leur âme les principes de la morale et la leur rendre plus attrayante. Ce serait comme le rudiment de nos contes moraux pour l'enfance.

Chez les modernes, le conte forme un genre littéraire spécial; c'est proprement un récit d'aventures imaginaires ou demi-historiques, en prose ou en vers, qui a pour seul but d'amuser, et qui admet le merveilleux, le fantastique et l'impossible, aussi bien que le possible, le réel et le vraisemblable : quelquefois le fond du conte a une intention satirique, ou même est inspiré par une pensée philosophique. La facilité, la vivacité du récit la grâce et la naïveté du style, la finesse et la légèreté du trait, telles sont les qualités essentielles du conte. II diffère de la nouvelle, en ce que celle-ci n'admet pas le merveilleux, et choisit de préférence les sujets simples où domine une passion tendre et mélancolique; et de l'apologue, en ce que ce genre court droit au but, sans détours, du moins apparents.

Lorsque Charles Perrault publia, de 1691 à 1697, les Contes de ma mère l'Oie, ces petits récits sans prétention, d'un style charmant, un peu maniéré, furent infiniment goûtés par la belle société qui fréquentait les salons littéraires et qui formait l'unique public lettré de l'époque. Le temps était aux fées, aux lutins, aux légendes naïves. 
Les contes de fées. - Ces contes rappellent ceux des Orientaux par l'emploi du merveilleux et d'êtres intermédiaires entre l'homme et la divinité. Leur origine remonte au XIIe siècle, époque où le roman de Lancelot du Lac accrédita la féerie, et ils ont leur racine dans les croyances populaires. Charles Perrault, dont le recueil a déjà eu plus de 500 éditions, et qui parut en 1697, en 1 petit vol. in-12, a recueilli des traditions mais non inventé des sujets : ses contes les plus chers à l'enfance sont le Petit Chaperon rouge, le Petit Poucet, Peau d'âne, Cendrillon, la Barbe Bleue, la Belle au bois dormant, Grisélidis, etc. Sur ses traces marchèrent Mme d'Aulnoy et un certain nombre d'écrivains dont les compositions ont été recueillies dans le Cabinet des Fées, 41 vol. in-8°, fig. Les contes de fées ont l'avantage de présenter la morale aux enfants sous des formes amusantes, et sont moins dangereux que les romans, qui, plus vraisemblables, sont aussi plus capables de gâter l'esprit et le coeur. Mais ils entretiennent la crédulité, et, par leur attirail d'ogres et de sorciers, ils peuvent effrayer l'imagination. C'est afin de remédier à ces inconvénients qu'on a essayé d'écrire, pour les besoins de l'éducation, des contes moins mensongers et plus rationnels.
Les dames s'occupaient avec passion de mitonner, c. -à-d. de se réciter à tour de rôle au cours de leurs réunions, quelque joli conte du temps passé, échappé des lèvres de la nourrice qui avait bercé leur enfance ou tiré tout simplement de l'inépuisable Bibliothèque bleue. L'une d'elles, Mlle Lhéritier de Villaudon, non contente de mitonner, se piqua d'écrire et produisit des nouvelles assez agréables, celle entre autres des Aventures de Finette l'adroite princesse (1696). Naturellement elle eut beaucoup de rivales : la comtesse de Murat (1698), la comtesse d'Aulnoy, Mlle de la Force (même année), Mme d'Auneuil (1703) et bien d'autres. Le mouvement s'étendit à toute l'Europe. 
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Prince charmant de la Belle au bois dormant.
Le prince charmant de la Belle au bois dormant (illustration d'un conte de Grimm).

