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Jazer

Jazer (Jezer, Jazir, Gazir ou Yazer) est une ancienne cité située à l'est du Jourdain, dans la région historique de Galaad, sur les hauts plateaux qui s'étendent entre le Yarmouk au sud et le Jabbok (aujourd'hui Zarqa) au nord. Son emplacement précis fait l'objet de débats parmi les archéologues et les historiens, mais la majorité des spécialistes l'identifient avec le site de Khirbet al-Sir, à environ 25 kilomètres à l'ouest d'Amman, ou plus vraisemblablement avec Tell el-Qarn, près du village moderne d'Umm el-Qarn, dans le gouvernorat de Balqa, en Jordanie actuelle. Cette région fertile, marquée par des collines boisées, des sources abondantes et un sol propice à la culture de la vigne et à l'élevage, constituait un carrefour stratégique entre les voies nord-sud reliant Damas à la mer Rouge, et est-ouest entre l'Arabie et la Transjordanie vers la Méditerranée.

Dans la tradition biblique, Jazer apparaît pour la première fois au moment de la conquête israélite de la Transjordanie sous la conduite de Moïse. Selon le livre des Nombres (21,32), elle est décrite comme une cité des Amoréens, située dans le territoire du roi Og de Bashan ou de Sihon de Heshbon,  les textes variant sur ce point, et conquise par les tribus israélites de Ruben et de Gad, aidées par la demi-tribu de Manassé. Après sa prise, elle devient une ville-chef-lieu attribuée à la tribu de Gad (Josué 13,25), bien que certains passages (comme Nombres 32,1) suggèrent qu'elle fut aussi associée à Ruben, reflétant probablement des fluctuations territoriales au fil du temps ou des traditions divergentes. Le prophète Jérémie (48,32) évoque plus tard « le cri de Jazer », associé au deuil sur Moab, ce qui indique que, vers la fin du VIIe siècle av. JC, la ville était perçue comme ayant des liens culturels ou politiques forts avec Moab, voire comme ayant été intégrée dans la sphère d'influence moabite dans les périodes de déclin israélite.

Le nom même de Jazer (en hébreu Yāṣer ou Yāzer) semble dériver d'une racine sémitique liée à l'idée de « clôture », de « fortification » ou de « délimitation », ce qui correspond bien à sa fonction de ville fortifiée aux confins de plusieurs entités politiques. Certaines inscriptions moabites, bien que Jazer n'y soit pas mentionnée explicitement, renforcent l'idée que cette zone frontalière entre Galaad, Ammon et Moab était très disputée, et que les villes comme Jazer changeaient souvent d'allégeance selon les rapports de force. Des vestiges archéologiques dans cette zone attestent d'une occupation continue du Bronze moyen (vers 2000 av. JC) au Fer II (jusqu'au VIe siècle av. JC.), avec des niveaux de destruction et de reconstruction correspondant aux grandes vagues d'invasions ou de conquêtes régionales : destruction probable par les Assyriens au VIIIe siècle av. JC (notamment sous Tiglath-Pileser III en 733-732 av. JC), puis reconstruction sous l'empire néo-babylonien ou perse.

À l'époque hellénistique, la région est intégrée dans le royaume nabatéen, puis passe sous contrôle séleucide avant d'être absorbée par la Ligue des Décapoles, ensemble de cités gréco-romaines autonomes. Jazer semble alors perdre son importance relative au profit de villes comme Gadara, Pella ou Gérasa (Jérash), plus grandes et mieux positionnées sur les routes commerciales principales. Toutefois, le géographe Ptolémée (IIe siècle ap. JC) mentionne encore une localité nommée Gazora ou Gazera dans la région de Galaad, que certains identifient à Jazer, suggérant une persistance résiduelle de son nom et de son souvenir. Eusèbe, dans son Onomasticon (début du IVe siècle), localise Jazer à environ 8 milles romains à l'ouest de Heshbon (Hisban), ce qui concorde approximativement avec les propositions modernes autour d'Umm el-Qarn.

Archéologiquement, les sondages menés sur les sites candidats (notamment Tell el-Qarn) ont révélé des murs cyclopéens, des silos, des presses à huile et à vin, ainsi que des céramiques typiques des périodes du Fer I et II, notamment des poteries striées et des jarres à collier. Des restes de systèmes d'irrigation et de citernes montrent que la ville tirait parti des sources locales pour soutenir une agriculture diversifiée. Aucun grand temple ou palais n'a été mis au jour à ce jour, ce qui renforce l'idée que Jazer n'était pas une capitale régionale majeure, mais une ville secondaire, cependant stratégiquement importante du fait de sa position sur les crêtes dominant la vallée du Jabbok.

Dans la tradition chrétienne ultérieure, Jazer n'acquiert pas de statut particulier, contrairement à d'autres villes transjordaniennes comme Madaba ou Pella. Elle n'apparaît pas dans les récits évangéliques ni dans les listes épiscopales des conciles oecuméniques, ce qui indique son déclin progressif à partir de l'époque byzantine. Son souvenir subsiste néanmoins dans la toponymie locale : le nom arabe Umm el-Qarn ( = la mère des deux cornes) pourrait évoquer une forme topographique rappelant des cornes ou des collines jumelles, peut-être une survivance lointaine du relief associé à l'ancienne cité.

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