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Tolstoï
(Pierre-Andréévitch),
personnage important de la cour de Pierre
le Grand. On ne sait ni la date de sa naissance ni celle de sa mort.
Il fut, dit-on, compromis dans l'affaire des Strelitz, et ce serait
pour racheter sa faute qu'il aurait demandé au tsar de lui donner une
mission à remplir à l'étranger (![]() ![]() ![]() |
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Tolstoï
(Comte Alexis Constantinovitch), poète, dramaturge et romancier né Ã
Saint-Pétersbourg le 5 septembre 1847, mort dans sa propriété de Petite-Russie
le 10 octobre 1875. Appartenant à la haute aristocratie, élevé avec
un soin jaloux par sa mère et par son oncle maternel qui lui servit de
père et fit de lui son héritier, Alexis Tolstoï passa son enfance (qu'il
qualifie lui-même de parfaitement heureuse) dans un bien de sa famille,
en Petite-Russie. Il subit de bonne heure le charme de cette contrée fertile
et poétique, qui donna à son imagination un éveil précoce, et à laquelle
son coeur resta toujours attaché. La vie de ce grand seigneur fut exempte
d'événements, si l'on ne compte pas pour tels des présentations à la
cour et des nominations à des charges vagues, comme celle de grand veneur,
qu'il conserva jusqu'à sa mort. En 1855, il fit partie du régiment aristocratique
qui s'engagea pour la guerre de Crimée et qui fut décimé par le typhus
à Odessa, ville que les survivants ne dépassèrent
jamais. Il employa le reste de sa vie à satisfaire ses deux passions principales,
celle des beaux-arts et celle de la chasse.
L'oeuvre d'Alexis Tolstoï n'est pas volumineuse, mais elle est choisie. L'ouvrage le plus célèbre qu'elle comprenne est un roman historique : le prince Sérébrianny. C'est un épisode de la lutte des boïars contre le tsar Ivan le Terrible; c'était là l'époque de prédilection de l'écrivain qui devait lui consacrer plus tard une trilogie dramatique : la Mort d'Ivan le Terrible (une pièce souvent représentée); le Tsar Féodor et le Tsar Boris (interdites toutes les deux par la censure théâtrale). Si le nom d'Alexis Tolstoï est devenu populaire grâce à son ravissant roman, en revanche, sa poésie lyrique, charmante elle aussi, ne compte qu'un nombre restreint de fidèles admirateurs. Il a composé des ballades, des légendes en vers, où le ton populaire est imité avec bonheur. Il a, de plus, écrit de petits vers lyriques dont le ton simple et l'harmonie discrète et comme assourdie nous ravissent. Il n'a ni la profondeur de la conception, ni la large envolée lyrique; il est simplement charmant. C'en est assez, sans doute, pour sauver de l'oubli le nom d'Alexis Tolstoï, même à côté de celui de son illustre cousin (ci-dessous). (J. Legras). |
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Tolstoï
(Comte Léon Nicolaévitch). - Célèbre romancier et publiciste né dans
un bien du gouvernement de Toula![]() ![]() ![]() - ![]() Léon Tolstoï en mai 1908. Photo : Sergueï Prokoudine-Gorski C'est dans cette
première période de solitude active et suggestive que le jeune homme
se mit à écrire. D'abord des souvenirs autobiographiques : il raconta
sous un transparent déguisement des scènes de son Enfance (1852)
et de son Adolescence (1854), dans lesquelles sa puissance d'observation
tant extérieure qu'interne révélait déjà le grand écrivain. Un peu
plus tard, il compléta ces Mémoires déguisés par le volume intitulé
Jeunesse
(1857). C'est également durant son séjour au Caucase Cependant, un nouveau voyage à l'étranger changea le cours de ses idées et l'amena à concentrer ses efforts sur l'éducation du peuple. C'est le temps où il s'adonna avec toute son ardeur à son école de village et où il commença à publier des articles pédagogiques. Ce fut le premier pas du grand écrivain dans le sens de cette réforme sociale qui devait, un peu plus tard, l'absorber tout entier. En 1862, le comte Tolstoï se maria. Il épousait la fille d'un médecin de Moscou, Sophie-Andréevna Bers, une femme d'une intelligence vigoureuse et pratique, qui devait admirablement tenir sa place à côté de son mari, et servir, d'éducatrice dévouée et infatigable aux nombreux enfants qui allaient naître de leur union. Le mariage de Tolstoï marque une ère nouvelle dans sa vie intellectuelle c'est durant les douze ou quatorze premières années de son ménage qu'il concentra son effort sur des oeuvres dont l'ampleur était digne de son génie. Il est vraisemblable que la paix de la vie de famille, la vraie vie du propriétaire noble sur sa terre récemment appauvrie, à la vérité, mais relevée moralement par l'abolition du servage, dut être favorable à l'éclosion des grands romans qui allaient illustrer son nom. C'est en se livrant
aux études préliminaires d'un roman projeté sur la conjuration des Décembristes
de 1825 (trois chapitres seulement en furent écrits) qu'il se trouva séduit
par l'idée de peindre l'état de la société russe depuis le commencement
du siècle jusqu'à l'invasion de Napoléon.
