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Egine

Egine, Aegina, est une île grecque de la mer Égée, entre l'Argolide et l'Attique, dans le golfe d'Egine (ancien golfe Saronique), entre les côtes de l'Argolide, de la Mégaride et de l'Attique. Elle a 86 km² de superficie et une population de 6000 habitants. Sa forme est celle d'un trapézoïde avant sa grande base au Nord, la petite au Sud. Au centre s'élève une montagne de forme conique, le mont Saint-Elie (534 m), le Panhellenius des Anciens; avec ses contreforts, il occupe toute la partie méridionale de l'île, tandis que l'Ouest forme une plaine bien cultivée et fertile; il y a une assez haute colline au Nord-Est (490 m d'altitude). 

Egine est entourée de rochers et d'écueils qui rendent difficile l'approche de ses rivages. Le côté occidental est le seul accessible aux navires. Elle est entièrement déboisée et n'a presque pas d'eaux courantes. Le sol calcaire produit de l'orge, du vin, des amandes, de l'huile, des figues. On en retire une excellente argile à potier, et, au Nord, des pierres de taille. Le chef-lieu est la ville d'Egine (3000 habitants), bâtie sur un rocher, à 3 kilomètres de la mer, où sont une rade ouverte et les deux ports artificiels des anciens, celui du Sud restauré par Capo d'Istria.

Les Eginètes passent pour les inventeurs de la monnaie; ils travaillaient le bronze avec une grande supériorité. Ils employaient dans leurs comptes un talent d'une valeur particulière, connu sous le nom de talent d'Égine, et qui valait 100 mines ou 10000 drachmes, ils étaient fort habiles dans les exercices du corps, et remportèrent un grand nombre de victoires dans les jeux publics de la Grèce. On admire encore aujourd'hui les ruines magnifiques du temple de Zeus qui décorait la ville d'Egine. Des fouilles entreprises dès 1811 y ont fait découvrir de nombreuses statues connues sous le nom de Marbres d'Égine (L'art éginétique). 

Dans l'Antiquité, la principale ville qui portait le même nom que l'île était située dans la plaine nord-occidentale. Elle a été décrite par Pausanias et les ruines en sont encore visibles. L'édifice principal était l'Aeaceium, enclos consacré à Eaque. Près de la mer était un vaste théâtre; la ville possédait aussi un stade et plusieurs temples. Elle avait deux ports, le principal près du temple d'Aphrodite, le second, appelé « port secret », près du théâtre. Les ruines qui sont encore visibles consistent en substructions de murailles, en blocs épars et en tombeaux. Près du rivage sont deux colonnes doriques; non loin, au Sud, un port ovale fermé par deux môles et jadis défendu par deux tours : l'entrée en est très étroite; un peu plus loin, au Sud, un second port ovale d'une amplitude double, également fermé par deux môles de 5 à 6 m d'épaisseur. Les remparts de la cité sont encore apparents du côté de la terre. Ils ont environ 3 m d'épaisseur. On y discerne trois portes principales. 

Sur la colline du Nord-Est de l'île sont les ruines du fameux temple d'Egine. On l'a d'abord confondu avec le temple de Zeus Panhellenius, mais Stackelberg a fait admettre que celui-ci se dressait au sommet de la montagne du Sud de l'île (c'était un autel entouré d'une muraille semi-circulaire et remplacé depuis par la chapelle de Saint-Elie); le temple de la colline du Nord-Est était consacré à Athéna. II était situé dans une très belle position, dominant la mer, en face de la côte de l'Attique. Une partie des colonnes, d'ordre dorique, sont encore debout. Les belles sculptures du tympan ont été exhumées en 1811 et transportées au musée de Munich. Garnier a donné une remarquable restauration de ce temple en rétablissant la décoration polychrome. 
 A l'intérieur de l'île, à une lieue environ de la cité d'Egine, était la ville d'Oea, peut-être la première capitale de l'île. On discute au sujet de sa position, que quelques-uns fixent à Paleae Khora, la capitale moderne. On ignore l'emplacement des temples d'Alphaea, d'Héraklès, mentionnées par Pausanias et Xénophon.

Histoire d'Egine

Cette petite île a joué un grand rôle dans l'histoire de l'ancienne Grèce. Elle fut le siège d'une cité florissante dont les artistes ont conquis un renom impérissable. Les origines de cette cité remontent au delà de la période historique. On raconte que l'île, s'appelait d'abord Oenoneou Oenopia, nom qui se rapproche de celui de la ville d'Oea. Selon la mythologie grecque, elle aurait emprunté le nom d'Egine à une fille du fleuve Asopus, amante de Zeus, par qui elle fut transportée dans cette île et où elle enfanta Eaque, né des oeuvres du dieu. Un autre mythe, combiné ultérieurement avec celui-ci, portait que l'île, d'abord déserte, fut peuplée par des fourmis que Zeus changea en hommes, créant ainsi le peuple des Myrmidons sur lequel régna Eaque. On a supposé hardiment que ces récits font allusion à une colonisation d'Egine par des gens de Phlionte (vallée de l'Asopus) et de Phtia, en Thessalie, pays des Myrmidons. Le héros national, patron de l'île, était Eaque. Mais la famille des Eacides ne s'y fixa pas, puisque l'on faisait régner son fils Pélée à Phtia, et son autre fils Télamon à Salamine. La population de l'époque homérique, achéenne,  fut submergée plus tard par des Doriens venus d'Epidaure, lesquels imposèrent leur dialecte et leurs coutumes. Au VIIIe siècle encore, Egine dépendait d'Epidaure et fut soumise avec elle au tyran Phidon. A cette époque remonte l'origine de la monnaie.