Le conte entrait ainsi dans la littérature académique. Mais c'était seulement après s'être frayé un bien long chemin dans la littérature populaire, comme on a commencé  à partir de cette époque à le comprendre, non sans quelque étonnement. Ce type de récit, devenu si propre à distraire la bonne société, à faire frissonner les salons, relevait en fait d'une tradition orale connue depuis des temps immémoriaux, et qui révélait soudain tant de caractères qu'on aurait cru jusqu'alors propres seulement aux mythes. Les contes apparaissaient en particuliers porteur de significations cachées qui invitaient  à ce qu'on en cherche la clé. Quelle était donc le parenté exacte avec les mythes? D'où venaient-ils? De quoi parlaient-ils véritablement?

Désormais, on comprenait aussi que les contes, même certains des plus connus, avaient déjà voyagé aussi sous forme d'écrits, depuis très longtemps, pointant  vers des origines souvent lointaines, tel ce recueil de contes venus de l'Inde, le Pantchatantra, qui était devenu pour les Médiévaux le Calila et Dimna, ou encore ce très vieux conte des Deux frères, que le XIXe siècle mettra au jour en Égypte, et dont on s'apercevra que lui aussi a été connu sous diverses autres versions, dans l'Iliade, et dans la Bible, par exemple. C'était le premier visage des contes littéraires, celui qu'ils avaient avant que l'on ne s'imagine qu'ils étaient seulement destinés aux enfants.



Nicolas Veysman , Contes immoraux du XVIIIe siècle, Robert Laffont, 210
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Les contes immoraux sont des histoires à la fois licencieuses et comiques, comme savaient les écrire et les raconter au XVIIIe siècle les grands aristocrates et écrivains affranchis des préjugés de la morale commune.
Ce volume débute avec une préface de Michel Delon qui fait entrer le lecteur dans l'esprit du conte au XVIIIe siècle, puis une introduction générale de Nicolas Veysman dévoile les origines et les règles du genre littéraire du conte immoral. Vient ensuite l'anthologie elle-même, avec ses trois ensembles qui correspondent aux trois formes successivement prises par le conte immoral au XVIIIe siècle. La première partie est un choix de contes en vers ordonnés de façon à reproduire le cours d'une vie humaine depuis l'initiation sexuelle jusqu'à "l'heureux" veuvage. La deuxième partie est dévolue aux contes de fées licencieux écrits de 1734 à 1754 dans l'esprit libertin de leur fondateur, Crébillon fils. La troisième rassemble des contes mixtes, proches de la nouvelle et de l'autobiographie, écrits de 1787 à 1808 par Sade, Nerciat, et bien d'autres. En tête de chaque partie, une introduction spécifique expose les règles propres aux contes en vers immoraux, aux contes de fées immoraux et aux contes immoraux fin de siècle. Suivent des notices sur la vie des conteurs, des indications bibliographiques et un "Petit dictionnaire de l'immoralité " (soixante-dix pages environ) qui, avec malice et dérision, passe en revue les lieux, les objets et les acteurs du monde des contes immoraux, des origines du godemiché jusqu'aux méfaits des sylphes, en passant par les perroquets grivois et les singes lubriques... (couv.).

Léa Silhol et Dorian Machecourt (illust.), La Tisseuse (contes de fées, contes de failles), Oxymore éditions, 2004. - Nicole Belmont, Poétique du conte, essai sur le conte de tradition orale, Gallimard, 2001. - De la même, - Paroles païennes, mythe et folklore des frères Grimm à P. Saintyves, Imago, 2000. - De la même, Mythes et croyances dans l'ancienne France, Flammarion, 2001. - De la même, Comment on fait peur aux enfants, Mercure de France, 1999. André Miquel, Sept contes des Mille et une Nuits, ou il n'y a pas de contes innocents, Actes Sud,, 1995. - Louis-Jean Calvet, La tradition orale, PUF (QSJ), 1984. - Nadine Jasmin, Naissance du conte féminin, mots et merveilles (les contes de fées de madame d'Aulnoy, 1690-1698), Honoré Champion. - Hélène Loup, Le jeu de la répétition dans les contes, ou comment dire et redire sans se répéter, Edisud, 2001. - Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Pocket éditions, 1999. - Vladimir Propp, Morphologie du conte, Le Seuil, 1970.