C'est alors qu'il conçut Guerre et Paix L'unité n'est pas non plus dans les caractères, car celui du héros principal se modifie tout le long du volume. L'unité véritable est dans la conception. Cette série de tableaux nous offre une restitution admirable d'une époque critique de la vie nationale russe. Voilà pourquoi les Russes sont si tendrement attachés à ce roman de leur passé, et pourquoi les étrangers l'admirent plutôt dans ses détails que dans son ensemble. Le personnage principal est le comte Pierre Bézoukhov. Savant gauche et distrait, il se laisse entraîner tour à tour par tous les grands courants d'idées qui agitent la société russe au début du siècle, mais il n'est ému profondément par aucun d'eux : il reste dans ses rêves jusqu'à l'invasion de 1842. Alors seulement s'éveille en lui le sentiment national; dans son cerveau se heurtent les idées les plus folles, et, tandis qu'il songe un instant à se sacrifier en tuant Napoléon, il se trouve brusquement converti à la résignation, l'arme suprême de ceux de sa nation, par sa rencontre avec un pauvre paysan prisonnier comme lui dans le camp français. Après la retraite de l'ennemi, il finit par épouser une femme qui représente ce qu'il y a de primesautier et de tendrement simple dans la nature russe, Natacha Rostov, qui, elle aussi, a traversé bien des épreuves avant de trouver auprès de Pierre son refuge définitif. Ce colossal roman
consacra la gloire de Tolstoï. Le grand écrivain se reposa de cette oeuvre
en rédigeant de petits livres destinés à l'instruction primaire : un
Alphabet
et une suite de Livres de lecture contenant des contes, des
descriptions et des récits, contés dans ce style merveilleusement simple
et populaire dont les Russes ont le secret. Quelques années plus tard
(1875-76), Tolstoï publiait un autre grand roman : Anna Karénine Après Anna Karénine A partir de cette époque, le comte Tolstoï écrit beaucoup et à tout propos, envoie des lettres aux puissants et aux humbles, et commente du haut de ses idées morales les grands événements qui agitent le monde. Sans vouloir entrer dans le détail de cette production hâtive, on peut caractériser brièvement la tendance du grand écrivain durant le dernier quart du XIXe siècle. En étudiant les Évangiles, Tolstoï y a fait une découverte dont il s'étonne que, depuis dix-huit siècles, presque personne ne se soit encore aperçu : à savoir que les préceptes évangéliques se réduisent à quelques maximes très simples comme celles-ci: s'abstenir de la violence, du serment, de la propriété, etc. Découvrir l'Évangile, c'est le procédé caractéristique des fondateurs de sectes dans tous les temps; c'est en particulier celui des initiateurs de ces innombrables sectes qui pullulent dans la Russie mystique. Tous les sectaires s'imaginent avoir découvert ou retrouvé le véritable enseignement du Christ qui avait été déformé, selon eux, par des siècles de vaine tradition. Tolstoï n'a donc rien fait autre chose que de se joindre aux sectaires de son pays. Il se défend, certes, de faire de la propagande; mais ses écrits en font pour lui, et comme il se trouve que l'application des principes évangéliques découverts par lui bat en brèche ce que nous appelons les bases de l'ordre social: le mariage, la propriété, les tribunaux, l'armée, il en résulte que l'on voit chaque année, en Russie, tels de ses disciples, gens pieux et sincères, voués cependant à la persécution administrative, parce qu'ils se refusent à certaines obligations sociales, comme le serment ou le service militaire. A ces « découvertes » évangéliques se rattache étroitement cette idée que ce qui perd les hommes et tue en eux le sentiment chrétien, c'est la vie urbaine, essentiellement fausse, et, surtout, d'une façon générale, la civilisation. Reprenant les idées de J.