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| Nishida
Kitarō est un philosophe japonais né
le 19 mai 1870 à Mori, dans la préfecture d'Ishikawa, au Japon,
à l'aube de l'ère Meiji, et mort à Kyoto
le 7 juin 1945. Il est la figure fondatrice de l'école de Kyoto et l'un
des penseurs majeurs de la philosophie japonaise moderne. Son oeuvre est
dense, évolutive, et souvent difficile d'accès, car elle tente une synthèse
entre traditions occidentales (notamment la phénoménologie et l'idéalisme
allemand) et pensée bouddhique, en particulier
zen. Sa contribution majeure réside dans une tentative de dépasser les
dualismes occidentaux (sujet/objet, être/non-être) en élaborant une
logique capable d'intégrer la contradiction et la négativité comme dimensions
constitutives du réel.
L'ère Meiji, période de modernisation rapide et d'ouverture à l'Occident, offre à Nishida une opportunité unique de confronter les traditions philosophiques orientales à la pensée occidentale fraîchement introduite. Il poursuit ses études à l'Université de Tokyo, où il se forme aux philosophies occidentales, tout en maintenant une pratique profonde du bouddhisme Zen, une dualité qui deviendra la marque de son œuvre. Sa carrière académique débute véritablement en 1911 avec la publication de son premier ouvrage majeur, L'expérience pure : La réalité : Essai sur le bien (An Inquiry into the Good, Zen no kenkyū). Cet essai fondateur, qui lui vaut une reconnaissance immédiate et l'établit comme la figure de proue de la philosophie japonaise moderne, pose les bases de sa philosophie originale en introduisant le concept central "d'expérience pure", entendue comme une expérience antérieure à toute distinction entre sujet et objet. Il critique la tendance de la philosophie occidentale à privilégier une conscience déjà structurée et propose de revenir à cette immédiateté originaire où connaître et être ne sont pas encore séparés. Cette approche s'inspire à la fois de William James et du zen, mais Nishida va plus loin en faisant de l'expérience pure le fondement de toute réalité et de toute valeur. Le bien n'est pas ici une norme morale abstraite, mais l'expression d'une harmonie vécue au sein de cette expérience unifiée. En 1917, Nishida publie Intuition et réflexion dans la conscience de soi, où il approfondit la question de la conscience en distinguant deux moments : l'intuition (immédiate) et la réflexion (médiatisée). Il tente de montrer que la véritable conscience de soi ne peut être réduite à une simple introspection réflexive, mais implique une forme d'auto-saisie intuitive. Cette tension entre immédiateté et médiation annonce son effort ultérieur pour dépasser les dualismes classiques. On observe ici une proximité critique avec Kant, dont il reprend certains problèmes tout en refusant la séparation stricte entre phénomène et noumène. Au fil des années 1920, Nishida enseigne dans plusieurs universités impériales, dont celle de Kyoto, où il fonde ce qui deviendra l'école de Kyoto., et où il commence à développer ce qui va être sa théorie du lieu, et qui s'esquisse dès 1920 dans Problèmes de la conscience, où le philosophe poursuit son exploration de la subjectivité en s'interrogeant sur les structures profondes de la conscience. Il commence à déplacer son attention vers des cadres plus logiques et ontologiques, cherchant à comprendre comment la conscience peut être à la fois individuelle et enracinée dans une réalité plus vaste. La théorie du lieu prend véritablement forme dans De ce qui agit à ce qui se voit, neuf essais publiés entre 1923 et 1930. C'est ici que Nishida introduit explicitement le concept de basho ( = lieu), qui désigne le champ dans lequel les choses apparaissent et prennent sens. Contrairement à une ontologie classique centrée sur des substances, il propose une pensée du lieu comme horizon englobant où sujet et objet se déterminent mutuellement. Ce lieu ultime est le "néant absolu", notion profondément marquée par la pensée bouddhique, mais reformulée dans un langage philosophique original. Le néant n'est pas un simple vide, mais une matrice dynamique de détermination. En 1926, Nishida fait paraître l'essai Logique du lieu et vision religieuse du monde (Basho-teki ronri to shûkyô-teki sekaikan), qui représente une avancée décisive dans sa pensée. Il y développe la "logique du basho", une philosophie conçue pour dépasser l'insuffisance de la distinction sujet-objet héritée d'Aristote et de Kant . Nishida propose à la place une logique non-dualiste fondée sur ce qu'il appelle "l'identité absolument contradictoire de soi-même", une tension dynamique des contraires qui ne cherche pas à se résoudre dans une synthèse hégélienne, mais à définir son sujet en maintenant une opposition féconde. Cette logique est indissociable d'une vision religieuse du monde : l'expérience du néant absolu correspond à une forme d'éveil ou de réalisation spirituelle. Nishida tente ainsi de penser ensemble métaphysique, logique et religion. Les années 1930 marquent une période de profonde maturation pour Nishida, qui applique sa logique du basho au monde extérieur de l'histoire et de la société. Dans Logique et vie (1936-1937), il interroge l'origine prélogique de la logique elle-même, qu'il situe dans les déploiements dialectiques de l'histoire humaine. Il publie également une série d'essais, où il systématise sa pensée en explorant des thèmes comme le monde de l'action, la dialectique et la conscience de soi du néant. L'influence de Hegel sur Nishida est profonde et souvent discutée. Lui-même reconnaît que la pensée hégélienne est plus proche de la sienne que celle d'aucun autre philosophe occidental, et il s'approprie à plusieurs reprises des termes hégéliens comme "universel concret" et "dialectique". Cependant, Nishida ne se contente pas de répéter Hegel ; il intègre ces concepts pour les transcender, estimant que l'exigence hégélienne de commencer sans fondement ne peut être pleinement satisfaite qu'en partant du néant absolu, et non de l'être. Ce néant, insiste Nishida, n'est pas un simple vide, mais le "lieu" même où toute réalité se manifeste, une source paradoxale de l'existence. Tout au long de sa vie, Nishida travaille sans relâche à rapprocher l'Orient de l'Occident, voyant dans cette synthèse la mission de sa philosophie. Son œuvre, prise dans son ensemble, constitue la fondation de l'école de Kyoto, la première école de philosophie distinctement japonaise, et inspire la pensée originale de ses disciples comme Tanabe Hajime et Nishitani Keiji. Nishida Kitaro s'éteint en juin 1945, à l'âge de 75 ans, alors que la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin. Ses derniers écrits, publiés sous le titre Le néant et la vision religieuse du monde, paraissent après sa mort et approfondissent la logique du lieu du néant appliquée à la religion. |
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