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Laura
Bassi
est une philosophe et physicienne
née le 29 octobre 1711 à Bologne et morte
le 20 février 1778 dans cette même ville. Elle a été l'une des premières
femmes à obtenir une chaire universitaire. Elle a donné des cours et
mené des expériences, notamment en physique newtonienne. Elle a réussi
à obtenir une reconnaissance académique bien plus importante que la plupart
de ses contemporaines en Europe.
Très tôt, elle
fait preuve d'un esprit mathématique et logique remarquable. Son entourage
familial, bien que peu scientifique, soutient ses talents, notamment son
précepteur Gaetano Tacconi, professeur de médecine,
qui la forme aux mathématiques, à la
philosophie naturelle et Ă la physique newtonienne. Son savoir impressionne
les cercles académiques, au point qu'à vingt et un ans, elle soutient
publiquement quarante-neuf thèses de philosophie
pour obtenir le grade de docteure à l'université de Bologne, devenant
ainsi la première femme en Europe à obtenir ce titre dans une institution
universitaire moderne.
Elle entre ensuite
comme membre de l'Académie des sciences de Bologne, puis est nommée professeure
de philosophie naturelle à l'université. Elle écrit :
« Ce n'est
pas le genre qui décide du génie, mais l'exercice méthodique de la raison.
»
Son enseignement combine
une lecture critique d'Aristote avec l'introduction
des nouvelles théories de Newton, qu'elle contribue
Ă diffuser en Italie.
Laura
Bassi a accédé aux écrits de Newton dès ses premières études philosophiques,
notamment grâce à son précepteur Gaetano Tacconi, et va les défendre
défend dans ses thèses universitaires et ses leçons privées. Elle a
compris très tôt que la Philosophiae Naturalis Principia Mathematica
ne se limite pas à une révolution physique : c'est une refonte du rapport
entre mathématiques et réalité naturelle.
Elle affirme que la vérité ne réside plus dans l'essence
supposée des choses, mais dans leurs effets mesurables.
Dans ses cours Ă
l'université de Bologne et dans son enseignement privé, elle introduit
les concepts fondamentaux de la mécanique newtonienne : la gravitation
universelle, la loi d'inertie, les forces centripètes, et l'analyse
des corps en mouvement. Elle s'emploie à expliquer l'approche expérimentale
newtonienne comme méthode capable de dépasser
les spéculations stériles de la métaphysique traditionnelle. Elle affirme
que la science, pour ĂŞtre utile, doit s'appuyer sur des faits, non sur
des mots.
Elle joue un rĂ´le
de médiatrice entre les écrits anglais
— peu diffusés en Italie — et le lectorat savant italien. En ce sens,
son influence est comparable Ă celle d'Algarotti,
mais avec une autorité fondée sur l'enseignement scientifique plutôt
que sur la vulgarisation littéraire. Ses travaux expérimentaux en optique,
en électricité et en dynamique s'inscrivent dans le sillage direct de
Newton, tout en les adaptant aux besoins pédagogiques d'un public universitaire
encore peu familiarisé avec la méthode inductive.
Elle est également
en contact avec des savants européens newtoniens, ce qui permet l'émergence
d'un réseau intellectuel favorable à une réforme des sciences naturelles
en Italie. Elle influence des collègues et Ă©lèves qui deviendront Ă
leur tour des passeurs du newtonianisme dans la péninsule. Par sa position
académique inédite, elle légitime la physique
expérimentale et mathématique dans un pays où les femmes n'ont ni accès
aux chaires de physique ni à une autorité intellectuelle reconnue.
Son impact est double
: elle diffuse Newton dans l'enseignement, mais elle contribue aussi Ă
transformer l'institution universitaire en un espace d'adhésion croissante
à la méthode expérimentale moderne. Elle écrit dans ses notes :
« La nature
ne se laisse pas expliquer : elle se laisse interroger. Newton a ouvert
la voie. À nous de la suivre sans superstition. »
Ainsi, Laura Bassi incarne-t-elle
la première réception active et critique de Newton dans une culture encore
imprégnée de scolastique. Elle en a fait un fondement non seulement scientifique,
mais aussi pédagogique et épistémologique,
préparant le terrain pour l'essor de la physique moderne en Italie au
siècle suivant.
Elle insiste sur l'importance
de l'expérimentation en physique, refusant la spéculation pure. Elle
déclare dans une de ses lettres :
« Ce que
l'expérience ne confirme pas, la raison seule ne peut l'imposer. »
Laura Bassi se spécialise
dans la physique électrique, la mécanique
des fluides, l'optique, et plus tard dans les applications médicales
des principes physiques. Elle défend une science pratique, ancrée dans
l'observation, et fonde un petit laboratoire privé avec son mari, le médecin
Giuseppe Veratti, où elle mène des expériences indépendantes. Elle
revendique l'usage du savoir au service du public et de l'éducation-:
« La science
ne sert pas à orner les esprits, mais à libérer les sociétés de l'ignorance.
»
Malgré son statut académique,
elle se heurte Ă des limitations : on lui interdit de donner des cours
publics à l'université, sauf avec permission spéciale. Pour contourner
ces obstacles, elle organise un enseignement privé chez elle, formant
une génération entière d'élèves, y compris des futurs professeurs.
Elle est nommée, en 1776, professeure titulaire de physique expérimentale
à l'Institut des sciences de Bologne — une reconnaissance tardive mais
inédite.
Son oeuvre écrite
est principalement constituée de thèses, de traités inédits et de correspondances.
Elle dialogue avec plusieurs savants européens, dont Voltaire,
Algarotti et Réaumur. Elle exprime une conception
de la science fondée sur l'humilité et l'effort collectif :
« Le progrès
ne vient pas d'une seule lumière, mais de la constellation de toutes les
intelligences. »
Laura Bassi meurt en
1778, après avoir consacré quarante ans à l'enseignement, à la recherche
et Ă la promotion de la place des femmes dans les sciences. Elle incarne
une forme pionnière de rationalisme éclairé, où la rigueur scientifique
s'articule à un projet d'émancipation intellectuelle. Son nom reste aujourd'hui
associé à l'union possible entre philosophie et physique, entre érudition
et engagement. |
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