-J. Rousseau, Tolstoï veut nous faire quitter les villes pour nous ramener à la campagne, à la terre, qui seule, et sans intermédiaire, doit suffire à tous nos besoins. C'est là qu'est, selon lui, le remède à tous nos maux, la suprême solution du problème social. Pour sa part, il s'y conforme. Mais nous devons faire observer que, en Russie, le cas d'un propriétaire foncier aisé et oisif qui passe la plus grande partie de son temps sur ses terres, et se distrait des travaux intellectuels par des exercices physiques, voire même, à l'occasion, par une heure de fauchaison ou de semailles, ce cas, dis-je, n'est pas plus étonnant que celui d'un bourgeois français qui bêche lui-même dans son jardin. La sincérité du comte Tolstoï est hors de doute, mais c'est notre ignorance de la vie russe qui nous a fait attribuer tant d'importance à ses passe-temps de propriétaire campagnard. Ces différentes idées, exprimées dans de longs volumes d'exposition théorique, sont illustrées en outre par les oeuvres littéraires dont nous avons cité les titres. Ainsi la Sonate à Kreutzer est une condamnation du mariage; Maître et Serviteur et la Mort d'Ivan Iliitch sont de terrifiantes peintures de l'égoïsme; Résurrection, enfin, reprend toute la théorie sociale de Tolstoï. Le sujet de ce roman est scabreux et invraisemblable. Une jeune servante a été séduite par un jeune homme du grand monde russe; tombée au plus bas de la dégradation, elle est impliquée dans une affaire d'empoisonnement, et, bien qu'innocente, condamnée aux travaux forcés, par suite d'une erreur matérielle des jurés, parmi lesquels se trouve précisément son séducteur, qui, désespéré de sa faute, renonce alors à sa fortune et veut épouser sa victime : celle-ci, Katioucha, qu'il a suivie en Sibérie, finit par refuser son sacrifice et par épouser un autre homme. Il y a dans ce roman des passages admirables; mais la tendance moralisante qui en fait une interminable et lourde diatribe contre les institutions sociales en rend la lecture pénible. Ce défaut est surtout sensible à partir de la seconde partie, où Tolstoï décrit, non pas d'après expérience personnelle, mais d'après des récits, deux mondes qu'il ignore : les prisons et la Sibérie. Le retour de Léon
Tolstoï à des théories vaguement évangéliques et mystiques et sa renonciation
à la gloire littéraire ne doivent pas nous donner le change. Ce ne sont
là que des manifestations presque prévues de lassitude morale et intellectuelle
dans un cerveau où toutes les sensations prennent une importance démesurée.
Après avoir goûté toutes les excitations de la vie, il s'est jeté sur
l'existence simple avec la même ardeur qui l'emportait jadis dans la mêlée.
Ajoutons que cette vision du détail caractéristique est unie à une merveilleuse puissance à manier des foules, et à mêler, parmi les acteurs principaux d'un drame, des comparses dont la silhouette est campée en une ligne. Ce qu'il y a de touffu, parfois même d'un peu confus, dans la manière de Tolstoï, contribue encore à renforcer cette impression de vie réelle que nous trouvons dans ses oeuvres la vie, en effet, ne se présente guère à nous sous la forme d'un drame simple. Nous sommes à l'aise au milieu de sa complication, parce que ce n'est pas tant une complication d'événements ou d'analyse psychologique, que plutôt celle d'un grouillement de foule vivante. Le style de ce puissant
créateur est, même dans les oeuvres de sa maturité, long, lourd et sans
recherches d'harmonie. Tolstoï ne sacrifie jamais à la forme, bien qu'il
se donne beaucoup de peine pour écrire : son unique souci est de trouver
le mot frappant, le mot juste qui tout à coup vous découvre un horizon.
Voilà pourquoi la moindre de ses nouvelles où, cependant, nul n'irait
chercher des modèles de style, comme on ferait, par exemple, chez Tourguéniev,
est cependant un chef-d'oeuvre au même titre que les grands romans Guerre
et Paix |
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![]() 2021011860 Léon Tolstoï a fasciné les imaginations à travers ses débauches de jeunesse, ses appétits monstrueux, ses rapports passionnés avec sa femme Sophie, jusqu'à sa fuite dans la nuit à Astopovo, petite gare perdue dans l'immensité russe, où il est mort en 1910. Mais qu'en est-il de ses crises d'âme? Sa prescience des femmes et de la mort? Sa quête d'un sens? Et son désir de connaître Dieu? Autant de questions, plus que jamais les nôtres, auxquelles s'attache Christiane Rancé, dans une relecture originale et profonde de la pensée spirituelle et de l'oeuvre du titan russe. Cet ouvrage est le portrait d'un génie en perpétuel mouvement qui connaissait chaque fleur par son nom et que hantait l'horreur du néant : le portrait d'un ogre qui portait en lui l'humanité tout entière. (couv.).
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