Georg Simmel, Tigre et Kaki, et autres contes de Corée, Gallimard, 2004. - Jacques Gohier, Contes sahariens, Hachette (roman jeunesse), 2004. - Marie-Hélène Cardinaud, Contes birmans, Grancher, 2004. - Andersen, Contes, Le Livre de Poche, 2003. - Guillaume Olive et He Zhihong, Contes des peuples de Chine, Syros jeunesse, 2003. Geneviève Griaule-Calame, Contes tendres, contes cruels du Sahel nigérien, Gallimard, 2002. - Charles Perrault, Contes (texte intégral), Gründ, 2001. - A.N. Afanassiev, Les contes populaires russes, Maisonneuve et la rose, 2000. - Wilhelm et Jacob Grimm, Contes, Flammarion, 1998, 2 volumes (220 contes) : I - Le Petit Chaperon Rouge, Blanche Neige, Tom Pouce, La Belle au Bois dormant, etc., II - Le Malin petit tailleur, le Roitelet, le géant et le tailleur, etc.. J.C. Mardrus, Contes arabes, Pardès, 2000. - Salim Hatbou, Contes de ma grand-mère (contes comoriens), L'Harmattan, 1994. 

Ouvrages de Paul Sébillot : Le folklore de France, Omnibus, 2002. -  Contes populaires de la Haute-Bretagne, Terre de Brume, 1998-2001, 3 volumes. - Contes de Terre et mer, l'Ancre de marine, 1998. - Contes des landes et des grèves, Terre de Brume, 1997.

Pour les plus jeunes.
Monique Sterin, Philippe Dumas, Contes des indiens Mapuches du Chili, Ecole des loisirs, 2010.
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Epée vole! Les Indiens Mapuches sont de grands guerriers qui ont résisté à tous les envahisseurs jusqu'au siècle dernier. Aujourd'hui ils ne sont guère nombreux pourtant ils se racontent toujours les exploits de leurs héros préférés : le valeureux Calvumil et son épée magique parti à la recherche de la fleur qui sauvera son père, ou encore Huenchumir le fils de l'Ours. Ce héros là appartient à la fois au monde des hommes et à celui des ours, mais après bien des épreuves il deviendra homme pour de bon. Avec le temps, les Mapuches sont devenus éleveurs puis paysans. Des fermes et des troupeaux apparaissent dans leurs histoires mais on y rencontre toujours les grands fauves mythiques d'autrefois, les ogres et les sorcières des origines. La faune sauvage qui se cache dans ce livre est de toute beauté. (couv.).

Monique Sterin, Philippe Dumas, Contes des indiens Quechuas du Pérou, Ecole des loisirs, 2010.
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Entre les ailes du condor! Ce grand oiseau est depuis toujours le symbole de la cordillère des Andes où vivent les Indiens Quechuas. Leurs contes disent que le condor peut se transformer en homme pour épouser une jeune fille, sans cesser pour autant d'être un rapace terrible. Ils nous font découvrir la sorcière Achique, lancée à la poursuite de deux enfants qu'elle dévorerait assurément si les bêtes de la montagne et des vallées profondes ne venaient à leur secours. Renard prétentieux, blaireaux déchaînés, colibri tout-puissant, pumas féroces, avare transformé en daim, peuplent ces histoires à la tonalité particulière. A la fois drôles et mélancoliques, les contes Quechuas portent la trace d'une histoire marquée par la domination des Incas, puis des Conquistadores. Mais la langue dans laquelle on les raconte s'est maintenue, tout comme certaines de ces histoires venues de la nuit des temps. (couv.).

Robert Vars, Les contes méditerranéens, Société  des écrivains, 2004.

Philippe Cerchiari, Contes et légendes du Val d'Oise, Alan Sutton, 2007.