La situation insulaire d'Egine et l'activité de ses habitants lui assurèrent un grand développement durant la période de la colonisation; elle devint une des places commerciales les plus riches de la Méditerranée. Les Eginètes s'affranchirent alors de l'autorité d'Epidaure (vers 550 av. J.-C.); afin d'assurer leur autonomie et de protéger leurs navires marchands, ils équipèrent de nombreuses galères, furent presque les maîtres de la mer Egée. Ils commerçaient non seulement avec le Péloponnèse et les rivages de la mer Egée, mais avec le Pont, la Crète d'où ils tiraient du blé, et l'Italie. Ils envoyèrent des colons en Crète (à Cydonie) et jusqu'en Ombrie; ils avaient un comptoir à Naucratis, en Egypte. Le gouvernement, qui était aristocratique, comme dans les autres cités doriennes, parait s'être montré assez sage. 

L'apogée de la prospérité d'Egine se place vers la fin du VIe siècle, dans la période qui précède immédiatement les guerres médiques. Aristote nous dit qu'elle possédait plus de 400,000 esclaves : ceci supposerait une population totale de plus d'un demi-million d'âmes. Comme on s'étonne de la voir concentrée sur un si petit espace, on a supposé que ce chiffre d'esclaves s'applique à ceux que les citoyens d'Egine possédaient dans l'île et dans leurs comptoirs du dehors. Egine fat supplantée par Athènes, qu'elle avait devancée pour l'art comme pour le commerce. Lorsque l'Etat athénien se fut constitué et se tourna vers la mer, il rencontra la concurrence des Eginètes, et un conflit devint inévitable. Situées dans le même golfe, à 25 km de distance, les deux cités ne pouvaient guère vivre en paix, d'autant que l'une était dorienne et aristocratique, tandis que, dans l'autre, ionienne, organisait la démocratie. Leur proximité était telle que la sécurité de chacune exigeait la ruine de sa voisine. La guerre éclata en 503 av. J.-C. Les Thébains, aux prises avec les Athéniens, obtinrent l'alliance des Eginètes. Ceux-ci commencèrent les hostilités sans déclaration préalable et dévastèrent les côtes de l'Attique; la lutte se prolongea pendant un quart de siècle, jusqu'à la seconde guerre médique. 

Lorsque Darius fit demander la terre et l'eau aux cites grecques, Egine, comme Thèbes, se soumit. Les Athéniens portèrent plainte à Sparte, cité directrice de l'Hellade, exposant les dangers que créait le " médisme » de leurs adversaires. Pour les mettre à l'abri, au moment de la première guerre médique, les rois de Sparte Cléomène et Léotychide vinrent à Egine, où ils compri mèrent le parti médique, se saisirent d'otages qu'ils remirent aux Athéniens pour les garantir contre une attaque éventuelle des Eginètes. Plus tard, ceux-ci, après la mort de Cléomène, réclamèrent leurs otages, qu'Athènes refusa de rendre à Léotychide. Une conspiration démocratique fut fomentée par les Athéniens. Elle était dirigée par Nicodrome. Les conjurés furent découverts :  700 furent pris et mis à mort; un d'eux s'était réfugié à l'autel de Déméter Thesmophore; n'osant l'en arracher, on lui coupa les mains, puis on le tua. Nicodrome et une partie des démocrates s'étaient réfugiés en Attique : on les établit à Sunium, d'où ils harcelèrent leurs compatriotes. Au moment de la seconde Guerre médique, une réconciliation fut, imposée à Athènes et Egine. Mais celle-ci n'en fut pas moins victime de cette guerre. 

Les Athéniens, obligés de devenir une puissance maritime, avaient mis à flot un nombre de navires qui leur assurait la prépondérance. Contre les Perses, les Eginètes envoyèrent 80 galères; mais, bien qu'on leur ait décerne le prix de la vaillance à Salamine, leur rôle ne fut pas comparable à celui des Athéniens. Ceux-ci l'emportèrent décidément. En 460, la guerre reprit; malgré l'alliance de Corinthe, Egine eut le dessous. Après la défaite de Kekryphaleia, sa flotte fut détruite dans une grande bataille navale où 70 vaisseaux furent perdus; la cité, assiégée, succomba après une énergique résistance (456). Egine fut annexée aux possessions athéniennes. 

Périclès, qui l'appelait « la taie (sur l'oeil) du Pirée », n'était pas encore satisfait. Au début de la guerre du Péloponnèse, pour éviter une insurrection qui eût pu reconstituer en face d'eux un centre ennemi si dangereux, les Athéniens déportèrent en masse la population de l'île et la remplacèrent par des colons athéniens. Les Eginètes se retirèrent à Thyrea, sur les côtes de Laconie. Ils furent réintégrés dans leur patrie par Lysandre, après la bataille d'Aegos-Potamoi. Instruits par l'expérience, ils voulaient vivre en paix; les Spartiates les forcèrent de guerroyer contre leurs rivaux. Ils engagèrent une guerre d'escarmouches qui fut très désagréable aux Athéniens dont les corsaires d'Egine gênaient les navires. Le débarquement de Chabrias dans l'île, la surprise et le pillage du Pirée par Téleutias, furent les principaux épisodes de cette lutte, qui contribua fort à décider les Athéniens à l'acceptation du traité d'Antalcidas (387). 

Jamais Egine ne recouvra son ancienne puissance. Les Eginètes entrèrent en 276 dans la Ligue achéenne. Ensuite ils subirent tour à tour la domination des Etoliens, d'Attale I, roi de Pergame, des Romains, de l'Empire grec, des Vénitiens et enfin des Turcs, qui ne s'emparèrent de l'île qu'en 1718. Elle fait aujourd'hui partie de la Grèce. Egine est le lieu de naissance du médecin Paul d'Egine. (E. Babelon).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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