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La Kolyma,
2600 km, est un fleuve de
la Sibérie orientale, tributaire de l'océan
Glacial arctique. Prenant sa source dans les hautes terres d'Okhotsk-Kolyma,
il naît de la confluence de deux rivières, la Kulu et l'Ayan-Yuryakh,
cette dernière étant considérée comme sa continuation naturelle. À
partir de là , il entame un long voyage d'environ 2129 kilomètres, ce
qui en fait l'un des plus longs fleuves de la région. Son bassin versant,
immense, couvre plus de 647 000 kilomètres carrés, et s'étend sur trois
entités fédérales russes : la République de Sakha (Iakoutie), l'oblast
de Magadan et le district autonome de Tchoukotka. Tout au long de son parcours,
la Kolyma reçoit les eaux de nombreux affluents,
dont les plus importants sont l'Omolon, la rivière Anyuy, la Yasachnaya
et la Korkodon.
Le paysage traversé
par la Kolyma est d'une beauté austère et change radicalement au fil
de son cours. Dans sa partie supérieure, le fleuve serpente à travers
des gorges profondes et des montagnes, avec
des rapides qui rendent la navigation difficile. Il contourne les massifs
imposants des monts Tcherski et de la chaîne Poliarny avant de déboucher
plus au nord dans une vaste plaine marécageuse et parsemée de milliers
de lacs : la plaine de la Kolyma, qui fait partie
de la grande plaine de Sibérie orientale. C'est dans cette dernière
partie que son lit s'élargit, que le courant se fait plus lent et que
le fleuve se divise en de multiples bras avant de former un vaste delta
d'environ 3000 kilomètres carrés. Il achève alors sa course en se jetant
dans la baie de la Kolyma, qui fait partie de la mer de Sibérie orientale,
un océan glacial. Son débit moyen est considérable, atteignant environ
3900 mètres cubes par seconde à l'embouchure, avec des pointes de crues
dépassant les 26 000 mètres cubes par seconde lors de la fonte des neiges
en juin.
La caractéristique
la plus marquante de la Kolyma est son extraordinaire climat
de glace. Pendant près de huit mois par an, d'octobre à début juin,
le fleuve gèle sur plusieurs mètres d'épaisseur. Ce n'est qu'avec l'arrivée
d'un été bref que la glace se brise, libérant une masse d'eau déchaînée.
Cette fonte massive, alimentée par la neige et la pluie, donne lieu Ã
une crue spectaculaire qui transforme le fleuve en un torrent chargé d'énormes
quantités de sédiments et de matière organique. L'eau, alors teintée
d'un brun noir par les acides humiques des sols dégelés, se déverse
dans l'océan Arctique, créant un panache visible depuis l'espace. Ce
phénomène est essentiel pour le cycle du carbone
à l'échelle planétaire, car le bassin de la Kolyma repose sur un immense
tapis de pergélisol formé au Pléistocène,
dont une forme particulièrement riche en carbone appelée yedoma.
Le changement climatique menace
aujourd'hui la stabilité de ce pergélisol, ce qui pourrait libérer d'anciennes
matières organiques et accélérer les émissions de gaz à effet
de serre.
Derrière sa beauté
sauvage, la Kolyma cache une histoire tragique qui a marqué les mémoires.
Le nom de la rivière est devenu synonyme de l'un des systèmes de camps
de travail forcé (Goulag) les plus terribles de l'ère stalinienne.
Entre 1932 et 1954, des centaines de milliers de prisonniers, peut-être
plus d'un million, ont été envoyés dans cette région reculée pour
y extraire de l'or, construire des routes et couper du bois dans des conditions
d'une extrême brutalité. Cette époque est immortalisée dans les récits
glaçants de Varlam Chalamov, notamment dans ses Récits de la Kolyma.
Aujourd'hui, après la fermeture des camps, la région reste très peu
peuplée. Les communautés qui subsistent, principalement des Russes et
des peuples autochtones comme les Evènes et les Sakhas, vivent de la pêche
et de la chasse. La présence humaine se manifeste aussi par un exploit
technique : le barrage hydroélectrique de la Kolyma, construit près de
la ville de Sinégorié, est l'un des plus grands barrages jamais édifiés
sur un pergélisol, avec un système de tubes de refroidissement pour stabiliser
le sol gelé. |
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