En bibliothèque - Pour les anciennes références, nous nous contenterons de renvoyer à l'excellent lndex bibliographique dressé par Cosquin (Contes populaires de Lorraine, t. II, pp. 368-374), et aux organes spéciaux comme : Archiv für slavisrhe Philologie (Berlin, 1876 et suiv.); Das Ausland, eine Wochenschrift für Kunde des geistligen und sittlichen Lebens der Vaelker (Stuttgart); Bibliotheca de las Traditiones populares españolas (Madrid); Folk Lore journal et Folk Lore Record publiés par la Folk Lore Society de Londres; Germania, Vierteljahrsschrift für deutsche Alterthumskunde (Vienne); Indian Antiquary (Bombay); Mélusine (Paris, 1877 et suiv.); Orient und Occident (Goettingen); the Orientalist (Ceylan, 1884 et suiv.); la Tradition (Paris); Weimarer Beitraege für Literatur und Kunst (Weimar, 1865); les Littératures populaires de toutes les nations (Paris, 1882 et siv.); Revue des traditions populaires (Paris), etc.

Cabinet des fées; Paris, 1785,t, XXXVII, 41 vol. in-8. - Gudin, Recherches sur l'origine des contes; Paris 1803, 2 vol. in-8. - Loiseleur-Deslongchamps, Essai historique sur les fables indiennes et leur introduction en Europe; Paris, 1828, in-8. - Walckenaer, Lettres sur les contes de fées, dans Oeuvres choisies; Paris, 1862, in-12-J. et W. Grimm, Kinder und Hausmoerchen; Goettingen, 1857, 3 vol., 7e éd. - Max Müller, Essai sur la mythologie comparée, les traditions et les coutumes, trad. G. Perrot; Paris, 1873, in-8. - A. Lefèvre, Essai sur la mythologie dans les contes de Perrault; Paris, 1875, in-18 (éd. des Contes de Perrault). - A. de Gubernatis, Zoological Mythology; Londres, 1870, 2 vol. - De Cara, Errori mitologici dei professore A. de Gubernatis; Prato, 1883. - H. Husson, la Chaîne traditionnelle, contes et légendes au point de vue mythique; Paris, 1874, in-12. - J. De Hahn, introd. aux Griechische und Albanische Moerchen; Leipzig, 1884, 2 vol. - G. Pâris, le Petit Poucet et la Grande Ourse; Paris, 1875, in-16. - Du même, Contes orientaux dans la littérature française au Moyen âge; Paris, 1875, in-8.  - E. Cosquin, Essai sur l'origine et la propagation des contes populaires européens, introd. aux Contes populaires de Lorraine; Paris, s. d., 2 vol. gr. in-8. - Maspero, introd, aux Contes populaires de l'Égypte ancienne; Paris, 1882, in-18. - F.-M. Luzel, introd. aux Contes populaires de Basse-Bretagne; Paris, 1887, in-8. - E. Beauvois, introd. aux Contes populaires de Norvège, de Finlande, de Bourgogne; Paris, 1862. - Louis Moland. Origine des contes, introd. aux Contes de La Fontaine; paris, s. d., gr. in-8. - Anatole France, Dialogue sur les contes de fées, dans le Livre de mon ami; Paris, 1885, in-12. - Ch. Louandre, les Vieux Conteurs français, dans Revue des Deux Mondes du 15 sept. 1873. - Du même, Chefs-d'oeuvre des conteurs français; Paris, 1873-1874, 3 vol. in-12. - M. De Lescure, Histoire et philosophie des contes de fées, dans le Correspondant, 1882, t. CXXII - A. Barine, Les Contes de Perrault, dans Revue des Deux Mondes du 15 déc.1890. - Paul de Saint-Victor, les Contes de fées, dans Hommes et Dieux; Paris, 1872, pp. 467-477, in-12. - Temple, the Legends of the Pandiab; Bombay, 1863. - Th. Benfey, Pantschatantra; Leipzig, 1859, 2 vol. in-8. - Lancerau, Pantchatantra; Paris, 1817, in-8.

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Dictionnaire Le monde des textes
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